« La force de la cité ne réside ni dans ses remparts, ni dans ses vaisseaux, mais dans le caractère de ses citoyens. »
Thucydide, stratège et historien grec du Vème siècle avant Jésus-Christ.
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Par Alain Corvez (10 octobre 2026)*
Paradoxalement, la puissance américaine en plein déclin, voire en pleine déliquescence à divers égards, ne cesse de menacer le monde entier de ses foudres s’il ne se soumet pas au mode de vie américain. Donald Trump, qui ment comme il respire, semble avoir été mis en place pour être le Président de la déchéance américaine qui s’efface inexorablement devant la mise en place progressive d’un monde multipolaire, ou plutôt apolaire, plus respectueux des différences de cultures, de religions et de richesses des peuples, accélérée ces dernières années par une majorité de nations du monde lassées des destructions, carnages, horreurs génocidaires qu’elle a déployés partout avec ses alliés soumis, ou exigeants comme l’état d’Israël.
Devenue nihiliste au sens philosophique du terme – d’un Schopenhauer par exemple et non d’un Nietzsche qui en est l’inverse, contrairement à ce qu’en disent ceux qui n’ont pas compris sa pensée fulgurante –, la présidence américaine transforme la réalité, voire l’inverse, pour catégoriser le Bien et le Mal. Au départ, ce nihilisme rejetant même les lois fondamentales de la nature et de la biologie, après avoir été une pensée subversive engendrée dans les universités françaises et américaines, a fini par gangrener des pans entiers de la pensée universitaire et finalement de l’ossature des sociétés occidentales désormais attirées par le néant et portant au pouvoir ses adeptes ou d’opportunistes politiciens.
C’est sans doute le résultat d’un matérialisme exacerbé niant et refusant toute transcendance, comme Malraux l’agnostique nous en avertissait, ajoutant que c’était la première fois dans l’Histoire qu’une grande civilisation comme la nôtre devrait trouver sa « valeur suprême » à moins de s’effondrer.
En citant le piège de Thucydide à Trump lors de leur rencontre à Pékin, Xi Jing Ping lui avait indiqué avec malice que Pékin et Washington renouvelaient la situation de la Grèce du Vème siècle avant Jésus-Christ, la puissance montante d’Athènes supplantant la puissance déclinante de Sparte.
Xi Jing Ping avait ensuite adouci ce constat dramatique en proposant diverses mesures offrant un modus vivendi aux deux puissances afin d’éviter un affrontement brutal en coopérant dans le respect des intérêts légitimes réciproques.
On n’est pas certain que Donald Trump ait saisi l’analogie !
La bascule se fait en faveur de l’Est et du Sud de la planète, au-delà des tentatives dérisoires et tragiques des États-Unis pour l’enrayer : ils n’ont pas pu soumettre l’Iran qui est donc gagnant, et les stratèges savent bien que les tentatives désespérées des États-Unis pour reprendre l’affrontement sont vouées à un échec encore plus cuisant. L’Asie Occidentale voit l’Iran, n’ayant jamais agressé en premier un autre pays et qui n’a fait que se défendre contre des attaques criminelles, devenir la puissance centrale et modératrice proposant aux pays du Golfe de sortir de la tutelle américaine pour bâtir des coopérations équilibrées, dans l’esprit du pacte de non-belligérance entre l’Iran et l’Arabie Saoudite signé sous l’égide de Pékin le 10 mars 2023, l’Arabie semblant l’oublier à ses dépens.
Car la guerre qu’elle mène contre le Yémen depuis 2015, initialement avec les Émirats, essayant d’y associer les États-Unis et les membres du pacte de La Mecque (ceux-ci montrant leurs réticences, à juste titre, tout en faisant des gestes hypocrites), devient une défaite complète.
En effet, Ansar’Allah, qui regroupe non seulement les Houthis mais aussi beaucoup d’autres tribus yéménites, à la suite d’une offensive éclair victorieuse, contrôle désormais 80 % des populations du pays, la côte orientale de la mer Rouge et les îles commandant le détroit de Bab El Mandeb, étroit accès à l’océan Indien, attendant que l’important verrou de Taizz tombe comme un fruit mûr.
Les États-Unis et Israël ne peuvent venir au secours de l’Arabie Saoudite comme le montre la retenue dont ils font preuve et un Yémen réunifié sous la direction d’Ansar’Allah est probable à court terme. C’est l’issue logique de la situation, les dirigeants yéménites offrant aux tribus l’autonomie sur les terres qu’elles occupent depuis des temps immémoriaux.
Avec cet allié aux qualités guerrières légendaires, l’Iran peut proposer à tous les états de la région des coopérations judicieuses pour tous qui excluent évidemment toute alliance avec les États-Unis et Israël.
La résilience de l’Iran et du Yémen montre la supériorité des forces spirituelles sur le matérialisme et la force brutale, illustrant la pensée de Thucydide mise en exergue.
D’autant plus que la Chine et la Russie ne cachent plus leur soutien économique, logistique et militaire à l’Iran et au Yémen car ces deux puissances ont besoin d’une région stable pour des raisons différentes.
Le retrait des troupes américaines d’Irak est le début d’un retrait complet de la région, en dépit des manigances du gouvernement de Bagdad mis en place par les États-Unis, et l’on voit que le pays est devenu le cœur logistique et militaire de la résistance globale : Russie et Chine passent par l’Irak pour l’approvisionnement et le soutien au Yémen en informations satellites sur les positions des troupes, pour l’approvisionnement en pièces détachées de drones, de radars divers, notamment à infrarouge, ce qui va de pair avec le soutien à l’Iran. En outre, les milices pro- Iraniennes, comme les Hach Al Chalabi, ont déjà montré leurs importantes capacités militaires, qui sont appréciées par l’Armée gouvernementale irakienne.
Ainsi le basculement de l’équilibre des forces en Asie Occidentale s’opère inéluctablement au détriment des fauteurs de guerres de la région, Israël et les États-Unis.
Il est dommage de voir les dirigeants français s’engager en Arabie Saoudite pour une cause perdue, de même quand ils soutiennent un Liban subjugué par les mêmes forces maléfiques, un Liban qui commet l’infamante faute de négocier avec l’occupant alors qu’il massacre journellement les habitants de la zone qu’il occupe au sud du pays, copiant la collaboration de Vichy avec l’Allemagne nazie. On sait ce qu’il est advenu de ces traîtres.
Les soubresauts actuels en Europe, et notamment en France, semblent être les signes annonciateurs de la fin brutale du contrôle de l’oligarchie financière mondiale confrontée à ses propres contradictions, son nihilisme et même son ignominie. Les patriotes de tous les pays doivent reprendre leur destin en mains pour coopérer entre nations souveraines, libérées de l’UE et de l’OTAN, s’enrichissant mutuellement de la diversité de leurs patrimoines.
Le christianisme peut être, pour l’Europe de l’Atlantique à Vladivostok, la « valeur suprême » préconisée par Malraux qui empêchera le retour du matérialisme dissimulé derrière un libéralisme, devenu ultra libéralisme, qui finit par transgresser toute éthique et conduire les riches à opprimer les pauvres.
La visite en France du pape Léon XIV, extraordinaire par l’engouement qu’elle a déchaîné dans les foules et les médias, croyants et non-croyants, est un signe que le peuple, notamment sa jeunesse, attend une métaphysique qui le protégera de ce matérialisme odieux et lui offrira l’espérance d’un monde meilleur. Dans l’unité et la diversité, en échangeant avec les autres religions monothéistes, notamment l’islam comme l’a notifié le Pape à Paris, islam qui n’est évidemment pas la caricature que les forces obscures en ont fait, notamment la CIA, le MI 6, le Mossad et d’autres en créant, armant et finançant les terroristes d’Al Qaïda, de Daesh, Isis ou autres sectes qui n’ont jamais attaqué Israël ni soutenu la cause palestinienne, comme leurs soutiens étatiques arabes.
Ces forces obscures se sont d’ailleurs découvertes en mettant à la tête de la Syrie un coupeur de têtes notoire, lui déroulant ensuite le tapis rouge à Washington comme à Paris.
André Malraux à l’intellectuel serbe Komnen Becirovic :
« Jusqu’ici, il n’y a que les religions qui aient fondé l’absolu des civilisations. Il serait très imprudent de dire qu’une civilisation comme la nôtre ne pourra pas trouver son absolu, puisque ce serait de la pure prophétie et que personne n’en sait rien. Seulement, ce que nous pouvons dire de façon tout à fait sérieuse, c’est qu’il n’y a pas d’autre exemple avant nous….
La nature d’une civilisation, c’est ce qui s’agrège autour d’une religion, et le phénomène que nous sentons très bien depuis que la machine est entrée en jeu (pas la science, la machine), c’est la fin de ce qu’on pourrait appeler la valeur suprême, avec en même temps quelque chose qui semble toujours la rechercher.
Quand vous prenez le mois de mai (68), que constatez-vous que font les étudiants ? Ils vont inscrire des phrases, des mots, des lettres sur les murs. Or, bien entendu, ce que faisaient les religions, ce n’était pas d’inscrire des lettres sur les murs, c’était d’inscrire des choses dans le cœur des hommes. Et vous sentez bien le décalage. Notre civilisation, dans la mesure où elle est la première qui soit, mettons, une civilisation agnostique, qui ne soit pas une civilisation religieuse, pose, d’une façon plus brutale que n’importe quelle autre, le problème de la religion. »
*Alain Corvez est conseiller en stratégie internationale