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France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak et du Golfe à l'Atlantique. Traduction d'articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne.


Deux étudiants condamnés à verser 1 000 euros de frais de justice à Sciences Po après avoir contesté leur exclusion

Publié par Gilles Munier sur 12 Juillet 2026, 06:47am

Catégories : #Libeté d'expression, #Gaza

Par l’Agence Média Palestine (revue de presse - 2 juillet 2026)*

Exclus provisoirement de Sciences Po après les mobilisations du 10 septembre 2025, deux étudiants viennent d’être condamnés par le tribunal administratif à verser 1 000 euros chacun à l’établissement au titre des frais de justice. Ils dénoncent une décision « profondément politique » et annoncent faire appel.

Deux étudiants de Sciences Po, exclus temporairement de l’établissement à l’automne 2025 ont été condamnés par le tribunal administratif à verser 1 000 euros chacun à l’établissement au titre des frais de procédure. Une décision dont ils ont annoncé faire appel, dénonçant un jugement « ubuesque » et « profondément politique ».

L’affaire trouve son origine dans les mobilisations étudiantes organisées en septembre 2025 à Sciences Po dans le cadre de la journée de blocage national du 10 septembre. De toutes les revendications scandées ce jour-là d’ordre social, national et international, la direction reproche à plusieurs étudiants d’avoir scandé des slogans tels que : « De la rivière à la mer, la Palestine est arabe ».

Trois étudiants sont alors convoqués à un entretien contradictoire avec le directeur de la vie étudiante, Pierre Catalan. À l’issue de cette séance expéditive, qui, selon les étudiants, n’a duré que quatre minutes, les trois font l’objet d’une mesure conservatoire leur interdisant l’accès aux locaux de l’établissement. Cette décision est justifiée par Sciences Po par un « risque de troubles à l’ordre public ».

Pendant plusieurs mois, les étudiants restent inscrits administrativement, doivent continuer à s’acquitter de leurs frais de scolarité et passer leurs examens, mais ne peuvent plus assister aux enseignements en présentiel. Selon l’un des étudiants concernés contacté par l’Agence Média Palestine, l’établissement était censé leur transmettre les liens permettant de suivre les cours à distance ou les notes de cours. Il affirme n’avoir reçu que 10% des contenus pédagogiques malgré plusieurs relances par courrier électronique. Après avoir obtenu les cours par ses propres moyens, l’étudiant a réussi à valider son année.

Estimant cette exclusion irrégulière et disproportionnée, les étudiants saisissent le tribunal administratif afin d’obtenir l’annulation de la mesure conservatoire. Selon la Legal Team Antiraciste qui assure la défense des étudiants, au cours de la procédure, le rapporteur public considère que l’interdiction d’accès aux locaux s’apparente à une sanction disciplinaire déguisée et pourrait constituer un détournement de pouvoir. Le tribunal administratif ne suit toutefois pas ces conclusions. Il rejette leur recours et fait partiellement droit à la demande de Sciences Po concernant les frais de justice. L’établissement réclamait 2 000 euros ; deux étudiants sont finalement condamnés à lui verser 1 000 euros chacun. Le verdict de leur appel pourrait prendre plusieurs mois avant d’être rendu.

Parallèlement, la procédure disciplinaire interne a suivi son cours. Lors de l’audience de la section disciplinaire, qui a finalement eu lieu en juin 2026, deux des étudiants dont celui avec lequel nous nous sommes entretenus ne font l’objet d’aucune sanction. Un autre étudiant reçoit un simple avertissement. Les trois étudiants sont donc officiellement autorisés à réintégrer l’établissement. Ils craignent toutefois que la direction fasse appel de ces décisions disciplinaires afin de contrer leur appel devant le tribunal administratif.

Une répression sans précédent

Les étudiants mobilisés et leurs défenseurs estiment que leur affaire s’inscrit dans un contexte plus large de répression des mobilisations étudiantes en faveur de la Palestine au sein de Sciences Po. Accompagnés par une équipe juridique spécialisée dans la lutte contre les discriminations, ils dénoncent ce qu’ils qualifient de « stratégie répressive globale ». Selon eux, Sciences Po est devenu l’un des principaux lieux de sanctions disciplinaires visant les mobilisations de solidarité avec la Palestine. Ils avancent que 53 procédures disciplinaires auraient été engagées et que 13 exclusions auraient été prononcées depuis le début des mobilisations. Ils soulignent également que des interventions des forces de l’ordre, inédites selon eux avant les événements du 7 octobre 2023, des amendes de 550 euros ainsi que plusieurs condamnations ayant entraîné une inscription au casier judiciaire auraient accompagné cette évolution répressive.

Les étudiants mettent également en cause les éléments versés au dossier disciplinaire et devant le tribunal administratif : ils affirment que Sciences Po s’est notamment appuyé sur un reportage réalisé par la chaîne publique israélienne Kan, dans lequel une journaliste, se présentant sous une fausse identité d’étudiante et utilisant une caméra cachée, aurait filmé et diffusé des images et des discussions qu’elle a eu avec des étudiants sans leur autorisation et sans floutage. « Au lieu de protéger ses étudiants, Sciences Po s’appuie sur ce documentaire aux méthodes douteuses », confie un étudiant. 

Les deux étudiants qui ont annoncé leur intention de faire appel de la décision du tribunal administratif, estiment que leur exclusion, bien qu’elle n’ait débouché sur aucune sanction disciplinaire les concernant, a eu des conséquences durables sur leurs conditions d’études.

*Source : Agence Média Palestine

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