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France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak et du Golfe à l'Atlantique. Traduction d'articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne.


L’HOMMAGE DE LA FAMILLE DE MEHDI BEN BARKA AUX OBSÈQUES DE MAURICE BUTTIN

Publié par Gilles Munier sur 19 Août 2026, 06:06am

Catégories : #Maurice Buttin

Au moment où nous accompagnons Maurice vers l’éternité, en ces tristes instants, mes pensées vont vers Mado, leurs enfants et petits-enfants et à toute sa famille. Avec Ali Bennani ici présent et May Karmy, au nom de toute ma famille, en France, au Maroc, en Suisse et au Canada, nous les assurons de toute notre sympathie, et leur adressons nos condoléances attristées. La présence de Rachid El Manouzi, frère de disparu au Maroc, marque la volonté du mouvement des droits humains au Maroc de s’associer à cet hommage.

Les liens entre Maurice et Mehdi Ben Barka remontent assez loin, au temps du combat pour l’indépendance, lorsque Maurice défendait les nationalistes marocains et, avec son père et les Français libéraux du Maroc, œuvrait à un dénouement de la situation allant dans le sens de l’histoire, vers l’indépendance. Une estime et une confiance mutuelle se sont établis entre les deux hommes au point où, mon père a prié sa mère et ses sœurs de s’adresser à Me Buttin si jamais il lui arrivait quelque malheur. C’est ainsi que Maurice, en devenant l’avocat de ma grand-mère, fut associé à ce qu’on appelle « l’affaire Ben Barka ».

En raison de sa profonde connaissance de l’histoire politique contemporaine du Maroc, Maurice Buttin a été le seul avocat de la partie civile à pouvoir éclairer depuis le début de l’Affaire les magistrats instructeurs et la cour d’Assises en 1966-67 sur les tenants et aboutissants qui avaient amené à l’enlèvement de mon père, relevant principalement les responsabilités marocaines.  Cela lui coûta son cabinet d’avocat au Maroc et l’obligation de redémarrer sa vie professionnelle à Paris. Comme il le disait souvent, « il n’avait pas quitté le Maroc, c’était le Maroc qui l’avait quitté ». Il y retourna par la grande porte dans la délégation de François Mitterrand lors d’un voyage officiel en 1983. 

Lorsqu’en 1975, je déposai au nom de ma famille une seconde plainte pour assassinat, ce fut naturel que Maurice fit partie du groupe d’avocats qui m’ont conseillé. J’avais auparavant repris contact avec lui quand j’étais arrivé à Paris en 1970. Après le décès de ses confrères Me Germaine Sénéchal et Me Léo Matarasso, Maurice resta seul avocat de la partie civile jusqu’à il y a deux ans lorsque Me Marie Dosé nous a rejoints comme conseil de la partie civile. 

Même de loin, jusqu’à son dernier souffle, il n’a cessé de participer avec toute la force de ses convictions au combat pour la vérité, contre l’oubli afin que la raison d’Etat et les calculs politiques soient mis en échec. 

Pour beaucoup, Maurice restera l’avocat historique de la famille Ben Barka, l’accompagnant et la conseillant dans son combat pour la vérité et la justice, un combat qui devint le sien. 

Au Maroc, pour beaucoup, le nom de Maurice Buttin symbolise cet engagement au service des combats pour le droit, la justice et la dignité humaine, que ce soit pour la vérité sur le sort de Mehdi Ben Barka ou pour les droits nationaux du peuple palestinien.

En témoignent les dizaines de messages de condoléance que j’ai reçus, provenant aussi bien de proches, amis, militants, mais également de simples citoyens, message de sympathie et de soutien associant dans le même deuil les familles Buttin et Ben Barka.

En effet, les liens qui se sont tissés entre nous dépassent ceux habituels entre un avocat et son client. En plus de la relation professionnelle de travail marquée par une confiance totale, des liens d’amitié, presque familiaux nous unissent, partageant les moments d’espoir après une énième révélation et les déceptions à la suite du manque de courage politique des dirigeants marocains et français. À la mort de Hassan II et l’avènement de Mohamed VI, lorsque ma famille a décidé de retourner au Maroc en 1999, après 35 ans d’exil volontaire, c’est tout naturellement qu’il était à nos côtés avec Mado pour un voyage émouvant et mémorable. Très souvent, les 29 octobre, après le rassemblement commémoratif devant la Brasserie Lipp, il nous rejoignait avec Mado chez notre mère, celle qu’il appelait « ma sœur » pour une soirée de souvenirs en famille. Je n’oublie pas également le café du samedi matin, rue des Entrepreneurs, quand nous nous réunissions pour faire le point sur l’affaire mais également pour parler football. Mais je savais qu’il ne fallait surtout pas l’appeler pendant les matchs de Manchester United !

On ne peut pas réduire les combats de Maurice à la vérité sur le sort de mon père. Il mobilisa ses convictions et son énergie d’avocat dans de nombreux procès politiques, au Maroc, en Algérie, en France, en Maurétanie, aux Comores …

Depuis juin 1967, il s’assigna autre « mission impossible » pour laquelle il mobilisa toutes ses forces spirituelles, physiques et politiques : la Palestine. Il engagea ce combat dans différentes associations à différents postes de responsabilité : vice-président de l’Association de solidarité franco-arabe, fondateur de l’Association de solidarité France-Palestine et, surtout, fondateur et président du Comité de Vigilance pour une Paix réelle au Proche-Orient. A ce titre, Maurice Buttin multiplia les conférences et l’interpellation des présidents de la République et des ministres pour la reconnaissance de l’État de Palestine par la France. Son dernier ouvrage, « l’échec d’une utopie », paru l’an dernier, rappelle et actualise ses décennies de lutte pour la paix et la justice. Son action lui valut de devenir en 2012 citoyen d’honneur de la Palestine.

La foi profonde de Maurice Buttin et ses convictions ont été le vecteur de son optimisme et de ses espérances face aux difficultés de la vie. Il disait toujours « souhaiter que le Seigneur lui permette de connaître la vérité sur le sort de Mehdi ». Comme ce fut le cas pour ma mère, disparue il y a deux ans, les raisons d’Etat marocaine et française ne lui ont pas permis d’exaucer ce vœu.

Leur joie de vivre, leur optimisme et également la force de leurs convictions et de leur détermination qu’ils nous lèguent renforcent notre résolution à mener jusqu’au bout le combat pour la vérité et la justice et nous aideront à surmonter les désillusions qui jalonnent le chemin. 

Merci Maurice pour ton amitié et pour ta fidélité. Tu nous manqueras mais tu resteras toujours vivant dans nos cœurs. Repose en paix.

Bachir Ben Barka 

Courthézon le 18 août 2026

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