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50 à 60 bateaux transportant près de 600 personnes originaires de 44 pays voguent vers la bande de Ghaza
Par Abdelouahab Souag (revue de presse : El Watan.dz – 14 septembre 2025)*
Samedi, 18 navires chargés d’aide humanitaire ont quitté la Sicile, au sud de l’Italie, pour rejoindre la Global Sumud Flotilla. Dans le même temps, la Commission internationale pour briser le siège de Ghaza a annoncé le départ du premier navire depuis le port de Bizerte, au nord de la Tunisie. Avec ces nouvelles étapes, ce sont désormais 50 à 60 bateaux transportant près de 600 personnes originaires de 44 à 47 pays et plus de 500 tonnes de vivres et de médicaments qui voguent ensemble vers la bande de Ghaza, dans la plus grande tentative jamais menée pour briser le blocus criminel imposé par Israël depuis 18 mois.
La Global Sumud Flotilla, composée de bateaux partis de Tunisie, d’Italie, de Corse et d’autres ports méditerranéens, a mis le cap sur Ghaza pour livrer une aide humanitaire symbolique et affirmer la solidarité internationale avec les Palestiniens en général, et plus particulièrement avec la population de Ghaza, confrontée quotidiennement aux bombardements et à la famine. Le convoi, parti de Barcelone, grande ville portuaire du nord-est de l’Espagne, fin août, a rassemblé des volontaires venus de dizaines de pays, rejoints par des navires de Grèce, d’Espagne et de Tunisie. Parmi les passagers figurent des personnalités internationales comme Greta Thunberg, 22 ans, militante suédoise pour le climat, ou l’ancienne maire de Barcelone Ada Colau, ainsi que cinq députées européennes, l’Italienne Annalisa Corrado, 52 ans, du groupe de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates, l’Italienne Benedetta Scuderi, 34 ans, du groupe des Verts-Alliance libre européenne, la Française Emma Fourreau, 25 ans, du groupe La Gauche, l’Irlandaise Lynn Boylan, 48 ans, également membre de La Gauche et présidente de la délégation du Parlement européen pour les relations avec la Palestine, et l’eurodéputée de La France insoumise Rima Hassan. Boylan se trouve sur le bateau de suivi juridique, chargé de documenter toute éventuelle violation des droits humains ou du droit international.
«Nos gouvernements sont responsables»
Les eurodéputées espèrent accroître la pression internationale sur Israël et appellent l’Union européenne à agir plus fermement. Elles réclament la suspension des accords d’association avec Israël, la reconnaissance de l’Etat de Palestine et un accès total de l’aide humanitaire dans la bande de Ghaza. L’une d’elles a également demandé à l’UE de rompre tout accord commercial et militaire avec Israël et de sanctionner son gouvernement. Elle a jugé insuffisante la promesse d’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, de sanctionner les ministres extrémistes et les colons violents, tout en espérant que cette déclaration débouche sur des mesures concrètes. Rima Hassan a annoncé hier sur X qu’elle rejoignait la flottille, affirmant que «nos gouvernements sont responsables de la poursuite du génocide à Ghaza. Ils se sont également illustrés par leur silence après les deux attaques de la Global Sumud Flotilla. Face à cette inaction, je rejoins cette initiative citoyenne qui est le plus grand convoi maritime humanitaire jamais réalisé».
A peine arrivée en Tunisie, faut-il le souligner, la flottille a été la cible d’attaques criminelles. Le 9 septembre, un incendie a éclaté sur le navire Family (pavillon portugais), après ce que ses occupants décrivent comme une attaque de drone. Moins de 24 heures plus tard, un second bateau, l’Alma (pavillon britannique), a connu un incident similaire. Des témoins parlent d’un engin volant resté en vol stationnaire quelques mètres au-dessus du pont avant de larguer une charge incendiaire. Ces attaques n’ont heureusement fait aucune victime, mais elles ont détruit une partie du matériel de bord et envoyé un message glaçant aux membres de la flottille. Les autorités tunisiennes contestent cette version et évoquent une origine interne, comme une cigarette mal éteinte.
Tout en parlant d’«agression préméditée», Tunis a ouvert une enquête. Mais pour les organisateurs, ce déni protège indirectement les véritables auteurs. Malgré la peur, les activistes affichent leur détermination. «Oui, il y a un risque pour nous. Mais ce n’est rien comparé à ce que vit chaque jour la population de Ghaza, privée d’eau, de nourritures et de soins», témoigne une volontaire. Pour Ghassen Henchiri, coordinateur tunisien, la responsabilité est claire et «personne d’autre qu’Israël n’a intérêt à saboter cette initiative». Il a confirmé que tous les bateaux amarrés à Sidi Bou Saïd sont désormais prêts à appareiller vers la Palestine, à l’exception de deux embarcations, Jalila et Selim, retenues par les autorités.
La flottille face aux menaces
Vingt-trois navires partiront donc ensemble, avec des cargaisons de médicaments et de produits alimentaires. «L’objectif principal est d’acheminer une aide humanitaire et de contribuer à briser le blocus», a-t-il insisté. Les menaces ne viennent pas seulement des attaques mystérieuses. Début septembre, le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a annoncé que les activistes de la Global Sumud Flotilla seraient traités comme des terroristes, emprisonnés et privés de tout privilège (radio, télévision, choix de nourriture). Cette déclaration a été interprétée comme une tentative d’intimidation officielle pour dissuader la flottille.
De leur côté, plusieurs gouvernements européens ont réagi. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a garanti la protection consulaire des citoyens espagnols à bord. Son homologue italien, Antonio Tajani, a confirmé que l’ambassade d’Italie à Tel-Aviv a sensibilisé les autorités israéliennes au respect des droits des passagers italiens.
L’histoire des flottilles pour Ghaza est marquée par la violence. En 2010, la Flottille de la Liberté avait été attaquée en haute mer par les commandos israéliens, provoquant la mort de dix passagers turcs sur le Mavi Marmara. Depuis, toutes les tentatives similaires, en 2011, 2015, 2016, 2018 ou encore en juin dernier, ont été interceptées, sabotées ou réprimées.
La Global Sumud Flotilla s’inscrit dans cette continuité en dénonçant un blocus illégal, qualifié de punition collective par le droit international humanitaire, qui prive deux millions de Palestiniens de nourriture, de carburant, de soins, de matériaux de construction et de liberté. Cette flottille ne transporte pas d’armes, mais des produits alimentaires, des médicaments et un message affirmant que Ghaza ne doit pas mourir dans l’oubli.
«Quarante ans après, nous assistons à une seconde opération sioniste sur le sol tunisien», a dénoncé Ghassen Henchiri, en référence au bombardement israélien de Hammam Chott en 1985. «Cela ne fera que renforcer notre détermination.» Au-delà des attaques et des menaces, la Global Sumud Flotilla met en lumière une réalité insoutenable : «Ghaza vit sous un régime d’asphyxie délibérée.»
Les activistes rappellent que le droit international ne peut pas être sélectif et que la solidarité ne doit jamais être criminalisée. Leur engagement soulève une interrogation essentielle sur la durée pendant laquelle la communauté internationale tolérera que des civils, des bateaux humanitaires et des enfants palestiniens continuent d’être les cibles d’une politique d’oppression sans limite.
La flottille poursuit sa route et son message a déjà franchi toutes les frontières, dénonçant : «Le siège de Ghaza représente un crime d’oppression orchestré par Israël avec le soutien des Etats-Unis, qu’il faut briser, coûte que coûte.».
*Source : El Watan.dz