/image%2F0932250%2F20260113%2Fob_b9058d_tigre.jpg)
Par R. Envr (revue de presse : El Watan - 12 janvier 2026)*
Depuis la première attaque américaine contre l’Irak en 1991, puis les sanctions et l’invasion de 2003, l’état du fleuve Tigre ne cesse de se dégrader, en raison de l’état déplorable des systèmes d’épuration et d’assainissement. Le fleuve est également pollué par de nombreux déchets : engrais chimiques, pesticides, rebuts industriels, rejets des industrie pétrolière et pharmaceutique, raconte le Guardian.
Or, pour les Mandéens qui habitent la province de Maysan, adeptes d’une religion gnostique très ancienne, l’eau est absolument centrale. «Pour notre religion, l’eau est aussi essentielle que l’air. Sans eau, la vie serait impossible. Au commencement de la création, Adam fut le premier homme sur Terre. Avant Adam, il y avait l’eau, et l’eau fut l’un des éléments qui ont créé Adam», explique le cheikh Nidham.
C’est au bord du Tigre et de l’autre grand fleuve irakien, l’Euphrate, que s’est développée l’agriculture, ainsi que l’écriture et la roue. Aujourd’hui, le fleuve Tigre est utilisé pour irriguer les champs, transporter personnes et marchandises, alimenter des centrales hydroélectriques et de multiples usines, et approvisionner en eau potable environ 18 millions de personnes. «Toute la vie des Irakiens dépend de l’eau. Toute la civilisation et toutes les histoires que vous entendez dépendent de ces deux fleuves. C’est plus que de l’eau à boire, à utiliser pour irriguer, à utiliser ou à laver… C’est même plus que de la spiritualité», déclare Salman Khairalla, fondateur de Humat Dijlah, une ONG qui milite pour la protection du fleuve.
De plus, la Turquie a construit plusieurs barrages au cours des dernières décennies, ce qui diminue d’un tiers le débit arrivant jusqu’à la capitale iranienne. L’Iran, confronté à un grave problème de sécheresse, a fait de même. Cela se couple à une mauvaise gestion des ressources hydriques en Irak, le seul secteur agricole consommant ainsi 85% de l’eau du pays, et à une baisse de 30% des précipitations en raison du dérèglement climatique.
«En novembre, Bagdad et Ankara ont signé un accord visant à résoudre certains problèmes liés au fleuve : lutter contre la pollution, introduire des technologies d’irrigation modernes, récupérer des terres agricoles et améliorer la gestion de l’eau, ajoute le Guardian. Cet accord a été qualifié de « pétrole contre eau », car les projets d’infrastructure seront réalisés par des entreprises turques et financés par les revenus pétroliers.» Néanmoins, ce projet laisse sceptiques les habitants locaux, en premier lieu les Mandéens du Sud de l’Irak. Ils sont nombreux à avoir déjà fui vers le Kurdistan irakien en raison du manque d’eau. Seuls 10 000 d’entre eux résident aujourd’hui en Irak, sur une population globale estimée entre 60 000 et 100 000 personnes. Si le Tigre s’assèche complètement, ils pourraient disparaître définitivement du paysage irakien.
*Source : El Watan.dz