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Téhéran, IRNA – Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien
Par Middle East Eye (revue de presse : Chronique de Palestine – 25 juillet 2026)*
Mohammad Ghalibaf a connu une évolution saisissante : le « gestionnaire djihadiste à la réputation sulfureuse » (*), se fait désormais le champion des négociations avec les États-Unis, malgré l’opposition de son propre camp conservateur.
Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien et négociateur en chef dans les pourparlers avec les États-Unis, est peut-être confronté à la plus grande épreuve politique de sa carrière.
Conservateur de longue date et ancien commandant des Gardiens de la Révolution, il tente de sortir la République islamique de son affrontement avec Washington par la voie diplomatique, tout en repoussant les attaques virulentes des partisans de la ligne dure qui l’accusent d’abandonner le levier stratégique de l’Iran.
Une source politique de haut rang qui s’est confiée à Middle East Eye sous couvert d’anonymat a décrit Ghalibaf comme un conservateur pragmatique, favorable à un rétablissement des relations avec l’Occident tout en préservant le partenariat stratégique de l’Iran avec la Chine.
« Son instinct en matière de politique étrangère ressemble à celui de [l’ancien président modéré] Hassan Rouhani », a déclaré la source, « mais contrairement à Rohani, Ghalibaf veille à ne pas s’aliéner la base conservatrice de la République islamique. »
Selon cette source, l’actuel Guide suprême, Mojtaba Khamenei, partage dans une certaine mesure cette vision stratégique, ce qui a contribué à consolider leur alliance.
« S’ils n’avaient pas eu les mêmes visions et le même état d’esprit, leur alliance n’aurait pas duré aussi longtemps », a déclaré la source, ajoutant que la relation entre Ghalibaf et Mojtaba Khamenei n’a cessé de s’approfondir depuis le début des années 2000.
« Ils sont progressivement devenus une équipe politique », a déclaré la source, évoquant de rares apparitions publiques au cours desquelles les deux hommes ont été photographiés assis côte à côte lors de discours de l’ancien Guide suprême Ali Khamenei.
Selon la source, ce partenariat a aidé Ghalibaf à résister à la vague croissante de réactions hostiles des partisans de la ligne dure depuis le début des négociations qu’il mène avec les États-Unis.
« À la suite du premier cycle de pourparlers avec les États-Unis à Islamabad, des figures de la ligne dure se sont tournées vers Mojtaba, accusant Ghalibaf d’avoir franchi les lignes rouges de l’Iran », a-t-elle précisé.
Cette tentative a échoué, a ajouté la source, Mojtaba continuant à soutenir Ghalibaf et le nommant par la suite représentant spécial de la République islamique en Chine, une nomination qui témoigne du soutien considérable dont bénéficie Ghalibaf de la part du nouveau dirigeant.
Pilier de l’appareil de sécurité iranien
Le parcours militaire et politique de Ghalibaf ne le prédestinait toutefois pas à s’attirer les foudres des conservateurs en tentant de trouver une solution diplomatique à la guerre lancée par les États-Unis et Israël fin février.
Vétéran de la guerre Iran-Irak, Ghalibaf a rejoint le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), alors nouvellement créé, alors qu’il avait une vingtaine d’années, et a combattu en première ligne, où il a perdu son frère.
Ses états de service sur le champ de bataille ont accéléré son ascension dans la hiérarchie militaire, et dès les années 1990, il avait occupé plusieurs postes de haut rang au sein du CGRI avant d’être nommé commandant de l’armée de l’air du CGRI.
Un épisode marquant de sa carrière militaire s’est produit lors des manifestations étudiantes de juillet 1999, lorsque les forces de sécurité ont violemment dispersé les manifestations déclenchées par la fermeture du journal réformiste Salam.
En tant que commandant de l’armée de l’air du CGRI, Ghalibaf figurait parmi les 24 hauts responsables du CGRI qui ont signé une lettre au ton ferme mettant en garde le président de l’époque, Mohammad Khatami, contre toute tolérance à l’égard de nouveaux troubles.
Ghalibaf a révélé par la suite que c’était lui et le défunt commandant de la Force Qods du CGRI, Qassem Soleimani, qui avaient rédigé la lettre et recueilli les signatures.
Un an plus tard, à seulement 39 ans, il a été nommé chef des Forces de l’ordre iraniennes (Naja), devenant ainsi l’un des plus jeunes hauts responsables de la sécurité du pays.
Il a ensuite dirigé le Quartier général de la lutte contre la contrebande sous la présidence de Khatami.
Au cours de son mandat de chef de la police, Ghalibaf s’est fait le champion des efforts de modernisation, notamment en équipant les forces de l’ordre de véhicules importés, une initiative qu’il considère comme l’une de ses principales réalisations.
Ghalibaf est ensuite passé de la politique militaire à la politique électorale, se lançant dans trois campagnes présidentielles. Il a été battu en 2005 et en 2013, puis s’est retiré en faveur d’Ebrahim Raisi en 2017 afin de consolider le vote conservateur.
Selon une source politique qui s’est confiée à MEE sous couvert d’anonymat, Ghalibaf avait l’intention de se présenter à l’élection présidentielle contestée de 2009, mais le Guide suprême Ali Khamenei lui a demandé de ne pas se lancer dans la course.
La source a indiqué que Ghalibaf avait plutôt mis son infrastructure de campagne à la disposition du candidat réformiste Mir-Hossein Mousavi dans sa lutte contre le président sortant Mahmoud Ahmadinejad, auquel s’opposaient d’autres conservateurs.
Les liens étroits de Ghalibaf avec Soleimani ont également façonné son parcours politique. Selon une source conservatrice bien informée de cette relation, Soleimani aurait soutenu en privé la candidature présidentielle de Ghalibaf en 2013.
*Source : Chronique de Palestine