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France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak et du Golfe à l'Atlantique. Traduction d'articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne.


L’AIPAC, le lobby pro-israélien désormais synonyme de handicap politique

Publié par Gilles Munier sur 14 Novembre 2025, 08:57am

Catégories : #AIPAC, #Gaza, #Trump, #Netanyahou

Par Michael Arria (revue de presse: Mondoweiss - 12 novembre 2025)*

Pendant des années, l’AIPAC a joué un rôle clé dans la politique américaine en finançant massivement les campagnes électorales, mais aujourd’hui, les candidats potentiels prennent leurs distances avec l’organisation. Quel est l’avenir du lobby alors qu’Israël constitue un handicap politique avec le génocide de Gaza ?

Le mois dernier, Seth Moulton, représentant démocrate du Massachusetts et candidat à la succession d’Ed Markey au Sénat, a officiellement annoncé son intention de ne plus accepter les dons de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) et de restituer l’argent déjà reçu de l’organisation.

Cette décision a suscité des remous, car Moulton est loin d’être un politicien pacifiste. En plus d’être un partisan de longue date d’Israël, l’ancien Marine a fait pression pour que les Houthis soient considérés comme une organisation terroriste et s’est abstenu de critiquer les frappes menées en juin par l’administration Trump contre l’Iran.

Moulton est désormais le quatrième membre de la Chambre des représentants à faire volte-face sur les dons de l’AIPAC, rejoignant ainsi les représentants Morgan McGarvey (D-KY), Valerie Foushee (D-NC) et Deborah Ross (D-NC).

On ignore si ces décisions marquent un changement radical chez les Démocrates, ou s’il s’agit simplement d’un revirement rhétorique. Dans le cas de Moulton, sa déclaration fait spécifiquement référence à ses désaccords avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, tout en ne fermant pas la porte à une réconciliation avec l’AIPAC si le gouvernement israélien devait être remplacé. Quelques semaines seulement après cette annonce fracassante, une source proche du dossier a déclaré à Jewish Insider que c’est Moulton qui aurait courtisé l’AIPAC pour obtenir son soutien dans sa campagne, et qu’il n’aurait choisi de rejeter publiquement l’organisation que parce qu’elle n’aurait pas donné suite à sa demande.

Il est toutefois indéniable que les accusations visant ce puissant groupe de pression se sont multipliées dans le débat public. Ces dernières semaines, les gouverneurs Josh Shapiro et Gavin Newsom, tous deux candidats démocrates à la présidence, ont été invités à s’exprimer sur le sujet.

Ces évolutions ne se sont pas limitées à un seul camp. Ces derniers mois, le groupe de pression a été critiqué non seulement par des commentateurs populaires de droite comme Tucker Carlson, mais aussi par des membres républicains du Congrès, tels que Marjorie Taylor Greene et Thomas Massie.

Récemment, l’AIPAC a publié une courte vidéo soulignant que ses activités de lobbying profitent en fin de compte aux Américains, en réponse aux récentes critiques à l’égard d’Israël émanant des conservateurs “America First”.

“Financé par les Américains. Dirigé par les Américains. Renforcer une alliance qui profite à l’Amérique !”,

peut-on lire dans le tweet épinglé de l’organisation qui présente la vidéo.

“La base de l’AIPAC est désormais essentiellement conservatrice, et le groupe est en train de la perdre aussi”, déclare Phil Weiss, fondateur de Mondoweiss, qui couvre le lobby israélien depuis des décennies. “L’AIPAC était autrefois en mesure de s’adresser à la fois aux républicains et aux démocrates, mais je pense que c’est terminé. Ils sont désormais divisés”.

Eli Clifton, conseiller principal et journaliste d’investigation chez Responsible Statecraft, cite la fin des accords d’Oslo, la “guerre contre le terrorisme” post-11 septembre et la publication en 2007 du livre The Israel Lobby and U.S. Foreign Policy [Le lobby israélien et la politique étrangère américaine] par les politologues John Mearsheimer et Stephen M. Walt comme des moments charnières, mais souligne que le déclin soudain de la réputation de l’AIPAC est dû au génocide perpétré à Gaza.

“Quelque chose a changé récemment, et c’est manifestement lié à Gaza”, a déclaré Clifton à Mondoweiss. “Les médias grand public n’en ont pas assez parlé, mais chacun peut le voir sur son smartphone, sur les réseaux sociaux. Les atrocités sont allées crescendo”, a-t-il ajouté. “C’est un génocide, et les Israéliens et les États-Unis n’ont pas réussi à le dissimuler”.

Les sondages corroborent d’ailleurs l’affirmation de Clifton. Une enquête réalisée en septembre par le New York Times et l’université de Sienne a révélé que seuls 34 % des Américains soutiennent Israël, contre 47 % au lendemain du 7 octobre.

“Près de deux ans après le début de la guerre à Gaza, le soutien américain à Israël a connu un revirement radical”,

a déclaré le quotidien dans un article consacré au sondage.

Les sondages sur l’AIPAC et le lobby israélien en général reflètent ces tendances. Un sondage réalisé en août par l’AAI (Arab American Institute) a révélé que les candidats soutenus par les groupes de pression pro-israéliens sont plus susceptibles de perdre le soutien des électeurs américains que l’inverse.

Certains candidats commencent d’ailleurs à prendre conscience de cette réalité. L’ancien législateur de l’État de New York, Michael Blake, a fait du groupe de pression un des thèmes centraux de sa campagne pour les primaires contre le représentant Ritchie Torres.

“Ritchie Torres se soucie plus de Bibi que du Bronx, plus de l’AIPAC que de vos études”,

a-t-il déclaré dans la vidéo de début de campagne.

Ancien vice-président du Comité national démocrate, Blake entretenait des relations étroites avec l’AIPAC. Toutefois, son revirement sur la question, ainsi que la récente victoire de Zohran Mamdani à la mairie de New York, montrent que l’opinion publique est en train d’évoluer.

Ces faits auront-ils un impact réel sur la capacité de l’AIPAC à exercer son influence lors des élections américaines ?

James Zogby, cofondateur de l’AAI et auteur, qui milite depuis des années en faveur de la Palestine au sein du Parti démocrate, a déclaré à Mondoweiss qu’il est difficile d’évaluer l’avenir à long terme du groupe de pression sur la base des déclarations publiques des Démocrates, et a souligné que l’organisation est liée à un certain nombre de personnalités pro-israéliennes qui financent directement les élections.

“Les conséquences à long terme de l’affaire ne sont pas claires, car je suis certain qu’il y aura de nombreux autres moyens d’atteindre cet objectif”, a déclaré M. Zogby. “J’ai déjà vu plusieurs déclarations indiquant que l’on ne veut plus d’argent de l’AIPAC, mais l’AIPAC n’est pas le seul acteur, loin de là”.

Il cite notamment Jeffrey Yass, Bill Ackman et d’autres méga-donateurs milliardaires, alignés sur l’AIPAC, qui ont créé leurs propres fonds de dépenses indépendants pour financer les élections.

Le réseau d’argent occulte auquel M. Zogby fait allusion a toujours été un élément central du travail de l’AIPAC. Pendant des décennies, l’organisation n’a pas financé directement les politiciens, mais a dirigé un réseau de donateurs idéologiquement alignés lors des élections pertinentes.

Zogby se souvient d’un rapport publié par son groupe en 1990 qui révélait qu’une famille de Chicago, proche de l’AIPAC, a versé à chaque candidat le montant maximal autorisé de dons politiques.

“L’AIPAC soutenait que ce genre de choses n’était pas orchestré, mais c’était faux”, explique-t-il. “C’était bien trop sophistiqué pour ne pas être coordonné”.

La situation a toutefois commencé à changer en 2021, lorsque l’AIPAC a révisé sa stratégie en lançant pour la première fois un comité d’action politique et un super PAC afin de financer directement les élections. Ce super PAC, le United Democracy Project, a dépensé des sommes considérables pour les primaires démocrates et a contribué à évincer de la Chambre des représentants des détracteurs d’Israël, comme Jamaal Bowman et Cori Bush. Au total, le groupe de lobbying a dépensé plus de 100 millions de dollars pour les élections de 2024.

Une grande partie des activités de l’AIPAC est toutefois beaucoup plus opaque.

Le mois dernier, le journaliste Matthew Eadie, du journal Evanston Now, a enquêté sur les contributions à la campagne électorale dans la 9è circonscription de l’Illinois et a découvert que la sénatrice démocrate Laura Fine a reçu près de 300 dons de personnalités liées à l’AIPAC. Cependant, aucun de ces dons n’apparaît comme ayant été versé par l’intermédiaire de l’AIPAC dans les documents déposés auprès de la Commission électorale fédérale (FEC).

Selon M. Clifton, cette double approche suggère que l’AIPAC a dû augmenter son activité alors que l’image d’Israël ne cesse de se dégrader.

“Ils ont été incapables de maintenir les politiques du statu quo qu’ils défendent et ont dû collecter beaucoup plus d’argent par le biais notamment de regroupements, qu’ils soient divulgués ou non”, explique-t-il. “Selon moi, la perte d’influence est l’unique raison justifiant une telle collecte de fonds”.

*Source : Mondoweiss

Traduit par Spirit of Free Speech

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