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Par Mustapha MAJDI (20 août 2025)
Je suis profondément bouleversé, anéanti, par l’horreur du génocide en cours dans la bande de Gaza, et par l’intensification des violences en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Depuis près de vingt mois, le peuple palestinien subit une tragédie d’une ampleur inédite dans l’histoire contemporaine récente. Une tragédie qui se déroule dans une indifférence presque totale, comme si la douleur de tout un peuple avait cessé de nous concerner.
Ce que nous vivons n’est pas une crise passagère, mais un effondrement moral à l’échelle mondiale. Une catastrophe humaine que les chiffres ne suffisent plus à exprimer, tant ils peinent à traduire l’horreur : plus de 60.000 morts à Gaza, dont les deux tiers sont des femmes et des enfants ; 150.000 blessés ; plus de 10.000 disparus, très probablement ensevelis sous les décombres. En Cisjordanie, on compte plus de 1.000 morts et 9.500 blessés, victimes d’incursions militaires et de violences perpétrées par des colons.
À Gaza, la famine est désormais une réalité. Selon les Nations unies, 1.400 personnes ont été tuées en tentant simplement d’accéder à de la nourriture, et 180 personnes, dont 93 enfants, sont officiellement mortes de faim. Des chiffres insoutenables.
Des enfants meurent de malnutrition aiguë, de soif, d’infections évitables. Des mères enterrent leurs enfants à mains nues. Les hôpitaux sont détruits, les écoles visées, les abris devenus cibles. Et pendant ce temps, le monde tergiverse.
Ce qui se déroule n’est pas une guerre : c’est un écrasement systématique. Une punition collective, organisée, assumée. Un processus méthodique de destruction d’un peuple. Une logique de déshumanisation, qui tue non seulement les corps, mais aussi les récits, les espoirs, les visages.Face à cela, que faisons-nous ? Rien, ou presque. Nous détournons les yeux. Nous laissons les mots être retournés, les valeurs inversées, les faits étouffés sous les éléments de langage. Les populations palestiniennes de Gaza meurent de notre silence. De l’inaction de la communauté internationale. Du cynisme de certains États occidentaux. De la lâcheté des dirigeants du monde arabe. Et de la résignation des opinions publiques.
Pendant que l’horreur se poursuit, les discours creux s’empilent. Les résolutions s’enchaînent. Les vies continuent de s’effondrer.
Comment accepter que l’indignation se noie dans le silence, face à un tel désastre ?
Je ne veux pas me taire. Je ne peux pas. Car me taire, c’est consentir. C’est devenir complice, par omission. Je tiens à exprimer ici ma solidarité totale avec les victimes palestiniennes, leurs familles, celles et ceux qui tentent encore de survivre, ou simplement de comprendre comment le monde a pu les abandonner. Je pense aux familles israéliennes endeuillées, aux otages : leur souffrance est réelle et doit être reconnue.
Mais rien ne justifie l’écrasement d’un peuple.
Gaza n’est pas un point sur une carte. Ce sont des vies, des visages, des êtres humains, ou plutôt, des survivants qui luttent encore pour vivre, malgré tout. Ce sont des enfants arrachés à leur enfance, des mères qui hurlent dans le vide, des pères qui creusent des tombes à mains nues.
Gaza, ce territoire où des vies humaines sont réduites à des chiffres, à des statistiques froides, alors qu’elles sont porteuses de rêves, d’espoirs, d’histoires singulières, lance un appel désespéré à la solidarité, à l’empathie, et à notre responsabilité collective. Il est temps de nommer les choses : la destruction systématique d’un peuple, son isolement, sa faim organisée, relèvent d’un crime contre l’humanité. Il est de notre devoir de nommer. De dénoncer. De témoigner. De refuser.
Refuser l’indifférence.
Refuser la banalisation.
Refuser la déshumanisation.
Car à force de se taire, on devient complice.
À force de ne pas regarder, on oublie.
Et oublier, c’est permettre que cela se reproduise — encore.