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En Syrie, six mois après les affrontements à Soueïda, la communauté druze reste retranchée dans la peur d'une nouvelle escalade. Les quelque 2 000 morts provoqués par les combats entre les factions druzes et les forces affiliées au gouvernement ont créé une méfiance envers le pouvoir central. La ville vit depuis en quasi-autonomie. Les leaders druzes ont appelé à la protection du voisin israélien. La reprise du contrôle de la ville sera le prochain défi d'Ahmed al-Charaa, après l'assaut lancé contre les territoires contrôlés par les Forces démocratiques syriennes, à majorité kurde, en janvier. Pour une partie des Druzes et leurs gouvernants, la tentation séparatiste est grande.
Par Manon Chapelain (revue de presse : RFI – 16 février 2026)*
Voilà quelques mois que la place al-Karama, centrale à Soueïda, a changé d’étendard. Dans les shops, sur les murs, le drapeau israélien, qui a remplacé celui de la révolution syrienne, côtoie désormais celui des Druzes. Tel-Aviv s’est officiellement positionnée comme protectrice de la communauté. Ce que n’oublie pas Louay, étudiant d’une vingtaine d’années : « Sans l'intervention israélienne, les combats de juillet auraient pu tourner au génocide contre notre communauté. Avant, nous disions que la Syrie était unie, mais maintenant, nous n’avons même plus 1 % de confiance envers le gouvernement. Nous attendons surtout l’indépendance. »
La garde nationale de Soueïda, une nouvelle armée constituée de quarante factions druzes, demande désormais l'indépendance. C'est elle, désormais, qui contrôle la ville et régule les entrées et les sorties.
« Il était indispensable que nous ayons une armée organisée capable en premier lieu de protéger notre existence et de défendre les frontières. Nous aspirons également à une coopération future avec les forces israéliennes », explique le commandant Talal al-Amer, son porte-parole.
« Nous revendiquons notre indépendance absolue »
Il est difficile de trouver des voix dissonantes à l’intérieur de la ville. Une partie des habitants mécontents est partie. Les rues sont désormais vides. Peu contestent les déclarations du Cheikh al-Hijri, haute autorité religieuse, ouvertement indépendantiste. « Nous revendiquons notre indépendance absolue en tant que Druzes. Nous rejetons catégoriquement le gouvernement de Damas. Plus aucun dialogue ne peut être ouvert avec lui », affirme le Cheikh Tarek al-Mughaish, l’un de ses proches.
Après le nord-est syrien, la question est désormais de savoir si le territoire sera ici repris par la force ou la négociation. Début janvier, Damas et Tel-Aviv se sont rencontrées à Paris, sous médiation américaine.
*Source : RFI