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Par Ibrahim El Hadj (revue de presse : Afric Telegraph - 5 octobre 2026)*
À Bagdad, la question de l’ambassade américaine revient au centre du débat politique. Une coalition de forces parlementaires, portée par les composantes du Cadre de coordination chiite et par des figures proches de la Résistance irakienne, exige une réduction drastique du périmètre, des effectifs et des missions de la mission diplomatique des États-Unis installée dans la Zone verte. Pour ses promoteurs, cette campagne vise à démanteler ce qu’ils qualifient de « forteresse » étrangère érigée au cœur de la capitale irakienne, bien au-delà des usages consulaires classiques.
Une emprise diplomatique sans équivalent dans la région
Inaugurée en 2009, l’ambassade des États-Unis à Bagdad s’étend sur plus de 42 hectares et abrite plusieurs milliers de personnels, entre diplomates, sous-traitants et agents de sécurité privée. Sa taille, régulièrement présentée comme la plus importante du dispositif diplomatique mondial de Washington, nourrit depuis plus d’une décennie la contestation d’une partie de la classe politique irakienne. Les détracteurs du site évoquent une concentration anormale de moyens, incluant des capacités de renseignement et de protection rapprochée, difficilement justifiables par la seule activité consulaire.
Le dossier a resurgi à la faveur des tensions régionales nées de la guerre à Gaza et des frappes croisées entre groupes armés irakiens et forces américaines déployées en Irak et en Syrie. Plusieurs parlementaires rappellent que le périmètre de l’ambassade a servi, à plusieurs reprises, de point d’ancrage à des opérations militaires, notamment celle qui a abouti à l’élimination du général iranien Qassem Soleimani et du dirigeant du Hachd al-Chaabi Abou Mahdi al-Mouhandis en janvier 2020, près de l’aéroport international de Bagdad.
Un bras de fer parlementaire et diplomatique
La démarche en cours se veut institutionnelle. Les députés engagés dans l’initiative plaident pour un réexamen complet de l’accord-cadre stratégique signé en 2008 entre Bagdad et Washington, texte qui fixe les paramètres de la coopération politique, sécuritaire et économique entre les deux États. Ils réclament une révision du nombre de diplomates accrédités, un plafonnement des sociétés privées de sécurité opérant sous couvert diplomatique et une restitution partielle du foncier occupé dans la Zone verte, enclave ultra-sécurisée qui concentre également le siège du gouvernement et plusieurs institutions souveraines.
Les promoteurs du texte s’appuient sur la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, qu’ils estiment contournée par l’ampleur du dispositif américain. Ils dénoncent une « extraterritorialité de fait » qui, selon eux, échappe au contrôle des autorités irakiennes. Du côté du gouvernement de Mohamed Chia al-Soudani, la ligne est plus prudente : l’exécutif tente de ménager ses relations avec Washington tout en répondant à la pression de ses alliés politiques, dont plusieurs réclament également le retrait complet de la coalition internationale conduite par les États-Unis.
Washington sous pression régionale
Pour les États-Unis, l’enjeu dépasse la seule question immobilière. L’ambassade de Bagdad constitue un relais stratégique pour le suivi des dossiers iranien, syrien et kurde, ainsi que pour la coordination avec les forces américaines encore présentes sur le sol irakien. Toute réduction significative de son format serait interprétée comme un recul politique dans un environnement régional déjà marqué par la montée en puissance de l’axe conduit par Téhéran et par la contestation de la présence militaire occidentale au Levant.
Les partisans de la contestation mettent en avant un argument de souveraineté : l’Irak, selon eux, ne saurait tolérer sur son territoire une emprise étrangère disproportionnée, alors même que les forces de sécurité nationales ont reconstitué leurs capacités depuis la défaite territoriale de l’organisation État islamique en 2017. Ils estiment qu’un redéploiement partiel du personnel américain vers Erbil, dans la région autonome du Kurdistan, pourrait constituer une solution de compromis, sans pour autant satisfaire les composantes les plus radicales du paysage politique.
Reste que la trajectoire du dossier dépendra largement de l’évolution du contexte régional, en particulier des arbitrages de la nouvelle administration américaine et de la capacité de Bagdad à parler d’une seule voix. Entre revendication souveraine, calcul partisan et impératif diplomatique, le gouvernement irakien avance sur une ligne de crête. Selon Al Akhbar.
*Source : Afric Telegraph