Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak et du Golfe à l'Atlantique. Traduction d'articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne.


Pourquoi le blocus de Trump n’isolera pas l’Iran

Publié par Gilles Munier sur 23 Août 2026, 07:18am

Catégories : #Iran, #Trump, #Ormuz

Illustration © domaine public

Par Pepe Escobar (revue de presse : Strategic Culture - 19 août 2026)*

Les États-Unis peuvent certes faire le blocus de l’Iran par voie maritime, mais pas par voie terrestre.

Jusqu’à présent, l’Iran a joué la carte du temps.

Aujourd’hui, il fait monter les enchères.

Même la patience stratégique a ses limites. Pendant 5 mois et demi, Téhéran a maintenu son emprise sur le détroit d’Ormuz. L’Empire de la piraterie ne s’est pas retiré. Les représailles se sont intensifiées et ont été renforcées par le blocus de Trump avec des manipulations économiques impitoyables et radicales visant à maintenir les prix du pétrole à un niveau relativement bas – en recourant à tous les moyens, de la liquidation des réserves stratégiques de pétrole (SPR) à l’utilisation par la DARPA [Defense Advanced Research Projects Agency : agence de la Défense américaine chargée de la recherche et du développement des nouvelles technologies militaire de rupture] d’outils d’intelligence artificielle pour manipuler les marchés.

Le prix à payer sera terrible et devra être acquitté dans son intégralité :

  • dépression mondiale
  • rejet accru des “valeurs” occidentales – et de leurs pratiques frauduleuses – dans l’ensemble du Sud, et
  • clivage inévitable entre deux systèmes mondiaux.

L’Iran ne peut pas poursuivre sa stratégie de strangulation progressive du détroit d’Ormuz, car il court le risque de voir ses acquis s’effriter au fil du temps. Il risque fort de s’affaiblir, comme le reste du monde, sous l’effet d’une Grande Dépression mondiale. Ce n’est certainement pas une solution à long terme pour un État-civilisation fier, souverain et résilient, animé d’une détermination millénaire en matière d’autosuffisance souveraine.

Les dirigeants de Téhéran ont parfaitement compris que la nouvelle stratégie de l’Empire – qui, en fait, rappelle l’ancienne – consiste à écraser financièrement et économiquement la Perse, comme ils l’ont fait notamment avec la Syrie.

Mais il y a pire, bien pire encore : la banalisation actuelle du recours à l’arme nucléaire tactique dans les “palabres” aux tables de l’Empire. Si le génocide a été banalisé – par l’ensemble de l’Occident, collectif et fracturé – pourquoi pas le bombardement nucléaire (mais uniquement par l’Empire) ?

Téhéran est parfaitement conscient qu’un lourd nuage noir pourrait bien s’abattre sur le pays. Le moment est donc venu d’accélérer le tempo. Mohsen Rezaee – nouveau secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale (SNSC) et représentant personnel du Guide Mojtaba Khamenei – donne le ton. Il faut tout mettre en œuvre pour forcer l’ancien ordre hégémonique à s’incliner.

Une mesure coercitive, mais pas décisive

Le blocus naval de Trump cause peut-être des dommages à l’Iran. Mais à lui seul, il ne peut modifier une part substantielle de l’architecture qui relie l’Iran à l’Eurasie.

Le blocus a effectivement porté atteinte au commerce maritime de pétrole brut de l’Iran. Le trafic dans le détroit d’Ormuz s’est effondré. Selon les sources, les exportations de pétrole brut de l’Iran sont passées d’environ 1,8 à 2,0 millions de barils par jour avant le blocus à moins de 300 000 barils par jour.

C’est une pression coercitive majeure. Pourtant, l’Iran est loin d’être isolé géographiquement. Les liaisons ferroviaires à travers l’Asie centrale, le trafic commercial via les frontières terrestres avec le Pakistan (au moins six canaux), la route de la mer Caspienne vers la Russie, le Corridor international de transport Nord-Sud (INSTC), tout cela reste en vigueur – et dans le cas de l’INSTC, il est même en expansion, même si l’infrastructure demeure incomplète.

Une partie du brut iranien continue de passer par des transferts de navire à navire, notamment au large de la Malaisie. Les cargaisons quittant les eaux iraniennes sont transférées en haute mer afin de dissimuler leur origine avant de poursuivre leur route, principalement vers des acheteurs asiatiques.

Au cours de la trêve de juin-juillet, une vingtaine de pétroliers ont ainsi acheminé pour environ 6 milliards de dollars de brut. Bien sûr, cela ne remplace pas le système d’exportation iranien d’avant-guerre – car ce processus repose sur une flotte fantôme limitée, opérant malgré d’énormes pressions liées aux sanctions.

Pourtant, point essentiel : le blocus américain présente des failles.

Certes, ce blocus est coercitif, mais il n’est pas décisif – quoi qu’en disent les torrents de propagande des acolytes de Trump et autres escrocs en tout genre.

Quant aux pourparlers directs entre les États-Unis et l’Iran, ils sont noyés dans un maelström de contradictions.

Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et le ministère des Affaires étrangères ont publiquement – et explicitement – nié l’existence de tout canal de communication direct et actif avec les États-Unis. Le CGRI a qualifié l’affirmation américaine d’opération psychologique, alors même que Trump claironnait publiquement l’existence d’un canal secret direct et bien établi avec le CGRI.

En réalité, un canal secret existe bel et bien, mais il s’agit de celui de mai 2026, passant du président du Kurdistan Nechirvan Barzani aux hauts dirigeants du CGRI. Il est tombé en sommeil. Il a peut-être d’ailleurs été maintenu, de manière informelle, dans un mode “indéterminé” – même si Téhéran le nie.

La “diplomatie” n’est pas vraiment une notion aussi familière que les Big Macs pour Trump. Les menaces, en revanche, le sont. C’est ce qu’illustre la menace, désormais publique, de bombarder Oman en le citant nommément à deux reprises.

Oman est loin d’être un acteur périphérique. Mascate est à la fois l’un des intermédiaires les plus anciens du CCG, profondément impliqué dans les relations diplomatiques avec l’Iran, et co-négociateur du mécanisme de transit nouvellement établi à Ormuz.

Ainsi, la menace – à deux reprises – de bombarder Oman signifie que le président américain s’en prend ouvertement au mini-État chargé de contribuer à trouver une issue de secours à l’Empire.

Pas étonnant que le gouvernement omanais n’ait publié aucune déclaration officielle en réponse à ces menaces. Aucune déclaration du sultan.

Aucune déclaration du ministère des Affaires étrangères.

Le silence de Mascate ne doit toutefois pas être mal interprété. Le silence ne suppose pas acceptation. Le silence ne veut pas dire défiance. Le silence peut s’inscrire dans une stratégie diplomatique astucieuse : une carte à garder en main pour les deux parties.

Impossible d’isoler géographiquement l’Iran

Le port de Gwadar, dans la mer d’Oman – un pilier essentiel du Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) – est désormais d’une importance stratégique capitale en tant que porte d’entrée terrestre vers l’Iran.

Voici comment fonctionne le système : les marchandises arrivent à Gwadar. Elles y sont regroupées, acheminées par voie terrestre sur 89 km environ jusqu’au poste-frontière de Gabd, puis pénètrent en Iran par la route. Ce processus est bien plus court que le transport des mêmes marchandises via Karachi, ce qui réduit à la fois le temps et les coûts.

Pourtant, nous n’avons aucune preuve que des navires battant pavillon iranien fassent régulièrement escale à Gwadar, ni que des marchandises maritimes iraniennes soient chargées et déchargées sur ce qui s’apparente à une route maritime iranienne.

Vient ensuite la mer Caspienne : cette voie stratégique cruciale à l’abri de la marine américaine.

Comme j’ai pu le constater l’année dernière lors du tournage d’un documentaire sur l’INSTC, les ports iraniens de la mer Caspienne, tels que Bandar Anzali, sont principalement reliés à la Russie, en particulier à Astrakhan.

Depuis le blocus, les ports iraniens de la mer Caspienne ont intensifié leur activité. Bandar Anzali approche de sa pleine capacité, acheminant des céréales, des productions agricoles, des produits industriels, des composants et, surtout, des commerces stratégiques entre l’Iran et la Russie, deux membres des BRICS.

La marine américaine ne peut rien faire en mer Caspienne, car la Convention de 2018 sur le statut juridique de la mer Caspienne exclut les puissances navales extrarégionales.

Le long des 7 200 km de l’INSTC reliant la Russie, l’Iran et l’Inde, le trafic de marchandises entre la Russie et l’Iran connaît une croissance très rapide – malgré des problèmes d’infrastructure, tels que l’absence de liaison ferroviaire entre Rasht et Astara à l’intérieur de l’Iran.

Et bien que la route maritime de l’INSTC reliant Chabahar, dans le Sistan-Baloutchistan, à l’Inde ne fonctionne pas encore comme un véritable canal d’acheminement d’aide en temps de guerre.

L’Iran se trouve en réalité au cœur de deux réseaux de connectivité : la ligne ferroviaire Chine–Asie centrale–Iran, qui fait partie de la BRI (Belt and Road Initiative) ou des “nouvelles routes de la soie”, et la route Caspienne Iran–Russie, qui fait partie de l’INSTC. Il s’agit en fait de deux corridors croisés – l’un est-ouest, l’autre nord-sud.

Vient enfin le corridor transcaspien, ou “corridor central”, qui ne traverse pas l’Iran : il relie la Chine au Kazakhstan, puis la mer Caspienne à l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Turquie et l’Europe. Le corridor central contourne en réalité l’Iran.

Que nous apprennent donc tous ces éléments sur le blocus envisagé par Trump ?

Pour faire court, les États-Unis peuvent bien bloquer l’Iran sur les mers, mais ils ne peuvent pas bloquer son territoire.

Après tout, l’Iran est au cœur d’un réseau trans-eurasien comprenant le Pakistan, les “-stan” d’Asie centrale, la Russie, la mer Caspienne et la Chine.

L’impasse actuelle, caractérisée par ce statut quo “ni paix, ni guerre”, ne fait qu’accroître de manière exponentielle la valeur stratégique de ce réseau. Grâce à lui, la coercition maritime ne peut déboucher sur un isolement physique total. Impossible pour les États-Unis de tirer profit d’un blocus stratégique.

À l’inverse, une offensive iranienne pourrait bien provoquer un autre type de blocus stratégique. L’Iran dispose en effet d’une défense anti-accès à plusieurs niveaux, comprenant des missiles antinavires longue portée, une capacité de minage naval et des sous-marins conçus pour opérer dans des eaux peu profondes et difficiles d’accès.

À cela s’ajoute une géographie qui aggrave encore le problème. Les importantes ressources navales américaines opérant à assez courte distance d’un littoral extrêmement hostile devront faire face à des délais d’alerte très courts et une marge de dispersion très réduite.

Le blocus américain a certes privé l’Iran de sa principale source de devises fortes – les “pétroyuans”. Mais il n’a pas – et ne pourra jamais, d’un point de vue géographique – isoler l’Iran du reste du monde, car ce pays reste relié à l’est, au nord et au sud-est par des réseaux terrestres, ferroviaires et fluviaux.

À chaque jour qui passe, ce réseau soumis aux pressions incite d’autant plus l’Iran, la Russie, la Chine, le Pakistan et les “-stan” d’Asie centrale à le renforcer.

Et à accélérer l’intégration eurasienne – l’évolution géopolitique la plus cruciale du21e siècle.

*Source : Strategic Culture

Traduit par Spirit of Free Speech

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents