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Julien Cabral, un Belge de 57 ans, est revenu sur la façon dont les militants propalestiniens ont été traités après l’interception des bateaux de la « flottille » par Israël.
Par Le HuffPost avec AFP (revue de presse – 22 mai 2026)*
« Ils traitent mieux leurs animaux ». Des militants propalestiniens de la « flottille pour Gaza » expulsés d’Israël sont arrivés le jeudi 21 mai à l’aéroport international d’Istanbul, où la Turquie a évacué par vols spéciaux 422 personnes, dont 85 citoyens turcs, et déployé des médecins et ambulances.
Parmi eux, Julien Cabral a témoigné des violences infligées par les forces israéliennes aux membres d’équipage de la cinquantaine de bateaux arraisonnés par les militaires de l’État hébreu, lundi en Méditerranée.
L’œil cerclé de violet, une plaie à la tempe gauche et une omoplate blessée, ce Belge de 57 ans se trouvait à bord d’un petit voilier parti de Turquie avec six autres personnes – un Italien, un Belge, un Malaisien, un Finlandais, un Canado-Palestinien et un Sud-Africain.
Lundi, une dizaine de membres des forces israéliennes les ont interceptés dans les eaux internationales à plus de 500 km des côtes israéliennes. « Ils ont d’abord brouillé les communications puis sont montés à bord, en pleine journée, avec des fusils et ont tiré des balles en plastique, seulement pour s’amuser », relève-t-il. « On a su qu’on était le douzième navire intercepté ».
« J’ai pris un coup de poing sur la tempe gauche »
« On a été surpris, il y avait des corvettes partout autour de nous. Ils sont intervenus avec beaucoup de violence alors qu’on avait tous les mains en l’air ». Selon lui, il s’agissait de commandos de marine : « on les connaît », dit-il. « Moi, j’étais le second sur le bateau. Notre capitaine, un Italien, était encore debout et ils l’ont directement visé. Moi j’ai pris un coup de poing sur la tempe gauche », affirme-t-il.
« Puis ils nous ont transférés, toujours avec violence, les mains serrées par des colliers en plastique sur ce navire-prison, dans des conteneurs. Je les ai entendus dire, en anglais, “let’s have some fun” [amusons-nous, ndlr] », poursuit-il. « Pendant trois jours, on a demandé à voir un médecin. Ils répondaient “plus tard, plus tard”… », affirme-t-il.
D’après Julien Cabral, les forces israéliennes « ont confisqué les médicaments d’une personne qui souffrait d’épilepsie ». Le militant rapporte, en montrant ses propres côtes et bras, qu’« à bord du bateau le “Sirius”, sept personnes à elles seules totalisent 35 fractures »
À bord, les militaires leur ont lancé du pont supérieur des cartons remplis de pain et d’eau « mais pas en quantité suffisante ». « On devait être 200… On a demandé davantage d’eau, du papier-toilette, des tampons pour les femmes, il fallait tout réclamer ».
Des heures « pliés en deux » avec « les menottes trop serrées »
Débarqués mercredi et emmenés en fourgons cellulaires, entassés, près d’Ashdod, dans le sud d’Israël, ils ont été jetés en cellule, « les menottes toujours trop serrées, pliés en deux pendant des heures : on ne pouvait rien voir, ils appuyaient sur notre nuque », mime-t-il. « Et ça continuait à donner des claques, à insulter… Des gens riaient avec eux, jouaient l’hymne israélien. Ils étaient particulièrement durs avec les Jordaniens, les Tunisiens », détaille-t-il.
Mercredi, le ministre israélien de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite, a provoqué un tollé à l’étranger, mais également au sein de son gouvernement, en publiant une vidéo de dizaines de militants agenouillés et les mains liées. Une jeune femme qui crie « Libérez la Palestine » au passage du ministre se retrouve la tête pressée vers le sol par les services de sécurité.
« Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous », lance-t-il triomphalement dans cette vidéo publiée sur sa chaîne Telegram. Les images diffusées ne sont « pas conformes aux valeurs d’Israël », a déclaré le chef de la diplomatie Gideon Saar, accusant Itamar Ben Gvir d’avoir « sciemment nui » à l’image du pays avec « ce spectacle honteux ». L’intéressé a défendu au contraire « une grande source de fierté ».
« C’est ce que vivent en permanence les Palestiniens »
Jeudi matin, les militants propalestiniens ont finalement été transférés à l’aéroport de Ramon, près d’Eilat, dans le sud d’Israël. « Là, on a encore eu droit aux insultes », dénonce Julien Cabral. Le Belge compte regagner son pays ce vendredi, après avoir enfin vu un des médecins qui attendaient les évacués. Et compte repartir avec la prochaine flottille. « Sûr et certain. On va continuer », jure-t-il.
Bilal Kitay, un Turc originaire de Bingöl, une ville en majorité kurde de l’est de la Turquie, serre son épouse dans ses bras. À 44 ans, il vient de boucler sa deuxième mission avec la « Flottille pour Gaza », à bord d’un voilier en compagnie d’une dizaine de militants. Il est formel : cette interception par les forces israéliennes était « beaucoup, beaucoup plus violente que la précédente », en avril.
« Ils nous ont attaqués, chacun de nous a été battu, les femmes comme les hommes, beaucoup hurlaient. Mais vraiment, ça n’a aucune importance. C’est ce que vivent en permanence les Palestiniens », affirme Bulal Kitay. « Malheureusement, ils traitent mieux leurs animaux. Eux seuls se considèrent comme des humains », martèle-t-il avec la ferme intention de repartir par le prochain convoi.
*Source : huffingtonpost