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Illustration © Zeinab al-Hajj pour Almayedeen English
Par Robert Inlakesh (revue de presse : Al Mayadeen - 23 juillet 2025)*
Les Israéliens sont désormais dans une impasse, car leur régime extrémiste et suprémaciste juif ne correspond plus aux valeurs de la majorité des populations occidentales.
L'époque où les partisans de la droite défendaient unanimement le régime israélien au nom de la “civilisation occidentale” et de l'unité contre le “terrorisme islamique” semble révolue. Cette situation constitue une défaite majeure pour le lobby sioniste et remet en question l'avenir du régime.
La propagande israélienne était autrefois quasi incontestée en Occident, seule une petite partie de la gauche américaine entretenant une solidarité avec la cause palestinienne. En Europe, le soutien à la Palestine a toujours été beaucoup plus important, principalement en raison des mouvements et traditions socialistes de longue date alignés sur les luttes du Sud. Mais aujourd'hui, tant en Europe occidentale qu'en Amérique du Nord, le consensus est antisioniste.
“Une terre sans peuple pour un peuple sans terre”, et “les Juifs avaient besoin d'un endroit après l'Holocauste” ont autrefois captivé l'imaginaire d'une grande partie de l'opinion publique occidentale, qui croyait aux mythes fondateurs du régime sioniste. Lorsque ces notions ont commencé à se déliter, à savoir que la Palestine serait vide et que les Palestiniens devraient céder leurs maisons aux Juifs européens en raison de la persécution de ce groupe minoritaire par l'Europe, les arguments de l'ennemi et de la civilisation communs sont alors apparus.
La première excuse pour justifier l'existence de l'État d'Israël repose sur un appel à des considérations morales jouant sur la culpabilité collective de l'Occident, mais elle fournit également une solution pratique a priori éthique et justifiée. Finalement, cet argument a perdu toute crédibilité à gauche, car les faits démontrent que le régime sioniste s'est bâti sur des atrocités, et que la terre de Palestine était non seulement peuplée, mais abritait une culture florissante et un peuple enraciné depuis des milliers d'années.
Néanmoins, l'ignorance collective de la grande majorité de la population américaine a permis aux propagandistes israéliens de continuer à défendre leur cause en se basant sur une prétendue “légitimité morale”.
Au fur et à mesure que leur discours perdait en crédibilité auprès d'un public de gauche plus éduqué, une autre série d'arguments a émergé, notamment celui selon lequel “Israël” serait le fer de lance d'une lutte mondiale contre “l'extrémisme islamique” et le “terrorisme”. Voilà pourquoi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré un jour que les attentats du 11 septembre 2001 ont été bénéfiques pour le régime sioniste.
Le projet sioniste a été fondé à l'origine par des suprémacistes ethniques laïques, pour qui le reste du monde occidental, dont ils estimaient faire partie, était fondé sur des valeurs occidentales de l'époque. Du fait de la domination totale du paysage médiatique à l'époque, très peu d'informations autres que celles divulguées par les États-Unis et le Royaume-Uni à leur population ont été publiées à l'intention de leurs propres citoyens.
Des failles sont toutefois apparues dans ce discours au fil du temps, mais la réalité sur le terrain n'a commencé à être prise en compte qu'au début de la première Intifada, en 1987, lorsque les images d'enfants jetant des pierres sur des chars d'occupation ont fait le tour du monde.
L'invasion du Liban par Israël en 1982, au cours de laquelle l'État sioniste a assassiné entre 15 000 et 20 000 Palestiniens et Libanais, pour la plupart des civils, a certainement marqué un tournant dans la perception mondiale, mais n'a pas ébranlé l'opinion publique occidentale.
Chacune des grandes offensives israéliennes contre la bande de Gaza depuis les élections de 2006 ayant porté le Hamas au pouvoir, ainsi que la progressive désintégration des pourparlers de paix entre Tel-Aviv et l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), ont progressivement modifié la perception internationale. La situation est devenue si flagrante que des groupes libéraux de défense des droits humains, comme Amnesty International, ont fini par accuser les Israéliens d'apartheid.
Après le 7 octobre 2023, l'opinion publique de gauche est devenue, comme on pouvait s'y attendre, massivement pro-palestinienne. Cependant, le changement majeur s'est produit à droite, où les Israéliens n'ont pas réussi à contenir l'indignation de voir les nations occidentales financer les atrocités perpétrées depuis 22 mois sans interruption.
Pourquoi ce revirement soudain de la droite occidentale ?
Lorsque le Hamas a lancé l'opération Al-Aqsa Flood en octobre 2023, les Israéliens ont immédiatement lancé une campagne de propagande adaptée au public de droite. Même les canulars du 7 octobre, comme les mensonges sur les bébés décapités et les viols collectifs, étaient destinés à alimenter les représentations islamophobes des musulmans et des Arabes.
L'objectif des propagandistes sionistes était clair : présenter l'ensemble de la population de Gaza comme des fondamentalistes islamiques cherchant à anéantir la “civilisation occidentale”. Il fallait donc diffuser un discours selon lequel les Palestiniens sont des “barbares” venus envahir “Israël” et commettre des massacres de bébés juifs et des viols collectifs.
Dans l'Occident post-11 septembre, cette stratégie a peut-être fonctionné. Ce discours anti-islamique, fondé sur une ignorance généralisée, a convaincu la plupart des Américains que l'invasion illégale de l'Irak en 2003 était justifiée. Les mensonges qui ont précédé l'invasion de l'Irak ont servi à persuader le peuple que la “guerre contre le terrorisme” était justifiée.
Cependant, même parmi les partisans de la droite, la guerre en Irak est désormais considérée comme une erreur catastrophique, une “guerre éternelle” fondée sur les mensonges des médias mainstream. Lors de la campagne présidentielle de 2016, Donald Trump a pris soin, durant les primaires du Parti républicain, de critiquer Jeb Bush pour la guerre en Irak et de mobiliser sa base contre les conflits coûteux à l'étranger.
Cette opinion est devenue le point de vue populiste de la droite, selon lequel les États-Unis et leurs alliés doivent adopter une approche politique axée sur le pays, privilégiant la patrie, et rejeter le financement par les contribuables des guerres à l'étranger. La notion de “changement de régime” est désormais un mot tabou.
En outre, il ne faut pas oublier que, quelle que soit leur position à droite, y compris chez les nationalistes blancs, ces derniers adhèrent aux valeurs libérales occidentales. Le récent débat télévisé “Jubilee”, au cours duquel le journaliste Mehdi Hassan a débattu avec 20 conservateurs d'extrême droite, en est un excellent exemple.
Si les partisans de la droite étaient en désaccord avec lui sur pratiquement tous les sujets, même ceux qui tenaient ouvertement des propos racistes se sont opposés aux Israéliens et à leurs actions quand la question du nettoyage ethnique à Gaza a été soulevée. Cela montre à quel point l'opinion publique occidentale, en particulier chez les jeunes, a évolué sur la question israélienne.
Il y a deux raisons à cela : d’une part, le flot quotidien d'atrocités commises contre la population innocente de Gaza est tout simplement trop insoutenable, même pour les partisans de la ligne dure de la droite. Et d’autre part, l'influence flagrante du lobby israélien à Washington et dans d'autres capitales occidentales joue un rôle de premier plan.
Ces deux constats sont à prendre en compte, car même si les Occidentaux de droite peuvent adopter des attitudes discriminatoires, ils adhèrent encore largement, dans une certaine mesure, à un système de valeurs libérales. Une grande partie de l'opinion publique occidentale n'est pas prête à accepter de voir défiler chaque jour des images d'enfants mutilés, surtout lorsque ce sont les troupes d'un régime étranger qui les tuent.
On observe également une évolution dans les prises de position de certains commentateurs de droite aux États-Unis, comme Candace Owens et Tucker Carlson, qui défendent souvent des positions nationalistes chrétiennes ou de type “America First” en matière de politique étrangère. Par ailleurs, on observe une montée évidente d'un sentiment anti-israélien traditionnel au sein de l'extrême droite, incarné par des influenceurs sur les réseaux sociaux comme Nick Fuentes.
Si le scénario anti-musulman israélien joue un rôle ici, les principaux promoteurs d'un “choc des civilisations” ou d'une “prise de pouvoir islamique” sont rapidement discrédités et dénoncés comme des agitateurs à la solde du régime sioniste. Prenons l'exemple de Douglas Murray, qui a bâti sa carrière en dénigrant les musulmans façon pseudo-intellectuelle. Lorsqu'il a été pris à partie dans l'émission Joe Rogan Experience, il est devenu la risée de tous. Il en va de même pour Jordan Peterson, tombé dans l'oubli après avoir pris le parti des Israéliens.
On est en droit de se demander si les propos des commentateurs de droite sont sincères. Mais cette question n'est pas vraiment pertinente. Même si ce revirement est purement opportuniste, il montre que ces commentateurs, journalistes et personnalités des médias ont pris conscience des aspirations de leur public et y ont réagi. D'autre part, ceux qui persistent à défendre les sionistes sont presque toujours financés par eux.
La guerre en Ukraine a également influencé une grande partie des électeurs de droite sur la question des dépenses militaires à l'étranger. Bien que la base MAGA de Donald Trump se soit mobilisée contre la décision du Parti démocrate d'utiliser l'argent des contribuables pour financer l'effort de guerre de Kiev contre la Russie, le débat a rapidement bifurqué sur l'aide apportée par Washington à son allié israélien.
Les Israéliens semblent désormais dans l'impasse, car leur régime extrémiste suprémaciste juif ne correspond plus aux valeurs de la majorité des populations occidentales. Même les tentatives d'attiser la peur des musulmans ne sont plus aussi efficaces qu'auparavant. Cela n'augure rien de bon pour l'avenir de l'entité sioniste, car que l'on soit de gauche, révolté par le bombardement d'hôpitaux, ou de droite, indigné par l'influence de Tel-Aviv à Washington, les jeunes générations d'électeurs ne soutiennent plus Israël.
*Source : Al Mayadeen
raduit par Spirit of Free Speech