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France-Irak Actualité

France-Irak Actualité

Analyses, informations et revue de presse. La situation en Irak, au Proche-Orient et du Golfe à l'Atlantique.


Législatives de 2005: la mascarade

30 janvier 2005 : la journée des dupes

 

par Gilles Munier (AFI- Flash n°41 – 11 février 2005)

 

Les élections qui viennent de se dérouler en Irak ne sont une « victoire éclatante » pour personne, surtout pas pour George W. Bush et encore moins pour le peuple irakien.

 

   On imagine les cris d’orfraie des médias occidentaux si la « mascarade électorale » du 30 janvier s’était déroulée ailleurs qu’en Irak. Qu’aurait-on dit d’élections en Europe ou en Amérique latine organisées à l’ombre de fusils, sans observateurs internationaux, sans journalistes indépendants allant où bon leur semble ? Pourquoi n’ose-t-on pas dénoncer l’interdiction faite aux forces patriotiques de faire campagne ou les pressions exercées sur les électeurs par l’armée américaine et les milices ? Non, on ne voit pas ce qu’il y a d’« éclatant » pour la "démocratie"  et pour l’Irak de porter au pouvoir des chefs féodaux kurdes, des hommes liges de la CIA ou les protégés d’ayatollahs pro-iraniens.

 

Moins de 50% de participation


   Tous les observateurs indépendants savent qu’il y a une marge entre les taux de participation truqués annoncés par les conseillers en communication US et ceux des organisations patriotiques. Alors que le nombre réel d’inscrits sur les listes électorales n’est pas connu - et qu’il le restera, empêchant tout calcul sérieux - les médias ont quand même cautionné la déclaration de Mahdi Al-Hafiz, « ministre » irakien du Plan, affirmant que 72% des électeurs s’étaient rendus aux urnes. L’estimation de la « Commission électorale indépendante » diffusée deux heures plus tard - après la fermeture des bureaux - réduisant à 60% le taux de participation est passée aux oubliettes, tout comme celle de responsables politiques pro-américains qui parlaient d’un chiffre tournant autour de 50%. Le vote automatique kurde et sistaniste ne suffit pas à rendre ces élections crédibles, surtout quand on sait qu’avant d’aller voter, les électeurs devaient attendre que leurs noms soit inscrit sur une liste de l’agence gouvernementale fournissant les rations mensuelles de nourriture...


   Selon le Comité des Oulémas musulmans, seuls 30% des Irakiens auraient voté. Désinformation ? Non, car il ne faut pas confondre - comme on s’est employé à le faire - le pourcentage des votants calculé par rapport aux inscrits et le pourcentage de votants par rapport au nombre d’électeurs ! Sur le terrain, le « succès éclatant » annoncé par George W. Bush se réduit en fait à peu de chose.

   Les résultats les plus significatifs sont ceux des expatriés, pour la plupart « chiites » ou Kurdes. Seul le quart d’entre eux était inscrit sur les listes électorales. La participation a été faible malgré la menace des "ambassadeurs"  irakiens de ne pas délivrer de passeport aux abstentionnistes . Aux Etats-Unis, par exemple, on ne décomptait que 10% de votants, c'est dire la confiance que les Irakiens vivant à l'étranger ont dans la démocratie made in USA.

 

Fraudes électorales nombreuses


   Les problèmes liés à la sécurité ne justifient pas les irrégularités nombreuses et systématiques constatées dans les bureaux de vote. A Bassora, par exemple, le Hezbollah irakien a eu beau protester, ses bulletins ne sont jamais parvenus à destination. Comme par hasard à Kirkouk le nombre des bulletins était insuffisant dans les quartiers peuplés de Turcomans et d’Arabes. A Erbil, des électeurs enduisaient leur doigt d’huile pour effacer plus facilement l’encre signalant qu’ils avaient voté. Ils revotaient sans problème. A Erbil encore, des miliciens obligeaient les « étrangers » - c’est-à-dire les non-Kurdes - à porter une inscription au stylo à bille sur les bulletins pour qu’ils soient annulés au dépouillement. Dans la région de Mossoul, dans les zones revendiquées par les chefs de guerre kurdes, les chrétiens assyriens, les Turcomans et les Yézidis n’ont pas pu voter. Ces fraudes - et d’autres encore à la disposition des médias -  visent à marginaliser des ethnies ou des courants politiques indésirables. En d’autres lieux, elles seraient suffisantes pour que la communauté internationale réclame l’annulation des élections.


   Les résultats officiels seront ceux marchandés avec les partis collaborationnistes par John Negroponte, le pro consul US, lors d’une réunion discrète tenue à son ambassade. La « mascarade électorale » du 30 janvier n’a évidement pas légitimé l’occupation américaine. Elle a simplement mis sur orbite des personnalités dites nouvelles et favorisé des courants politiques ou religieux. Mais, ils n’en seront pas plus crédibles pour autant.

 

L’avenir est à la résistance


   Pour ces raisons, Abdel Hadi Al-Daraji, porte parole de Moqtada Al-Sadr, ne se fait pas d’illusion : le gouvernement issu des élections sera une réplique du précédent. Son mouvement ne participera à aucun processus politique tant que durera l’occupation de l’Irak. Pour les sadristes, toute la question aujourd’hui est de savoir si l’Ayatollah Sistani exigera le départ des Américains comme il s’y est engagé. Beaucoup en doute, rappelant qu’avant la seconde bataille de Nadjaf il avait tracé une ligne rouge interdite de franchissement aux troupes US, mais qu’à la veille de l’assaut il s’était enfui à Londres...


   Même analyse du côté des Oulémas : il n’est pas question de soutenir le prochain gouvernement. Il n’aura, disent-ils, aucune légitimité pour rédiger la nouvelle constitution. Aussi, on peut s’attendre à ce que les Américains tentent de soudoyer des religieux sunnites pour qu’ils constituent une organisation d’oulémas concurrente. Deux tentatives, pilotées de Bahreïn et Qatar, ont déjà échoué.


   Pour nombre d’Irakiens, élections ou pas, constitution ou pas, l’avenir appartient à la résistance sous toutes ses formes. Aux Etats-Unis, histoire de relativiser l’événement, le New York Times a rappelé qu’en septembre 1967, l’administration US avait présenté comme un succès le taux de participation à l’élection présidentielle au Sud Vietnam : 83% des Vietnamiens s’étaient rendus aux urnes malgré les menaces du Vietcong, qualifiés à l’époque de « terroristes ». Le Lieutenant Général Nguyen Van Thieu avait été élu : la suite se passe de commentaire. En France, les médias semblent gober tout ce qui vient du Pentagone. Il y a pourtant des journalistes qui pourraient faire le parallèle entre les reportages de Fox News et les documentaires vantant l’ « Algérie de papa », ses gouverneurs, ses caïds, ses bachagas et ses marabouts. Personne n’a osé. Encore une fois, pour ne pas déplaire à l’ « ami américain »...

 

Sources :

Entretiens avec des représentants du Comité des Oulémas musulmans et de Moqtada Al-Sadr

Certains n’ont voté que pour avoir à manger, par Dahr Jamail (31/1/05)

Iraqi Elections : Media Disinformation on Voter Turnout ? par Michel Chossudovsky

Iraqi Christians claim their votes blocked, par Eric Fleischauer

Rapport du bureau de Kirkouk du Turkmeneli Party

Sadr Group Says Future Government “Illegitimate”, par Mazen Ghazi

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