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Par Bernard Cornut (23 mars 2026)*
Après son discours à l’université de Bir Zeyt en Cisjordanie occupée, sa voiture avait été caillassée. A cause de ses vues sommaires sur le parti libanais Hizbollah, dues à sa faible connaissance des détails du conflit palestino-israélien. Lors du vol vers Tel-Aviv, Jospin avait été approché par un diplomate qui lui dit « J’ai participé au dossier, je suis à votre disposition si vous voulez ». Jospin rétorqua « Je n’ai pas lu le dossier, j’y vais avec le cœur ». Vers l’Orient compliqué, il allait sans rien, seulement ses impressions contaminées par la propagande insidieuse diffusée par les grands médias occidentaux. Cela ne peut pas aider à comprendre et à trouver un chemin crédible pour sortir d’une tragédie dans sa complexité historique, économique et humaine.
Le 21 avril 2002 à 20h tombaient les résultats du 1er tour de l’élection présidentielle ; une foule de supporteurs socialistes attendait face à l’immeuble loué pour la campagne du candidat Jospin. J’étais là aussi mais comme observateur critique de sa campagne. La foule attendait la déclaration de Jospin, annoncé n° 3, éliminé du 2ème tour, laissant la place à Le Pen face à Chirac.
J’étais critique car cette semaine passée, j’avais noté au journal télévisé 2 brèves séquences liées : José Bové, le bouillant syndicaliste écologiste, avait été filmé s’opposant vocalement à un barrage israélien en Cisjordanie occupée, on lui barrait la route près de Bethléem, je crois. Le lendemain, au même journal, on vit Dominique Strauss-Kahn, alors directeur de la campagne de Jospin, se moquer de José Bové « qui faisait le mariole chez les Palestiniens », à peu près ça. Je pensais que Jospin avait ainsi perdu 3 ou 400 000 voix. J’ai donc crié plusieurs fois très fort « Les sionistes ont perdu ! Bové président. Strauss-Kahn à Ramallah ». Yasser Arafat était alors assiégé dans ses bureaux de l’Autorité Palestinienne. Les militants socialistes ne purent me faire taire ; ils attendaient la déclaration de Jospin, les médias présents aussi. J’ai discuté un peu avec le caméraman d’Al Jazeerah qui était là. Il me dit « Ana falestini, min Halap » (Je suis Palestinien, d’Alep). Jospin apparut et déclara qu’il allait démissionner et quitter la vie politique à la fin de cette élection.
En France et aux Etats-Unis, la politique étrangère n’est guère discutée durant les campagnes présidentielles, le conflit palestino-israélien encore moins. Pourtant c’est une question clé pour le monde, dans le domaine géopolitique et économique. Les politiques de transition énergétique ne peuvent pas être stables, globales et efficaces sans une paix juste au Moyen-Orient, car sinon le prix du baril fera toujours du yoyo.
En France ce sujet divise les socialistes depuis cent ans. Dès qu’un projet d’analyse et de position sur ce conflit est en circulation parmi les cadres du PS, s’il propose des vues critiques sur le sionisme et l’occupation, et surtout des mesures sérieuses d’action, le projet est censuré et son auteur principal doit quitter, ou être écarté, mis de côté des cercles de décision. C’est arrivé à Alain Chenal dans les années 80, à Edgard Pisani dans les années 90, puis à Pascal Boniface. Aujourd’hui le chef du PS, Olivier Faure, ne peut pas dire clairement en public ce qu’il pense profondément : un génocide est en cours à Gaza. Son rival dans la gauche, Jean-Luc Mélenchon, et tous les députés et députés européens de LFI peuvent le dire publiquement, au risque de se faire accuser faussement d’antisémitisme. Cette dissension au sein de la gauche, y compris les écologistes, doit être discutée et clarifiée avant l’élection présidentielle de 2027. Sinon, la droite extrême risque d’accéder au pouvoir. Certains des futurs candidats devront apprendre les détails de l’histoire du Moyen-Orient et aller vers une position fondée sur le droit international et son application, sans faire 2 poids et 2 mesures, s’ils ne veulent pas rejoindre les poubelles d’une histoire honteuse.
*Bernard CORNUT est polytechnicien, expert en énergie, environnement et Moyen-Orient, auteur et réalisateur chapitre7@orange.fr
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