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Samedi 19 novembre 2011 6 19 /11 /Nov /2011 07:30

Par Seyed Abdollah Hoseini (un point de vue iranien : Mail and Guardian – 4/11/11)*

Il n’a pas fallu longtemps : un jour à peine après que les images sanglantes de Mouammar Kadhafi traîné, battu et poignardé eurent fait le tour de Syrte et du monde, une annonce fut faite que, semble-t-il, tout le monde attendait et que certains journaux ont appelé « le coup de feu du départ ».

Le nouveau secrétaire à la Défense britannique, Philip Hammon, annonçait que les compagnies britanniques devaient faire leur valise et se rendre en Libye pour arracher les fabuleux contrats de reconstruction. Cela résonnait de façon étrangement familière. Pensons aux Américains défilant en Irak, après l’invasion, pour aider à « l’effort de reconstruction ». Il ne fait aucun doute que ce modus operandi définira très vite ce qui semble n’être rien de moins qu’une nouvelle forme de néo-colonialisme au Moyen-Orient : les militaires américains, ou de l’Otan (ou ensemble) détruiront votre pays sous prétexte d’y introduire la démocratie et ensuite, les compagnies occidentales se partageront la part du lion pour le reconstruire. 

Et, comme le Conseil National de Transition a déjà annoncé la couleur, dit qu’il « récompenserait » les pays qui étaient à ses côtés pendant la « révolution », ce n’est un secret pour personne qui sera le plus grand profiteur de guerre.

Moralité sélective

Alors que par le passé, la Libye de Kadhafi traitait avec la Chine, la Russie et l’Italie, le terrain a maintenant  été, pour ainsi dire, aplani. Même si les Etats-Unis prétendent n’avoir eu qu’un rôle « en coulisse » dans le renversement de Kadhafi, il est certain qu’ils veulent devenir l’acheteur numéro un du pétrole en Libye pour compenser les années de frustration qu’ils ont connues. Mais, ils voudront, en temps voulu, une plus grosse part du pétrole libyen qu’ils ne le laissent croire aujourd’hui.

On dira bientôt que la fin justifie les moyens, à savoir : le renversement d’un dictateur qui a terrorisé  son peuple pendant quarante ans et, certes,  personne de bonne foi ne peut endosser ce que le colonel a fait à la Libye. Mais, la moralité sélective à l’œuvre ici entraîne quelques questions.

L’Otan s’est battu la coulpe pour « protéger les civils libyens » (et, à la fin, a dépassé  son propre  mandat pour commettre des assassinats ciblés et bombarder les civils) mais ne semble pas s’être soucié du peuple bahraini, opprimé sous le joug des gouvernants al-Khalifa. Les deux pays avaient un dictateur, à leur tête,  mais un est resté au pouvoir. Les deux peuples se sont levés pour défendre leurs droits et sont descendus dans la rue. Un seul a été autorisé à massacrer son peuple dans la rue, aidé en cela par le bastion de la démocratie, qu’est son voisin, l’Arabie saoudite. L’autre fut renversé.

Des vérités embarrassantes

La vérité est que les superpuissances n’ont pas éliminé Kadhafi parce que c’est cela qu’il fallait faire, mais parce qu’il ne leur servait plus à rien. Après tout quelle menace la Libye de  Kadhafi représentait-elle pour le monde ? Kadhafi avait déjà renoncé à son programme d’armement nucléaire, indemnisé les victimes de l’attentat de Lockerbie, dénoncé le « terrorisme » et, en fait, comme le démontrent les documents, maintenant, avait activement coopéré avec les services d’intelligence de l’Occident pour neutraliser al-Qaïda en Afrique du nord et en Libye, en particulier.

En outre, il était plus judicieux, par ailleurs, de laisser les « révolutionnaires » lyncher Kadhafi que de le passer en jugement. Des vérités embarrassantes auraient pu être révélées comme elles l’auraient été si le procès de Saddam Hussein avait duré plus de cinq minutes. Ce sont des vérités qui soulignent la complicité de l’Occident dans la répression de la démocratie dans les pays que l’Otan prétend maintenant défendre.

Le fiasco libyen, dans lequel toutes les lois du droit international ont été violées, a été une diversion opportune. Alors que les pays occidentaux étaient aux prises avec des manifestations dans leurs grandes villes  contre le traitement honteux de l’économie par leurs gouvernements  et  les sauvetages financiers massifs de Wall Street, voici que se projette une nouvelle histoire à la télé. Loin de se soucier de leurs propres problèmes domestiques, les Berlusconi, Obama, Cameron et le reste de la Coalition des Volontaires se précipitent dans une guerre et le soutien à des « révolutionnaires » assoiffés de sang, au large de leurs frontières.

Résurgence de l’Iran

dans le jeu moyen-oriental

L’administration US a au moins retenu une chose de ses erreurs passées. Dans le cas de la Libye, elle ne s’est pas mise en avant, même si elle a fait  le vrai travail. Elle a laissé aux  rebelles le crédit de la déstabilisation du pays qu’elle avait engendrée. La Libye doit aussi être analysée dans le contexte des événements récents au Moyen-Orient et la nécessité pour certains pays comme les Etats-Unis de réaffirmer leur domination là où leur étoile faiblit.

Les Etats-Unis sont en train de perdre en Afghanistan et en Irak. Le Printemps arabe les a privés de deux de leurs vieux alliés, la Tunisie et l’Egypte. En Syrie, toutes les tentatives faites pour mettre à bas le régime de Bachar al-Assad ont échoué parce que l’Iran est un allié puissant du gouvernement syrien. Dernièrement, le président afghan, Hamid Karzai, a déclaré que, si une guerre éclatait entre les Etats-Unis et le Pakistan, les Afghans soutiendraient leurs frères. L’Irak a dit à peu près la même chose s’agissant de l’Iran et de toute attaque menée à partir de son sol.

L’alliance occidentale, s’appuyant sur la force américaine, perd peu à peu du terrain sur les terres stratégiques du Moyen-Orient. Ses amis en haut lieu s’éclipsent et la résurgence de l’Iran dans le jeu moyen-oriental rend les choses encore plus précaires. Maintenant, elle a un nouvel ami « les révolutionnaires libyens ». 

Question: quand on a de tels amis, dans les rangs desquels interviennent d’anciens opérationnels d’Al-Qaïda, a-t-on besoin d’ennemis ?

Traduction : Xavière Jardez

Seyed Hoseini est le fondateur du Centre Islamique pour l’Afrique et le président de South Africa/Iran Friendship Association

* http://mg.co.za/article/2011-11-04-west-rushes-to-grab-its-libya-reward/

Par Gilles Munier
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Vendredi 18 novembre 2011 5 18 /11 /Nov /2011 07:25

par Mark P. Fancher (revue de presse : Black Agenda Report – 25/10/11) *

Le président Obama s’est appuyé sur sa carrière d’avocat constitutionnel pour étendre la violence et imposer son diktat impérial sur  l’Afrique. Il a fait la guerre à la Libye, pour, ensuite, nier l’avoir faite. Il envoie des troupes en Afrique et notamment  en Afrique centrale, au moment précis où l’Ouganda découvre d’immenses ressources  pétrolières. Les soldats sont-il en Ouganda pour protéger ce pays alors que son armée est bien capable de s’en charger ou veut-il tracer une frontière face à l’ « avancée commerciale de la Chine dans le bassin du Congo ».

Plus encore remarquable que ces récentes interventions ont été les opinons juridiques qu’a offertes l’administration Obama pour les conforter. Contrairement à l’opinion générale, la Constitution US ne permet pas au Président de déployer des  troupes selon son bon vouloir, même s’il est le Commandant en Chef. Elle ne donne le pouvoir de déclarer la guerre qu’au Congrès.

L’Africom au secours

de brigades racistes anti-noirs

Il existe certes des cas de force majeure qui rendent le recours à la force militaire nécessaire avant toute déclaration officielle de guerre. Le Congrès vote alors une Résolution sur les Pouvoirs de Guerre (War Powers Resolution) autorisant le Président au recours à la force militaire lorsqu’il y a une loi spécifique le permettant ou si les Etats-Unis sont attaqués. « On a le droit de se demander si les circonstances qui pouvaient justifier juridiquement  l’utilisation de la force en Libye et en Ouganda étaient présentes ».  Cependant, cela n’a pas été un obstacle pour une administration apparemment déterminée à placer les forces US sur le sol africain.

Quand les « rebelles » libyens, du nom de « Brigade pour purger les esclaves/les noirs » qu’ils s’étaient donné, et autres ont commencé leur attaque contre le gouvernement libyen, accompagnée de lynchages systématiques de noirs, l’Africom (le commandement africain des Etats-Unis) s’est précipité au secours de cette populace violente se faisant passer pour des révolutionnaires. Ce faisant, ils ont mis en branle l’invasion massive de l’OTAN qui a conduit à l’odieux assassinat de Mouammar Kadhafi. Quand les hostilités ont commencé, le Congrès n’avait pas déclaré la guerre, aucune loi n’existait  permettant une attaque contre ce pays, ni la Libye n’avait, de quelque manière que ce soit, attaqué les Etats-Unis. Mais, en réponse à cette problématique, Obama, spécialiste reconnu en droit constitutionnel, a volontairement ignoré la Constitution pour se placer sous la Résolution 1973 du Conseil  de Sécurité de l’ONU.

De quelque manière que l’on interprète la Résolution 1973, il est impossible de conclure raisonnablement qu’à l’exception du recours immédiat à la force pour un changement de  régime, elle excluait toute autre solution de la crise libyenne. Elle en appelait particulièrement à l’Union Africaine pour envoyer « son Haut Comité ad hoc en Libye dans le but de faciliter le dialogue devant mener à des réformes politiques jugées nécessaires afin de trouver une solution pacifique et durable ».

Motif trouvé :

les atrocités de l’Armée du Seigneur

Pareillement, dans le cas de l’Ouganda, l’Administration a récemment envoyé cent militaires US « avec une force additionnelle » devant être transférée dans un mois. La chasse à la direction de « l’Armée de Résistance du Seigneur » (dite responsable d’atrocités sur une grande échelle et de destruction pendant plus de vingt ans) a été expliquée au motif que la mission « sert les intérêts de la sécurité nationale américaine et la politique étrangère ». Et, là encore,  pas plus que pour la Libye, il n’y a eu de déclaration de guerre par le Congrès à l’encontre de l’Armée de résistance du Seigneur. Obama prétend que la possibilité d’envoyer des troupes de combat en Ouganda dérive d’une loi de 2010, appelée « Désarmement de l’Armée de Résistance du Seigneur et  Récupération du nord de l’Ouganda ».

Il est vrai que cette loi déclare que la politique officielle des Etats-Unis est « de travailler avec les gouvernements régionaux à une solution globale et permanente du conflit en Ouganda et d’autres régions touchées en fournissant un soutien politique, économique, militaire et des renseignements à des efforts multilatéraux en vue de la protection des civils ».

Or, ce texte impose certaines instructions spécifiques au Président dont le rôle est de tout simplement élaborer un plan qui devrait :

-renforcer les efforts des Nations unies et des gouvernements de la région pour faire face à l’Armée de Résistance du Seigneur ;

- évaluer les options pour une coopération US avec les gouvernements régionaux ;

-présenter un plan de différentes agences pour revoir la politique US en rapport avec l’Armée de Résistance du Seigneur ;

-décrire les engagements diplomatiques dans la région.

Même si nous supposons que le pouvoir de déployer des troupes en Ouganda est implicite dans la loi de 2010, le texte est suffisamment ambiguë pour que le président Obama ait pu y trouver aussi et facilement un moyen de ne pas utiliser la force militaire. Et, on en revient ainsi  à la question du pourquoi l’Administration Obama s’est senti obligée de, soit déformer, soit interpréter la loi de façon à ce que cela conduise au recours à la force militaire en Libye et en Ouganda.

L’Ouganda,

bientôt grand producteur de pétrole

Pour ce qui est de la Libye, la réponse qui saute aux yeux est que les réserves pétrolières du pays doivent être sous un contrôle total. Les efforts incessants de Kadhafi pour l’unité africaine et une indépendance totale par rapport à  l’Occident ont fourni la « carotte »  supplémentaire.  Mais, l’Ouganda ? Historiquement, il n’a jamais été vu comme une cible pour une intervention militaire centrée sur le pétrole. 

Un article de The Economist, l’an dernier,  fournit quelques réponses quand il remarquait : « l’Ouganda sera bientôt un moyen producteur de pétrole du type du Mexique. Les investissements étrangers en Ouganda devraient doubler cette année pour atteindre les 3 milliards. Le pays s’attend à recevoir deux milliards par an de revenus pétroliers d’ici à 2015 ».

L’article présentait d’autres indices expliquant les motivations américaines quand il observait  que le Président ougandais « …semblait ébloui par les promesses des Chinois de les aider à construire une raffinerie de pétrole et à produire des plastiques et des engrais à partir du pétrole…. Plusieurs gouvernements et compagnies  occidentaux, envieux, veulent arrêter la progression de la Chine dans le bassin du Congo avec ses immenses réserves de minéraux et de bois ».

Le monde africain est las de certaines positions, trop nombreuses, qui vont du maintien inébranlable de l’Africom par l’administration Obama et du recours généralisé à la force militaire pour protéger les intérêts des multinationales occidentales. Mais le pire est l’usage opportuniste ou la distorsion des limites juridiques du pouvoir exécutif pour accomplir les objectifs des multinationales en Afrique. C’est dramatique que des gens de bonne volonté puissent examiner un registre de lois et y voir des occasions de résolution de crises pacifiquement et que, parallèlement, l’Administration Obama y voit, elle, des occasions de violence et de renforcement de son  diktat impérial sur un continent exploité et meurtri.

Traduction : Xavière Jardez - titre et intertitres : AFI-Flash

* Titre original: Obama’s Tragic Rorschach Perceptions of the Law, Africa and Military Intervention (Black Agenda Report – 25/10/11)

http://www.blackagendareport.com/content/obama%E2%80%99s-tragic-rorschach-perceptions-law-africa-and-military-intervention

Par Gilles Munier
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Lundi 14 novembre 2011 1 14 /11 /Nov /2011 18:37

Par Sara Hashash (revue de presse : Sunday Times - Afrique du Sud - 6/11/11)

   La comparaison qui est faite par beaucoup entre l’Irak et la Libye ne s’arrête pas seulement aux menées guerrières étrangères, aux massacres, au non-respect de la mort de Saddam ou de Kadhafi, au pillage des ressources naturelles, mais s’étend à la culture et aux pillages d’antiquités que l’on tente de dissimuler.

   Ce vol a été décrit comme le plus grand dans toute l’histoire archéologique. Une collection de 7 700 pièces d’or, d’argent et de bronze, connue sous le nom de Trésor de Benghazi, a été volée en forant une plaque de béton menant à une voûte souterraine  de la Banque Nationale de Commerce de Benghazi abritant la collection. De nombreux articles dataient de l’époque d’Alexandre le Grand et il est impossible de d’évaluer la valeur de la collection sauf si l’on sait qu’une pièce grecque de Carthage a été vendue, dernièrement, pour le prix record de 268 000 dollars.

Le casse de la BNC de Benghazi

   Le vol est intervenu peu après l’incendie criminel de la banque, en  mai,  laissant croire qu’il s’agissait d’un incident découlant de la révolte contre Kadhafi alors qu’en fait, le hold-up avait été particulièrement bien planifié.

   Après avoir fracassé les coffres en métal et fait sauter les serrures des caisses en bois, les voleurs ont soigneusement emporté le tout, laissant de côté les objets de moindre valeur. Cinquante petits monuments et figurines en bronze, verre et ivoire ainsi qu’une petite quantité de pierres précieuses ont également disparus.

   Pour Hafez Wald, archéologue libyen, du King’s College à Londres, le vol porte toutes les marques de voleurs professionnels et « il peut  être tout aussi bien  un travail de l’intérieur, car il a été mené par des gens qui savaient ce qu’ils cherchaient ».

   Jusqu’à présent, rien n’avait été divulgué sur ce pillage par le Conseil National de Transition, siégeant alors à Benghazi, par crainte d’une publicité négative, mais le nouveau ministre des Antiquités, a, en juillet, alerté l’UNESCO, en privé.

   Khaled Mohammed al-Haddar, professeur au Département d’Archéologie à l’Université de Benghazi, affirme que des pièces d’or islamiques et grecques sont apparues récemment sur le marché de l’or à Benghazi. Un journal égyptien rapporte qu’un paysan a essayé de passer en fraude 503 pièces d’or et une statuette de 7,5cm en or à partir du port d’Alexandrie,  alimentant les rumeurs que cela ferait partie du trésor volé.

Trésors du temple d’Artémis

   Interpol a été mise en branle mais la piste est morte car, pensent les archéologues, il sera difficile de retrouver les objets s’ils sont sortis du pays. Serenalla Ensoli, archéologue italienne de l’Université de Naples, et spécialiste d’antiquités libyennes,  estime que la perte de ces objets est « inestimable  car ils sont irremplaçables. La collection n’avait pas été très étudiée, et c’est une grande perte pour le patrimoine libyen ». 

   La plupart des trésors de Benghazi a été découvert entre 1917 et 1922 dans le temple d’Artémis, la déesse de la chasse, à Cyrène, une ancienne colonie grecque et romaine, maintenant Shahat. Le territoire fut offert à Cléopâtre par Marc-Antoine.

   Certaines des pièces ont été frappées aux environs de 570 avant JC. Une face porte la tige d’un silphium, plante médicinale dont on croyait qu’elle avait des pouvoirs de guérison. L’autre face dépeint le dieu Jupiter arborant des cornes de moutons.

Traduction Xavière Jardez – Intertitres : AFI-Flash

* Article repris du Sunday Times, de Londres

Par Gilles Munier
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Vendredi 11 novembre 2011 5 11 /11 /Nov /2011 10:53

par Franklin Lamb (revue de presse – Counterpunch - 4/11/11)

"Sahel" en arabe signifie "côte" ou "rivage". A moins d’avoir vécu il y a 5000 ans, à l’époque où, selon les anthropologues, les premières cultures apparurent dans cette région alors luxuriante mais désormais semi-aride où la température atteint 50 degrés C et seuls les chameaux et quelques autres créatures sont capables de repérer les sources d’eau à l’odorat, cela semble bizarre d’appeler ainsi cette bande large de 725 km de sable brûlant qui sépare l’Océan Atlantique de la Mer Rouge.

Pourtant quand on s’y trouve, le Sahel ressemble bien a une sorte de littoral avec, de part et d’autre, les sables infinis du Sahara et les herbes de la savane du sud. Des parties du Mali, de l’Algérie, du Niger, du Tchad, et du Soudan qui bordent tous la Libye se trouvent dans cette sorte de no man’s land.

Aujourd’hui le Sahel fournit une protection, des installations pour amasser des armes et les stocker, des sites appropriés pour des camps d’entraînement et des planques ainsi qu’une base tout à fait extraordinaire à ceux qui s’affairent à l’organisation d’un Front de Libération Libyen (FLL) qui prend de l’ampleur. La région du Sahel n’est qu’un des nombreux endroits où la contre-révolution libyenne, menée par des membres de la tribu Wafalla et de celle de Kadhafi, commence à organiser la prochaine phase de résistance.

Quand je suis entré dans la salle de conférence d’un bureau du Niger, il y a peu, pour rencontrer des réfugiés qui venaient d’arriver de Libye et qui, selon mes informations, se préparaient à organiser une "lutte populaire au moyen de la tactique maoïste des 1000 entailles contre le groupe qui prétend représenter la Libye à l’heure actuelle", deux choses m’ont frappées.

La situation n’est pas du tous

celle présentée par les médias occidentaux

La première, c’est le nombre de personnes présentes et le fait qu’elles n’étaient ni débraillées, ni fanatiques, ni désespérées, mais au contraire reposées, calmes, organisées et méthodiques.

La personne qui m’accompagnait, un membre de la tribu de Kadhafi qui habitait à Syrte, m’a dit : "Plus de 800 organisateurs sont arrivés au Niger de Libye et on en attend davantage chaque jour". Un officier en uniforme a ajouté : "La situation n’est pas du tout telle que vos médias occidentaux la présentent, les loyalistes de Kadhafi ne sont pas en train d’essayer frénétiquement d’échapper aux escadrons de la mort de l’OTAN qui pullulent maintenant dans le nord de notre patrie en offrant des tas d’argent et d’or pour leur protection. Dans cette région, nos frères contrôlent des routes qui se rient des frontières depuis des milliers d’années et ils savent comment faire pour que même les drones et les satellites de l’OTAN ne puissent pas les repérer.

L’autre chose à laquelle j’ai pensé, pendant cette première réunion, c’est la différence que trois décennies peuvent faire. Assis là, je me suis souvenu de ma visite à l’ancien leader des jeunes du Fatah, Salah Tamri, qui avait fait du bon travail au camp israélien de prisonniers de Ansar, au sud du Liban lors de l’agression de 1982, en tant que négociateur élu par ses co-détenus. C’était peu après que la direction de l’OLP, ait commis l’erreur, selon moi, d’accepter d’évacuer le Liban en août 1982 plutôt que de mettre en place un défense du type de celle de Stalingrad (certes sans l’espoir de voir arriver l’Armée Rouge) car les leaders de l’OLP avaient apparemment cru l’administration Reagan qui lui avait promis "la création garantie par les Etats-Unis d’un état palestinien dans l’année. Vous pouvez déposer ça sur votre compte en banque" avait dit le délégué étasunien Philip Habib.

Le leader de l’OLP, Arafat, gardait la promesse écrite d’Habib dans la poche de sa chemise pour la montrer à ceux qui doutaient, comme son adjoint, Khalil al Wazir (Abu Jihad) et les femmes de Chatila, notamment, qui étaient très contrariées de voir leurs protecteurs les abandonner. A Tabessa, quelque part dans le vaste désert algérien, les fiers combattants de l’OLP, réduits à l’inaction et enfermés dans leurs camps, semblaient passer leurs temps, à l’exception des périodes d’entraînement, à boire du café, à fumer et à se faire du souci pour les leurs restés au Liban, quand tout à coup la nouvelle du massacre de Sabra et Shatila commandité par les Israéliens est tombée comme une bombe sur le camp de Tabessa et beaucoup de combattants, refusant d’obéir à Tamari, sont partis pour Chatila.

Il n’en est pas de même pour les réfugiés libyens au Niger. Ils disposent des derniers modèles de téléphone par satellite, d’ordinateurs portables et de tout ce qui se fait de mieux parmi toutes les innovations technologiques qu’on a vues dans les hôtels où étaient installés les journalistes à Tripoli pendant les neuf derniers mois. Quand j’ai demandé : "Comment avez-vous fait pour vous procurer si rapidement tout ce matériel électronique de pointe ?" une jeune femme en hijab que j’avais vue pour la dernière fois en août dernier à l’hôtel Rixos de Tripoli alors qu’elle donnait des communiqués de presse au porte-parole de la Libye, le Docteur Musa Ibrahim, m’a répondu par un sourire énigmatique et un clin d’oeil.

Ce jour-là, Musa, qui se tenait à côté du ministre délégué aux affaires étrangères, Khalid Kaim, l’ami de nombreux Américains et militants des droits de l’homme, disait aux médias que Tripoli ne tomberait pas aux mains des rebelles de l’OTAN car "nous avons 6 500 soldats bien entraînés qui les attendent". Mais en fait, le commandant des 6 500 soldats en question était passé à l’OTAN et il a donné à ses hommes l’ordre de ne pas s’opposer à l’entrée des troupes rebelles. Tripoli est tombée le lendemain ; le jour suivant Khalid a été arrêté et il croupit actuellement dans une des nombreuses prisons rebelles ; ses requêtes pour voir sa famille sont ignorées par ses geôliers et une équipe internationale d’hommes de lois mise en place aux Etats-Unis négocie pour pouvoir le rencontrer.

Le rôle des Comités du peuple

Le FLL a des projets politiques et militaires. Un des projets politiques est de se présenter aux élections qui doivent avoir lieu l’été prochain. Un des membres que j’ai rencontré a pour mission d’étudier les élections en Tunisie, en Egypte et ailleurs dans la région pour s’en inspirer pour la Libye.

Un autre comité du FLL élabore un message nationaliste de campagne et un argumentaire détaillé pour la campagne de leurs candidats et met au point des listes de recommandations de candidats spécifiques. Rien n’est encore tout à fait arrêté mais un des professeurs libyens m’a dit que « les droits des femmes auront une place de choix dans le programme ».

Les femmes ont été horrifiées quand, dans le but d’obtenir le soutien des supporters d’Al- Qaïda qui menacent de prendre le contrôle de la Libye, le président du CNT, Jalil, a dit que la polygamie serait rétablie en Libye et que les femmes ne pourraient plus garder la maison en cas de divorce. La Libye a été très progressiste pour les droits des femmes comme pour les droits palestiniens. Aisha Kadhafi, la seule fille de Mouammar, qui vit maintenant en Algérie avec des membres de sa famille dont son bébé de deux mois, a joué un grand rôle dans la loi de 2010 par laquelle les Congrès du Peuple ont accordé plus de droits aux femmes. On lui a demandé de rédiger un tract sur la nécessité de maintenir les droits des femmes qui sera distribué si les élections de 2012 ont bien lieu.

Tandis que leur pays se retrouve largement en ruines après les bombardements de l’OTAN, le FLL pro-Kadhafi a des atouts majeurs dans son jeu : Le premier est constitué par les tribus qui commençaient à se soulever contre l’OTAN l’été dernier quand Tripoli est tombé avant que leurs efforts (dont une nouvelle constitution) ne se concrétisent. Le FLL croit que les tribus peuvent jouer un rôle crucial dans l’obtention des votes. 

Le FLL a peut-être dans son carquois une flèche encore plus acérée pour lancer sa contre révolution, ce sont les 35 années d’expérience politique des centaines de Comités du Peuple Libyen qui existent dans tous les villages de Libye parallèlement aux Secrétariats des Conférences du Peuple. Bien qu’ils ne fonctionnent plus actuellement (ils ont été mis hors la loi par l’OTAN pour dire la vérité) ils se reforment rapidement. Bien qu’ils aient parfois été tournés en dérision par des "experts" autoproclamés sur la Libye, les Congrès du Peuple, basés sur le livre Vert de Kadhafi, sont en fait très démocratiques et une observation attentive de leur travaux montrent qu’ils se sont de moins en moins contentés de refléter les idées qui parvenaient du camp militaire de Bab al-Azziza (où se trouvait la résidence de Kadhafi, ndt).

Un secrétaire général de l’un des Congrès qui travaille maintenant au Niger a raconté ce qui avait été dit à une délégation occidentale en juin dernier au cours d’un exposé de trois heures au quartier général du secrétariat national du CP à Tripoli. On avait montré aux participants les rapports sur la participation et les votes ainsi que toutes les motions de vote des dix dernières années et les comptes-rendus des débats du dernier Congrès du Peuple.

Il y a de grandes similitudes entre les Congrès du Peuple et les assemblées générales des habitants des villes de la Nouvelle Angleterre ; dans les deux instances, la population locale prend les décisions qui affectent la communauté et discute ouvertement des problèmes soulevés et des solutions proposées.

J’ai moi-même particulièrement apprécié mon mandat de 4 ans comme représentant de la section 2A de l’assemblée générale des habitants de Brookline au Massachusetts, pendant que j’étais étudiant à Boston, assis parfois à côté de mes voisins Kitty et Michael Dukakis. Nous avons tous les deux été élus, j’ai eu 42 votes de plus que Mike mais il a fait une carrière politique tandis qu’on peut dire que moi j’ai sombré du fait que j’ai rejoint les Etudiants pour une Société Démocratique, les ACLU (Union Américaine pour les libertés civiles) et les Blacks Panthers au cours du même semestre de licence à l’université de Boston après une rencontre enthousiasmante avec le Professeur Noam Chomsky et le Professeur Howard Zinn dans le bureau de Chomsky au Massachusetts Institute of Technology (MIT).

Les débats de l’assemblée générale des habitants étaient intéressants et productifs et “Moustafa”, le secrétaire national du Congrès du Peuple Libyen qui a étudié à l’université George Washington de Washington et écrit une thèse de doctorat sur les assemblées générales des villes de Nouvelle Angleterre a affirmé que son pays avait calqué les Congrès du Peuple sur ce modèle. Malheureusement, "Moustafa" a aussi été emprisonné par le CNT selon des amis communs.

Profil bas pour Seïf al-Islam

… pour l’instant

On ne sait pas qui vont être les candidats du FLL s’il y a une élection, mais on suggère qu’il pourrait s’agir du Dr Abu Zeid Dorda, qui se remet de sa "tentative de suicide" (l’ancien ambassadeur libyen à l’ONU a été jeté par la fenêtre du second étage le mois dernier pendant son interrogatoire par des agents de l’OTAN mais il a survécu en présence de témoins et il est donc soigné actuellement dans l’hôpital de la prison).

Contrairement à ce que racontent les médias, Saif al-Islam ne va pas se rendre au Tribunal Pénal International et comme Musa Ibrahim, il se porte bien. Tous les deux sont fortement encouragés à faire profil bas pour le moment, à se reposer et essayer de se remettre de la mort de nombreux membres de leur famille et amis tués par l’OTAN.

De nombreux analystes politiques et juridiques pensent que le Tribunal pénal International ne déclenchera pas de procédure en lien avec la Libye à cause de ses règles et de sa structure alambiquées et du fait qu’il n’est pas certain de réussir à incriminer les "bons" suspects. Quoiqu’il en soit, au cas où il y aurait un procès, des chercheurs se préparent à remplir la salle du Tribunal de documents sur les crimes de l’OTAN pendant les neufs mois d’attaques, les 23000 sorties et les 10000 bombardements des 5 millions d’habitants du pays.

Des observateurs du Tribunal Pénal International jugent encourageante la promesse faite cette semaine par le bureau du Procureur de ce Tribunal et rapportée par la BBC : "d’enquêter sur tous les crimes commis par les rebelles comme par les loyalistes de Kadhafi, y compris ceux commis par l’OTAN et de poursuivre leurs auteurs."

Une victime de l’OTAN, qui a perdu le 20 juin 2011 quatre membres de sa famille, dont trois bébés, lorsque des bombes américaines MK-83 de l’OTAN et deux missiles sont tombés sur sa demeure dans une tentative (qui a échoué) d’assassiner son père, un ancien conseiller du Colonel Kadhafi, m’a écrit hier de sa résidence secrète : "C’est une bonne nouvelle si c’est vrai".

Maintenant que l’OTAN déplace son attention et ses drones vers le Sahel, il est possible que les neufs mois de déchaînement contre ce pays et son peuple ne produisent pas les effets escomptés.

Source : http://www.counterpunch.org/2011/11/04/libya%e2%80%99s-liber...

Traduction : Dominique Muselet pour Le Grand Soir

http://www.legrandsoir.info/le-front-de-liberation-de-la-libye-s-organise-dans-le-sahel-counterpunch.html

Par Gilles Munier
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Lundi 7 novembre 2011 1 07 /11 /Nov /2011 10:17

Par Julien Teil (revue de presse – Agora Vox*)

La National Endowment for Democracy, ou la NED, est une organisation qui se présente comme une ONG officiellement dédiée "à la croissance et au renforcement des institutions démocratiques dans le monde". Mais en réalité il s'agit d'un organisme financé à hauteur de 95% par le congrès des États-Unis. C'est sous l'administration Reagan que sa création fut officialisée en 1982.

La nature de la NED a conduit de nombreux intellectuels et chercheurs contemporains à la décrire comme une officine permettant aux services secrets américains de renverser les régimes qui ne conviennent pas au Département d’État.

Cette critique fut notamment étayée par les propos d'Olivier Guilmain, chercheur au CECE (Centre d'Etudes Comparatives des Elections), lors d'une session d'information au Sénat français portant sur l'encadrement financier du processus électoral. En effet, la NED finance des partis d'opposition dans de nombreux pays et prête une assistance particulière aux exilés et opposants des régimes visés par le département d’État US.

En Syrie, Le Damascus Center for Human Right Studies est l'organisation principale de la NED. Elle est également partenaire de la FIDH (Fédération internationale des droits de l'homme). Cette dernière a reçu 140 000$ U.S de la part de la NED suite à une réunion entre Carl Gershman et de prétendues organisations de droits de l'homme françaises. L'interlocuteur français de la NED fut François Zimeray, l'ex-Ambassadeur pour les droits de l'homme de l'ex-Ministre des Affaires Etrangères Bernard Kouchner. Lors de cette réunion qui s'est tenue en Décembre 2009, étaient présents : le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD) ; la section africaine de l'AEDH (Agir Ensemble pour les Droits de l'Homme) ; Reporters Sans Frontières ; SOS Racisme et la FIDH.

La Fédération Internationale des droits de l'Homme est donc un partenaire officiel de la NED comme le montre par ailleurs son soutien aux allégation de l'ex-secrétaire général de la Ligue Libyenne des Droits de l'Homme - elle aussi rattachée à la FIDH - à l'encontre du gouvernement de Mouammar Kadhafi. Cette dernière, également appuyée par l'ONG U.N Watch, est à l'origine des procédures diplomatiques à l'encontre de la Jamahiriya Arabe Libyenne.

En Syrie, le Dr Radwan Ziadeh est le directeur du Damascus Center for Human Rights Studies. Sa biographie, plus qu'impressionnante démontre son engagement en faveur de la politique étrangère des États-Unis au Moyen Orient. Il est en effet notamment membre de la Middle East Studies Association (MESA) et est le directeur du Syrian Center for Political and Strategic Studies à Washington. Il était également présent aux côtés d'Aly Abuzakuuk - un des responsables de la NED en Libye - lors de la Table Ronde des Democracy Awards, la récompense remise aux "militants des droits de l'homme" par la NED.

Il existe par ailleurs de fortes similitudes entre le processus de la Guerre Humanitaire en Libye et celui qui est en cours d'élaboration à l'encontre de la Syrie. En effet, U.N Watch, organisation qui coordonne les pratiques de la NED et de la FIDH à Genève, a déjà lancé plusieurs pétitions à l'encontre du régime de Bachar Al-Assad. Pour ce faire les mêmes allégations de massacres que celles promues par l'ex-secrétaire de la Ligue Libyenne des Droits de l'Homme Sliman Bouchuiguir au Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies, sont dors et déjà mises en avant à l'encontre de la Syrie.

Il est donc urgent de dénoncer ces procédures, d'autant plus que l'histoire récente nous montre que ces allégations n'ont pas été vérifiées dans le cas libyen mais également qu'elles ne reposent sur aucune preuve solide contrairement à ce qu'avance la Cour Pénale Internationale.

* http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-guerre-humanitaire-de-la-ned-et-103582

Par Gilles Munier
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  • Ecrivain, journaliste indépendant, collaborateur du magazine Afrique Asie. Ouvrages: "Guide de l'Irak", "Les espions de l'or noir". A dirigé la traduction de "Zabiba et le roi", roman de Saddam Hussein.

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