Par F. Ouriaghli (revue de presse : La Quotidienne.ma – 5 juillet 2026)*
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Le monde est en train d'abandonner Gaza. A mesure que les regards se tournent vers les discussions entre Washington et Téhéran sur l'après-guerre au Moyen-Orient, le drame palestinien disparaît progressivement de l'agenda international.
Comme si les souffrances de plus de deux millions d'habitants pouvaient être reléguées au second plan au gré des priorités diplomatiques.
Comme si une guerre qui a fait plus de 73.000 morts, selon le ministère de la Santé de Gaza, dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU, pouvait soudain devenir un simple dossier parmi d'autres.
Pourtant, rien n'est terminé. La guerre a simplement cessé d'occuper les Unes. Le cessez-le-feu instauré en octobre 2025 reste extrêmement fragile. Depuis son entrée en vigueur, plus de 1.045 Palestiniens ont encore été tués, selon les autorités sanitaires de Gaza.
Les frappes israéliennes se poursuivent presque quotidiennement. Les échanges de tirs n'ont jamais totalement cessé. Les deux camps s'accusent mutuellement de violer la trêve.
Sur le terrain, la réalité est implacable. Plus de 60% de la bande de Gaza sont toujours occupés par l'armée israélienne. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a même ordonné, fin mai, l'extension du contrôle militaire jusqu'à 70% du territoire. Son ministre de la Défense affirme désormais que les forces israéliennes resteront à Gaza «pour une durée indéterminée», au nom de la sécurité d'Israël.
Dans le même temps, la reconstruction demeure largement virtuelle. Des réunions se tiennent au Caire, à Chypre ou à Doha. Des technocrates élaborent des plans de gouvernance. Des médiateurs multiplient les consultations. Des promesses sont faites aux bailleurs internationaux. Mais, sur le terrain, les habitants continuent de vivre parmi les ruines.
Le monde regarde ailleurs.
Cette évolution révèle une vérité peu flatteuse des relations internationales : les drames humains semblent avoir une durée de vie médiatique limitée.
Tant que Gaza constituait le cœur de la confrontation régionale, les chancelleries s'en préoccupaient.
Aujourd'hui, les négociations entre les Etats-Unis et l'Iran, les équilibres stratégiques avec le Liban ou les rapports de force régionaux occupent toute l'attention.
Le symbole est frappant. Le protocole d'accord conclu entre Washington et Téhéran pour mettre un terme à la guerre régionale ne contient pratiquement aucune avancée concernant Gaza.
La priorité est désormais ailleurs. Même l'Iran, pourtant soutien historique du Hamas, semble avoir relégué le dossier palestinien derrière ses propres intérêts géopolitiques.
Cette mise à l'écart ne résulte pas d'un règlement du conflit, mais de l'absence d'une solution politique crédible.
Israël exige le désarmement complet du Hamas avant toute évolution institutionnelle. Le Hamas refuse de déposer les armes sans garanties sur la mise en place d'une nouvelle autorité palestinienne. Chacun campe sur ses positions.
Entre les deux, la population civile demeure prisonnière de l’impasse politique.
Le paradoxe est cruel. Mille jours après l'attaque du 7 octobre 2023, qui avait coûté la vie à 1.221 personnes en Israël, principalement des civils, et conduit à l'enlèvement de 251 otages, les blessures restent ouvertes des deux côtés.
En Israël même, les familles des victimes réclament toujours une commission d'enquête nationale pour établir les responsabilités politiques et militaires.
Les manifestations contre le gouvernement de Benjamin Netanyahu se poursuivent, révélant une société profondément divisée.
Pendant que les responsables politiques discutent de sécurité, de désarmement ou d'équilibres régionaux, Gaza continue de compter ses morts, ses déplacés et ses destructions.
Le plus inquiétant est peut-être cette banalisation progressive de la tragédie. A force de durer, elle finit par ne plus scandaliser. L'urgence devient routine. Les ruines deviennent le décor permanent. Les victimes disparaissent derrière les calculs diplomatiques.
Une guerre oubliée n'est pourtant jamais une guerre terminée. Elle est souvent une guerre que l'on laisse s'enkyster jusqu'à la prochaine explosion.
Le Moyen-Orient ne retrouvera pas une paix durable en laissant Gaza dans cet état de suspension permanent.
Car aucune stabilité régionale ne peut durablement reposer sur un territoire dévasté, une population abandonnée et un conflit dont personne ne semble aujourd'hui avoir le courage politique de traiter les causes profondes.
Et l'histoire enseigne que les tragédies que l'on choisit d'ignorer finissent toujours par revenir avec une violence redoublée.
*Source : La Quotidienne.ma