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Vendredi 11 novembre 2011 5 11 /11 /Nov /2011 10:53

par Franklin Lamb (revue de presse – Counterpunch - 4/11/11)

"Sahel" en arabe signifie "côte" ou "rivage". A moins d’avoir vécu il y a 5000 ans, à l’époque où, selon les anthropologues, les premières cultures apparurent dans cette région alors luxuriante mais désormais semi-aride où la température atteint 50 degrés C et seuls les chameaux et quelques autres créatures sont capables de repérer les sources d’eau à l’odorat, cela semble bizarre d’appeler ainsi cette bande large de 725 km de sable brûlant qui sépare l’Océan Atlantique de la Mer Rouge.

Pourtant quand on s’y trouve, le Sahel ressemble bien a une sorte de littoral avec, de part et d’autre, les sables infinis du Sahara et les herbes de la savane du sud. Des parties du Mali, de l’Algérie, du Niger, du Tchad, et du Soudan qui bordent tous la Libye se trouvent dans cette sorte de no man’s land.

Aujourd’hui le Sahel fournit une protection, des installations pour amasser des armes et les stocker, des sites appropriés pour des camps d’entraînement et des planques ainsi qu’une base tout à fait extraordinaire à ceux qui s’affairent à l’organisation d’un Front de Libération Libyen (FLL) qui prend de l’ampleur. La région du Sahel n’est qu’un des nombreux endroits où la contre-révolution libyenne, menée par des membres de la tribu Wafalla et de celle de Kadhafi, commence à organiser la prochaine phase de résistance.

Quand je suis entré dans la salle de conférence d’un bureau du Niger, il y a peu, pour rencontrer des réfugiés qui venaient d’arriver de Libye et qui, selon mes informations, se préparaient à organiser une "lutte populaire au moyen de la tactique maoïste des 1000 entailles contre le groupe qui prétend représenter la Libye à l’heure actuelle", deux choses m’ont frappées.

La situation n’est pas du tous

celle présentée par les médias occidentaux

La première, c’est le nombre de personnes présentes et le fait qu’elles n’étaient ni débraillées, ni fanatiques, ni désespérées, mais au contraire reposées, calmes, organisées et méthodiques.

La personne qui m’accompagnait, un membre de la tribu de Kadhafi qui habitait à Syrte, m’a dit : "Plus de 800 organisateurs sont arrivés au Niger de Libye et on en attend davantage chaque jour". Un officier en uniforme a ajouté : "La situation n’est pas du tout telle que vos médias occidentaux la présentent, les loyalistes de Kadhafi ne sont pas en train d’essayer frénétiquement d’échapper aux escadrons de la mort de l’OTAN qui pullulent maintenant dans le nord de notre patrie en offrant des tas d’argent et d’or pour leur protection. Dans cette région, nos frères contrôlent des routes qui se rient des frontières depuis des milliers d’années et ils savent comment faire pour que même les drones et les satellites de l’OTAN ne puissent pas les repérer.

L’autre chose à laquelle j’ai pensé, pendant cette première réunion, c’est la différence que trois décennies peuvent faire. Assis là, je me suis souvenu de ma visite à l’ancien leader des jeunes du Fatah, Salah Tamri, qui avait fait du bon travail au camp israélien de prisonniers de Ansar, au sud du Liban lors de l’agression de 1982, en tant que négociateur élu par ses co-détenus. C’était peu après que la direction de l’OLP, ait commis l’erreur, selon moi, d’accepter d’évacuer le Liban en août 1982 plutôt que de mettre en place un défense du type de celle de Stalingrad (certes sans l’espoir de voir arriver l’Armée Rouge) car les leaders de l’OLP avaient apparemment cru l’administration Reagan qui lui avait promis "la création garantie par les Etats-Unis d’un état palestinien dans l’année. Vous pouvez déposer ça sur votre compte en banque" avait dit le délégué étasunien Philip Habib.

Le leader de l’OLP, Arafat, gardait la promesse écrite d’Habib dans la poche de sa chemise pour la montrer à ceux qui doutaient, comme son adjoint, Khalil al Wazir (Abu Jihad) et les femmes de Chatila, notamment, qui étaient très contrariées de voir leurs protecteurs les abandonner. A Tabessa, quelque part dans le vaste désert algérien, les fiers combattants de l’OLP, réduits à l’inaction et enfermés dans leurs camps, semblaient passer leurs temps, à l’exception des périodes d’entraînement, à boire du café, à fumer et à se faire du souci pour les leurs restés au Liban, quand tout à coup la nouvelle du massacre de Sabra et Shatila commandité par les Israéliens est tombée comme une bombe sur le camp de Tabessa et beaucoup de combattants, refusant d’obéir à Tamari, sont partis pour Chatila.

Il n’en est pas de même pour les réfugiés libyens au Niger. Ils disposent des derniers modèles de téléphone par satellite, d’ordinateurs portables et de tout ce qui se fait de mieux parmi toutes les innovations technologiques qu’on a vues dans les hôtels où étaient installés les journalistes à Tripoli pendant les neuf derniers mois. Quand j’ai demandé : "Comment avez-vous fait pour vous procurer si rapidement tout ce matériel électronique de pointe ?" une jeune femme en hijab que j’avais vue pour la dernière fois en août dernier à l’hôtel Rixos de Tripoli alors qu’elle donnait des communiqués de presse au porte-parole de la Libye, le Docteur Musa Ibrahim, m’a répondu par un sourire énigmatique et un clin d’oeil.

Ce jour-là, Musa, qui se tenait à côté du ministre délégué aux affaires étrangères, Khalid Kaim, l’ami de nombreux Américains et militants des droits de l’homme, disait aux médias que Tripoli ne tomberait pas aux mains des rebelles de l’OTAN car "nous avons 6 500 soldats bien entraînés qui les attendent". Mais en fait, le commandant des 6 500 soldats en question était passé à l’OTAN et il a donné à ses hommes l’ordre de ne pas s’opposer à l’entrée des troupes rebelles. Tripoli est tombée le lendemain ; le jour suivant Khalid a été arrêté et il croupit actuellement dans une des nombreuses prisons rebelles ; ses requêtes pour voir sa famille sont ignorées par ses geôliers et une équipe internationale d’hommes de lois mise en place aux Etats-Unis négocie pour pouvoir le rencontrer.

Le rôle des Comités du peuple

Le FLL a des projets politiques et militaires. Un des projets politiques est de se présenter aux élections qui doivent avoir lieu l’été prochain. Un des membres que j’ai rencontré a pour mission d’étudier les élections en Tunisie, en Egypte et ailleurs dans la région pour s’en inspirer pour la Libye.

Un autre comité du FLL élabore un message nationaliste de campagne et un argumentaire détaillé pour la campagne de leurs candidats et met au point des listes de recommandations de candidats spécifiques. Rien n’est encore tout à fait arrêté mais un des professeurs libyens m’a dit que « les droits des femmes auront une place de choix dans le programme ».

Les femmes ont été horrifiées quand, dans le but d’obtenir le soutien des supporters d’Al- Qaïda qui menacent de prendre le contrôle de la Libye, le président du CNT, Jalil, a dit que la polygamie serait rétablie en Libye et que les femmes ne pourraient plus garder la maison en cas de divorce. La Libye a été très progressiste pour les droits des femmes comme pour les droits palestiniens. Aisha Kadhafi, la seule fille de Mouammar, qui vit maintenant en Algérie avec des membres de sa famille dont son bébé de deux mois, a joué un grand rôle dans la loi de 2010 par laquelle les Congrès du Peuple ont accordé plus de droits aux femmes. On lui a demandé de rédiger un tract sur la nécessité de maintenir les droits des femmes qui sera distribué si les élections de 2012 ont bien lieu.

Tandis que leur pays se retrouve largement en ruines après les bombardements de l’OTAN, le FLL pro-Kadhafi a des atouts majeurs dans son jeu : Le premier est constitué par les tribus qui commençaient à se soulever contre l’OTAN l’été dernier quand Tripoli est tombé avant que leurs efforts (dont une nouvelle constitution) ne se concrétisent. Le FLL croit que les tribus peuvent jouer un rôle crucial dans l’obtention des votes. 

Le FLL a peut-être dans son carquois une flèche encore plus acérée pour lancer sa contre révolution, ce sont les 35 années d’expérience politique des centaines de Comités du Peuple Libyen qui existent dans tous les villages de Libye parallèlement aux Secrétariats des Conférences du Peuple. Bien qu’ils ne fonctionnent plus actuellement (ils ont été mis hors la loi par l’OTAN pour dire la vérité) ils se reforment rapidement. Bien qu’ils aient parfois été tournés en dérision par des "experts" autoproclamés sur la Libye, les Congrès du Peuple, basés sur le livre Vert de Kadhafi, sont en fait très démocratiques et une observation attentive de leur travaux montrent qu’ils se sont de moins en moins contentés de refléter les idées qui parvenaient du camp militaire de Bab al-Azziza (où se trouvait la résidence de Kadhafi, ndt).

Un secrétaire général de l’un des Congrès qui travaille maintenant au Niger a raconté ce qui avait été dit à une délégation occidentale en juin dernier au cours d’un exposé de trois heures au quartier général du secrétariat national du CP à Tripoli. On avait montré aux participants les rapports sur la participation et les votes ainsi que toutes les motions de vote des dix dernières années et les comptes-rendus des débats du dernier Congrès du Peuple.

Il y a de grandes similitudes entre les Congrès du Peuple et les assemblées générales des habitants des villes de la Nouvelle Angleterre ; dans les deux instances, la population locale prend les décisions qui affectent la communauté et discute ouvertement des problèmes soulevés et des solutions proposées.

J’ai moi-même particulièrement apprécié mon mandat de 4 ans comme représentant de la section 2A de l’assemblée générale des habitants de Brookline au Massachusetts, pendant que j’étais étudiant à Boston, assis parfois à côté de mes voisins Kitty et Michael Dukakis. Nous avons tous les deux été élus, j’ai eu 42 votes de plus que Mike mais il a fait une carrière politique tandis qu’on peut dire que moi j’ai sombré du fait que j’ai rejoint les Etudiants pour une Société Démocratique, les ACLU (Union Américaine pour les libertés civiles) et les Blacks Panthers au cours du même semestre de licence à l’université de Boston après une rencontre enthousiasmante avec le Professeur Noam Chomsky et le Professeur Howard Zinn dans le bureau de Chomsky au Massachusetts Institute of Technology (MIT).

Les débats de l’assemblée générale des habitants étaient intéressants et productifs et “Moustafa”, le secrétaire national du Congrès du Peuple Libyen qui a étudié à l’université George Washington de Washington et écrit une thèse de doctorat sur les assemblées générales des villes de Nouvelle Angleterre a affirmé que son pays avait calqué les Congrès du Peuple sur ce modèle. Malheureusement, "Moustafa" a aussi été emprisonné par le CNT selon des amis communs.

Profil bas pour Seïf al-Islam

… pour l’instant

On ne sait pas qui vont être les candidats du FLL s’il y a une élection, mais on suggère qu’il pourrait s’agir du Dr Abu Zeid Dorda, qui se remet de sa "tentative de suicide" (l’ancien ambassadeur libyen à l’ONU a été jeté par la fenêtre du second étage le mois dernier pendant son interrogatoire par des agents de l’OTAN mais il a survécu en présence de témoins et il est donc soigné actuellement dans l’hôpital de la prison).

Contrairement à ce que racontent les médias, Saif al-Islam ne va pas se rendre au Tribunal Pénal International et comme Musa Ibrahim, il se porte bien. Tous les deux sont fortement encouragés à faire profil bas pour le moment, à se reposer et essayer de se remettre de la mort de nombreux membres de leur famille et amis tués par l’OTAN.

De nombreux analystes politiques et juridiques pensent que le Tribunal pénal International ne déclenchera pas de procédure en lien avec la Libye à cause de ses règles et de sa structure alambiquées et du fait qu’il n’est pas certain de réussir à incriminer les "bons" suspects. Quoiqu’il en soit, au cas où il y aurait un procès, des chercheurs se préparent à remplir la salle du Tribunal de documents sur les crimes de l’OTAN pendant les neufs mois d’attaques, les 23000 sorties et les 10000 bombardements des 5 millions d’habitants du pays.

Des observateurs du Tribunal Pénal International jugent encourageante la promesse faite cette semaine par le bureau du Procureur de ce Tribunal et rapportée par la BBC : "d’enquêter sur tous les crimes commis par les rebelles comme par les loyalistes de Kadhafi, y compris ceux commis par l’OTAN et de poursuivre leurs auteurs."

Une victime de l’OTAN, qui a perdu le 20 juin 2011 quatre membres de sa famille, dont trois bébés, lorsque des bombes américaines MK-83 de l’OTAN et deux missiles sont tombés sur sa demeure dans une tentative (qui a échoué) d’assassiner son père, un ancien conseiller du Colonel Kadhafi, m’a écrit hier de sa résidence secrète : "C’est une bonne nouvelle si c’est vrai".

Maintenant que l’OTAN déplace son attention et ses drones vers le Sahel, il est possible que les neufs mois de déchaînement contre ce pays et son peuple ne produisent pas les effets escomptés.

Source : http://www.counterpunch.org/2011/11/04/libya%e2%80%99s-liber...

Traduction : Dominique Muselet pour Le Grand Soir

http://www.legrandsoir.info/le-front-de-liberation-de-la-libye-s-organise-dans-le-sahel-counterpunch.html

Par Gilles Munier
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Lundi 7 novembre 2011 1 07 /11 /Nov /2011 10:17

Par Julien Teil (revue de presse – Agora Vox*)

La National Endowment for Democracy, ou la NED, est une organisation qui se présente comme une ONG officiellement dédiée "à la croissance et au renforcement des institutions démocratiques dans le monde". Mais en réalité il s'agit d'un organisme financé à hauteur de 95% par le congrès des États-Unis. C'est sous l'administration Reagan que sa création fut officialisée en 1982.

La nature de la NED a conduit de nombreux intellectuels et chercheurs contemporains à la décrire comme une officine permettant aux services secrets américains de renverser les régimes qui ne conviennent pas au Département d’État.

Cette critique fut notamment étayée par les propos d'Olivier Guilmain, chercheur au CECE (Centre d'Etudes Comparatives des Elections), lors d'une session d'information au Sénat français portant sur l'encadrement financier du processus électoral. En effet, la NED finance des partis d'opposition dans de nombreux pays et prête une assistance particulière aux exilés et opposants des régimes visés par le département d’État US.

En Syrie, Le Damascus Center for Human Right Studies est l'organisation principale de la NED. Elle est également partenaire de la FIDH (Fédération internationale des droits de l'homme). Cette dernière a reçu 140 000$ U.S de la part de la NED suite à une réunion entre Carl Gershman et de prétendues organisations de droits de l'homme françaises. L'interlocuteur français de la NED fut François Zimeray, l'ex-Ambassadeur pour les droits de l'homme de l'ex-Ministre des Affaires Etrangères Bernard Kouchner. Lors de cette réunion qui s'est tenue en Décembre 2009, étaient présents : le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD) ; la section africaine de l'AEDH (Agir Ensemble pour les Droits de l'Homme) ; Reporters Sans Frontières ; SOS Racisme et la FIDH.

La Fédération Internationale des droits de l'Homme est donc un partenaire officiel de la NED comme le montre par ailleurs son soutien aux allégation de l'ex-secrétaire général de la Ligue Libyenne des Droits de l'Homme - elle aussi rattachée à la FIDH - à l'encontre du gouvernement de Mouammar Kadhafi. Cette dernière, également appuyée par l'ONG U.N Watch, est à l'origine des procédures diplomatiques à l'encontre de la Jamahiriya Arabe Libyenne.

En Syrie, le Dr Radwan Ziadeh est le directeur du Damascus Center for Human Rights Studies. Sa biographie, plus qu'impressionnante démontre son engagement en faveur de la politique étrangère des États-Unis au Moyen Orient. Il est en effet notamment membre de la Middle East Studies Association (MESA) et est le directeur du Syrian Center for Political and Strategic Studies à Washington. Il était également présent aux côtés d'Aly Abuzakuuk - un des responsables de la NED en Libye - lors de la Table Ronde des Democracy Awards, la récompense remise aux "militants des droits de l'homme" par la NED.

Il existe par ailleurs de fortes similitudes entre le processus de la Guerre Humanitaire en Libye et celui qui est en cours d'élaboration à l'encontre de la Syrie. En effet, U.N Watch, organisation qui coordonne les pratiques de la NED et de la FIDH à Genève, a déjà lancé plusieurs pétitions à l'encontre du régime de Bachar Al-Assad. Pour ce faire les mêmes allégations de massacres que celles promues par l'ex-secrétaire de la Ligue Libyenne des Droits de l'Homme Sliman Bouchuiguir au Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies, sont dors et déjà mises en avant à l'encontre de la Syrie.

Il est donc urgent de dénoncer ces procédures, d'autant plus que l'histoire récente nous montre que ces allégations n'ont pas été vérifiées dans le cas libyen mais également qu'elles ne reposent sur aucune preuve solide contrairement à ce qu'avance la Cour Pénale Internationale.

* http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-guerre-humanitaire-de-la-ned-et-103582

Par Gilles Munier
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Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 18:34

Par Gilles Munier

Sur la chaîne allemande Deutsche Welle, émissions en langue arabe, (1), Abderahmane Chalgham, ancien ministre des Affaires étrangères libyen sous Kadhafi, aujourd’hui représentant du CNT à l’ONU, a critiqué très sévèrement le rôle joué par le Qatar en Libye. Il accuse l’émirat de vouloir imposer son hégémonie sur son pays en jouant divers courants politiques contre d’autres. Et, il ne mâche pas ses mots : « Le Qatar dirige les Etats-Unis et la France, d’ailleurs c’est qui Qatar ? Son armée n’est-elle pas composée de mercenaires venus de Bengladesh, de Népal et du Pakistan ? De quoi ce pays est capable ? Je crains que le Qatar attrape le syndrome de la grandeur que celui d’Al-Kadhafi et se considérer comme un leader dans la région. Je n’admettrai jamais cela. Le nombre des martyrs et des blessés libyens dépasse le nombre de la population du Qatar ». « La Libye », dit-il, « n’a pas besoin de l’argent du Qatar ».

Nous n’avons besoin ni du Qatar,

ni des Etats-Unis…

Le 3 novembre, dans une interview au quotidien algérien Al-Khabar (2), il a mis en garde l’émirat contre« tout accès de mégalomanie ». Au Qatar, dit-il, « les experts qui dirigent le pétrole et les banques … sont des Libyens » !

Il soupçonne le Cheikh Hamad bin Khalifa al-Thani, du Qatar, de vouloir faire de la Libye un émirat relevant de son autorité. « Ceci est inacceptable », clame-t-il. Et, il dénonce le trouble jeu qatari : « le groupe chargé de cette opération sous supervision qatarie, va collecter des armes et les redistribuer à d’autres".

« La Libye ne sera pas un émirat dirigé par le calife du Qatar », averti-t-il. « Tout le Qatar n’équivaut pas à un quartier de la Libyenous n’avons en rien besoin de ce pays ». Qu’on nous laisse « décider de notre propre sort…  nous n’avons besoin ni du Qatar, ni des Etats-Unis ».

(1) http://mediacenter.dw-world.de/arabic/video/#!/308905/%D9%85%D8%B9_%D8%A7%D9%84%D8%AD%D8%AF%D8%AB/Program=30086

(2) http://fr.elkhabar.com/?Chelgham-accuse-le-Qatar-de

Par Gilles Munier
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Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 09:05

Par Gilles Munier (Afrique Asie - novembre 2011)

Prenant pour argent comptant les déclarations de BHL sur le souhait du nouveau régime libyen d’établir des relations avec Israël, David Gerbi, juif d’origine libyenne résidant à Rome, avait obtenu, en septembre, l’accord de Mustapha Abdeljalil, président du CNT, de rénover la synagogue désaffectée Dar al-Bishi, à Tripoli. Selon le Wall Street Journal (3/10/11), Gerbi était soutenu par des dirigeants de la communauté berbère.

Début octobre, le CNT l’a informé que son projet était prématuré, mais ne lui a pas demandé de l’abandonner. Il a alors démoli le mur qui obstruait l’entrée de la synagogue. Mais après avoir prié, alors qu’il commençait de nettoyer les gravats, une foule en colère s’est attroupée devant l’édifice, scandant des slogans hostiles. Pour les habitants du quartier, l’initiative prise par Gerbi était une provocation sioniste. Un cheikh lui a conseillé de déguerpir au plus vite, sinon il risquait d’être lynché. Mustapha Abdeljalil, penaud, a dû ensuite déclarer qu’il n’avait pas donné son feu vert à Gerbi.

Les juifs libyens, estimés à 40 000 à la fin de la Seconde guerre mondiale, se sont pour la plupart installés en Israël en 1948 et après la guerre de juin 1967, c'est-à-dire avant la chute de la monarchie. Leurs descendants, environ 200 000, réclament des compensations à l’Etat libyen.

Par Gilles Munier
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Samedi 5 novembre 2011 6 05 /11 /Nov /2011 18:17

 

Par Sliman Doggui

Le peuple tunisien s’est rendu massivement aux urnes. Dans le pays, la liberté d’expression est reine. Tous les sujets ont été abordés. Les manifestations se succèdent. Les militants de 106 partis politiques, reconnus par le ministère de l’Intérieur, apprennent à se respecter mutuellement, signe que les Tunisiens commencent à s’accepter les uns les autres. Mais, au-delà de ces avancées vers la démocratie, le problème qui préoccupent aujourd’hui le plus les citoyens, c’est la situation sécuritaire, héritage malsain de la décomposition du système dictatorial.

Pour réaliser les buts de la révolution, il faut expressément juger les personnalités, symboles de l’ancien régime, impliquées dans la répression, dans les malversations et la corruption. Voilà ce qu’exige le peuple. Pour cela, la Justice doit être juste et honnête, que la loi soit appliquée, rien que la loi. Elle ne le sera que si elle est indépendante de l’exécutif, nettoyée de ses éléments pervertis ; que si le Conseil supérieur de la Justice est élu par les juges eux-mêmes, et non plus par le pouvoir, quel qu’il soit,

Le peuple exige que soient recouvrées les fonds détournés par les dirigeants de l’ancien régimes et leurs amis. Le gouvernement tunisien n’y parviendra qu’en liaison, au niveau national et international, avec des organismes de la société civile. Des pressions doivent être exercées sur les pays où se trouve cet argent, sans quoi il ne reviendra pas en Tunisie, ou alors qu’une infime partie.

Chantier prioritaire

Au plan économique, la conjoncture est préoccupante. La croissance économique a chuté de 3,3% . Elle n’est plus que de 0,2%. Les investissements étrangers ont baissé de 17%, les importations de biens d’équipement de 12%. Résultat : le déficit budgétaire es de 4-5%.

La baisse des recettes en devises, due principalement à la dégringolade du secteur touristique, est estimée à 2 000 millions de dinars. Un certain nombre d’investisseurs attendent la suite des événements pour réactiver leurs projets ou en lancer de nouveaux. En raison de la baisse des activités, des entrepreneurs ne peuvent honorer leurs engagements. Le nombre des journées de travail perdues est d’environ 120 000. Heureusement que pour pallier à ces difficultés, l’UGTT, la principale organisation syndicale, a obtenu du gouvernement transitoire des augmentations de salaires. Mais, résorber de façon significative le chômage est une autre affaire. Ce doit être un chantier prioritaire.

En effet, le nombre des chômeurs est en progression. Il tournera autour de 700 000 à la fin de cette année, alors qu’il n’était « que » 490 000 début 2011. A cela, il faut ajouter les 42 000 Tunisiens ayant perdu leur emploi en Libye. Le retrouveront-ils ? Espérons -le, car là bas aussi il est question de sécurité ?

La question du chômage des diplômés des études supérieures posera de gros problèmes aux gouvernements à venir. Ils étaient 140 000 au début 2011, ils seront 65 000 de plus à la fin de l’année universitaire . Or, sur ces chiffres, la fonction publique ne peut résorber annuellement que 20 à 25 000 chômeurs, l’administration étant surpeuplée. En Tunisie, l’administration compte 560 000 fonctionnaires.

Le tissu économique de la Tunisie étant basée sur la sous-traitance, 85% des ouvriers n’ont pas le baccalauréat. Alors, pour employer les diplômés, il faudra investir dans les secteurs de haute technologie. Sur les 32 000 entreprises étrangères installées en Tunisie, il n’y en a que 300 dans le domaine de la recherche.

Les gouvernements à venir seront aussi jugés sur leur aptitude à résorber la pauvreté . En Tunisie, les pauvres - c’est à dire les citoyens ne disposant que de 3 dinars par jour ( 3 euros) pour subsister - sont innombrables, si l’on ne se contente pas des statistiques.

Le peuple tunisien ne se laissera pas abusé

Le rendez-vous électoral du 23 octobre dernier est un succès démocratique unique dans l’histoire de la Tunisie et du monde arabe. Mais, il reste à confirmer en actes. La nouvelle constitution ne répondra pleinement aux espérances des révolutionnaires et des travailleurs qu’en prenant en compte la soif de progrès social et de justice, la nécessité d’éradiquer la corruption. Le recours au référendum doit devenir une des pratiques nouvelles de la Tunisie de demain. Enfin, pour réduire les effets du centralisme administratif qui étouffe les initiatives et favorise les grandes métropoles, des assemblées régionales doivent être créées, seules capables de faire rattraper les retards accumulés dans certaines parties du pays, délaissées par l’ancien régime.

Le peuple tunisien ne se laissera pas abusé. Les Tunisiens vivant à l’étranger, qui contribuent au développement du pays, veulent participer aux réflexions et aux décisions importantes pour l’avenir de leur patrie, notamment en matière de développement économique et social. Tous les patriotes sont conscients des enjeux à venir. Qu’on se le dise : ils ne laisseront pas dénaturer ou trahir les martyrs de la révolution du 14 janvier 2011.

Synthèse actualisée d’une intervention faite le 22 septembre 2011, lors d’une conférence sur les « révolutions arabes », organisée à Paris par l’Appel Franco-Arabe (AFA).

* Sliman Doggui, neurologue, militant nationaliste et des droits de l’homme.

Par Gilles Munier
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  • Auteur, journaliste indépendant, collaborateur du magazine Afrique Asie. Ouvrages: "Guide de l'Irak", "Les espions de l'or noir". A dirigé la traduction de "Zabiba et le roi", roman de Saddam Hussein.

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