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Dans un nouveau rapport, l’ONG israélienne B’Tselem affirme que la torture s’est généralisée dans les lieux de détention gérés par l’armée israélienne depuis l’attaque terroriste du Hamas du 7 octobre 2023. L’organisation s’appuie sur les témoignages de 21 anciens détenus palestiniens, relâchés après plusieurs mois d’incarcération, et évoque l’existence de véritables « camps de torture ».
Par RFI (revue de presse – 21 janvier 2026)*
B’Tselem précise, dans ce rapport de janvier 2026, que ces témoignages ne constituent qu’un échantillon. Au total, 21 hommes ont accepté de parler et de révéler leur identité, prenant un risque important, l’armée israélienne n’hésitant pas à menacer d’une nouvelle incarcération ceux qui témoignent, selon l’ONG.
« Injustice et humiliation »
Les anciens détenus décrivent des coups répétés, des privations de soins et de nourriture, mais aussi des violences sexuelles. Plusieurs évoquent des attouchements, des coups portés aux parties génitales, des viols ou des menaces de viols, parfois dirigées contre leurs proches. Certains racontent l’usage d’objets introduits de force dans le rectum, provoquant de graves blessures. Des méthodes destinées, selon eux, à infliger de la douleur, mais aussi à humilier et dégrader.
« J’étais submergé par un sentiment d’injustice et d’humiliation », témoigne ainsi Tamer Qarmut, 41 ans, originaire de Gaza. Comme l’ensemble des personnes interrogées, il a été détenu dans des prisons gérées par l’armée israélienne. Tous étaient incarcérés soit sous le régime de la détention administrative, soit, pour les détenus originaires de Gaza, en vertu d’une loi permettant un emprisonnement pour une durée illimitée sans procédure judiciaire.
Israël fait un usage massif de ces dispositifs depuis octobre 2023, avec le soutien affiché de responsables politiques. Le ministre israélien d’extrême droite Itamar Ben Gvir, chargé de l’administration pénitentiaire, s’est ainsi dit « fier » d’avoir fait des prisons « un enfer ».
Plusieurs témoignages décrivent également un climat de terreur lors des interrogatoires. Des détenus racontent avoir été battus quotidiennement, menacés de mort ou confrontés à des mises en scène macabres. « Parfois, ils nous montraient des sacs mortuaires noirs en nous disant : "C’est la seule façon pour vous de quitter cet endroit" », rapporte Hayel al-Kurd, 40 ans. D’autres évoquent un officier se présentant sous le surnom « Capitaine Enfer », accueillant les détenus par un « bienvenue en enfer ».
Les violences sexuelles apparaissent comme un élément récurrent des récits. Des détenus décrivent des suspensions prolongées, des agressions avec des objets, des humiliations sexuelles, parfois en présence de femmes soldats, ainsi que des menaces explicites de viols à l’encontre de leurs épouses ou de leurs mères.
Détentions sans procès et critiques internationales
Le rapport pointe également l’usage d’une législation israélienne permettant la détention indéfinie de Palestiniens de Gaza sans inculpation ni procès. La loi sur l’incarcération des combattants illégaux accorde à l’armée de vastes pouvoirs pour emprisonner toute personne soupçonnée d’avoir participé à des hostilités contre Israël ou de représenter une menace pour la sécurité de l’État, sans obligation de produire des preuves.
Cette loi est vivement critiquée par les organisations de défense des droits humains. « Elle permet une torture généralisée et, dans certains cas, institutionnalise les disparitions forcées», a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International. Selon elle, les autorités israéliennes utilisent ce texte pour plonger des civils palestiniens « dans une sorte de trou noir », sans procédure régulière ni garanties contre les mauvais traitements.
*Source : RFI