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France-Irak Actualité

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Analyses, informations et revue de presse. La situation en Irak, au Proche-Orient et du Golfe à l'Atlantique.


Syrie : Ce que dit Ali al-Bayanouni, ancien Contrôleur général des Frères Musulmans

Publié par Gilles Munier sur 11 Août 2012, 06:13am

Catégories : #Syrie

Par Ali al-Bayanouni* (revue de presse: The Guardian, 6/8/12).

Ceux qui cherchent à déformer notre noble révolution insultent le peuple qui a donné sa vie pour la démocratie.

L’avenir de la démocratie en Syrie inquiète : le sort des minorités et des femmes, les actes possibles de vengeance, la possibilité d’une justice de transition. Certains nous interpellent sur la question des droits de l’homme. D’autres exagèrent la peur de la tyrannie religieuse.

Mais, en fin de compte, toutes ces inquiétudes, justifiées ou non, ne servent que les intérêts des  violeurs  et des assassins d’enfants du régime de Bashar al Assad.

Nous pensons que la position que nous devons  défendre par rapport à  Assad et son clan est essentiellement d’ordre moral et qu’elle ne peut  plus faire l’objet de débat politique. L’opinion publique syrienne doit présenter, à tous, son cas de manière directe: Assad, êtes-vous prêt à reconnaître des milliers de crimes, de tortures d’enfants et de viols de femmes, abondamment documentés,  par l’appareil d’Etat censé les protéger ?

Au-delà des inquiétudes sur la démocratie dans une Syrie post-Assad, se profilent les stéréotypes négatifs sur la société islamique. Est-il juste qu’après un demi-siècle de régime totalitaire,  le monde doive ignorer une civilisation dont l’existence plonge si loin dans l’histoire ? Les villes syriennes de Damas, Alep et Homs sont si anciennes que les premiers habitants demeurent inconnus. Les rivages orientaux de la Méditerranée partagent une longue histoire et sont le creuset de cultures, religions et peuples ayant toujours coexisté.

L’histoire de la Syrie n’a pas commencé avec la famille Assad. Il y a, en Syrie, aujourd’hui, des descendants de peuples qui remontent à des centaines d’années avant la naissance du Christ. Pendant des siècles, chrétiens et juifs ont vécu ensemble avec des musulmans, sans aucune restriction quant à leurs droits. La Syrie est fière d’avoir préservé le syriaque, langue qui a été le véhicule de traduction des anciennes civilisations au début de la période islamique. Et, seulement en Syrie, il existe des communautés qui parlent encore l’araméen, la langue du Christ.

L’histoire moderne de la Syrie, depuis sa création après la Première Guerre Mondiale, témoigne de sa capacité à protéger sa nature pluraliste et les droits de l’homme. Depuis la conférence nationale de 1920 qui a fondé l’Etat moderne, tous les composants de la société syrienne ont pris part aux affaires politiques et culturelles, réalité qui a perduré jusqu’au dernier parlement élu et qui fut renversé par l’armée, le 8 mars 1963, muselant la vie publique en Syrie jusqu’à présent.

L’avenir auquel aspirent les Syriens est une répétition de cette période-là. Après 50 ans de règne autocratique, notre passé national et politique souligne le fait que nous ne retomberons pas dans une autocratie, qu’elle soit religieuse, politique ou sociale. Les Frères Musulmans s’engagent en Syrie à baser la citoyenneté sur les droits et les devoirs, et à permettre aux Syriens de reconstruire une société  civile unie où le concept de majorité et de minorité disparaîtra graduellement. Il faut donner aux femmes plus d’opportunités pour qu’elles s’assurent elles-mêmes  afin que les futures générations puissent jouer leur rôle dans ce grand projet national.

D’aucuns ont cherché à déformer la noblesse de notre révolution, la dépeignant, selon la propagande du régime finissant, comme un agent des intérêts étrangers. Rien n’est plus erroné. C’est l’insulte suprême pour les dizaines de milliers de personnes qui se sont sacrifiées pour une Syrie démocratique, libre et prospère- pour ce qui est véritablement une révolution populaire qui, contre toute attente, a atteint tous les coins du pays. Nous envisageons une Syrie, maître de son destin, qui protège son peuple et rejette les pièges de la soumission et de la main mise étrangère.

En ce qui concerne la justice de transition, nous pensons que le régime au pouvoir a transgressé toutes les limites de la répression et que le désir de vengeance est inévitable. Mais notre foi met l’accent sur le châtiment exercé par la voie de procédures judiciaires justes. Il ne doit pas y avoir de vengeances sanglantes et nous rejetons que soient pris pour cibles des groupes de personnes pour des raisons politiques, religieuses ou confessionnelles. Nous voyons avec inquiétude que la communauté internationale manifeste un souci exagéré pour les minorités, ce qui justifie le massacre de la majorité et s’avère contreproductif.

La Syrie à laquelle nous aspirons est un Etat civil, souverain et dans lequel chacun jouira de tous les droits fondamentaux garantis par le droit international et les conventions sur les droits de l’homme, sans aucune discrimination tenant à la religion, l’ethnie ou l’appartenance sociale. Nous cherchons à bâtir un Etat ayant pour fondement une constitution civile dotée de la séparation des pouvoirs et où tous les citoyens, hommes et femmes, participeront à sa gouvernance par des élections libres et justes afin d’élire le plus capable à chaque poste.

Alors que j’écris ces lignes, ma ville d’Alep est assiégée – sous les bombardements terrestres et aériens, sans eau, électricité, nourriture et médicaments. Même la Croix Rouge a décidé de se retirer laissant le peuple face aux bouchers. Le veto russe et chinois est devenu ce mur derrière lequel la conscience du monde libre se cache. Reste-t-il au peuple syrien un espoir quelconque devant ces cœurs arides ?

Traduction : Xavière Jardez

Source : http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2012/aug/06/syria-middleeast

* Ali Sadreddin al-Bayanouni a dirigé la confrérie des Frères Musulmans de 1996 à juillet 2010. Il a été remplacé au poste de Contrôleur général par Muhammad Riyad al-Shaqfih, 70 ans, originaire de Hama. Avec Mohammad Farouk Tayfour, n°2 de l’organisation, également originaire de Hama, al-Shaqfih a été membre de l’Avant-garde combattante, bras armé des Frères Musulmans au début des années 80.

Ali Sadreddin al-Bayanouni demeure une des personnalités les plus écoutées de l’opposition syrienne. En 1996, il a obtenu du régime syrien – lors de négociations secrètes -  la libération de plusieurs centaines de prisonniers politiques musulmans.

En 2009, quand la confrérie a décidé de suspendre ses activités anti-régime pour aider les Palestiniens de la bande de Gaza agressés par Israël, Bachar al-Assad n’a pas saisi l’occasion qui lui était donnée de réintégrer les Frères Musulmans dans la vie politique du pays. Il aurait pu - comme le lui conseillait la Turquie, alors en bons termes avec la Syrie - libérer tous les membres de la confrérie, autoriser le retour des exilés, et surtout abroger l’article 49 du Code pénal qui punit de mort l’appartenance aux Frères Musulmans.

A Istanbul, le 11 juillet dernier, Ali Sadreddin al-Bayanouni a annoncé la création prochaine d’un parti politique proche de la confrérie.

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andret 21/08/2012 05:31

Les promesses n'engagent que ceux qui les croient...

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