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France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak et du Golfe à l'Atlantique. Traduction d'articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne.


Entretien n°16 - FBI-Saddam Hussein (19 mars 2004)

Publié par Gilles Munier sur 14 Juillet 2010, 18:29pm

Catégories : #Irak

Entretien n°16                                                       

Baghdad Operation Center

19  mars 2004

Entretien conduit par George L. Piro

Rapport traduit de l’arabe en anglais par le FBI

Traduction en français : Xavière Jardez

Titres, sous-titres et notes : Gilles Munier

 

Projection d’un documentaire

de propagande occidentale (1) 

Saddam Hussein (Détenu de Haute Valeur n°1) a été interviewé le 19 mars 2004 dans un bâtiment de détention militaire à l’Aéroport International de Bagdad (AIB), Bagdad, Irak. Hussein a fourni les informations suivantes :

Avant le début de la session, Hussein a été informé que l’entretien du jour comportera la projection d’un documentaire sur la situation dans le sud de l’Irak en 1991 (1), à la suite de la première guerre du Golfe.

Pour connaître la vérité,

il faut s’adresser aux personnes concernées

Avant le visionnage, Hussein a expliqué que toute personne présente les faits en fonction de ses croyances et de son expérience de la vie. Malgré cela, elle peut aussi être influencée par l’opinion des autres. C’est ainsi qu’une personne exposant ses informations sur l’Irak ou un autre pays, le fait sous trois angles. Le premier est « une échelle divine », selon ses propres croyances. Le deuxième est une échelle prenant en compte son expérience de la vie dans son propre pays. Le troisième et dernier se fonde sur ce qu’elle sait de son pays par  les Nations unies et le droit international. Hussein a alors demandé à l’interviewer : «Et, vous qui projetez le film : quel est votre point de vue ? ». Pour Hussein, le savoir lui permettrait de répondre aux questions et commenter au mieux.

L’interviewer a dit à Hussein qu’il fallait écouter tous les faits afin de découvrir la vérité. Hussein a demandé : « Comment saurez-vous que c’est la vérité ? ». Il a ajouté qu’il utilisait des  médias occidentaux, probablement biaisés, afin de déterminer la vérité. Il a ajouté : « Vos forces armées occupent mon pays. Vous êtes libre. Je suis prisonnier ». Il a ajouté que si quelqu’un cherche la vérité, il doit s’adresser directement aux personnes concernées. Quant au sud de l’Irak en 1991, après la guerre, Hussein a dit qu’il fallait parler « à ceux qui ont été violés, telles les femmes » par ceux qui avaient été envoyés par l’Iran. Ces mêmes individus ont commis, entre autre, des pillages, des massacres, des incendies. Il pense que l’on doit contacter ceux  qui sont de son avis.

Hussein a déclaré que ce documentaire, préparé en Occident et diffusé pour la  première fois en Amérique, n’est pas un film neutre, produit par des individus neutres. Ce film est probablement empreint des enseignements du Christ, des lois américaines, du droit international et du style de vie aux Etats-Unis. Hussein a souligné qu’il ne voulait pas mettre l’interviewer mal à l’aise mais, a-t-il ajouté, ce dernier doit « apprendre la vérité telle qu’elle est » et non pas comme Hussein la lui présente, ni comme le film la raconte.

Les « traîtres se sont soulevés

sur l’ordre d’un pays étranger »

L’interviewer a alors commencé la projection du documentaire d’une heure environ. Hussein a dit que la scène montrant les chiites dans le sud de l’Irak « pouvait être vue ailleurs, même aujourd’hui ». Il a ajouté que les chiites filmés à Kerbala, dans la mosquée, n’étaient ni enfermés ni encerclés comme il y était décrit. Se rapportant aux paroles du reporter, à propos de tanks irakiens s’approchant de la mosquée, Hussein a demandé : « Où sont les tanks ? ». Il a ajouté que la déclaration entendue dans le documentaire selon laquelle le Président Bush « avait encouragé » les chiites à se soulever contre le gouvernement irakien « est l’aveu d’un crime » (2).

Hussein a demandé alors la date de réalisation du documentaire, le nom du commentateur et le nom de l’organisation non-gouvernementale pour laquelle le reporter travaillait.

A propos de la scène montrant des chiites fuyant le sud de l’Irak vers le territoire kurde du nord, Hussein a remarqué qu’ils « ne semblaient pas avoir peur, qu’ils semblaient heureux ». Il a ajouté que les individus en question semblaient être des Kurdes, pas des chiites.

Après 23 minutes de projection, Hussein a déclaré qu’il était l’heure de ses exercices et de sa prière. Quand l’interviewer lui a fait remarquer que les exercices pouvaient être repoussés à plus tard, Hussein a répondu : « Je pense que c’est assez pour l’instant ». La suite du documentaire pourrait être visionnée un autre jour, a-t-il dit : « Pourquoi cette hâte ? ».

Sur les murs

de la mosquée de l’Imam Hussein :

le sang de « camarades » exécutés

Sans être sollicité ou questionné, il a fait quelques commentaires. Il a noté que le documentaire établit que les chiites se sont soulevés contre le gouvernement irakien  avec les encouragements du Président Bush. Hussein a déclaré que les « traitres se sont soulevés sur l’ordre d’un pays étranger » et ont déclaré la guerre à leur propre pays.

Hussein a affirmé que l’interview de l’ayatollah Khoei (3) portait en lui une contradiction par rapport aux événements. Selon le commentateur, Khoei croyait en l’aspect pacifique de sa religion. Hussein a constaté que la réponse de Khoei aux questions du commentateur indique qu’il n’accepte pas que politique et terreur/violence se combinent. Selon Hussein, cela est en contradiction flagrante avec les actions des chiites.

Sur le compte-rendu de la conduite des chiites, il a réaffirmé : « Nous pouvons assister à cela n’importe où » car, selon lui,  si un insurgé ne rend pas ses armes, il faut les lui enlever de force. Il a ajouté que les chiites avaient fait du mausolée de l’Iman Hussein le quartier général de leur résistance et que le sang couvrant les murs intérieurs du sanctuaire n’était pas celui de chiites tués au cours de l’assaut des forces gouvernemental, mais celui de « camarades » irakiens exécutés dans le bâtiment (4).

Hussein a dit que l’individu présenté dans le documentaire, la langue prétendument coupée, peut tout simplement être un muet. Le documentaire ne fournit aucune information  sur les raisons ou les personnes qui lui ont coupé la langue sauf qu’il s’agit des services secrets irakiens.

Hussein est d’avis que les Kurdes que l’on voit marchant et quittant leurs villages peuvent vouloir « émigrer » ou  peut-être  s’éloigner d’une zone de combat.

Hussein a demandé si le commentateur avait posé la question aux chiites à propos de ce qu’ils avaient perdu lorsque « les criminels sont venus occuper leur ville ». Il a déclaré être désolé pour la personne qui visionnerait ce documentaire sans connaître la vérité. Il a posé une question toute rhétorique : « Qui aurait pu penser que les chiites se comporteraient de cette façon, en réponse à des événements survenus il y a 1300 ans » ?

Hussein a accepté de poursuivre le visionnage du film et de le commenter.

Note :

(1) Documentaire : « La dernière guerre de Saddam Hussein ».

(2) Le 15 février 1991, George Bush (père) ayant déclaré sur la Voix de l’Amérique et sur des tracts jetés par avion: « L’armée irakienne et le peuple irakien doivent prendre leur destin en main et forcer Saddam Hussein, ce dictateur, à se retirer », les milices chiites et les agitateurs  pro-iraniens passèrent à l’action dans le sud du pays. Le soulèvement fut promptement et durement réprimé.

(3) Le Grand ayatollah Abul-Qassim al-Khoei, mort en août 1992, était le guide spirituel des chiites se réclamant de la Haouza de Nadjaf. Un de ses disciples, l’ayatollah Ali al-Sistani, lui a succédé. Le 10 avril 2003, lendemain de la chute de Bagdad, Abdul Majid al-Khoei, un des fils d’Abdul-Qasim, qui dirigeait à Londres la Fondation Al-Khoei, a été assassiné près du sanctuaire de l’Imam Ali à Nadjaf. Il était considéré comme un agent du MI6, service secret britannique. Le régime de Bagdad a  accusé Moqtada al-Sadr du meurtre.

(4) En 1992, lors du soulèvement chiite dans le sud de l’Irak, les dirigeants locaux du parti Baas, et souvent leur famille, furent massacrés par des agents pro-iraniens.

© X.Jardez et G. Munier – Traduction en français et notes

Traduction des entretiens précédents

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