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F.B.I

Entretiens

avec Saddam Hussein

« détenu

de haute valeur n°1 »

20 interviews et 5 conversations

ordinaires déclassifiées


Traduction intégrale

Mercredi 3 mars 2010 3 03 /03 /2010 08:09

Nouri al-Maliki, côté pile

(Afrique Asie – Mars 2010)

 

Dans les années 80, « Jawad » al-Maliki - son nom dans clandestinité -, réfugié en Iran et en Syrie, faisait partie - selon le site Iraqirabita.org (La Ligue irakienne) - des « Amoureux de Hussein », un groupuscule chiite intégré au Djihad islamique, bras armé du parti Al- Dawa… à ne pas confondre avec son homonyme palestinien.

 

Ce groupe terroriste était dirigé par Ali-Akbar Mohtashimi, ambassadeur d’Iran à Damas, futur ministre de l’Intérieur du régime des mollahs. Sous ses ordres, Al-Maliki a participé à l’organisation des attentats commis à Beyrouth en 1981 contre l’ambassade d’Irak (81 morts, dont l’ambassadeur), en octobre 1983, contre l’immeuble Drakkar, base du corps français de la Force multinationale d'interposition (58 morts) et le quartier général des Marines (242 morts). Le mode opératoire du mystérieux "Mouvement de la révolution islamique libre" qui a revendiqué ces attentats spectaculaires n'est pas sans rappeler celui employé à Bagdad pour faire sauter plusieurs ministères en août et octobre dernier.

 

Le passé violent de Nouri al-Maliki ne s’arrête pas là. En dehors des attentats visant des lieux publics à Bagdad, il est bon de rappeler que son nom circule comme celui d’un des instigateurs des attentats contre les ambassades de France (des blessés) et des Etats-Unis à Koweït (5 morts parmi le personnel non-américain) en 1983, et d’assassinats ciblés de militants palestiniens dans la « guerre des camps ».
Par Gilles Munier
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Mardi 2 mars 2010 2 02 /03 /2010 07:37

Piège électoral en Irak

par Gilles Munier

 

Le 7 mars prochain, les Irakiens auront le choix entre voter pour des candidats manipulés par l’Iran ou la CIA - à quelques exceptions près bien sûr - … ou s’abstenir. La chasse aux patriotes lancée par le Comité pour l’Intégrité et la Justice (CIJ) – pro-iranien - a relégué au second plan les préoccupations des Irakiens que sont la double occupation du pays, l’insécurité, la corruption et la misère. Le scrutin ne sera ni plus démocratique ni plus légitime que la mascarade électorale de janvier 2005 (1).

 

Le CIJ qui a rayé des listes électorales plus de 511 candidats et 14 partis politiques soupçonnés de sympathie envers le parti Baas (2), mène campagne pour purger la société de tous ceux qui rappellent l’époque de Saddam Hussein. Qui sait que plus de la moitié des candidats interdits de se présenter aux législatives sont « chiites », comme le sont la plupart des dirigeants désignés par le jeu de cartes du Pentagone (3)? En Irak, le chiisme n’est pas menacé, quoi qu’en disent les agents de Téhéran. Seules sont en cause les pratiques introduites à partir du 16ème siècle dans le chiisme duodécimain par la dynastie perse safavide, qui permettent aux mollahs khomeynistes d’instrumenter les adeptes de leur secte pour exporter leur « révolution » (4). Ainsi, dans le sud du pays, majoritairement chiite, des conseils provinciaux ont créé leur propre comité pour exclure les fonctionnaires chiites qui ne se plient pas aux desiderata des partis pro-iraniens au pouvoir.

 

Saleh al-Mutlaq (5), principalement visé par l’Iran, avait le tort de diriger le Front du dialogue national, dont les membres sont issus de toutes les couches sociales, sans distinction d’appartenance religieuse ou ethnique. Le respect que ses prises de position inspire dans le pays donnait un vernis nationaliste à la liste Iraqiya, coalition où il côtoie l’ancien Premier ministre Iyad Allaoui - connu pour son passé baasiste, puis d’opposant pro-occidental à Saddam Hussein (6). Iraqiya est créditée, grâce à Mutlaq, de 22% des suffrages exprimés (7), selon un sondage réalisé pour Al-Hayat. Zafir al-Ani, autre député exclu, porte-parole du Front de l’Accord irakien, avait aggravé son cas il y a quelques mois en s’opposant à l’expulsion des Moudjahidine du Peuple iranien du camp Ashraf.

 

La débaasification, cocktail américano-israélo-iranien

Le CIJ qui a succédé au Conseil de débaasification créé en 2003 par le gouverneur Paul Bremer, est un organisme conçu avant l’invasion par Salem Chalabi (8), juriste neveu d’Ahmed Chalabi, chef du Conseil national irakien (CNI). Salem était à l’époque très lié à Marc Zell (9), de Zell, Goldberg & Co, « un des cabinets juridiques d’affaires israélien dont la croissance est la plus rapide » (10), avec qui il constitua l’Iraqi International Law Group (IILG) pour introduire les entreprises israéliennes de sécurité sur le marché irakien. Le Conseil de débaasification était dirigé par Ahmed Chalabi et un certain « Jawad » al-Maliki, désigné plus tard Premier ministre sous le nom de Nouri al-Maliki. Selon Ali al-Lami, leur porte-parole… et actuel président du CIJ, 150 000 personnes (professeurs, fonctionnaires, policiers) furent licenciées pour délit d’opinion rien qu’entre mai et septembre 2003.

 

Après la mise à l’écart des Chalabi - Salem pour l’assassinat de Haithem Fadhil, directeur général du ministère des Finances (11), et Ahmed pour espionnage au profit du Vevak (le service secret iranien), et fabrication de fausse monnaie - « Jawad » al-Maliki relança la campagne anti-bassiste en janvier 2005, juste avant les législatives, en dénonçant la présence de 15 baasistes sur la liste d’Iyad Allaoui (12). Nommé Premier ministre en 1986, il fit voter – non sans difficultés - une nouvelle loi sur la débaasification en prétendant qu’elle faciliterait la « réconciliation » entre chiites et sunnites ! 143 députés étaient présents sur 245… 90 l’approuvèrent. Saleh al-Mutlaq avait quitté la salle avec les députés du Front du dialogue national en signe de protestation. Le Comité pour l’Intégrité et la Justice (CIJ) fut créé peu après, mais les parlementaires ne réussirent jamais à se mettre d’accord sur sa composition. Ali al-Lami en prit la direction d’autorité, en toute illégalité.

 

Comme en 2005, la fraude sera massive

Dans le camp pro-iranien, on assiste à une belle empoignade. La liste « Etat de droit » de Nouri al-Maliki est créditée de 30% des suffrages, mais n’en cherche pas moins à écraser ses concurrents de l’ « Alliance nationale irakienne (INA) », coalition des partisans d’Ammar al-Hakim et de Moqtada al-Sadr qui ne dépasserait pas les 17%. Comme en 2005, et lors des élections régionales (13), des fraudes massives sont à prévoir. Qasim Daoud, député de la liste chiite INA, estime à 800 000 le nombre de faux électeurs pro- Maliki, notamment sur les listes d’expatriés. Il accuse le Premier ministre d’exclure et de réintégrer des anciens baasistes, selon son bon vouloir, pour engranger des voix sunnites. Sur le terrain, des liasses de dinars, des terres et même des armes sont offertes en fonction de l’importance de l’interlocuteur. L’Irak n’est malheureusement pas prêt de sortir du chaos provoqué par le renversement du Président Saddam Hussein.

 

Notes :

(1) Lire : La journée des dupes (Elections législatives de 2005), par Gilles Munier

http://www.france-irak-actualite.com/pages/legislatives-de-2005-la-mascarade--2599107.html

(2) Les partis interdits de présenter des candidats sont : Iraqi National Unity Grouping, Solution Movement, Iraqi Republican Grouping, Al Rafidayn National Trend, Iraqi Al Sawaid Grouping, Our Sons Bloc, National Council of the Grouping of Iraqi Tribes, Iraqi Social Movement, Sad al-Jubouri List, Iraqi Kurdistan Justice Party, All of Iraq Bloc, People’s Trend, Iraqi Resurrection Party, et le National Change Plan.

(3) Sur le jeu de cartes distribué aux GI’s par le Pentagone figuraient la photo et quelques informations sur les dirigeants irakiens recherchés par les troupes d’occupation.

(4) Lire : Le croissant chiite… safavide, par Gilles Munier

http://www.france-irak-actualite.com/pages/le-croissant-chiite-safavide-5-3-07--1988076.html

(5) Saleh al-Mutlaq, membre du parti Baas jusqu’en 1978, dirige le Front du Dialogue irakien (al-Hiwar al-Watani) et est l’un des rédacteurs de la nouvelle constitution irakienne.

(6) Lire : Iyad Allaoui, du Baas à la CIA, par Gilles Munier

http://www.france-irak-actualite.com/pages/iyad-allaoui-du-baas-a-la-cia-2608116.html

(7) En 2005, la liste d’Iyad Allaoui n’avait obtenu que 9% des voix. Malgré ses relations avec la CIA et le MI6 britannique, de nombreux Irakiens préfèrent voter pour lui que pour des agents iraniens, estimant, par expérience, qu’il est plus facile de se débarrasser ensuite de partisans d’un ennemi lointain (hier les Mongols) que de ceux d’un voisin (les Perses ou les Turcs).

(8) Rapporteur de « Transition vers la démocratie », diffusé en 2002 par le Conseil National Irakien (CNI), groupement d’opposants constitué par la CIA pour renverser Saddam Hussein.

(9) Israélien originaire de la colonie sioniste de Alon Shvut (Le chêne du retour, en hébreu), au sud-ouest de Jérusalem. Membre quelque temps du comité central du Likoud, il a fait campagne pour Benyamin Netanyaou en 1996. C’est un proche de Douglas Feith, ancien sous-secrétaire d’Etat américain à la défense.

(10) Zionist settler joins Iraqi to promote trade, par Brian Whitaker (The Guardian – 7 octobre 2003) http://www.guardian.co.uk/world/2003/oct/07/iraq.israel

(11) Les charges contre Salem Chalabi furent levées en décembre 2004, après sa démission de la direction du comité chargé d’organiser le procès du Président Saddam Hussein. Il n’a pas remis les pieds à Bagdad depuis.

(12) Allawi Runs With Alleged Baathists, par Eli Lake (New York Sun – 12/1.05)

(13) Elections régionales : l’envers du décor, par Gilles Munier (Afrique Asie – mars 2009, et AFI-Flash n°89)

http://www.france-irak-actualite.com/pages/elections-regionales-l-envers-du-decor-2664005.html

 

BREVES

Nouri al-Maliki en tête - Selon un sondage réalisé pour le quotidien Al-Hayat (25 février 2010), les résultats des principales listes aux élections législatives seraient les suivants : State of Law (Nouri al-Maliki): 30% - Iraqi National Movement (Iyad Allawi): 22% - National Iraqi Alliance (Ammar al-Hakim and Moqtada al-Sadr): 17% - Kurdistan Alliance (Jalal Talibani et Massoud Barzani): 10% - Unity of Iraq (Jawad al-Bulani): 5% - Iraqi Accord Front (Iyad al-Samarraie): 3% - No Opinion: 5%. Aucune statistique n’a été fournie concernant les résultats des listes turcomanes, assyro-chaldéennes et yézidies.

 

Rachida Dati à Bagdad – Rachida Dati doit faire partie de la délégation de l’Union européenne chargée d’observer le déroulement des élections législatives. Selon le magazine Le Point, elle a demandé à être accompagnée d’une équipe de Paris Match !

http://www.lepost.fr/article/2010/02/20/1951136_incorrigible.html

 

« Aube nouvelle » Cadeau du Pentagone à Nouri al-Maliki à la veille des législatives : le nom de code militaire de l’occupation de l’Irak ne sera plus « Opération libération de l’Irak », mais « Aube nouvelle » (New Dawn) pour signifier l’entrée du pays dans une phase nouvelle, marquée par le soi-disant départ des troupes américaines. Pour les Irakiens, c’est plutôt mauvais signe. Ils se souviennent que « New Dawn » était le nom donné à l’offensive des Marines et des troupes britanniques contre Falloujah en novembre et décembre 2004, avec des bombardements au phosphore blanc et à l’uranium appauvri des populations civiles. La bataille, appelée ensuite « Fureur fantôme » (!), s’était soldée par la destruction de la « Ville aux cent mosquées », le massacre de plus de 7 000 personnes et l’exode de 250 000 habitants. Malgré les demandes des survivants, aucune enquête indépendante n’a été menée sur ce crime de guerre.

 

Par Gilles Munier
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Lundi 1 mars 2010 1 01 /03 /2010 16:21

Coup d’Etat rampant à Bagdad

(Afrique Asie – mars 2010)

 

Les législatives du 7 mars n’auront pas plus de légitimité que celles de 2004, boycottées par plus de la moitié des Irakiens. La décision du Comité pour l’Intégrité et la Justice de rayer des listes électorales 511 candidats accusés de baasisme, les discrédite à jamais. La réintégration de 26 d’entre eux n’y changera rien. Selon Saleh al-Mutlaq, leader du parti du Dialogue national mis hors course, le comité est « une police secrète » dont personne ne connaît les membres ni sait qui les a nommé. Derrière ce coup d’Etat rampant, l’ombre de l’Iran et deux complices: Ahmed Chalabi qui rêve d’être Premier ministre, et Ali Fayçal al-Lami, ancien directeur du Conseil de débaasification créé par Paul Bremer en 2003. Al-Lami, dirigeant du Hezbollah irakien arrêté par les Américains en 2008 pour ses liens avec les « groupes spéciaux », des dissidents de l’Armée du Mahdi manipulés par les Gardiens de la révolution, est aujourd’hui proche de la Ligue des Vertueux (Asaib Ahl al-Haq).

 

Nouri al-Maliki qui a dirigé, avec Chalabi, le Conseil de débaasification, et qui veut se succéder à lui-même, a pris le train en marche… Un vrai méli-mélo ! Le Cheikh Harith al-Dhari, porte-parole du Front du Djihad et du Changement, a résumé la situation en affirmant que le processus électoral ayant échoué, « ce qui avait été pris par la force devait  être repris par la force ».

 

Par Gilles Munier
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Vendredi 26 février 2010 5 26 /02 /2010 18:11

Entretien n°4                                                             

Baghdad Operation Center

13  février 2004

 

Entretien conduit par George L. Piro

Rapport traduit de l’arabe en anglais

par le FBI

 

Traduction en français : Xavière Jardez

Titres, sous-titres et notes : Gilles Munier

 

 

« Si un homme renie ses principes,

sa vie n’a aucune valeur… »

 

   Saddam Hussein (Détenu de Haute Valeur n°1) a été interviewé le 13 février 2004 dans un bâtiment de détention militaire à l’Aéroport International de Bagdad (AIB), Bagdad, Irak. Hussein a fourni les informations suivantes :

 

   Le principal interviewer a expliqué que l’entretien du jour serait un dialogue d’ensemble sur les différentes résolutions de l’ONU et les autres résolutions concernant l’Irak.

 

   Hussein a demandé : « Laissez-moi poser une question. Je voudrais vous demander où sont allées les informations depuis le début de ces entretiens jusqu’à aujourd’hui? Pour que notre relation soit franche, je veux le savoir ». L’interviewer lui a répondu qu’il était un représentant du gouvernement US et que les rapports étaient certainement examinés par un certain nombre d’officiels du gouvernement. Bien qu’il ait nié le savoir personnellement, ces individus devaient inclure le Président des Etats-Unis. Hussein a alors répondu qu’il n’avait aucune réserve si « d’autres participaient » à ce processus et que cela "ne lui faisait" rien si les informations étaient publiées.

 

   A la question de savoir s’il avait utilisé des « sosies » ou autres personnes lui ressemblant, comme cela a souvent été discuté dans des publications et livres, Hussein a ri et assuré que « c’est du cinéma, pas de la réalité » ajoutant qu’il était très difficile de se faire passer pour un autre.

 

Dieu nous crée et décide seul

du jour où Il nous rappelle

   D’autres au sein du gouvernement, y compris son fils Oday, avaient-ils eu recours à des « sosies », comme l’avait écrit dans un livre un Irakien. Hussein a dit l’ignorer : « Je ne pense pas que mes fils auraient fait cela » précisant qu’ils auraient pu l’avoir envisagé en temps de guerre. Il a demandé pour la forme : « Ne pensez pas que cela m’ennuie quand vous me parlez de mes enfants. Je pense toujours à eux et au fait qu’ils sont morts en martyrs. Ils seront un exemple pour chacun à travers le monde ». Ses deux fils se sont battus dans la guerre contre l’Iran dans les années 80 avant d’atteindre «un âge normal ». Eux et un autre jeune sont les seules personnes que connaisse Hussein ayant combattu alors qu’ils étaient encore mineurs.

 

   Au cours de la guerre Iran-Irak, Hussein et tous les hommes de sa famille ptoche ont pris part à la bataille pour la libération de la péninsule de Fao (1) en 1987, bataille décisive comme l’avait fait savoir Hussein à tous les Irakiens. Et d’observer : « Quand je crois en des principes, j’y crois totalement, non partiellement, ou graduellement, mais complètement ». Hussein a ajouté que Dieu nous crée et décide seul du jour où Il nous rappelle. Hussein a mis fin à cette partie de l’interview en disant : « Si vous décidez de publier un livre, assurez-vous de le faire en arabe et en anglais ».

 

   L’interviewer a ensuite fait porter la discussion sur les vues/opinons de Hussein sur les Nations unies dans les années 1990,  en commençant par la résolution 687. Comme rappelé par ce dernier, la résolution 687 exigeait de l’Irak, entre autres choses, qu’il reconnaisse l’existence ou non d’armes chimiques, biologiques, accepte leur destruction et ne cherche plus à reconstruire ou acquérir de telles armes. Elle demandait aussi que l’Irak réaffirme l’application du Traité de Non Prolifération Nucléaire. Elle détaillait aussi les mesures que devait prendre l’Irak afin de voir la levée des sanctions qui lui étaient imposées. L’interviewer a demandé plus spécifiquement à Hussein le du raisonnement qui l’avait conduit à s’opposer à cette résolution.

 

Refus de la résolution 687,

mais d’accord pour l’appliquer

   Hussein a précisé que la première résolution des Nations unies sur l’Irak n’était pas la 687 mais la 661 (2) qui avait contribué à créer les tensions et  conduit à la dernière guerre avec les Etats-Unis. Bien que familier de cette résolution, l’interviewer a déclaré que la discussion  porterait d’abord  sur la résolution 687.

 

   Hussein a reconnu que l’Irak avait accepté la résolution 687 et qu’il avait commis une erreur en détruisant des armes sans supervision de l’ONU. Avait-il fait aussi une faute en n’assurant pas une transparence complète, initialement et tout au long du processus. Hussein a répondu : « C’est une très bonne question ». La résolution 687 n’a pas été rédigée « dans le style des Nations unies ». Elle a succédé à la résolution 661, prise après la 1ère guerre du Golfe et, tout comme celle-ci, a été soutenue par les Etats-Unis.  « Les Etats-Unis en sont à l’origine, les autres ont suivi. La 661 avait été acceptée par toutes les parties, pas la 687 ».

 

   Hussein a rappelé qu’au commencement de la 1ère guerre du Golfe, le président US avait proposé une rencontre sur un navire dans le Golfe, comme cela s’était passé avec le Japon à la fin de 2ème guerre mondiale, pour discuter d’un accord de cessez-le-feu. L’Irak a refusé mais a, finalement, rencontré les dirigeants des autres pays dans un endroit près des  « frontières »,  mais a répété Hussein, elle le fut sur l’insistance des Etats-Unis. Selon Hussein, jamais une  « telle résolution » n’avait  été prise dans l’histoire des Nations unies.

 

   Quand la 1ère guerre du Golfe a commencé, les forces armées irakiennes étaient « loin des frontières ». Il y avait ceux qui voulaient « violer » l’Irak par la guerre, comme ils ne pouvaient pas le faire par la paix. L’Irak a adressé des lettres à l’ONU pour affirmer son respect de la résolution 687. L’Irak ne l’avait pas acceptée, mais était d’accord pour l’appliquer afin que le  « peuple ne soit pas touché ».

 

   Selon Hussein, les inspecteurs des Nations unies voulaient que toutes leurs dépenses (logement, voyages, et autres) soient défrayées par l’Irak. Au lieu d’attendre les inspecteurs et de supporter le coût de leurs dépenses, l’Irak a commencé à détruire ses armes et ne les a pas cachées. Les inspecteurs ont ensuite demandé les documents sur ces destructions et visité certains sites pour prélever des échantillons à analyser. Hussein a expliqué : « Si on suppose que nous nous sommes trompés sur le pourcentage d’armes que nous disons avoir détruites, combien de fautes  les Etats-Unis n’ont-ils  pas commis sur la base de la résolution 687 ». Ce sont l’occupation de l’Irak, la zone de non-survol du nord et du sud de l’Irak et le bombardement de ce pays, du premier jour de la 1ère guerre du Golfe à la dernière. Hussein a demandé pourquoi les Nations unies avaient imposé cette résolution à l’Irak si durement alors que d’autres résolutions et celles sur Israël n’avaient jamais été exécutées. Hussein a terminé en disant : «  Si nous devions faire venir un professeur des Etats-Unis en Irak, il serait d’accord avec moi sur la résolution 687 des Nations unies, à l’exception de la question de la souveraineté d’un autre pays » (le Koweït).

 

«Un pays qui accepte d’être profané

apporte le déshonneur à son peuple »

   Au cours d’une longue discussion avec l’interviewer sur la résolution 687, Hussein a fait plusieurs déclarations. Il a reconnu qu’elle avait été adoptée et que l’Irak avait accepté de « s’en occuper ». Sur les destructions d’armes, il a dit : « Nous les avons détruites ; nous vous l’avons dit, documents à l’appui ». A la question des restrictions imposées aux inspecteurs à la visite de certains sites, Hussein a répondu : « Quels lieux? » L’interviewer les lui a cités, dont le ministère de l’Agriculture, à quoi Hussein a rétorqué : « Par Dieu, si j’avais eu ces armes, je m’en serais servi contre les Etats-Unis ». L’interviewer a souligné que les accusés qui sont innocents acceptent, pour la plupart, de prendre connaissance de la totalité des détails de l’accusation. Une fois disculpé, l’accusé  fournit alors la preuve de mauvais traitements au cours de l’interrogatoire. Hussein a dit : « Cela n’est pas la question. C’est un dialogue. Bon ».

 

   Hussein a remarqué alors que les Etats-Unis ont utilisé des armes interdites au Vietnam. L’Amérique accepterait-elle que des Irakiens inspectent la Maison Blanche à la recherche de ces armes ? Une telle recherche n’apporterait rien. «Un pays qui accepte d’être profané apporte le déshonneur à son peuple ». La négociation est la méthode habituelle de résolution de conflits, particulièrement entre nations. La négociation est « la méthode des Nations unies ».

 

« Nous sommes

parmi les derniers chevaliers ».

   La communauté internationale reconnaissait, a-t-il été souligné, que l’Irak ne respectait pas la résolution 687. A ça, Hussein a répondu que l’Irak pensait qu’il y avait quelque chose de faux dans « la voie internationale». Les Etats-Unis avaient convaincu le monde de leur position sur l’Irak. Avant toute discussion complémentaire, il a demandé de pouvoir « préparer une réponse afin qu’elle tienne la route. Oublions le passé non pas que nous soyons d’accord mais parce qu’il nous faut optimiser notre temps ». Hussein a remarqué que, lors de la dernière guerre, la Grande-Bretagne était le seul allié des Etats-Unis. Tous les autres pays importants, la France, l’Allemagne, la Chine, la Russie étaient contre. Les Etats-Unis « cherchaient un prétexte pour faire quelque chose ». Ils sont ici, maintenant, et ils n’ont pas trouvé d’armes. Hussein a remarqué que les décisions étaient prises par l’ensemble de la direction irakienne et non par lui seul. Les dirigeants irakiens ont pris des décisions qui ont fourni aux Etats-Unis « une ouverture » et le motif pour la dernière guerre.

 

   Hussein a observé qu’à certains moments, on a dit à Jésus, au Prophète Mohammed, à Moïse, et à d’autres prophètes, d’abandonner leurs croyances, leur enseignement et leurs principes pour sauver leur vie. Hussein a  déclaré : « Si un homme renie ses principes, sa vie n’a aucune valeur. Dans les cas des prophètes, ils auraient ignoré les ordres de Dieu ». « Si l’Irak avait fait fi de ses principes, nous ne vaudrions rien ». Hussein a déclaré qu’il avait été élu par le peuple et qu’il n’avait pas été « amené par un autre pays ou des compagnies ». Il était ainsi contraint de se conformer aux principes du peuple.

 

   L’interviewer a souligné que ce sont les agissements de l’Irak qui ont conduit à l’application des sanctions de l’ONU. Ces agissements ou encore l’inaction ont obligé l’organisation internationale à persévérer dans ses sanctions. « C’est votre opinion », a dit Hussein, « Je vous ai répondu ». « Il est difficile, a-t-il continué, de renoncer à sa nationalité, à son pays et à ses traditions ». Hussein a remarqué qu’un autre Américain pouvait avoir une idée différente de celle de l’interviewer sur l’Irak.

 

   Hussein a dit : « Si j’avais voulu être un politicien, j’aurais pu. Mais, je n’aime ni les politiciens ni la politique ». Quand on lui a fait remarquer que d’aucuns pensaient qu’il avait joué avec les Nations unies, il a rétorqué : « Nous nous sommes conformés à toutes les résolutions internationales. Les Etats-Unis devraient porter la responsabilité pas les Nations unies. Nous sommes parmi les derniers chevaliers ».

 

   Si on examine la responsabilité, a poursuivi l’interviewer, il faut commencer par ce qui est à l’origine de la discorde entre l’Irak et le monde, à savoir l’invasion du Koweït. Ce à quoi Hussein a rétorqué : « L’Amérique avait un plan avec le Koweït pour attaquer l’Irak et nous avions une copie de ce plan entre les mains. Si j’avais eu ces armes (prohibées), aurais-je laissé les forces US s’installer au Koweït sans attaquer ? J’aurais souhaité que les Etats-Unis n’aient pas eu l’intention d’attaquer l’Irak ».

 

   L’invasion du Koweït, qui a abouti à la guerre avec les Etats-Unis, a-t-elle précipité les sanctions imposées à l’Irak ? Hussein a dit : « Je vous demande, en tant qu’Américain, quand les Etats-Unis ont-ils cessé leurs livraisons de blé  à l’Irak ? En 1989. Quand ont-ils contacté les pays européens pour boycotter les ventes d’équipement technologique à l’Irak ? En 1989. Les Etats-Unis envisageaient de détruire l’Irak, poussés en cela par le sionisme et le  poids du sionisme sur les élections américaines ». Ce « plan » était aussi sous influence des pays voisins de l’Irak particulièrement d’Israël qui considérait, avec la conclusion de la guerre Iran-Irak, ce dernier comme une dangereuse menace militaire. Hussein a précisé : « J’en suis profondément convaincu ».

 

   Sur le Koweït et la guerre, Hussein a observé : "Il est difficile d’éviter quelqu’un d’armé, sur le pas de votre maison sans sortir et lui tirer dessus". L'Irak est un petit pays qui, indépendamment des mesures prises, ne pouvait que difficilement faire barrage aux Etats-Unis. Sur la dernière guerre, les Etats-Unis ont fourni au monde, a-t-il dit, beaucoup d' "histoires" à propos de l’Irak et « il était difficile pour moi ou pour toute personne honorable d’essayer d’arrêter l’entrée des Etats-Unis en Irak ».

 

   Comparant ses observations personnelles à ses opinions en tant que Président, Hussein a remarqué : « Il n’y a rien que je considère comme privé. Je ne peux oublier ma charge de président. C’est ce que je sais et dont je suis convaincu. Il m’est difficile de répondre de façon personnelle. Je ne peux  oublier mon rôle de président et mes principes pour une seconde, et oublier ce que je fus ».

 

   Vers la fin de l’entretien, on a demandé à Hussein quels avaient été ses mouvements en mars 2003 quand la guerre a commencé. Il a précisé qu’il n’était pas dans les environs de Dora (3), à Bagdad, le 19 mars 2003 qui a essuyé un bombardement des forces de la coalition, ni dans les dix jours précédant cette attaque, ni à aucun moment pendant la guerre. Hussein croit que ce lieu avait été ciblé parce que les dites forces pensaient qu’il s’y trouvait.

 

   Sur sa stratégie de déplacements, avant la chute de Bagdad en avril 2003, Hussein a observé que, pour que le transport de personnes ou d’équipement réussisse, au cours d’une guerre, il faut connaître aussi bien les capacités de l’ennemi que « ses propres capacités ». Les proches de Hussein (les Murafiqin) (4) lui indiquaient d’ « aller de ce côté ou de l’autre ». A la question de savoir si Hussein, avant la guerre, se déplaçait dans une Mercedes noire, il a dit : « Peut-être. Nous avions des Mercedes de toutes les couleurs », ou, s’il voyageait en convoi, il a répondu : « Je laisse cela à  l’histoire ».

 

Notes :

(1) La péninsule de Fao, située au sud de Bassora, a été occupée par l’Iran le 10 février 1986 (Opération al-Fajr 8), suite - disait-on à l’époque - à la remise à l’Etat-major irakien, par les Américains, d’images satellites sur les mouvements de troupes iraniennes de l’autre côté du Chatt al-Arab, ne correspondaient pas à la réalité. Fao a été repris le 17 avril 1988 (Opération « Ramadan béni »). Cette victoire a mis fin aux visées de l’ayatollah Khomeiny sur l’Irak.

(2) La résolution 661 de l’ONU, votée le 6 août 1990, après l’entrée des troupes irakiennes au Koweït, imposa le boycottage commercial, financier et militaire de l’Irak. Elle était considérée à Bagdad comme la « mère de toutes les résolutions », à l’origine de la mort de plus d’un million et demi d’Irakiens, dont plus de 500 000 enfants (selon les agences de l’ONU).

(3) Quartier situé au sud de Bagdad.

(4) Les Murafiqin (les Compagons) constituaient la garde spéciale du Président Saddam Hussein (une quarantaine de membres). Ils faisaient partie de l'Himaya al-Raïs qui assurait la protection des principaux dirigeants baasistes.

 

© X.Jardez et G. Munier – Traduction en français et notes

 

Les entretiens FBI - Saddam Hussein

Introduction : Saddam face à l’Histoire – « Mr George »

et le « détenu de haute valeur n°1 », 

par Gilles Munier

http://www.france-irak-actualite.com/article-entretiens-fbi-saddam-hussein-introduction--42995117.html

Entretien n°1 (7 février 2004)

http://www.france-irak-actualite.com/article-entretien-n-1-fbi-saddam-hussein-7-fevrier-2004--43122027.html

Entretien n°2 (8 février 2004)

http://www.france-irak-actualite.com/article-entretien-n-2-fbi-saddam-hussein-8-fevrier-2004-44336423.html

Entretien n°3 (10 février 2004)

http://www.france-irak-actualite.com/article-entretien-n-3-fbi-saddam-hussein-10-fevrier-2004-45072284.html

 

 

 

Par Gilles Munier
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Samedi 20 février 2010 6 20 /02 /2010 17:42

Bulletin de santé établi par l’officier étatsunien responsable de la clinique du bloc de détenus n°5 du Camp Cropper, situé près de l’aéroport de Bagdad, transmis le 26 janvier 2010 par le bureau de la Croix-Rouge à Bagdad.

 

Etat de santé de Tarek Aziz

 

Le patient, âgé de 74 ans, a été admis à l’hôpital le 14 janvier dernier pour une rigidité faciale et des difficultés à parler. Des examens plus approfondis ont montré qu’il éprouve des difficultés à prononcer des mots et à construire des phrases ainsi qu’à comprendre. De plus, un examen neurologique a conclu à de l’aphasie*. Un scanner du cerveau a ensuite mis en évidence de multiples et anciennes petites lésions cérébrales qui sont en toute probabilité le résultat d’un rythme cardiaque irrégulier sur de nombreuses années, ce qui engendre la formation de petits caillots de sang au niveau du cœur. Ces derniers sont ensuite emportés par le flot sanguin et bloquent  de petites artères du cerveau ou d’autres organes. Ces nombreuses petites attaques peuvent aboutir à une aphasie multi-infarctus. Il a été traité comme à l’habitude par la prise de médicaments pour fluidifier le sang, la dose étant ajustée de telle sorte qu’elle prévienne au maximum la formation de caillots tout en minimalisant le risque d’hémorragie. Il est sorti de l’hôpital le 20 janvier après que son état de santé se fut amélioré. Il souffre en plus de cholestérol, d’une prostate élargie, de diabète et de problèmes lombaires qui limitent sa capacité à se déplacer. Il marche donc avec une canne et doit s’asseoir après 20 mètres ou lorsqu’il se douche. S’il tombe, on peut craindre une hémorragie.

 

* L’aphasie - ou  démence sémantique -  est généralement  provoquée par un accident cardio-vasculaire, ce qui est le cas pour Tarek Aziz qui en a eu plusieurs. Elle se produit après des périodes d’extrême fatigue, de stress ou de dépression, lorsque des caillots de sang bloquent de petits vaisseaux sanguins dans le cerveau.  Elle provoque un affaiblissement de la mémoire, une altération de la parole et du jugement.

 

Reportée à plusieurs reprises, la remise des prisonniers de guerre au régime de Bagdad dont être effectuée prochainement, en contradiction avec les conventions de Genève. On a coutume, dans les pays dits des droits de l’homme, de libérer ceux dont l’état de santé est critique. Le président Barack Hussein Obama prendra-t-il une décision à ce sujet ?

Par Gilles Munier
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Présentation

Profil

  • : Auteur du "Guide de l'Irak" (Ed. Picollec - 2000) et de "Les espions de l'or noir" (Ed.Koutoubia - 2009) A dirigé la traduction de "Zabiba et le roi", de Saddam Hussein (Ed.du Rocher)

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