Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak et du Golfe à l'Atlantique. Traduction d'articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne.


Cisjordanie occupée: «La communauté internationale doit contraindre Israël» à mettre fin aux violences des colons

Publié par Gilles Munier sur 30 Juillet 2026, 06:51am

Catégories : #Cisjordanie, #Palestine, #Netanyahou, #Trump

La Cisjordanie occupée fait toujours face à une vague de violence initiée par des colons israéliens. Vendredi 24 juillet, plusieurs dizaines d'entre eux, armés, sont entrés dans Tell, un village du nord. Un affrontement s'en est suivi et quatre Palestiniens et deux Israéliens sont morts. Depuis, l'armée israélienne a bouclé les localités du nord de la Cisjordanie et les attaques de colons contre des communautés palestiniennes se multiplient.

Par Guilhem Delteil | Aabla Jounaïdi (revue de presse : RFI – 29 juillet 2026)*

Des communautés attaquées et intimidées, des arbres fruitiers déracinés, du bétail empoisonné, des voitures prises pour cible sur la route... En Cisjordanie occupée, les attaques de colons contre les Palestiniens prennent différentes formes. La fusillade qui a éclaté le 24 juillet dans le village de Tell a marqué le point de départ d'une opération de l'armée israélienne dans le territoire. Mais les attaques de colons s'inscrivent dans un cadre plus global.

« Ils menaçaient de nous tuer, de tout brûler »

L'histoire de Mahmoud Toubassi et de sa famille, qui habitent la commune de Jalud, près de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie, est éloquente. Eux auront tenu trois longs mois sous la menace de colons armés venus s'installer sur leur propriété : jets de pierres, harcèlement jour et nuit, incendie d'une partie de la maison... Les colons ont même brûlé une partie de la maison et, in fine, coupé le courant.

La maison est située à l'extérieur du village. Des colons israéliens ont coupé la route pendant 20 jours. Sa demeure littéralement assiégée, les vivres épuisés, privé d'accès à ses terres qui lui procuraient un revenu indispensable, l'agriculteur n'a eu d'autre choix que de quitter sa maison et ses terres. Désormais, Mahmoud Toubassi est condamné à regarder depuis le village voisin la ferme qu'il occupait et qui le faisait vivre.

« On est restés sans nourriture, sans eau, sans électricité. Qu'est-ce qu'on pouvait faire ? À la fin, deux colons sont venus, armés. Ils nous ont dit : ''Vous avez une heure pour partir. Soit vous sortez d'ici, soit vous mourrez dans la maison.'' » Cette menace fut proférée le 22 juillet. Depuis, Mahmoud Toubassi a quitté, sous la contrainte, sa maison. Il est condamné à regarder, depuis le village voisin, la ferme qu'il occupait et qui le faisait vivre.

« La situation était catastrophique. Ils avaient brûlé notre voiture, ils nous jetaient des pierres, nous menaçaient de nous tuer, de tout brûler. De nous brûler comme la famille Dawabsheh », poursuit l'agriculteur. Les Dawabsheh ont vu leur maison incendiée par des colons en 2015, tout près de la désormais ex-demeure des Toubassi. Les trois membres de la famille périrent, dont un bébé. À aucun moment, l'armée israélienne n'a fait reculer les colons.

La communauté internationale sommée d'intervenir pour le respect des accords d'Oslo

L'histoire de Mohamed Toubassi n'est pas isolée. À Yanoun, Tana, Al Marajim et d'autres lieux encore : dans plusieurs localités du gouvernorat de Naplouse, des déplacements forcés de population ont eu lieu ces derniers jours. À Al Marajim, 48 familles sur 50 ont quitté leurs maisons. Dans ce gouvernorat, 64 colonies israéliennes existent aujourd'hui, dont 49 qui n'ont jamais reçu d'autorisation du gouvernement israélien. Il y a deux semaines, des familles se sont ainsi installées sur le Mont Ebal, qui domine la grande ville de Naplouse.

Nous avons joint Ghassan Daghlas, le gouverneur de Naplouse. Au micro de RFI, il dénonce la facilité laissée par les autorités israéliennes aux colons pour occuper de nouvelles terres : « Sans préavis, sans avertissement, sans rien du tout, les colons arrivent avec deux ou trois caravanes sur le lieu qu'ils veulent occuper. Et ils commencent à construire. Toutes les montagnes autour sont occupées aujourd'hui. Et l'armée les soutient. »

Face à cette situation, les responsables palestiniens sont démunis. Ghassan Daghlas en appelle donc à la communauté internationale. « Elle doit agir. C'est elle qui parraine les accords d'Oslo et qui est témoin de tout ce qui se passe. C'est elle qui doit contraindre Israël à arrêter ça. Dans notre province, il n'y a absolument rien. Qu'est-ce qu'on peut faire, nous ? Israël a pris tout notre argent. »

En pointant l'État hébreu qui a « pris tout notre argent », le gouverneur de Naplouse fait référence aux ponctions opérées par Israël sur les taxes prélevées au nom de l'Autorité palestinienne. Des mesures punitives, aux yeux du gouvernement israélien, pour le versement d'indemnités aux prisonniers et leurs familles qu'il considère comme des terroristes. L'Autorité palestinienne est aujourd'hui très affaiblie et appelle donc à une action internationale.

En Israël, une partie de la société commence à remettre en cause le récit officiel du gouvernement

Deux ans après l’avis de la Cour internationale de justice déclarant illégale l’occupation de la Cisjordanie, la violence des colons et l’annexion de territoires n'ont cessé de s'aggraver. Par exemple, la semaine dernière dans le village palestinien de Tell, l’armée israélienne a déclenché une vaste opération militaire dans la foulée d'incursions de colons armés qui ont fait six morts, quatre Palestiniens et deux Israéliens. En Israël, au sein de la société, cette escalade remet brutalement en cause le récit officiel du gouvernement. 

L'opération militaire déclenchée dans la foulée des affrontements meurtriers de vendredi dernier dans le village de Tell peine en effet à imposer le récit officiel. Alors que le gouvernement dénonçait une attaque terroriste pour justifier sa riposte, des vidéos montrant l'incursion initiale de colons armés sont venues contredire la version ministérielle. Résultat : le débat interne explose. Une partie de l'opinion publique et de la presse, notamment le quotidien d’opposition Haaretz, remet désormais en cause l'usage du mot « terrorisme » face à des villageois qui défendaient leur terre.

Mais sur le terrain, cette escalade sert de levier. Sanctions collectives, démolitions, et désormais saisies inédites de terres par l'armée en zone A exclusivement palestinienne : l'opération en cours ne relève pas d'un simple maintien de l'ordre. Soutenue par l'extrême droite au pouvoir et notamment les ministres Ben Gvir et Smotrich, qui demandent ouvertement l’annexion de la Cisjordanie, elle concrétise, selon une partie de l’opposition, une stratégie coordonnée visant à étendre les colonies et à rendre irréversible la fin des accords d'Oslo.

*Source : RFI

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents