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Par Paul Khalifeh (revue de presse : RFI – 18 décembre 2025)*
De notre correspondant à Beyrouth,
L’armée libanaise demeure l’une des rares institutions encore crédibles aux yeux de la population et de la communauté internationale. Elle est cependant le miroir de la société et du système politique libanais, tant par sa composition que par son mode de fonctionnement. En effet, le principe de la répartition des fonctions sur une base confessionnelle, en vigueur dans le système politique, s’applique également à cette institution qui compte près de 60 000 hommes.
Les maronites occupent les principaux postes de commandement : le chef suprême, appelé commandant en chef, le directeur des opérations et le directeur du renseignement militaire sont issus de cette communauté. Le chef d’état-major est, lui, toujours un druze. Le principe de la parité entre chrétiens et musulmans est strictement respecté au niveau des officiers. En revanche, dans les rangs des sous-officiers et des soldats, les chrétiens représentent moins du tiers des effectifs, tandis que les musulmans - sunnites et chiites confondus - sont deux fois plus nombreux.
Dons des États-Unis
Considérée comme la garante de l’unité nationale, l’armée libanaise est également chargée de défendre les frontières du pays et de procéder au désarmement du Hezbollah. Mais ses capacités ont été sévèrement affectées par la crise économique : ces quatre dernières années, elle a enregistré des départs volontaires d’officiers et des désertions, conséquence directe de la chute brutale du pouvoir d’achat des militaires. Sans l’aide financière du Qatar, l’institution aurait été incapable d’assurer le paiement des salaires de son personnel.
Le matériel et les équipements sont aussi anciens. Les pièces détachées et les munitions font défaut, et l’essentiel de l’arsenal est fourni sous forme de dons et d’aides, principalement par les États-Unis.
« Prudence » ou « lenteur » ?
Cette dépendance explique en partie les tensions avec Washington. À la mi-novembre, le chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, a dû annuler un déplacement aux États-Unis à la suite de vives critiques émanant d’élus américains. Ces derniers reprochent à l’armée sa lenteur dans le processus de désarmement du Hezbollah.
L’armée affirme pourtant avoir achevé près de 90 % de la première phase du désarmement au sud du Litani et assure que cette étape sera finalisée dans les toutes prochaines semaines. Elle refuse toutefois toute précipitation, alors qu’Israël maintient sa présence dans certaines zones du sud du Liban et poursuit presque quotidiennement les violations du cessez-le-feu.
Recourir à la force pour désarmer le parti chiite dans de telles conditions donnerait de l’armée l’image d’une force supplétive d’Israël, cantonnée à un rôle de simple garde-frontière. Un scénario qui mettrait en péril sa cohésion interne et pourrait conduire à son éclatement, comme durant la guerre civile. C’est pour cette raison que l’institution militaire préfère évoquer la « prudence » plutôt que la « lenteur » dans le processus de désarmement.
*Source : Yahoo