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Par Névine Mossad (revue de presse: Al-Ahram - 14 janvier 2026)*
« Les partenariats régionaux : une voie stratégique pour soutenir la stabilité régionale » était le thème d’une table ronde organisée récemment à Bagdad par la Fondation Inky pour les études et la recherche. L’invité principal de cette rencontre était Ammar Al-Hakim, fondateur du Courant national de la sagesse. La discussion a été animée par l’ancien doyen de la faculté de sciences politiques de l’Université Al-Nahrain, le Dr Ali Fares. Comme l’indique clairement le titre de la table ronde, le débat s’est articulé autour du concept de partenariats régionaux, envisagé comme une alternative au leadership politique classique et comme un point de départ pour atteindre la stabilité politique, économique et sécuritaire au Moyen-Orient.
Concernant l’Irak, Ammar Al-Hakim explique que l’orientation du pays vers le partenariat repose sur deux raisons fondamentales. La première raison est la transformation progressive de l’Irak, qui est passé du statut de champ de rivalités entre puissances internationales et régionales à celui d’espace de rencontre et d’intersection entre elles. Il y a plusieurs années, l’Irak s’est engagé dans cette voie en adoptant une politique d’ouverture envers ses voisins arabes et en jouant un rôle de médiateur entre certains Etats de la région. Certaines de ces médiations ont été rendues publiques, comme celle ayant contribué à la reprise des relations diplomatiques entre l’Arabie saoudite et l’Iran, tandis que d’autres sont restées confidentielles pour des raisons politiques ou sécuritaires.
Après avoir surmonté ses divisions internes, la guerre contre le terrorisme et les risques de fragmentation, l’Irak s’est orienté vers le renforcement et l’élargissement de ses partenariats régionaux, tant arabes que non arabes. Al-Hakim a notamment mis en avant l’importance de la création du groupe dit « 6+5 », réunissant les six pays du Conseil de coopération du Golfe, l’Irak, l’Egypte, la Jordanie, l’Iran et la Turquie. Selon lui, ces onze pays constituent les principaux piliers de la stabilité régionale.
La deuxième raison évoquée par Al-Hakim est que l’Irak privilégie la réalisation de son intérêt national plutôt que la quête d’un leadership régional. Il estime que l’usage du terme « leadership » peut susciter des inquiétudes et provoquer des réactions négatives parmi les Etats voisins. Il est donc préférable, selon lui, que l’Irak se concentre sur des résultats concrets plutôt que sur l’affichage symbolique de son rôle. Cette approche pragmatique, qui consiste à ne pas se précipiter pour assumer un rôle de leader à un moment où il est difficile pour tout Etat, même puissant, de diriger seul la région, apparaît comme rationnelle. L’exemple israélien est révélateur. Après le déclenchement de l’opération « Tempête d’Al-Aqsa », Israël a cru pouvoir remodeler le Moyen-Orient selon ses intérêts stratégiques. Toutefois, la complexité des équilibres régionaux et internationaux a rapidement freiné ces ambitions. Bien que l’expansion des colonies en Cisjordanie se poursuive, le refus américain et européen a empêché son annexion formelle à Israël. En Syrie également, malgré l’occupation de territoires par Israël, les intérêts américains et turcs ont fixé des limites claires, empêchant toute domination exclusive. En plus, Israël n’a pas atteint son objectif principal à Gaza, à savoir l’élimination du Hamas. En résumé, Israël a certes enregistré des gains territoriaux depuis le 7 octobre 2023, mais il n’a pas réussi à s’imposer comme leader de la région.
Ce constat s’applique a fortiori à tous les autres Etats du Moyen-Orient. Aucun pays ne peut prétendre diriger seul la région. Tous sont appelés à participer à sa restructuration, sous peine d’isolement et de marginalisation, sans se bercer d’illusions quant à une capacité de leadership unilatéral. C’est dans ce contexte qu’il convient d’examiner le projet de partenariat « 6+5 ». Il est indéniable que l’Irak doit entretenir de bonnes relations avec ses deux grands voisins, l’Iran et la Turquie, afin de coopérer sur les dossiers d’intérêt commun et de gérer les différends par le dialogue. Toutefois, l’hypothèse selon laquelle les relations entre les pays arabes du Golfe, l’Egypte, l’Irak et la Jordanie d’une part, et l’Iran et la Turquie d’autre part, seraient de même nature, mérite d’être réexaminée.
Il est difficile d’assimiler les relations de l’Irak avec l’Iran à celles de la Jordanie avec ce même pays, ou de considérer que les relations de l’Egypte avec la Turquie sont comparables à celles du Qatar avec Ankara. Ces relations diffèrent par leur histoire, leur intensité et leurs enjeux, et ces différences doivent être prises en compte dans toute initiative régionale.
Enfin, il convient de noter que l’initiative d’Al-Hakim ne prend pas en compte les pays du Maghreb arabe. Or, bien que la Turquie et l’Iran ne soient pas des voisins directs de l’Afrique du Nord, des questions en suspens existent et nécessitent d’être intégrés à toute réflexion sur l’avenir du Moyen-Orient.
Névine Mossad est professeur de sciences politiques Université du Caire
*Source : Al Ahram (en français)