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Sur le blog


F.B.I

Entretiens

avec Saddam Hussein

« détenu

de haute valeur n°1 »

20 interviews et 5 conversations

ordinaires déclassifiées


Traduction intégrale

Samedi 24 juillet 2010 6 24 /07 /2010 21:37

Entretien n°18                                                       

Baghdad Operation Center

28  mars 2004

Entretien conduit par George L. Piro

Rapport traduit de l’arabe en anglais par le FBI

Traduction en français : Xavière Jardez

Titres, sous-titres et notes : Gilles Munier

 

Des documents du parti Baas

passés au crible

 

Saddam Hussein (Détenu de Haute Valeur n°1) a été interviewé le 28 mars 2004 dans un bâtiment de détention militaire à l’Aéroport International de Bagdad (AIB), Bagdad, Irak. Hussein a fourni les informations suivantes :

 

Hussein a été averti, dès le début de l’entretien, que celui-ci serait la continuation des rencontres précédentes sur les soulèvements chiites  dans le sud de l’Irak en 1991.

 

Hussein a dit qu’il était normal que le dirigeant d’un parti politique, comme le Baas,  connaisse le plus de membres possible du Parti. Cependant, il lui était difficile de faire la connaissance de membres du Baas, en dehors de ceux qui en étaient à la tête. Néanmoins, il avait essayé d’en connaître autant que faire se peut, comme il avait tenté d’aller à la rencontre du plus grand nombre de simples citoyens irakiens.

Saddam ne pouvait pas être au courant

de tout ce qui se passe

L’interviewer a posé une question sur le système de communication entre les divers échelons du Parti, de la base au niveau national, et sur le volume d’informations mis à la portée des dirigeants haut placés. Hussein a répondu que ces derniers recevaient des informations de la même manière que les Démocrates et les Républicains aux Etats-Unis. Quand une directive était émise par la direction, des instructions étaient  adressées à tous les membres du Parti. Si un membre envisageait une certaine action, sa requête était transmise à la direction irakienne par les canaux appropriés. On a demandé à Hussein quels étaient ses sentiments sur la nécessité d’être tenu au courant de la situation locale. Il a déclaré : « Il y a une différence entre le désir et la réalité ».

 

L’interviewer a déclaré que des documents, décrivant les soulèvements de 1991 et les activités du Parti Baas au cours de cette période, ont été découverts après l’invasion des forces de la coalition en 2003 (1). Le traducteur a lu à Hussein de larges extraits de copies de deux documents rédigés en arabe. Le premier, daté du 11 avril 1991, sous le numéro 7/1/383, signé par Hussein Hamza Abbas, secrétaire général de la Section du Commandement Saddam avait été adressé au secrétaire général de la Section du Commandement de Wasit. Dans ce document, Abbas expliquait et clarifiait sa conduite au cours des  « troubles de mars 1991 ». Le second, daté d’avril 1991, sans numéro, était signé par Anwar Saeed Omar, secrétaire général de la Section du Commandement de Wasit. Il était adressé à un membre, vraisemblablement plus élevé du commandement, mais non désigné.  Ce document explique que certaines actions entreprises au cours de « ces troubles » dans les villes de Bassora et Wasit, en mars 1991, incluaient l’arrestation d’environ 700 militaires et civils, à Bassora. Dans la lettre, Omar déclare que des comités d’interrogatoire ont été formés et qu’il avait été responsable du Second Corps de Comités.  Omar écrit qu’il a, personnellement, exécuté  deux individus le jour même où il a commencé les interrogatoires. Il ajouté, de plus, que quarante-deux personnes furent exécutées après quatre jours d’interrogatoire.

 

A la question portant sur la contradiction apparente entre les actions décrites dans ces documents et le système judiciaire irakien, Hussein a répondu : « Où est la contradiction ? ». Il a ajouté, les comités furent formés, les interrogatoires eurent lieu et le jugement fut rendu. Hussein a demandé : «  Quelle était l’alternative ? ».

Saddam conteste le droit de l’interviewer

de poser des questions

sur les évènement internes de 1991

L’interviewer a observé que ces documents semblent  décrire une situation selon laquelle l’enquête sur ces individus n’avait pas été le fait d’un organisme neutre. L’exigence d’une enquête neutre avait, auparavant, été débattue par Hussein eu égard à la situation au Koweït et les crimes apparemment commis par les forces militaires irakiennes au cours de l’occupation en 1991. L’interviewer a, de plus, noté que les individus ne semblaient pas avoir eu la possibilité de se défendre, ce que Hussein avait précédemment considéré comme primordial. Hussein a dit : « Je  n’ai rien dit à propos des Koweitiens », précisant  que « le Koweït et cette question sont deux choses différentes ». Ces documents parlent d’actes de « trahison et de sabotage ». Hussein a affirmé que les deux individus avaient pu se défendre. L’interviewer a noté qu’il apparaît que non et qu’ils avaient été exécutés sur le champ. Hussein a répondu : « Peut-être. Peut-être pas », et ajouté que ce rapport peut ne pas fournir tous les détails. Hussein a précisé que l’auteur s’était peut-être vanté pour manifester sa loyauté et son aptitude à accomplir la tâche demandée. Il a mis en doute la validité du rapport. Si tout cela est vrai, a-t-il déclaré, le jour où les Américains décideront de poursuivre les individus qu’ils ont capturés pour ces crimes, et où les Irakiens reprendront  la direction de leur pays, ces derniers  enquêteront sur cette affaire.

 

Hussein a contesté le droit de l’interviewer de poser des questions sur les événements internes à l’Irak de 1991. Il a demandé : « Est-ce que c’est parce que vous êtes un employé du gouvernement américain ? ». L’interviewer a observé qu’il essayait de démêler les faits de la fiction et de consigner l’histoire comme elle s’était passée.

 

Hussein a déclaré qu’il lui était difficile de commenter lesdits documents sans en avoir tous les détails. Il a mis en doute l’allégation de l’interviewer selon laquelle les deux individus n’avaient pas eu  l’occasion de se défendre et le fait même qu’ils aient été exécutés. 

Note :

(1) Les Américains - aidés notamment par la milice d’Ahmed Chalabi - et les Iraniens s’étaient organisés dans la perspective de l’invasion pour mettre la main sur les documents officiels du parti Baas, des ministères et des services secrets.  La traduction d’un certain nombre de ces derniers, déclassifiés, a été publiée aux Etats-Unis.

© X.Jardez et G. Munier – Traduction en français et notes

Traduction des entretiens précédents

sur le blog

 

Par Gilles Munier
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Mercredi 21 juillet 2010 3 21 /07 /2010 15:40

   Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU a annoncé le 19 juillet 2010 (1) que de « nombreux besoins » en nourriture, et en abris pour les « personnes déplacées »euphémisme utilisé pour désigner les Irakiens victimes des opérations de nettoyage ethnique organisées par les milices pro-iraniennes -  prévus par son Plan d’action 2010 ne pourront pas être assurés, faute de moyens financiers. Extraits du communiqué :

- Les distributions de nourriture à 800.000 femmes enceintes et allaitantes et à des enfants mal-nourris ont dû être suspendues, 

- Les distributions de nourriture à 960.000 enfants allant à l'école ont également été suspendues,

- Les conditions d'existence de 500 000 personnes affectées par la sécheresse dans les gouvernorats de Soulimaniya et Dohouk sont menacées,

- Le plan d'action pour aider 22.500 familles déplacées vulnérables avec des abris d'urgence va devoir être suspendu. Des milliers de ménages vont devoir continuer à vivre dans des abris de fortune, sans pouvoir se protéger des conditions climatiques extrêmes.

Où passe l’argent du pétrole ?

   Sept ans après l’invasion de l’Irak et le renversement du Président Saddam Hussein, le régime de Bagdad rongé par la corruption (2) quémande toujours des fonds à des pays donateurs, mais avec de moins en moins de résultat. Cette année, sur 187,7 millions de dollars  requis pour la mise en œuvre du plan humanitaire de l’ONU, seulement 12% des promesses de financement ont été honorés. Et pour cause : selon Hussein al-Sharistani, ministre du Pétrole, les revenus pétroliers irakiens se montent à 171 milliards de dollars pour la période 2006 /2009. L’Irak produit aujourd’hui 2,5 millions de barils de brut par jour. Question : où passe l’argent du pétrole ?

   A Bagdad et à Erbil (Région autonome du Kurdistan), les contrats dits de reconstruction sont signés avec des entreprises étrangères en fonction des avances sur commissions qu’ils génèrent. Tant pis si les travaux ne sont pas réalisés, pour des raisons de sécurité ou pour engagements non tenus (3). L’inculpation récente de Tarek Aziz pour « dilapidation des deniers publics » - décision prise sans doute pour relancer l’affaire « Pétrole contre nourriture » et faire chanter des personnalités étrangères – ne trompe pas les Irakiens qui savent que l’argent du pétrole engraisse les comptes bancaires ouverts dans des paradis fiscaux par les politiciens et les chefs de milices parvenus au pouvoir en 2003.

Notes :

(1) Iraq : le manque de fonds menace la distribution de l’aide alimentaire

http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=22456&Cr=Iraq&Cr1=

(2) L’Irak est un des quatre pays les plus corrompus au monde, selon l’ONG Transparency International (rapport 2009).

(3) Lire : Sarkozy et le commerce franco-irakien / Arnaques et pièges en tous genres

http://www.france-irak-actualite.com/pages/Sarkozy_et_le_commerce_francoirakien_avril_2009-1982461.html

 (4) Irak : quand le pétrole assure des revenus juteux

http://www.leblogfinance.com/2010/07/irak-quand-le-petrole-assure-des-revenus-juteux.html

 

Par Gilles Munier
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Lundi 19 juillet 2010 1 19 /07 /2010 12:00

   La situation juridique des prisonniers de guerre irakiens se trouvant modifiée par leur livraison ignominieuse au régime de Bagdad, Maître Badie Aref – avocat de Tarek Aziz -  avait annoncé, le 17 juillet, que le ministère irakien de la Justice l’autorisait à rencontrer plusieurs de ses clients.

   Il faut savoir que Maître Badie réside à Amman où il s’est installé après l’assassinat des avocats du Président Saddam Hussein, et avoir reçu des menaces de mort émanant des milices pro-iraniennes. L’autorisation de se rendre à Bagdad pour s’entretenir avec Tarek Aziz ne lui était pas formellement interdite, mais… à ses risques et périls. En Irak, on sait ce que cela signifie.

   Les bruits qui couraient à Bagdad sur une éventuelle libération d’anciens dirigeants bassistes gravement malades, pour des raisons humanitaires et/ou dans la perspective d’une hypothétique « réconciliation »  - notamment de Tarek Aziz, Hikmat Azzawi (ancien ministre des Finances), Mohammed Mehdi Saleh (ancien ministre du Commerce), voire  de Saadoun Chaker (ancien ministre de l’intérieur retiré de la vie politique depuis les années 80) –, ont fait long feu. Le 18 juillet - une des dates anniversaire de la Révolution bassiste de 1968 - le ministre de la Justice a fait comparaître les prisonniers livrés par les Américains devant un tribunal. Maître Badie Aref a annoncé que Tarek Aziz – déjà condamné à 15 et 7 ans de prison – a été inculpé de « gaspillage des deniers publics ».

   Dans le foulée, la réponse favorable faite à la demande de Maître Badie de rencontrer Tarek Aziz a été  « révoquée », sous prétexte que l’ancien vice- Premier ministre était… « occupé ».  Nouri al-Maliki estime sans doute qu’un nouvel assassinat d’avocat  - ou les déclarations de ce dernier – n’est pas de nature à favoriser ses manœuvres pour se faire réélire au poste de Premier ministre.

Lire aussi :

Tarek Aziz et les prisonniers de guerre livrés à l’ennemi

http://www.france-irak-actualite.com/article-tarek-aziz-et-les-prisonniers-de-guerre-livres-a-l-ennemi-53961047.html
Par Gilles Munier
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Dimanche 18 juillet 2010 7 18 /07 /2010 09:14

   Hanan al-Mashadani, la blogueuse emprisonnée* depuis 7 mois en Irak, a été transportée d’urgence dans un hôpital inconnu, apparemment victime d’un empoisonnement alimentaire.

   Cette ophtalmologiste irakienne, résident à Amman, était incarcérée à la prison de Kadhemiya, connue pour l’extrême dureté de son régime pénitentiaire.

   En mission médicale en Irak avec une ONG indienne, Hanan al-Mashadani a été arrêtée en janvier dernier quand la police a découvert qu’elle était « Hiba », animatrice d’un blog dénonçant le régime de Bagdad et la double occupation de son pays. En Irak, cela équivaut à soutenir le « terrorisme ». Elle a donc été condamnée, en mars, à 3 ans de prison.

* Lire :

« Hiba », la blogueuse en danger

http://www.france-irak-actualite.com/article-bagdad-hiba-blogueuse-en-danger-44127425.html

Nouvelles de « Hiba », la blogueuse emprisonnée

http://www.france-irak-actualite.com/article-nouvelles-de-hiba-blogueuse-enprisonnee-45953598.html

Trois ans de prison pour “Hiba”, résistante- blogueuse

http://www.france-irak-actualite.com/article-hiba-3-ans-de-prison-pour-la-jeune-blogueuse-47126683.html

Par Gilles Munier
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Samedi 17 juillet 2010 6 17 /07 /2010 07:15

Entretien n°17                                                       

Baghdad Operation Center

23  mars 2004

Entretien conduit par George L. Piro

Rapport traduit de l’arabe en anglais par le FBI

Traduction en français : Xavière Jardez

Titres, sous-titres et notes : Gilles Munier

 

Projection d’un documentaire

de propagande occidentale (2) 

 

Saddam Hussein (Détenu de Haute Valeur n°1) a été interviewé le 23 mars 2004 dans un bâtiment de détention militaire à l’Aéroport International de Bagdad (AIB), Bagdad, Irak. Hussein a fourni les informations suivantes :

 

Avant le début de l’entretien, Hussein a été avisé que la discussion du jour serait la continuation de la précédente. Elle comprendrait la projection de la portion restante du documentaire sur la situation dans le sud de l’Irak en 1991, dans la foulée de la première guerre du Golfe. Réalisé en 1993,  le film est intitulé « La dernière guerre de Saddam Hussein »  et le narrateur est Michael Wood.  L’interviewer a commencé la projection des 22 minutes et 30 secondes restantes.

 

Hussein a mis en doute l’origine du chiffre de 300 000 victimes, fourni par le narrateur, comme étant le nombre estimé de chiites tués dans le sud de l’Irak par les forces gouvernementales. L’interviewer a fait remarquer que ce chiffre avait déjà été discuté lors de la projection précédente et  que la source en était le gouvernement irakien. D’après le documentaire, le gouvernement irakien avait informé les Kurdes du nombre de chiites tués, et l’interviewer a ajouté  que ce message s’apparentait à  un avertissement donné aux Kurdes pour le cas où ils défieraient le gouvernement.

« Maintenant qu’ils m’ont appréhendé,

qu’ils me jugent »

Le film décrit les scènes des actions du gouvernement contre les Arabes des marais dans le sud de l’Irak, notamment l’empoisonnement de l’eau causant la mort des poissons, la destruction des villages et l’assèchement des marais.  Hussein a noté que certaines scènes ne semblent pas avoir été filmées dans les marais. Dans la suite du documentaire, une scène montre une femme arabe des marais parlant du traitement de son peuple par le gouvernement irakien. Elle déclarait qu’ils ne leur restaient rien et qu’ils devaient quitter leur  maison avec simplement quelques biens. Hussein a ri et demandé : « Qu’avait-elle avant ? Des roseaux ? ».

 

Le documentaire montre d’autres scènes et offre des commentaires sur le traitement des chiites du sud de l’Irak, des Kurdes du nord et des Arabes des marais. Le film discute de la possibilité de juger Hussein pour ces atrocités. Hussein a déclaré : « Maintenant qu’ils m’ont appréhendé, qu’ils me jugent ».

 

Le film se termine approximativement après cinquante-cinq minutes et cinquante secondes. A la question de Hussein sur la date de sa réalisation, on lui répond qu’il a été fait en 1993.

 

Sur la nomination de certains importants dignitaires  à des postes dans le sud de l’Irak en 1991, avec la responsabilité de s’occuper du soulèvement chiite, Hussein a déclaré : « Nous y avons mis des personnes qui devaient gérer la situation ». Hussein a nié avoir déclaré qu’il ne voulait pas savoir comment ces soulèvements avaient été réduits, mais seulement connaître les résultats. Hussein a demandé : « Qui a dit que je ne voulais pas savoir comment ? ». Après que l’interviewer lui eut rappelé qu’il avait fait cette déclaration, précédemment, il a précisé que n’importe qui aurait eu pour objectif  de faire cesser les troubles et « la trahison ».

 

L’interviewer a noté que le documentaire montre, entre autres, le coût humain pour mettre un terme à la trahison. Hussein a noté que rien n’est manifeste dans ce film. Selon Hussein, on y voit des individus appréhendés par des officiels irakiens et d’autres officiels qui « se sont mal conduits en les frappant ». Il a reconnu qu’on y voit aussi des scènes de sujets différents.

 

La conversation a, ensuite, porté sur une discussion relative à la définition de la trahison comparée à la révolution. L’interviewer a rappelé à Hussein qu’il avait visionné une portion du film où il était dit que le Président Bush avait encouragé les chiites à se révolter contre le gouvernement irakien en 1991. Il a rappelé à Hussein qu’il avait déclaré que les chiites, suite à ce soutien,  s’étaient retournés contre leur pays et qu’il les avait considérés, selon ses termes, comme des traitres. L’interviewer a observé que, si on considère les diverses tentatives de coups et les coups qui ont réussi en 1959, 1963 et 1968, certains pourraient décrire le Parti Baas de la même manière et, a poursuivi l’interviewer, qualifier de trahison un soulèvement qui échoue et de révolution, un coup qui réussit. Hussein a dit : « Je n’ai rien à dire »,  ajoutant « cela ne mérite pas que je commente». Il a qualifié le documentaire de subjectif, réalisé pour justifier « ce qui était fait contre l’Irak », y compris la partition du pays.

 

Hussein a déclaré que tout accusé doit avoir la possibilité de se défendre. Il a, alors, demandé si l’Irak avait eu l’occasion  de se défendre contre les informations contenues dans ce film.  Etait-il approprié de questionner le Président de l’Irak sur un « film de propagande » ? Il a ajouté « Nous devrions arrêter ce programme ». Il a assuré qu’il avait répondu à toutes les questions de l’interviewer et  a affirmé qu’il ne commenterait plus des films de ce genre.

Je ne dirai que des choses positives

 sur mes camarades

Hussein a reconnu que Mohammed Hamza al-Zubaidi (1) et Kamal Mustapha Abdallah (2) avaient été envoyés à Nasiriyah en 1991 pour réduire le soulèvement chiite. Kamel Hussein a pareillement été envoyé à Kerbala, Ali Hassan al-Majid à Bassora et Izzat Ibrahim al-Douri à Hilla.

 

Hussein a décrit Al-Zubaidi comme un « de nos camarades du parti », haut membre de la direction, devenu Premier ministre. Pour lui, tout Irakien était bon jusqu’à ce qu’il prouve le contraire et Al-Zubaidi était « bon ». Il a reconnu que ce dernier était l’un des rares chiites à avoir atteint une position élevée dans la direction. A la question de savoir s’il était respecté par ses collègues, Hussein  a dit : « C’était une autre histoire », refusant d’expliquer en détail cette répartie. Il a réitéré qu’il ne dirait que des choses positives concernant ses camarades. Si on se fie aux réponses de Hussein, on peut en déduire, que Al-Zubaidi n’était pas - selon l’interviewer - dans les bonnes grâces de ses collègues. Hussein a répondu que l’interviewer pouvait penser ce qu’il voulait, soit en bien ou en mal, à propos d’Al-Zubaidi, que c’était sa réponse.

 

Hussein a reconnu qu’Abdallah était un lointain cousin, membre du Parti, qu’il avait servi en tant qu’officier dans l’armée irakienne mais qu’il « n’était pas au gouvernement ». Abdallah avait assumé les mêmes tâches que tout autre officier et il ne se souvenait pas des endroits où il avait été assigné. A la question de savoir si Abdallah avait occupé le poste de Secrétaire général de la Garde Républicaine et la Garde Républicaine Spéciale, Hussein s’est étonné, disant : « Je croyais que nous parlions de ce qui s’était passé dans le sud ». L'interviewer a estimé qu'il était important de savoir ce que Hussein pensait des membres de la direction irakienne. Ce dernier a répondu qu'il avait confiance en en eux, qu'ils exercent une fonction au parti, au gouvernement ou dans l'armée, jusqu'au jour où une de ces personnes se "conduirait mal". Il a ajouté que s’il ne disait pas que quelqu’un était « mauvais », c’est qu’il était bon. Il a précisé que, pour lui, une « mauvaise » personne était quelqu’un qui se conduisait en totale contradiction avec la confiance qu’il avait placée en lui. 

 

Hussein a déclaré que, durant la guerre avec l’Iran, la Garde Républicaine (GR) avait été envoyée sur le front, laissant Bagdad et le Palais présidentiel sans protection. C’est ainsi que fut créée la Garde Républicaine Spéciale (GRS), d'abord sous la forme de compagnies, puis de régiments. A cette époque, de nombreux jeunes officiers - dont Abdallah - ont été incorporés. Cependant, les commandants des GR et des GRS n'étaient pas obligatoirement membres de la famille de Hussein.

« Je n’ai peur de personne.

Je ne crains que Dieu »

Quelles instructions la direction politique a-t-elle données à Al-Zubaidi et à Abdallah quant à la réponse à apporter à la révolte chiite dans le sud du pays ? Hussein a dit : « J’ai déjà répondu lors de la dernière session ». Il a ajouté que, pareillement, il avait expliqué comment les informations sur la situation étaient communiquées à la direction. L’interviewer a noté que Al-Zubaidi et Abdallah étaient détenus par les forces de la coalition. Hussein a demandé : « En quoi peuvent-ils me servir ? ». Il a demandé de manière rhétorique : « Pensez-vous que je répondrais en fonction de qui est en prison ? ». Il a ajouté : « Je n’ai peur de personne. Je ne crains que Dieu ». Ses réponses ne dépendent pas de savoir si un tel est en prison ou vivant ou mort mais de ce qu’il pense être la vérité. Hussein a dit qu’il n’était pas le genre de personne à faire porter le blâme par un mort, comme blâmer Hussein Kamel qui n’est plus. Il a ajouté : «  Je ne parlerai que pour moi ». Hussein a conseillé à l’interviewer d’aller parler directement à Al-Zubaidi et  Abdallah car « ils se connaissent mieux ».

 

Hussein a répété ce qu’il avait déclaré précédemment à savoir : « J’accepterai tout ce que dira une personne que vous interrogez qui désire alléger son fardeau à condition que cela ne ternisse pas ma réputation ».

 

L’interviewer a mis fin à l’entretien parce qu’il ne voulait pas retarder son heure de prière et de repas. Hussein a dit : « Tout gouvernement qui veut diminuer ses péchés aux yeux de Dieu, devrait faire ainsi ». « Les péchés des  gouvernements sont nombreux ». Hussein a conclu en disant qu’il était bien que l’interviewer ne l’empêche pas de prier car cela lui ferait un péché de moins.

Note :

(1) Mohammed Hamza al-Zubaidi, ancien membre du Conseil de Commandement de la Révolution (CCR), ancien Premier ministre (15 septembre 1991 au 5 septembre 1993), a été arrêté par la milice d’Ahmed al-Chalabi le 21 avril 2003. Il est mort en 2005, victime d’une « attaque cardiaque » au cours de son internement.

(2) Kamal Mustapha Abdallah Sultan al-Tikriti, commandant de la Garde républicaine, n°10 sur la liste des dirigeants les plus recherchés, s’est rendu aux troupes d’occupation, à Bagdad, le 17 mai 2003.

© X.Jardez et G. Munier – Traduction en français et notes

Traduction des entretiens précédents

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Présentation

Profil

  • Auteur du "Guide de l'Irak" (Ed. Picollec - 2000) et de "Les espions de l'or noir" (Ed.Koutoubia - 2009) A dirigé la traduction de "Zabiba et le roi", de Saddam Hussein (Ed.du Rocher)

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