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Depuis le 9 août, des dizaines de colons israéliens ont bloqué l'accès à des maisons dans ce village situé au sud de Naplouse. Les habitants disent avoir été coupés de ce fait de tout approvisionnement en vivres.
Par Lamis Djemil (revue de presse : Francinfo - 14 août 2026)*
Plusieurs familles palestiniennes de Qusra, village situé au sud de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie occupée, ont été encerclées dimanche 9 août par des dizaines de colons israéliens. Ce vaste territoire palestinien est occupé par Israël depuis 1967 et plus d'un demi-million d'Israéliens vivent aujourd'hui dans des colonies considérées comme illégales au regard du droit international, aux côtés d'environ trois millions de Palestiniens.
Les habitants visés par le siège affirment avoir été coupés de tout approvisionnement en vivres. Après près d'une semaine de siège, des militants israéliens de gauche sont parvenus vendredi à leur remettre de la nourriture, tandis que les colons n'étaient plus visibles aux abords immédiats des habitations. Franceinfo fait le point sur cette situation qui a déclenché de vives réactions internationales.
Des colons tentent de s'installer
Le siège a débuté dimanche 9 août, lorsque quelques dizaines de colons ont installé une tente à proximité de maisons appartenant à une même famille palestinienne élargie à Qusra et ont bloqué l'acheminement de provisions. "Nous n'avons reçu ni nourriture, ni médicaments", témoigne l'un des habitants, auprès de l'AFP, qui explique ne disposer d'électricité que grâce à des panneaux solaires.
L'armée israélienne a rapporté mardi avoir reçu plusieurs signalements concernant des colons pénétrant dans des maisons et sur des terres palestiniennes du secteur pour s'y installer. Elle a qualifié ces agissements d'"activité illégale et inacceptable, qui porte préjudice aux habitants de ces zones et perturbe leur vie quotidienne". Des responsables palestiniens avaient par ailleurs accusé des colons d'avoir incendié une mosquée du village fin juillet.
L'armée intervient à plusieurs reprises
Selon l'armée, des officiers se sont rendus sur place mercredi dans la matinée, ont enlevé la tente et disent s'être efforcés "d'évacuer les civils qui s'y trouvent". Toutefois, quelques heures plus tard, un photographe de l'AFP a constaté que l'armée avait quitté le secteur alors que des colons étaient toujours présents. Dans un nouveau communiqué, le chef d'état-major a ordonné mercredi "le renforcement" des troupes dans ce secteur afin "de rétablir l'ordre, d'assurer la sécurité dans la région et de traduire en justice les personnes responsables des troubles".
Lors de cette première intervention de Tsahal, les officiers ont exprimé leur "vive inquiétude face aux actions menées par des civils israéliens contre la famille palestinienne", selon l'armée. Celle-ci a également annoncé des mesures disciplinaires contre des membres des forces de sécurité filmés sur place quelques jours plus tôt, sans préciser les faits exacts qui leur étaient reprochés.
Dans la nuit de mercredi à jeudi, l'armée israélienne est revenue sur place et a affirmé avoir démantelé "deux avant-postes illégaux", avoir confisqué le matériel présent et interpellé un Israélien. Des troupes ont également été déployées dans Qusra "afin de protéger les habitants et de maintenir la sécurité".
Les maisons ont été libérées vendredi
"La tente et les affaires des colons ne sont plus là", mais ils se trouvent toujours "sur la colline voisine", a expliqué une habitante à l'AFP. Selon elle, "la zone est complètement bouclée par l'armée". Le maire de la ville, Abdul Azim Wadi, a également confirmé la présence de colons à proximité et celle de l'armée dans le village. Huit maisons palestiniennes, réquisitionnées jeudi matin notamment pour héberger des soldats, ont finalement été évacuées par l'armée dans la journée et "tous les habitants sont rentrés chez eux", a-t-il précisé.
Vendredi matin, des colons étaient toujours présents à Qusra et avaient installé une nouvelle tente près de l'une des maisons assiégées. Après l'arrivée de deux véhicules militaires, la tente a été démontée et, plus tard dans la matinée, les colons n'étaient plus visibles sur le site, selon une journaliste de l'AFP. Des dizaines de militants israéliens de gauche se sont rendus auprès des trois maisons assiégées pour apporter des provisions aux familles, munis d'un drapeau palestinien et de pancartes portant le slogan "Justice pour tous".
L'ONU alerte sur des violences récurrentes
La colonisation s'est nettement accélérée depuis l'arrivée de l'extrême droite dans la coalition de Benyamin Nétanyahou fin 2022. La situation à Qusra est loin d'être isolée et reste au contraire "extrêmement classique" en Cisjordanie, estime d'ailleurs Elisa Softic, adjointe à la direction des opérations de Première urgence internationale, sur France 24(Nouvelle fenêtre). Pour le seul mois de juillet 2026, son ONG rapporte avoir reçu 147 alertes de violences de colons, soit plus de trois par jour, faisant notamment état d'insultes, de vols de terres, d'incendies ou encore de violences armées.
Selon l'ONU(Nouvelle fenêtre), "les violences des colons ont dépassé le point de rupture" et 76 Palestiniens (dont 18 enfants) ont été tués depuis le début de l'année 2026 en Cisjordanie. "Quelque 3 800 Palestiniens, dont près de la moitié sont des enfants, ont également été déplacés en raison des violences des colons, des démolitions et des expulsions", ajoutent les Nations unies. Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme exige qu'Israël respecte "les obligations qui lui incombent en vertu du droit de l'occupation, afin d'assurer la sécurité de la population palestinienne locale".
La situation provoque de nombreuses réactions
En Israël, le centriste Gadi Eisenkot, principal rival de Benyamin Nétanyahou aux prochaines élections législatives, a estimé que "les événements de Qusra illustrent une fois de plus la faillite et la faiblesse de ce gouvernement". La porte-parole du service diplomatique de l'Union européenne, Anitta Hipper, a elle de son côté réclamé "des actions concrètes pour empêcher les violences des colons".
Alors que l'une des maisons visées appartient à un Palestinien également détenteur de la citoyenneté américaine, Mike Huckabee, ambassadeur américain en Israël, a pour sa part qualifié ce siège d'"acte de terreur". "Les actions (...) visant à intimider et à harceler cette famille sont répugnantes", a-t-il écrit sur X(Nouvelle fenêtre). "Aucun prétexte ne justifie ce comportement de voyous", a-t-il ajouté. Les mots sont d'autant plus remarqués que cet ancien pasteur est un fervent défenseur des colonies israéliennes en Cisjordanie et a plusieurs fois rejeté la création d'un Etat palestinien.
Le ministère des Affaires étrangères français a dénoncé "avec la plus grande fermeté l'occupation par des colons israéliens de plusieurs habitations palestiniennes" et les violences contre les civils. Le Quai d'Orsay a ainsi demandé aux autorités israéliennes de "traduire en justice les auteurs" et de protéger la population palestinienne, comme Israël en a "l'obligation au titre du droit international".
L'ancien ambassadeur allemand en Israël, Steffen Seibert, a de son côté dénoncé dans Die Zeit(Nouvelle fenêtre) une colonisation assimilable, selon lui, à "une expulsion recourant à la violence psychologique et physique".
*Source : francinfo