Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak et du Golfe à l'Atlantique. Traduction d'articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne.


Naïm Qassem, le "leader par défaut" du Hezbollah, refuse toute prise de distance avec l'Iran

Publié par Gilles Munier sur 8 Février 2026, 09:53am

Catégories : #Hezbollah, #Naïm Qassem, #Liban, #Iran, #Trump, #Khamenei

Naïm Qassem, successeur de Hassan Nasrallah à la tête du Hezbollah libanais, ne manque jamais une occasion de jurer fidélité à la République islamique d'Iran. Il refuse de désarmer son mouvement et multiplie les envolées guerrières alors que Donald Trump menace d'intervenir militairement en Iran. Au Liban, le gouvernement tente depuis plus d'un an de contrôler l'arsenal du mouvement chiite.

Par Marc DAOU (revue de presse : France 24 – 7 février 2026)*

À rebours de la République islamique d'Iran, la marraine du Hezbollah, qui a accepté de négocier avec le "grand satan" américain pour réduire les tensions entre Téhéran et Washington, Naïm Qassem, le chef du mouvement chiite libanais, a multiplié ces dernières semaines les menaces verbales et les envolées guerrières.

Estimant que la menace de Donald Trump contre Téhéran est "également dirigée" contre son mouvement, il a lié le sort du "parti de Dieu" à celui du guide suprême iranien. "Nous ne pouvons rester silencieux face aux menaces de Trump ou de quiconque contre l’imam Khamenei, et nous sommes concernés par toutes les mesures nécessaires pour y faire face", a-t-il notamment déclaré lors de l’une de ses prises de paroles.

"Nous considérons que (la menace) est également dirigée contre nous et nous nous réservons toute latitude pour agir comme nous le jugerons approprié", a également prévenu le leader chiite lors d'une allocution retransmise sur la chaîne du parti, Al-Manar. "Quant à la manière dont nous agirons, ce sont des détails que la bataille déterminera, selon des modalités proportionnées aux circonstances du moment, mais nous ne sommes pas neutres", a-t-il précisé.

En n’écartant pas la possibilité de s’impliquer dans un éventuel conflit régional aux côtés de la République islamique, en cas de frappes américaines contre l’Iran, Naïm Qassem fait fi des critiques exprimées par une grande partie de la classe politique locale et tient surtout tête à la volonté de l'exécutif libanais de se réapproprier le monopole de la violence légitime.

Le président libanais Joseph Aoun a ainsi déclaré œuvrer pour "éviter que le pays soit entraîné dans une nouvelle guerre, car le peuple libanais n’est plus en mesure de supporter d’autres conflits, et parce que les circonstances internationales ont créé de nouvelles réalités qui exigent une approche réaliste et rationnelle pour protéger le Liban et ses citoyens". Un appel au réalisme lancé en réponse aux propos guerriers du chef du Hezbollah.

Conformément au cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah entré en vigueur en novembre 2024, l'armée libanaise a achevé, début janvier, la première partie du plan de désarmement du parti pro-iranien, qui concernait le sud du fleuve Litani. Mais le Hezbollah refuse de remettre son arsenal au nord de cette zone tant que l’armée israélienne continue de bombarder le Liban et maintient une présence dans le Sud.

"Une transition forcée"

À 71 ans, l’ex-numéro 2 du Hezbollah, qui a succédé à Hassan Nasrallah – l’ancien secrétaire général vénéré par ses partisans et tué par l’armée israélienne en septembre 2024 –, n’était pas destiné à diriger le mouvement. Encore moins dans un contexte aussi défavorable pour le "parti de Dieu". Avant d’être affaibli militairement par Israël et politiquement par la chute de son allié Bachar al-Assad en Syrie et l’isolement croissant de l’Iran, le mouvement chiite était devenu un des principaux acteurs de l'"Axe de la résistance" mis en place par Téhéran face à Israël.

"Naïm Kassem est un leader malgré lui, étant le successeur du successeur de Hassan Nasrallah, puisque aussi bien l’ex-secrétaire général que son cousin Hachem Safieddine ont été liquidés par les Israéliens", rappelle Karim Émile Bitar, enseignant à Sciences Po Paris et ancien doyen de l’université Saint-Joseph de Beyrouth. "Il s’est retrouvé à la tête de ce mouvement dans un contexte extrêmement difficile, dans le cadre d’une transition forcée."

Membre du clergé chiite libanais originaire du Sud-Liban et ancien professeur de chimie, Naïm Kassem fait partie des fondateurs du Hezbollah, créé en 1982 en réaction à l'invasion israélienne du Liban. À partir de 1991, il en devient le secrétaire général adjoint, un poste symbolique qui lui offre une certaine exposition médiatique au point de devenir l’un des visages les plus connus du parti derrière Hassan Nasrallah.

"Quand il était numéro deux, son rôle était essentiellement celui d'un cadre religieux et doctrinal plutôt que d'un chef charismatique, se posant plutôt en leader religieux modeste et en porte-parole théologico-politique assez disponible pour les médias arabes et internationaux, dans lesquels il abordait les positions du Hezbollah, l'identité chiite et les rapports avec l'Iran", précise Karim Émile Bitar.

"Contrairement à Hassan Nasrallah qui tirait, aux yeux de ses partisans, son autorité d'un certain capital charismatique et d'une légitimité militaire issue de la lutte contre Israël, Naïm Qassem n'a jamais joué un rôle majeur dans l'appareil militaro-sécuritaire du Hezbollah", poursuit-il. "Appartenant à une génération d’oulémas chiites formée en Irak et auteur de plusieurs ouvrages doctrinaux, il incarne plutôt, à défaut d'être un grand orateur capable de mobiliser les foules, une certaine continuité idéologique."

"Loyauté absolue envers l'Iran"

Dans ce contexte, Naïm Qassem voit sa propre influence à l’intérieur du pays contestée. Voire au sein de son propre parti, alors que Donald Trump, en personne, ne cesse de répéter que "le Hezbollah au Liban est un problème".

Mercredi, après avoir rencontré le président libanais, le chef du bloc parlementaire du Hezbollah a déclaré que "les positions les plus justes sont celles qui rassemblent, et les réactions les plus pertinentes sont celles empreintes de réalisme et de positivité".

Des propos rapportés par le quotidien L'Orient-Le Jour qui tranchent avec le ton menaçant de Naïm Qassem et qui sonnent comme une réponse à l’appel à la raison du chef de l’État.

Toutefois, pour les observateurs, il est difficile d’imaginer Naïm Kassem renoncer à l’arsenal accumulé depuis des décennies par le mouvement chiite libanais, ou de couper les liens avec Téhéran, "alors que, comme certains au Liban le pensent, le rôle de l'Iran [dans le fonctionnement du Hezbollah, NDLR] est aujourd'hui beaucoup plus important qu'il ne l'était lorsque Hassan Nasrallah était à la tête du mouvement", indique Karim Émile Bitar.

"Naïm Kassem se caractérise par sa loyauté absolue envers l'Iran, ayant veillé à la cohérence entre le discours politique du parti et la doctrine du 'wilayat al-faqih' [qui affirme la primauté du religieux sur le politique, ce qui fait que le parti obéit au guide suprême de la République islamique, NDLR]", rappelle-t-il. "Dans l'un de ses ouvrages, il a théorisé ce lien, cette alliance organique entre le Hezbollah et le guide de la révolution iranienne."

"Et pour lui, qui essayait de conceptualiser et de légitimer la nécessité théologique et morale de la résistance armée", conclut-il, "abandonner l'arsenal militaire, abandonner la résistance, selon son expression, serait équivalent à une perte de dignité pour l'ensemble de la communauté chiite".

*Source : France 24

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents