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France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak et du Golfe à l'Atlantique. Traduction d'articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne.


Liban - Une bombe à retardement écologique

Publié par Gilles Munier sur 30 Juillet 2025, 08:44am

Catégories : #Liban, #Hezbollah, #Netanyahou, #Trump

La guerre entre Israël et le Hezbollah libanais a laissé derrière elle une montagne de débris au Liban. Une bombe à retardement qui pourrait avoir de lourdes conséquences sur l’environnement.

Par Hugo Lautissier (revue de presse : La Presse.ca – 29 juillet 2025)*

(Beyrouth, Liban) Casque blanc vissé sur la tête, walkie-talkie à la ceinture, Cynthia Mahdi, 26 ans, circule dans un dédale d’immeubles en travaux, la voix couverte par le bruit des marteaux-piqueurs. Cela fait quelques semaines que la jeune directrice des opérations de l’ONG Offre Joie et son équipe de volontaires s’est attaquée au chantier de la rue Mamoun, à Basta, un quartier populaire proche du centre de Beyrouth.

Le 10 octobre dernier, une frappe israélienne a rasé un immeuble de huit étages dans ce quartier, où de nombreux habitants du sud du Liban et de la banlieue sud de Beyrouth avaient trouvé refuge depuis l’intensification des combats. Quelques semaines plus tard, un autre immeuble a été pris pour cible. Ces deux attaques ont fait 22 morts et au moins 117 blessés.

Une frappe israélienne a détruit un immeuble de Beyrouth, le 10 octobre dernier. Sur la photo, un homme constate l’étendue des dégâts au lendemain de l’attaque.

En l’absence de plan gouvernemental clair concernant la reconstruction, l’ONG libanaise a pris en charge la rénovation de la rue Mamoun.

Ici, c’est un quartier pauvre, les gens n’ont pas les moyens de reconstruire et l’État ne fait rien.

Cynthia Mahdi, directrice des opérations de l’ONG Offre Joie

« Nous travaillons sur 20 bâtiments endommagés par les bombardements, et espérons que 130 familles pourront se réinstaller dans les prochaines semaines », explique Cynthia. Elle est interrompue par une habitante, coiffée d’un voile noir, qui remercie l’équipe. « Maryam a perdu son mari et son fils dans le bombardement, et depuis, elle a trouvé refuge dans un autre quartier », glisse-t-elle.

Déchets de guerre

Depuis la mise en place du cessez-le-feu, le 27 novembre dernier, le Liban ploie littéralement sous les gravats. En décembre dernier, un bilan préalable du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) estimait à au moins 32 millions de tonnes la quantité de débris dus aux bombardements et à la destruction de 269 000 unités d’habitation, soit 16 % du parc immobilier libanais. Pour l’heure, le déblaiement des zones détruites a à peine commencé, et de nombreux experts s’inquiètent de la gestion environnementale de ces déchets de guerre.

« Les conséquences écologiques prolongent la guerre au-delà de tout cessez-le-feu, car même après les bombardements, les cicatrices environnementales persistent », explique Antoine Kallab, directeur associé du Centre de la conservation de la nature, à l’Université américaine de Beyrouth.

La question urgente, c’est comment adopter une stratégie où les déplacés peuvent rentrer le plus tôt possible dans leur quartier et en même temps réussir à concilier cela avec la priorité environnementale.

Antoine Kallab, directeur associé du Centre de la conservation de la nature, à l’Université américaine de Beyrouth

Depuis les premiers jours de la guerre, le centre évalue les risques des bombardements sur l’environnement et tente de travailler avec le gouvernement libanais et les municipalités sur des solutions de recyclage des débris à grande échelle. « D’un point de vue technique, c’est faisable ; la grande partie des déchets est composée de béton, et nous savons comment le recycler pour minimiser l’extraction future dans les carrières. »

Une montagne dans la mer

C’est loin d’être la première fois que le pays est confronté à des montagnes de débris. Que ce soit après l’explosion au port de Beyrouth, le 4 août 2020, pendant la précédente guerre avec Israël, à l’été 2006, ou durant la guerre du Liban (1975-1990), le pays n’a jamais trouvé la recette pour combiner reconstruction et recyclage des débris. La faute à un État failli, des problèmes de gouvernance, de budget et de corruption.

 « En 2006, tous les débris ont été jetés dans la décharge de Costa Brava, sur le front de mer de Beyrouth. On s’est retrouvé avec une montagne dans la mer. À cette époque, on n’a rien su, il n’y avait aucune transparence », se souvient Paul Abi Rached, président de l’ONG libanaise Terre Liban, qui milite pour un tri en amont des déchets.

« Le plan du précédent gouvernement, c’était d’agrandir une fois de plus la décharge de Costa Brava et d’envoyer les remblais dans tous les sites de carrière au Liban, alors que c’est là que les déchets toxiques comme l’amiante ou le phosphore blanc s’infiltrent dans les nappes phréatiques le plus facilement. Ce serait catastrophique. Avec le nouveau duo à la tête du pays, peut-être qu’on va enfin avancer dans une meilleure direction », espère Paul Abi Rached.

Depuis l’élection de l’ancien chef de l’armée Joseph Aoun à la tête du pays, en janvier dernier, et du réformateur Nawaf Salam au poste de premier ministre, les attentes sont grandes. Mais dans ce pays exsangue, ravagé par la crise économique, les besoins sont énormes.

Le coût de la reconstruction est évalué à 18 milliards de dollars américains, selon les estimations de la Banque mondiale, principal bailleur du projet de reconstruction par l’entremise d’un prêt de 250 millions de dollars.

« La Banque mondiale va allouer 4 dollars US par mètre cube de débris, mais il en faudrait 10 pour s’assurer qu’il soit traité convenablement », explique Tammara El Zein, nouvelle ministre de l’Environnement, depuis son bureau au centre-ville de la capitale.

« Le ministère est en sous-effectif, nous n’avons que 70 employés, contre 250 avant la crise. C’est un gros problème, car si l’on ne s’organise pas, on ne peut pas trouver de solutions à quoi que ce soit », regrette l’ancienne secrétaire générale du CNRS, qui a notamment dressé un bilan des répercussions des frappes israéliennes au Liban entre octobre 2023 et novembre 2024.

« Les gens pensent qu’en un mois, un gouvernement peut réparer les dégâts de 30 ou 40 ans. Les décombres, c’est une chose. Le chaos de la reconstruction, c’en est une autre », conclut-t-elle.

*Source : La Presse.ca

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