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France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak et du Golfe à l'Atlantique. Traduction d'articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne.


Le feu ne connaît pas de frontières : sauver notre maison commune exige un pacte vert

Publié par Gilles Munier sur 28 Novembre 2025, 07:44am

Catégories : #Iran, #Irak, #Pakistan

 

Par Maryam Chafiï (revue de presse : IRNA – 27 novembre 2025)*

Téhéran (IRNA) - L’incendie des forêts hyrcaniennes — un musée vivant et l’un des plus anciens écosystèmes de la Terre — n’est pas seulement une catastrophe nationale pour l’Iran : il représente le visage douloureux d’une crise régionale bien plus vaste. Les flammes qui, ces dernières années, ont ravagé la Turquie, l’Irak, l’Iran et d’autres pays voisins ont consumé des millions d’hectares de ressources naturelles, une situation à laquelle aucun pays ne peut plus répondre isolément.

Ces incendies révèlent clairement que le salut de notre maison commune requiert une diplomatie verte et la création d’une organisation régionale capable de faire face collectivement aux catastrophes naturelles.

Une tendance mondiale inquiétante

Les données de chercheurs de l’Université du Maryland montrent que la destruction des forêts, prairies et habitats naturels a augmenté de façon constante au cours de la dernière décennie, sous l’effet du changement climatique. Les feux de forêt détruisent aujourd’hui deux fois plus de couvert végétal qu’il y a vingt ans.

L’année 2024 a été l’une des plus tragiques : 13,5 millions d’hectares de forêts ont brûlé — une superficie équivalente à celle de la Grèce — soit 13 % de plus qu’en 2023.

Les vagues de chaleur extrême sont désormais cinq fois plus probables qu’il y a 150 ans, et cette tendance ne fera que s’amplifier avec le réchauffement planétaire.

Carte mondiale des feux de forêt

Iran : les forêts hyrcaniennes sous menace

Depuis environ une semaine, un incendie massif ravage les précieuses forêts hyrcaniennes du nord de l’Iran, touchant particulièrement la région d’Elit, près de Chalous. La sécheresse extrême a favorisé des reprises soudaines de feu, rendant l’extinction particulièrement difficile.

Plus de 500 secouristes, plusieurs hélicoptères et un avion bombardier d’eau Iliouchine ont été mobilisés.

Bien que l’incendie soit maîtrisé à environ 80 % dans certaines zones, il menace gravement cet écosystème vieux de 25 à 50 millions d’années, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO et refuge du léopard persan, espèce en danger critique.

En seulement huit mois, l’Iran a enregistré 2 102 incendies dans ses espaces naturels. Les forêts hyrcaniennes, malgré leur importance écologique unique, ne sont que les dernières victimes d’une série de catastrophes récurrentes.

Selon des sources internationales, l’Iran traverse également l’une des pires sécheresses de son histoire récente, ce qui accentue encore la vulnérabilité de ses forêts.

Une douleur partagée : le Moyen-Orient face à un même destin

Une étude de l’Université de Lund en Suède souligne que le Moyen-Orient connaît un réchauffement plus rapide que la moyenne mondiale et fait désormais face à un régime d’incendies mêlant multiplication des petits feux et grands incendies plus rares mais dévastateurs.

Les activités humaines, la sécheresse prolongée et les changements violents du climat accentuent considérablement cette dynamique.

Turquie : un foyer majeur d’incendies régionaux

Au cours des dix dernières années, la Turquie a perdu un million d’hectares de forêts et de pâturages, arrivant en tête des pays les plus touchés de la région.

Le quotidien Sabah rapporte que la Turquie a enregistré 28 000 incendies forestiers et plus de 29 500 incendies ruraux, qui ont détruit 255 000 hectares.
En 2025 seulement, 6 800 incendies ont été signalés, ravageant près de 80 000 hectares.

L’origine de près de 50 % de ces incendies reste inconnue

L’été 2021 a été marqué par le tristement célèbre « Été noir », qui a ravagé 150 000 hectares, fait 9 victimes, entraîné des centaines d’évacuations et causé d’immenses dégâts à la faune.

En 2022 et 2023, les feux ont continué, moins étendus mais toujours préoccupants. Plusieurs pays, dont l’Iran, l’Espagne, la Croatie et la Russie, ont prêté main-forte pour l’extinction.

Irak : un paysage fragilisé par la chaleur extrême

L’Irak fait face depuis une décennie à des feux fréquents dans ses zones de chênes et de pâturages.

La hausse des températures, la diminution des pluies et l’assèchement des sols transforment la végétation en combustible.

Une étude montre qu’entre 2001 et 2019, les zones brûlées en Irak ont augmenté de 71,7 km² par an, atteignant en 2019 un niveau huit fois supérieur à la moyenne annuelle.

Selon une organisation internationale, l’Irak a perdu de 2001 à 2024 22 hectares de couverture végétale à cause des incendies et 120 hectares pour d’autres raisons. L’année 2003 a été .particulièrement destructrice. La Turquie et l’Iran ont régulièrement apporté leur aide lors de ces catastrophes

 Pakistan : une hausse alarmante des feux

Le Pakistan a connu un nombre croissant d’incendies, particulièrement dans ses régions du Nord. Le changement climatique et l’activité humaine en sont les principaux moteurs.

En 2025, le pays a déjà enregistré 1 799 alertes d’incendie à haut degré de certitude — un record.

En 2020, le Pakistan possédait 1,4 million d’hectares de forêts naturelles ; les feux en ont détruit 450 hectares l’année dernière.

Entre 2001 et 2024, il a perdu 5,3 hectares de couverture arborée à cause des incendies (et 4,2 hectares pour d’autres facteurs).

L’année 2006, avec la perte de 820 hectares, reste l’une des pires.

Lors de ces événements, l’Iran et plusieurs voisins ont proposé leur assistance.

Afghanistan : un pays submergé par les catastrophes

L’Afghanistan a subi ces dix dernières années une succession de feux de forêt, d’inondations, de tempêtes et de poussières. Les forêts de l’Est ont été les plus touchées.

En 2020, le pays comptait 350 hectares de forêts naturelles (0,54 % de sa superficie).
Mais en 2024, il en a perdu 44 hectares. L’année 2020, avec 161 incendies, détient le record du nombre de feux.

Entre 2001 et 2024, l’Afghanistan a perdu 1,4 hectare de couverture forestière à cause des incendies et 500 hectares pour d’autres raisons.

L’année 2007, avec 220 hectares brûlés, a été la plus destructrice.

Conclusion : Pour une vision commune — L’Iran peut être le moteur d’un pacte vert régional

Les catastrophes naturelles — incendies, inondations, séismes, tempêtes — montrent que face à de tels drames, personne n’est à l’abri. Les frontières ne sont que des lignes sur une carte, car le feu, la fumée, la poussière et l’eau ne connaissent pas la nationalité. Faut-il rester spectateurs tandis que brûlent les poumons verts de la région ? Ou devons-nous agir pour protéger notre maison commune ?

Un pacte vert régional, fondé sur la coopération opérationnelle contre les catastrophes naturelles, pourrait constituer le rempart dont la région a besoin. Avec l’accélération du changement climatique, aucune catastrophe n’est plus un phénomène strictement interne. Chaque arbre brûlé chez un voisin est la perte d’un jardin chez nous. Chaque pays subit la fumée des incendies de l’autre. Un effort collectif serait une stratégie gagnant-gagnant, bénéfique pour tous.

Le moment semble venu pour l’Iran d’aller au-delà d’une diplomatie symbolique, de prendre l’initiative et d’inviter ses voisins à former un « pacte vert », garant d’une coopération sérieuse, efficace et durable contre les catastrophes naturelles.

*Source : IRNA

Cet article est la traduction d’un texte initialement publié en persan.
Cliquez ici pour accéder à la version originale.

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