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Par Fiqar Fadel (revue de presse : Al Manar -18 août 2026)*
À l’approche de la date limite fixée pour achever le processus de « restriction des armes aux seules mains de l’État », et face à l’accentuation des pressions américaines sur Bagdad, les appels à libérer la décision économique irakienne de toute influence extérieure se multiplient, en particulier au sein des milieux partisans des factions de la résistance opposées au désarmement. Cela intervient alors que les recettes pétrolières continuent de transiter par un système financier qui offre à Washington de larges leviers d’influence sur la gestion des fonds irakiens.
La dernière prise de position exigeant la souveraineté économique est venue du secrétaire général du mouvement « Al-Nujaba », Akram al-Kaabi, qui a critiqué ce qu’il a qualifié de « tutelle » américaine sur l’argent de l’Irak, appelant à diversifier les circuits de vente du pétrole ainsi que le réseau des relations bancaires, afin de ne pas laisser les recettes à la merci d’une seule partie.
Dans le même sens, le secrétaire général des « Brigades Sayed al-Shuhada », Abou Ala al-Walaï, a évoqué une « hégémonie » américaine sur les ressources économiques de l’Irak, réclamant que Bagdad détienne sa souveraineté financière et commerciale à l’écart de toute puissance extérieure.
Depuis 2003, les recettes pétrolières irakiennes sont liées au dollar déposé sur un compte auprès de la Réserve fédérale à New York.
Selon un rapport publié par l’agence Reuters en janvier 2026, cet arrangement a conféré à Washington une influence économique continue sur Bagdad, d’autant plus que le pétrole représente environ 90 % des revenus de l’État irakien.
Juridiquement, cela ne signifie pas que les États-Unis possèdent l’argent de l’Irak ou le dépensent à leur guise ; les fonds reviennent en fin de compte à Bagdad, mais le mécanisme de leur conservation et du règlement de leurs recettes en dollars passe par le système financier américain.
De plus, la protection juridique instaurée après l’invasion de 2003 pour protéger le « Fonds de développement pour l’Irak » et les recettes pétrolières contre les poursuites judiciaires américaines a pris fin en 2014, ce qui signifie que la voie à de telles poursuites peut être rouverte à tout moment.
Si le slogan de la « libération des fonds » apparaît comme un appel à parer à toute tentative d’extorsion future de ce type, il traduit également et avant tout la volonté croissante de diverses parties irakiennes de réduire la marge d’influence américaine.
Dans ce cadre, le dirigeant du mouvement « Al-Nujaba », Majid al-Kaabi, estime dans un entretien accordé à Al-Akhbar que « l’Irak doit se libérer de l’hégémonie américaine et disposer d’une décision souveraine exempte de toute influence extérieure », rappelant que « la résistance a déjà œuvré pour faire sortir les forces américaines en 2011, et que la phase actuelle exige de nettoyer le corps de l’occupant ».
Al-Kaabi lie l’indépendance politique à l’indépendance économique, soulignant que l’argent du pétrole et les accords conclus avec la partie américaine entravent la décision irakienne.
En contrepartie, le gouvernement semble enclin à céder aux pressions américaines concernant les armes de la résistance, afin d’éviter tout affrontement avec le système financier américain.
Dans ce contexte, la « Cellule de médias de sécurité » a annoncé la poursuite de la remise des armes non enregistrées par plusieurs factions, indiquant avoir réceptionné plus de 580 000 pièces d’armes, tandis que se poursuivent les démarches du « Comité national pour la régulation des armes ».
Ces mesures interviennent alors qu’approche la date du 30 septembre, devenue un plafond politique et sécuritaire pour trancher ce dossier. Alors que Bagdad a connu des mouvements politiques et sécuritaires accélérés, notamment une réunion des présidences pour discuter des dossiers des armes et de l’économie, une proposition a été formulée au sein du « Cadre de coordination » visant à dissocier la date du retrait américain de la question du démantèlement des factions, afin d’accorder à ces dernières de plus grandes garanties politiques.
De son côté, la visite du commandant de la « Force Al-Qods », Esmail Qaani, à Bagdad a ajouté une dimension régionale au paysage, sans que les résultats en soient clairs jusqu’à présent.
Quoi qu’il en soit, il apparaît certain que la crise financière est indissociable de cet affrontement. Washington a déjà utilisé des instruments financiers pour faire pression sur des banques irakiennes, interdisant à certains établissements de traiter en dollars dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d’argent et le trafic de devises, tandis que le département du Trésor américain a imposé en mai 2026 des sanctions contre des personnalités et entités irakiennes liées au secteur pétrolier et aux factions armées.
Le chercheur en affaires stratégiques et directeur du centre « Al-Ghad », Ali Mohieddine, estime dans un entretien à Al-Akhbar que « les récents mouvements du gouvernement, notamment la visite d’Al-Zaïdi à Washington et les accords qui y ont été conclus, nécessitent un réexamen », avertissant que « certaines de leurs clauses pourraient ouvrir la voie à une plus grande influence américaine sur l’économie irakienne, en particulier dans le secteur pétrolier ».
Il ajoute que « Bagdad est tenue d’exercer des pressions sur Washington afin de libérer les fonds irakiens et de renforcer sa capacité à gérer ses recettes », considérant que « les crises financières et monétaires qui pèsent sur les Irakiens ne peuvent être dissociées de la nature de la relation économique avec les États-Unis ».
Traduit à partir d'AlAkhbar
*Source : Al Manar