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Yahya Sinwar
Par Mike Whitney (revue de presse : unz.com - 23 septembre 2025)*
Ces derniers jours, de nombreux pays ont annoncé leur intention de reconnaître un État palestinien. Ils ont simultanément condamné à plusieurs reprises les attentats du 7 octobre. Voilà le problème. Ces deux postures sont logiquement incompatibles.
Il est absurde de condamner les actions du Hamas en les qualifiant de “terrorisme”, puis de céder à ses revendications en matière de création d’un État. Contrairement à ce que vous avez pu lire dans les médias occidentaux, l’objectif explicite des attaques du 7 octobre est la création d’un État palestinien (nous y reviendrons plus tard). Il est donc tout à fait hypocrite de condamner les méthodes du Hamas tout en approuvant ses revendications.
Mais est-ce vraiment le cas ou bien ces pays reconnaissent-ils simplement que le Hamas n’est pas une organisation terroriste, et qu’il est justifié de défendre son territoire contre l’occupation étrangère ?
Selon Grok [l’IA de Twitter/X], seuls 10 pays ont désigné le Hamas comme une organisation terroriste au 23 septembre 2025. Cette désignation est essentiellement un canular destiné à manipuler l’opinion publique occidentale). Ces nations ne reconnaissent-elles pas simplement ce que toute personne sensée sait depuis le début, à savoir que les peuples opprimés ont le droit à l’autodétermination (y compris à la résistance armée) en cas de domination coloniale, d’occupation étrangère ou d’asservissement étranger ? Ces principes sont garantis par le droit international.
Ces dirigeants ne sont donc pas hypocrites : ils reconnaissent simplement la légitimité de la cause du Hamas, c’est pourquoi ils apportent leur soutien à la création d’un État palestinien indépendant.
Pour dissiper tout doute quant à l’objectif principal du Hamas, à savoir la création d’un État, voici une courte vidéo de l’ancien chef militaire de l’organisation, Yahya Sinwar, qui souligne précisément ce point :
“Dans un délai limité à quelques mois, que j’estime ne pas devoir dépasser un an, nous forcerons l’occupant à faire face à deux options : soit il applique le droit international, respecte les résolutions internationales, se retire de la Cisjordanie et de Jérusalem, démantèle les colonies, libère les prisonniers et assure le retour des réfugiés, créant ainsi un État palestinien sur les terres occupées en 1967, y compris Jérusalem, soit il se retrouve en contradiction et en conflit avec l’ordre international dans son ensemble. Il finira alors par être isolé à l’extrême, et son intégration à la région et au monde entier volera en éclats. Ceci résoudra l’effondrement de tous les fronts de la résistance de ces dernières années”. — SuppressedNews @SuppressedNws
https://x.com/SuppressedNws/status/1814791249523843149
C’est inscrit noir sur blanc. L’objectif explicite des attaques du 7 octobre est la création d’un État palestinien. Ainsi, si l’on considère l’effervescence qui règne cette semaine aux Nations unies (le Canada, le Royaume-Uni, le Portugal, la France, l’Australie, la Belgique, etc. ont tous rejoint les “états reconnaissant la Palestine”). Au 23 septembre 2025, l’État de Palestine est reconnu par 156 des 193 États membres de l’ONU, soit environ 80 % des membres de l’organisation Nous pouvons conclure que le Hamas est en train de gagner sa guerre contre Israël sur le plan politique. Bien sûr, sur le terrain, le résultat est tout autre. Israël a en effet détruit la plupart des infrastructures vitales et massacré des centaines de milliers de personnes dans une guerre d’extermination vengeresse. Sinwar avait-il également envisagé cette issue ?
Oui, car avec le sinistre plan Trump-Kushner visant à “faire disparaître” définitivement la cause palestinienne (les accords d’Abraham), en “normalisant” les relations entre Israël et ses voisins arabes tout en ignorant les avancées sur la question palestinienne, Sinwar a compris la nécessité de commettre un acte vraiment explosif pour attirer l’attention du monde et placer la Palestine au premier plan des préoccupations régionales. C’est ainsi qu’il a choisi le 7 octobre non pas pour infliger une défaite militaire à Israël (le Hamas n’avait aucun espoir d’y parvenir), mais pour inciter Netanyahou à réagir de manière violente et excessive, et ainsi gagner la sympathie du monde entier tout en plongeant Israël dans un isolement profond et à long terme.
A-t-il réussi ?
Oui, au-delà de toute espérance, et même les journalistes israéliens commencent à reconnaître la clairvoyance stratégique du plan de Sinwar. Lisez cet extrait d’un article de Carolina Landsman publié il y a deux jours dans le journal Haaretz :
“Netanyahu a enfin compris : l’ancien dirigeant du Hamas, Yahya Sinwar, est parvenu à le mettre échec et mat.
“Notre grand joueur d’échecs, M. Sécurité, M. Guerre contre le terrorisme, l’homme qui a consacré sa vie à prévenir un événement palestinien majeur, s’est retrouvé entraîné dans un scénario historique d’envergure. Bibi pensait avoir assiégé la bande de Gaza, mais en réalité, Sinwar est bien le stratège du siège diplomatique d’Israël.
“L’objectif de l’attaque du Hamas du 7 octobre n’était pas une victoire militaire. Le Hamas n’en avait pas les moyens. L’objectif était de pousser Israël à réagir. L’attaque perpétrée par le Hamas, qui a fait des centaines de morts et dont les images sont suffisamment choquantes pour remplir trois Yad Vashem [mémorial de la Shoah], a été planifiée pour pousser Israël à bout.
“Comme le dit le livre biblique des Proverbes, ce n’est pas seulement l’homme juste qui connaît l’âme de son animal. Un Palestinien emprisonné en Israël connaît également l’âme de ses geôliers. Sinwar savait que les Juifs s’étaient préparés toute leur vie au prochain holocauste. C’est la raison pour laquelle Israël organise des survols d’Auschwitz : pour promettre qu’en cas de nouvel holocauste, l’État hébreu ripostera plutôt que de se laisser mener comme des moutons à l’abattoir.
“Ce réflexe a fonctionné, même s’il n’a été opposé qu’à des ‘terroristes en tongs’, pour reprendre les termes de Netanyahu, et non à la machine de guerre nazie. Après l’attaque du Hamas, personne n’était là pour empêcher les portes de l’enfer de s’ouvrir. Israël a joué le rôle tragique prévu par Sinwar. Il s’est lancé dans une campagne de vengeance que même le diable n’aurait pas imaginée.
“C’est précisément ce qu’attendait Sinwar. Il n’a pas orchestré de faux génocide, il a planifié une action méticuleuse qui a exposé tout son peuple à un génocide perpétré par Israël. Le génocide palestinien est le plateau macabre où leur État va être servi.
“Expert en sionisme et en culture juive, Sinwar a appuyé sur tous les déclencheurs du traumatisme juif. On peut désormais comprendre la note qu’il a laissée au sujet de la prise d’un ‘risque calculé’ non seulement comme un risque, mais comme un potentiel génocide.
“À en juger par ce qui s’est passé aux Nations unies, cette manœuvre semble avoir fonctionné. Le monde a assisté à un génocide, a incriminé Israël et commence enfin à agir (Sinwar maîtrisait à la fois le monde et l’ampleur du bain de sang nécessaire à sa prise de conscience).
“Cette fois-ci, l’Holocauste n’est pas la seule injustice historique à hanter l’esprit du monde alors qu’il cherche à trouver une solution au conflit. Et tout comme l’Holocauste a donné naissance à l’État d’Israël, ce génocide donnera naissance à l’État palestinien. La violence dont Israël a fait preuve à Gaza s’est retournée contre lui telle un boomerang diplomatique.
“Bibi croyait avoir assiégé la bande de Gaza, mais il s’avère que Sinwar a orchestré un blocus diplomatique contre Israël. Dans sa guerre vengeresse à Gaza, Israël a joué le rôle tragique que le Hamas lui a attribué”, selon Haaretz.
Conclusion : l’ignorance malveillante de Netanyahou a contribué à créer ce qu’il a toujours le plus haï : la création d’un État palestinien. La question est maintenant de savoir si le Hamas peut transformer cette victoire politique en une entité géographique distincte dotée de ses propres frontières, d’un organe directeur indépendant et d’un contrôle souverain sur son propre territoire.
Nous espérons qu’ils y parviendront.
*Source: unz.com
Traduit par Spirit of Free Speech