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France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak et du Golfe à l'Atlantique. Traduction d'articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne.


Les États-Unis, vers une nouvelle défaite?

Publié par Gilles Munier sur 25 Mars 2026, 06:46am

Les grandes guerres menées par les États-Unis se déroulent de plus en plus mal pour Washington.

Par François Brousseau (revue de presse : Le Devoir – 23 mars 2026)*

Dans ce conflit, les déclarations de Donald Trump vont dans toutes les directions. Elles ne donnent aucune idée de ce qui se passe vraiment. D’où l’hypothèse que cette guerre ne se déroule pas aussi bien qu’on le voudrait à Washington et à Jérusalem. Et que la partie iranienne paraît bien plus capable de patience et d’endurance que la partie américaine.

Un matin, le président annonce que les objectifs de la guerre sont « presque atteints », que « le régime est anéanti ». Le lendemain, de la même bouche, sort la phrase « la guerre durera le temps qu’il faudra ». Il parle de « la destruction totale des capacités de lancement de missiles » de l’ennemi iranien… alors même que des tirs continuent à frapper Israël ou des États du golfe Persique.

Même une interprétation de ces déclarations comme de l’« intox », qu’il suffirait alors de décoder pour en tirer de l’information fiable, est douteuse. On est davantage dans l’aléatoire, le déjanté et les rodomontades… que dans la formulation calculée et calibrée.

Si les éructations fantaisistes en provenance du sommet à Washington n’informent que très peu, ce n’est peut-être pas le cas de ce qui provient de Jérusalem.

En effet, cette guerre est inspirée et menée tout autant par Israël que par les États-Unis. Sans entrer dans les considérations sur de possibles « manipulations du naïf Trump » par « l’ingénieux Nétanyahou qui désirait absolument cette guerre », on peut faire l’hypothèse que les évaluations en provenance de Jérusalem sont moins éloignées du réel.

Même si les annonces d’éliminations successives de dirigeants iraniens ont pu susciter en Israël une jubilation irrationnelle et un optimisme excessif, on a entendu la semaine dernière le premier ministre envisager, pour la première fois, la possibilité d’un maintien du régime actuel en Iran et l’impossibilité de le renverser par les seules frappes aériennes : « Après tout, un régime doit s’effondrer de l’intérieur », a déclaré Nétanyahou.

Le spécialiste des questions de sécurité du journal israélien Haaretz, l’excellent Amos Harel, va plus loin. Il relève que, depuis juin 2025, plus de la moitié des hauts dirigeants iraniens ont été tués… mais, demande-t-il, quel bénéfice les Israéliens en ont-ils tiré ? L’analyste écrit que « le régime de Téhéran fait preuve d’une résilience et d’une volonté de poursuivre le combat remarquables ».

Ce régime pourrait même, s’il est toujours en place dans quelques semaines, et du simple fait de sa survie, crier victoire dans une guerre résolument « horizontale et asymétrique », qu’il avait manifestement bien planifiée, autour du goulot d’étranglement du détroit d’Ormuz. « L’espoir de renverser le régime reposait sur un optimisme excessif ; Israël est forcé d’abaisser ses attentes », conclut Harel.

***

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, en excluant plusieurs interventions militaires ponctuelles (ou « manœuvres de l’ombre » des services secrets), les États-Unis ont participé à cinq guerres majeures… presque toutes perdues. Ni en Corée (1950-1953), ni au Vietnam (1955-1975), ni en Afghanistan (2001-2021), ni en Irak (2003-2011), le colosse américain n’a atteint ses objectifs.

La première s’est soldée par un armistice, sans modifier l’équilibre des forces. Kim Jong-un, héritier de l’indéboulonnable dictature communiste nord-coréenne, en est la preuve. Dans les autres confits, les États-Unis ont dû se retirer de manière plus ou moins humiliante.

Seule la première guerre du Golfe (1990-1991), lancée par George Bush père pour mettre fin à l’invasion irakienne du Koweït, peut être considérée comme une franche réussite.

Mais Washington a par la suite estimé la mission inachevée, et Bush fils a attaqué l’Irak en 2003 pour renverser le régime de Saddam Hussein. L’objectif immédiat a été atteint, mais le pays s’est ensuite enlisé dans une guerre atroce, achevée par un retrait en 2011. Sans stabiliser l’Irak ni en faire un allié fiable.

Sur le plan économique (pétrolier), la Chine a été la gagnante à retardement de cette guerre… tandis que l’Iran des ayatollahs en a largement profité pour étendre son influence à Bagdad.

Il convient de s’attarder un instant sur la guerre de 1991, première véritable intervention américaine au Moyen-Orient. Pour chasser l’armée irakienne du Koweït, les États-Unis n’avaient pas improvisé.

Ils avaient d’abord constitué une vaste coalition internationale d’une quarantaine de pays — allant de l’Europe aux États arabes (même la Syrie). Et obtenu ensuite un vote au Conseil de sécurité de l’ONU pour « rétablir les frontières » du Koweït.

L’opération se déroula rondement, bien qu’au prix du massacre de dizaines de milliers de soldats irakiens. Après la défaite de l’armée de Saddam Hussein, certains auraient souhaité poursuivre l’offensive jusqu’à Bagdad. Sagement, Bush père s’arrêta à la frontière, là où s’achevait le mandat légal des Nations unies.

Par contraste, les équipées suivantes (Afghanistan, Irak II, Iran) présentent une détérioration graduelle des déploiements militaires américains, que ce soit en matière de légitimité, de légalité et (on le verra sans doute en 2026) d’efficacité.

Après le 11 Septembre, les États-Unis avaient obtenu de larges appuis dans une communauté internationale sympathique à Washington. Même s’il n’y eut pas, comme en 1990, de vote à l’ONU pour autoriser l’usage de la force, l’OTAN avait invoqué le fameux article 5 en solidarité avec les États-Unis, et cette intervention pour chasser les talibans complices d’al-Qaïda parut largement légitime.

Ce qui n’empêcha pas, après 20 ans d’une reconstruction inégale du pays, le retour des talibans au pouvoir. Ultime humiliation des États-Unis, préparée par un accord hâtif et brouillon signé par Donald Trump en 2020.

L’Irak en 2003 puis l’Iran aujourd’hui sont des guerres déclenchées pour des motifs imaginaires, variables ou inconnus. D’une légitimité largement contestée, d’une efficacité aléatoire. L’avenir proche nous dira si cette guerre américano-israélienne en Iran peut être interprétée comme une sorte d’aboutissement de ce processus de décomposition.

François Brousseau est chroniqueur international, l'auteur travaille à Ici Radio-Canada. Pour joindre l’auteur : francobrousso@hotmail.com

*Source : Le Devoir

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