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France-Irak Actualité

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Analyses, informations et revue de presse. La situation en Irak, au Proche-Orient et du Golfe à l'Atlantique.


La région autonome réclamée par des représentants de minorités irakiennes

Publié par Gilles Munier sur 9 Mai 2017, 05:45am

Catégories : #Irak, #Mossoul, #Kurdistan, #Turquie

La région autonome réclamée par des représentants de minorités irakiennes

Par Saad Salloum (revue de presse : Al Monitor – 16/3/17)*

 

Le 5 mars, trois organisations représentant les minorités irakiennes ont publié une déclaration commune demandant la création d’une région semi-autonome dans le nord du pays. Elle a été le fruit du Conseil Suprême Indépendant Yézidi, la Fondation de Secours Turkmène et l’Organisation al-Rafidain des Chrétiens Assyriens d’Irak. La région comprendra trois provinces contiguës : le Sinjar, Tal Afar et la plaine de Ninive.

 

La proposition est la proposition la plus extensive que les minorités aient jamais conclu dans le cadre d’une alliance dans le but de s’extraire de la lutte arabo-kurde dans leurs régions et d’éviter la répétition des massacres, des campements et des raids qu’elles ont connus sous l’Etat islamique après l’invasion de Ninive par ce dernier.

 

Les minorités avaient par le passé avancé des plans ciblés sur l’établissement d’une province dans la plaine de Ninive qui se serait étendue sur des régions disputées par les Arabes et les Kurdes mais que plusieurs minorités irakiennes considèrent comme leurs, à savoir la plaine de Ninive, pour en particulier les Chrétiens et les Shabaks, Tal Afar en majorité turkmène, et le Sinjar pour principalement les Yézidis.

 

Le but de ces organisations a été de ne faire aucune référence au séparatisme et de se placer dans le cadre de la Constitution de 2005, chapitre 1, sections 5, 112, 115 et 116,qui prévoit le droit des minorités à l’autonomie ou l’auto-administration dans des sous-unités territoriales.

 

« La création d’une région pour les minorités est en adéquation avec la Constitution irakienne et ne contredit en rien la volonté générale de partager le pouvoir et/ou de laisser les minorités gérer leurs propres affaires. » dit Ali Akram al-Bayati de la Fondation turkmène. « L’idée de diviser l’Irak en régions qui se gouvernent elles-mêmes est une solution légale, appropriée et constitutionnelle » ajoute-t-il donnant comme exemple celui du Gouvernement Régional du Kurdistan ; « la raison du succès du GRK et du pouvoir de son autodétermination est qu’il a avec efficacité utilisé ses droits constitutionnels. L’idée donc de mettre sur pied une région autonome pour les minorités à Ninive aidera les résidents de cette région à devenir plus forts au sein d’une coalition sur le plan de la sécurité, politiquement, socialement et économiquement ».

 

Pour le Prince Naif Dawoud, président du Conseil Suprême Yézidi, former une coalition est un pas en avant vers une solution pour fournir aux minorités irakiennes une protection internationale, encourager une prise de conscience publique et ainsi un soutien « à une demande légitime et juste. » « Le projet traduit aussi une perte de confiance dans la capacité du gouvernement central à rechercher une telle solution et l’indifférence de Bagdad à l’égard de la cause des minorités opprimées ». « (le projet) peut aussi présenter des garanties raisonnables pour l’après-Etat islamique et prévenir le retour de ce dernier et ses sbires dans ces espaces pour commettre des massacres de Yézidis et autres minorités ».

 

Les auteurs de la proposition n’excluent pas l’idée d’une protection internationale dans les régions concernées « comme cela a été le cas pour le gouvernement autonome kurde » ainsi que, « pour nos forces locales, un entraînement pour les préparer à défendre les frontières de la région autonome ».

 

Dawoud est d’accord que ce projet nécessitera le soutien des principales puissances et des Nations Unies, notamment dans les premiers temps. « Même si l’ONU adopte le projet Rafidain, il aura besoin d’un soutien en matière de sécurité, d’aide et de protection internationale pour au moins dix ans jusqu’à ce que la sécurité s’installe et la région puisse survivre ». Bien que la déclaration des Yézidis, Turkmènes et Assyriens ne mentionne pas les Shabak, les Kakaïs et les Yarsanis, elle est ouverte aux autres minorités. « Le projet a mûri pendant deux ans de travail acharné, ici et à l’étranger, avec toutes les parties concernées et a été en contact étroit avec toutes les autres communautés. » « C’est leur droit de patienter jusqu’à qu’elles voient le sérieux et l’importance du projet qui, à présent, est celui de trois partis mais est ouvert à tous ».

 

Les Shabaks sont une communauté qui a été réticente à rejoindre les auteurs du projet. Qusay Abbas, ancien membre du gouvernement provincial de Ninive, pense que le premier pas a été prématuré. « Une province doit être établie spécifiquement pour les minorités de la plaine de Ninive afin qu’elles déterminent leur avenir selon les mécanismes légaux et constitutionnels par le biais d’un référendum des résidents de la province dans des conditions stables et avec le contrôle de l’ONU. »

 

« La région autonome envisagée, s’il y a des garanties, pourrait être une région indépendante pour les minorités sur le modèle du GRK » dit Raja Asi de la Fondation Mithra, un groupe culturel et de développement. « Nous accueillons ce projet et voulons en faire partie mais la décision finale revient aux Kakaïs de la région ».

 

*Source : Iraqi minorities move forward with autonomy plan

Traduction et Synthèse: Xavière Jardez

Sur le même sujet, rappel :

 

Réunis lors d’une conférence tenue au Parlement européen à Bruxelles, le 19 novembre 2014 (photo), le Dr. Hassan Aydinli, représentant du Front Turkmène Irakien auprès de l'Union européenne, Fikret Igrek, responsable des Affaires étrangères de la Fédération des associations yézidies, Lado Hobil, président de l’Union syriaque européenne, avaient diffusé une « Déclaration des peuples d’Irak turkmène, chaldéen-syriaque- assyrien et kurde yézidi »

Extraits :

  • Nous, Chaldéens- Syriaques-Assyriens, Turkmènes et Yézidis, nous rassemblons en tant que peuples d’Irak, appartenant à ce pays. Nos peuples sont les habitants originels de l’Irak avec des droits égaux à ceux des autres peuples composant notre nation et y vivant.
  • Chacun de ces peuples a souffert du fait que, pendant des décennies, son existence n’a pas été reconnue à juste titre en Irak et par la communauté internationale. Nous avons subi discrimination, répression et nettoyage ethnique et culturel en raison de l’absence de la reconnaissance de notre identité ethnique, culturelle et religieuse et du droit à être, dans notre pays, ce que nous sommes.
  • Maintenant, nous sommes chassés de notre terre en Irak par le diable qu’est l’Etat islamique qui ne connaît rien d’autre que la destruction et la mort et a frappé nos peuples de manière inimaginable. Les enfants furent décapités, les femmes, violées et vendues, les hommes, torturés et tués. Le combat contre l’Etat islamique n’a rien de religieux mais est un combat pour les valeurs les plus fondamentales de l’humanité.
  • A la lumière de la crise actuelle, nous nous sommes unis pour travailler à un avenir commun dans lequel chacun de nos peuples sera reconnu comme faisant partie du pays et sera en mesure de préserver son identité ethnique, culturelle et religieuse. Notre objectif est de contribuer à maintenir la richesse de la diversité de notre terre et d’encourager les efforts des peuples qui sont nos voisins dans ce désir partagé d’un avenir commun pacifique.
  • Nous ne demandons pas à être considérés comme victimes ; nous voulons être reconnus comme citoyens à part entière de l’Irak. Nous en sommes arrivés à la conclusion qu’afin d’être reconnus comme citoyens égaux en Irak en tant que Turkmènes, Kurdes Yézidis et Chaldéens-Syriaques- Assyriens, nous devons obtenir cette reconnaissance et l’auto-détermination de ces régions du territoire qui ont été historiquement (et encore aujourd’hui) nos terres où nous avons vécu et été ce que nous sommes sans peur de nos voisins et sans avoir à occulter notre identité.
  • Nous, les Kurdes Yézidis, désirons retourner vivre au Sinjar, nous, les Turkmènes désirons retourner vivre sur nos terres en Irak et nous, les Chaldéens-Syriaques-Assyriens, voulons retourner vivre dans la plaine de Ninive. Nous désirons vivre là-bas comme citoyens et peuples reconnus en Irak et non comme minorités tolérées. C’est cette stigmatisation qui a conduit à la situation que nous subissons actuellement.
  • Il est donc nécessaire que nous ayons une autonomie locale et l’auto-administration en coopération avec le gouvernement régional kurde et le gouvernement central irakien.

Des représentants de l’ambassade d’Irak à Bruxelles et du Gouvernenent régional kurde assistaient à cette conférence.

Pour info (AFI- Flash) - Minorités irakiennes citées:

Turkmènes - Yézidis - Assyriens - Shabaks - Kakaïs - Yarsanis

 

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