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France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak et du Golfe à l'Atlantique. Traduction d'articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne.


Abou Deraa et le pouvoir de nuisance iranien

Publié par Gilles Munier sur 25 Août 2010, 11:46am

Catégories : #Irak

   Ceci explique sans doute cela… Alors que la dernière Brigade de combat Stryker quittait l’Irak pour le Koweït (1), et qu’Iyad Allaoui, vainqueur aux législatives du 7 mars, négociait avec le courant de Moqtada al-Sadr, la formation d’une coalition parlementaire permettant la formation d’un gouvernement, une rumeur courait à Bagdad : « Abou Deraa est revenu ! » (2). Des proches affirmaient avoir vu le « Zarqaoui chiite » (3) à Sadr City, au début du mois de Ramadan. Selon un membre des services de sécurité du régime de Bagdad cité par Asharq al-Awsat (4), le retour de l’agent iranien expliquerait certains attentats ayant ensanglanté l’Irak ces derniers temps. Abou Deraa serait, dit-on maintenant, à la tête des « groupes spéciaux » de Asaib al-Haq (la Ligue des Vertueux), une organisation créée par les Gardiens de la révolution iranienne pour court-circuiter l’Armée du Mahdi.

Massacres à la perceuse

   Abou Deraa (5) est responsable en 2005-2005 des enlèvements de dizaines d’employés et visiteurs des sièges du Comité Olympique irakien, du Croissant Rouge, et du ministère de l’Education supérieure. Il triait ensuite ses prisonniers. Les chiites étaient libérés, les sunnites assassinés et enterrés dans les décharges d’ordures bordant Sadr City. En 2006, le quotidien australien The Age (6) rapportait que des convois d’ambulances avaient sillonné les quartiers à majorité sunnite de Bagdad, leurs haut-parleurs hurlant : « Les chiites sont entrain de tuer vos frères sunnites ». Abou Deraa appelait les jeunes à donner leur sang. Ceux qui se présentaient étaient enlevés et tués. C’est lui qui a achevé de trois balles dans la tête Khamis al-Obeidi, un des avocats du Président Saddam Hussein, après l’avoir fait caillasser par ses partisans en délire. La plupart des corps des victimes qui lui sont attribués – des centaines – avaient des trous de perceuses dans le crâne ou les membres... A la différence du Jordanien Abou Moussab al- Zarqaoui qui abusait d’Internet pour se mettre en valeur, Abou Deraa est plus discret. Une vidéo permet de l’entr’apercevoir lors de l’enlèvement de l’avocat de Saddam, une autre le montre donnant un Pepsi-Cola à boire à un jeune chameau. C’était sa façon de dire à Tariq al-Hashemi, vice-Président sunnite de la République, dont il se préparait à attaquer le domicile au mortier, que l’animal promis au sacrifice fêtant sa mort, était déjà prêt.

   En 2006, l’Armée islamique en Irak annonça un peu vite son exécution car, fin décembre, il accorda une interview au grand journaliste australien Paul McGeough (6). En mai 2007, le Kurde Hoshyar Zebari, ministre irakien des Affaires étrangères, l’accusa d’être derrière l’enlèvement de cinq Britanniques – un spécialiste en informatique et quatre mercenaires -  travaillant au ministère des Finances (7). L’étau se resserrant autour de lui, devenu encombrant pour ses coré légionnaires chiites au pouvoir, il se réfugia en 2008 à Qom, en Iran.

Bachar al-Assad :

préserver  l’arabité de l’Irak

   Abou Derra n’est pas le bienvenu en Irak, sauf pour Asaib al-Haq et Hadi al-Amiri, son beau frère, chef de la Brigade Badr. Leur pouvoir de nuisance conjugué affectera-t-il l’évolution des relations établies à Damas, le 19 juillet 2010, entre Iyad Allaoui et Moqtada al-Sadr par le Président Bachar al-Assad pour préserver « l'unité de l'Irak, son arabité et sa souveraineté » ? Le fait que l’agence de presse iranienne ABNA (Ahlul Bayt News Agency), ait annoncé, sans commentaire, que Moqtada est d’accord pour que la liste Iraqiya d’Iyad Allaoui forme le prochain gouvernement (8), ne veut pas dire que Téhéran accepte d’être marginalisé. Pour échapper aux pressions de l’ayatollah Khamenei et des Gardiens de la révolution iranienne, Moqtada envisage de quitter Qom pour Beyrouth. Une conférence internationale sur l’avenir de l’Irak – sans la participation des Etats-Unis – pourrait se tenir à Damas. Vladimir Poutine avec lequel Iyad Allaoui s’est entretenu  à Moscou, le 22 août dernier, y participerait. A suivre ! Les Irakiens retiennent leur souffle, sachant qu’aucune solution durable n’est possible à Bagdad sans le départ effectif de toutes les troupes américaines et la participation de la résistance à des élections démocratiques.

Notes :

(1) Lire : Retrait partiel d’Irak : un avant-goût de défaite

http://www.france-irak-actualite.com/article-retrait-partiel-d-irak-un-avant-gout-de-defaite-55706681.html

(2) Iraq : Notorious warlord returns to Baghdad, par Ma’ad Fayad (Asharq Al-Awsa t- 18/8/10)

http://www.aawsat.com/english/news.asp?section=1&id=22008

(3) Abou Moussa al-Zarqaoui - de son vrai nom Ahmed al-Khalayla - était un ancien combattant du djihad anti-soviétique en Afghanistan. De nationalité jordanienne, il fonda sous le régime de Taliban l’organisation Tawhid wal Djihad (Unification et Guerre sainte) et s’installa au Kurdistan irakien après l’agression étatsunienne contre l’Afghanistan. En octobre 2004, il rebaptisa son organisation Al-Qaïda en Mésopotamie. Instrumentalisé par les services secrets américains, il a revendiqué de nombreux attentats anti-chiites et des égorgements d’otages, généralement filmés. Zarqaoui a été tué, théoriquement, lors d’un bombardement de F16 dans la région de Baqouba, le 7 juin 2006.

(4) Asharq Al-Awsat (18/8/10).

(5) Abou Deraa (le Père de l’armure) est le surnom donné à Ismaïl al-Lami pour sa capacité à percer les blindages des chars américains lors de la bataille de Nadjaf en 2004. D’abord connu comme Ismaïl al-Zerjawi, il s’est ensuite séparé de l’Armée du Mahdi pour créer sa propre structure. Ancien sergent de l’armée irakienne, porté déserteur en 2000, Abou Deraa est originaire de la région des Marais. Il est issu d’une famille de poissonniers de Sadr City (ex Saddam City).

Lire aussi : Qui veut assassiner Moqtada al-Sadr ? par Gilles Munier (Afrique Asie – mai 2008)

http://www.afrique-asie.fr/images_articles/30/irak.pdf

(5) The Age (22/8/06)

(6) Face to face with Iraq’s most wanted, parPaul McGeough  (Sidney Morming Herald - 20/12/06).

(7) Death squad leader behind abduction of five Britons is named, par Martin Flechter (The Times – 30/8/07)

http://www.timesonline.co.uk/tol/news/world/iraq/article2351406.ece

(8) Moqtada Al Sadr supports Allawi on new government (23/8/10).

http://www.abna.ir/data.asp?lang=3&id=200505

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