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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 10:21

Par Gilles Munier

   L’information est passée pratiquement inaperçue : le 29 novembre dernier, Vladimir Titorenko, ambassadeur de la Fédération de Russie au Qatar, ainsi que des fonctionnaires d’ambassade venus l’accueillir à sa descente d’avion sur l’aéroport de Doha, ont été roués de coups par des policiers et des douaniers.

   Selon l’agence de presse Novosti, les quataris tentaient de s’emparer de la valise diplomatique russe. Le diplomate a été blessé à la rétine et son corps serait couvert d'ecchymoses.

   Le ministère russe des Affaires étrangères a immédiatement protesté contre le « caractère inadmissibles » de ces actes, précisant qu’il s’agit d’ « une violation flagrante des normes du droit international ». Il exige une enquête.

   Selon le quotidien libanais Al-Nahar (1), l’attaque s’est produite après que la Russie aurait refusé plusieurs millions de dollars offerts pour qu’elle change de position à l’égard de la Syrie.

    Vladimir Titorenko est un ambassadeur qui ne se laisse pas impressionné. En avril 2003, en poste en Irak, il a été blessé alors qu’il roulait en convoi vers la Syrie, son véhicule ayant été délibérément pris pour cible par une patrouille étasunienne. Plusieurs diplomates avaient été touchés. A l’époque, la CIA croyait que le président Saddam Hussein se terrait à Bagdad, caché à l’ambassade russe.

(1) http://www.annahar.com/content.php?priority=4&table=mahaly&type=mahaly&day=Sat

Actualisation (6/12/11) :

Le 4 décembre, Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, a informé Hamad bin Jassim Al Thani, son homologue qatari - également Premier ministre - que Moscou dégradait ses relations diplomatiques avec Doha jusqu'à ce que les exigences posées par la Russie soient remplies : excuses officielles et sanctions pour les officiers impliqués dans l’incident.

L’Ambassadeur Vladimir Titorenko quittera le Qatar dès que son état de santé le permettra.

Par Gilles Munier
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Samedi 3 décembre 2011 6 03 /12 /Déc /2011 12:07

Par Karbalaqsa (revue de presse : Blog de Silvia Cattori - 30/11/11)*

   Des médias occidentaux et arabes (notamment Al-Jazeera et Al-Arabia téléguidées respectivement par le Qatar et l’Arabie Saoudite) nous ont décrit sans discontinuer l’enfer d’une sanglante répression en Syrie : manifestants pacifiques froidement assassinés, enlèvements, tortures, mutilations de cadavres… dont les autorités syriennes, selon eux, se seraient rendu coupables. Désormais, il est clair que le but de ces accusations mensongères est d’incriminer le président Bashar el-Assad et de préparer l’opinion publique à une intervention étrangère, selon un scénario désormais bien rôdé lors de l’offensive criminelle de l’OTAN et de ses alliés sur la malheureuse Libye.

   Alors que j’ai pu en Syrie voir de mes propres yeux un des immenses rassemblements de soutien à Bachar el-Assad, j’ai été extrêmement surpris de la manière tendancieuse avec laquelle les médias français, dans leur grande majorité, rapportaient les faits.

Contre-enquête

   Un reportage m’a particulièrement frappé, car il reprenait et synthétisait toutes les accusations attribuées au gouvernement syrien depuis des mois. Il s’agit du reportage réalisé par la journaliste Sofia Amara, diffusé par la chaîne télévisée ARTE le 11 octobre 2011.

   Estimant que le travail de Sofia Amara était totalement subjectif, j’ai décidé de faire une contre enquête. D’où les huit vidéos que je présente ici. Je tiens à préciser que ma démarche critique ne concerne pas uniquement cette journaliste, mais doit être interprétée comme une opposition globale à un système médiatique néfaste, parce qu’orienté et trompeur. Le reportage de Sofia Amara en est une merveilleuse illustration.

   Depuis Mars 2011, l’écrasante majorité des manifestations contre Bachar el-Assad ne réunissent que quelques centaines ou quelques milliers de personnes, alors que le peuple syrien descend régulièrement dans la rue par centaines de milliers, voire par millions, pour exprimer son soutien au Président de la République et dénoncer ce qu’il perçoit comme étant un « complot extérieur ».

   Malgré leur supériorité numérique, ces rassemblements ont été à peine relayés dans les médias occidentaux, laissant ainsi le citoyen lambda croire que le gouvernement syrien ne bénéficiait que d’un très faible appui populaire.

   Aujourd’hui, alors que la crise syrienne rentre dans son neuvième mois, nous savons de manière certaine que beaucoup d’exactions dénoncées par les journalistes et certaines ONG sont totalement fausses et infondées. Il y a eu de nombreux cas qui ont été montés de toute pièce, comme celui d’Amina Abdallah Araf el-Omari, une blogueuse soi-disant kidnappée ou encore celui de Zaynab Al-Hosni, retrouvée décapitée, démembrée et la peau arrachée selon Amnesty International. Après contre enquête, tous ces cas se sont avérés être de pures inventions.

Sources invérifiables

   France 24 est allée jusqu’à diffuser un entretien téléphonique durant lequel une personne présentée comme étant Lamia Chakkour, ambassadrice de Syrie à Paris, annonçait sa démission en signe de protestation contre les violences dans son pays. L’ambassadrice a immédiatement démenti et France 24 s’est trouvée contrainte de porter plainte contre X pour usurpation d’identité !

   Toutes ces accusations portées contre le gouvernement syrien ne sont que très rarement prouvées par les médias. Elles proviennent de sources invérifiables, pour la plupart. Cependant le climat qu’elles installent demeure, même quand les accusations s’effondrent. Ce qui est grave, c’est que la fiabilité de ces journalistes qui volontairement ou non trompent l’opinion publique n’en est pas pour autant remise en question. . Il devient de plus en plus évident que l’appareil médiatique dominant a eu et a toujours pour objectif caché de préparer les peuples à accepter des interventions militaires extérieures, comme cela s’est passé pour l’Irak et la Libye.

   Après les mensonges au sujet des « armes de destructions massives », l’intervention militaire américaine en Irak a laissé place à huit années de chaos et détruit un pays entier. Et en Libye, la presse si prompte à dénoncer la « barbarie » des forces gouvernementales a clairement révélé son parti pris lors du lynchage sauvage de Kadhafi. Pour ceux qui n’auraient pas encore compris, il existe une barbarie « logique », « compréhensible » et « non condamnable » aux yeux de la presse et des milieux politiques lorsque cette barbarie est commise par des milices alliées de l’OTAN.

Jeter de l’huile sur le feu

   Le rôle des médias dans la déstabilisation de ces pays tient une place essentielle car ce sont eux qui légitiment les interventions militaires auprès de l’opinion publique. Les journalistes qui remplissent cette tâche, consciemment ou non, portent donc une lourde responsabilité, malheureusement très rarement reconnue. En effet, s’il arrive assez souvent que les institutions militaires soient critiquées et prises à partie après coup, très rares sont les journalistes visés pour de fausses informations qu’ils auraient relayées ou inventées.

   Conscients du fait que ce genre de documentaire jette de l’huile sur le feu et génère des conséquences désastreuses pour les peuples qui en sont victimes, il convient désormais que nous puissions désigner chaque journaliste qui relaie des informations mensongères, chaque rédaction qui diffuse des nouvelles ou des vidéos sans en vérifier l’authenticité, a fortiori lorsqu’il s’agit de vidéos manifestement manipulées.

   L’erreur est humaine, mais ces comportements sont des fautes. Chacun doit assumer ses fautes face au public. C’est pourquoi nous demandons à ceux des journalistes qui se sont trompés de reconnaître leurs manquements et de cesser de vouloir décider au nom des autres de ce que doit être leur avenir.

http://www.silviacattori.net/article2441.html

Titre et intertitres / AFI-Flash

Contre-enquête - Première partie:
http://rutube.ru/tracks/5045548.html?v=b09a188ffa65319ca51ab692e2dc8c0a

2ème partie :
http://rutube.ru/tracks/5045707.html?v=5380019e4cb7724fde1cbc21032e9ded

3ème partie :
http://rutube.ru/tracks/5045917.html?v=13bd5b0e55c4f80f5501f6cd83798916

4ème partie :
http://rutube.ru/tracks/5046312.html?v=268c129fa6dd77b7622b0e76c3bb893a

5ème partie :
http://rutube.ru/tracks/5046532.html?v=700079dac50de6b6b5b28d4a0cad1bf9

6ème partie :
http://rutube.ru/tracks/5046205.html?v=fb5bef6b8799c44e980ee27652e43e6f

7ème partie :
http://rutube.ru/tracks/5046252.html?v=e6b7af504877b6bc716f1ce5d55ce889

8ème partie :
http://rutube.ru/tracks/5047874.html?v=e2c1a21288656c5350e8ac6e1838cbf3

Sur le même sujet, lire aussi :

La Syrie, objet de toutes les attaques, par Alain Corvez

http://www.france-irak-actualite.com/article-la-syrie-objet-de-toutes-les-attaques-74534686.html

Affaire Hariri : propagande anti-syrienne sur LCP, par Gilles Munier

http://www.france-irak-actualite.com/article-affaire-hariri-propagande-anti-syrienne-sur-lcp-56420341.html

Par Gilles Munier
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Mardi 29 novembre 2011 2 29 /11 /Nov /2011 08:19

Par la rédaction de Al-Oufok (28/11/11)*

   Seif el-Islam Kadhafi, fils de l’ancien dirigeant libyen arrêté le 19 novembre dans le sud du pays, pourrait développer une gangrène si ses blessures ne sont pas soignées, a déclaré lundi à l’AFP le médecin ukrainien qui l’a examiné. "Ses blessures sont graves mais quand je les ai vues, elles n’étaient pas gangrenées. Elles peuvent le devenir si elles ne sont pas soignées", a déclaré le Dr Andreï Mourakhovsky, qui a fait un pansement à la main droite du prisonnier au lendemain de son arrestation. Une semaine après cette première visite, le Dr Mourakhovsky a exprimé son inquiétude : "J’avais été appelé par le conseil militaire. J’ai nettoyé la blessure et j’ai fait un pansement. Maintenant, il faut refaire un nouveau pansement. Le chef du conseil militaire a dit qu’il allait m’appeler mais ils ne l’ont toujours pas fait."
Seif el-Islam Kadhafi a raconté avoir été blessé à la main droite dans une attaque de l’Otan un mois avant son arrestation, a précisé le médecin.

   L’index et le pouce ont "des os fracturés et des tissus" endommagés, et devront être amputés de leur partie supérieure. Le majeur est moins gravement touché. « L’inflammation des doigts ne risque pas de s’étendre à d’autres parties du corps, mais il faut soigner les blessures », a-t-il insisté. Selon Ibrahim Turki, coordinateur du Conseil national de transition (CNT) pour les affaires de santé à Zenten (ouest), le Dr Mourakhovsky a été le seul médecin appelé pour soigner le prisonnier. Le 22 novembre, des membres de la Croix-Rouge ont pu rencontrer Seif el-Islam, mais ils se sont refusés à tout commentaire. Sur les images diffusées après son arrestation, le prisonnier avait trois doigts bandés à la main droite.

    Âgé de 39 ans, Seif el-Islam était le fils le plus en vue de Muammar Kadhafi et a longtemps été considéré comme son successeur potentiel. Il fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye pour crimes contre l’humanité pour son rôle dans la répression de la révolte devenue conflit armé qui a provoqué la chute puis la mort de son père. Mais les autorités libyennes insistent pour qu’il soit jugé en Libye. Pour l’instant, "Seif est toujours ici" à Zenten, dans les montagnes au sud-ouest de Tripoli et d’où étaient originaires les combattants qui l’ont arrêté, a déclaré M. Turki. "Il est détenu dans la ville, il ne représente pas un danger." "Nous ne savons pas combien de temps il va rester ici. Les autorités vont décider ce qu’elles veulent faire de lui", a-t-il ajouté.

* http://www.aloufok.net/spip.php?article5978

Par Gilles Munier
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Mardi 29 novembre 2011 2 29 /11 /Nov /2011 07:48

Par Barbara Hogan* (revue de presse : Mail & Guardian – 4/11/11)

   Pendant plusieurs jours, j’ai passé la plus grande partie de mon temps, collée à Internet, pour assister à la libération des prisonniers palestiniens et d’un soldat israélien. J’ai trouvé ces instants de célébration étourdissants et cette joie totalement irrésistibles.

   Nous, en Afrique du sud, connaissons plus que d’autres le bien qui est fait lorsque les portes des prisons s’ouvrent et le  mal,  lorsque ces mêmes portes se ferment, surtout sur de jeunes prisonniers. Quand on commence par emprisonner des jeunes pour des raisons politiques, pour soutirer une confession sans aucune assistance, les présenter comme à la parade devant un tribunal, afin d’étouffer les protestations pacifiques, on arrive à  un point de non retour et les conséquences ultérieures sont terribles.

Des niveaux de perfection

que l’Afrique du sud n’a jamais atteint

   Bassem Tamimi, un militant de la première heure, de Nabi Saleh, un village de la Cisjordanie, et coordinateur du comité populaire du village, a été arrêté pour la 11ème fois en mars de cette année. L’acte d’accusation est basé sur les confessions de jeunes extorquées par la police pour « incitation, organisation et participation à des manifestations non-autorisées, encouragement donné pour lancer des pierres, n’a pas répondu aux convocations légales » et la scandaleuse « perturbation du déroulement de la procédure », pour avoir conseillé les jeunes sur la manière de se comporter lors d’interrogatoire policier après leur arrestation.

   Ce qui est peu connu, c’est que l’administration de la loi et le respect de l’ordre, en Israël, atteignent des niveaux de perfection que l’Afrique du sud n’a jamais atteint. Dans les territoires occupés de Palestine, il existe deux systèmes de loi séparés : la loi israélienne s’applique aux citoyens israéliens, une loi militaire gouverne les sujets palestiniens.

   Dans les territoires occupés, aujourd’hui, quand un manifestant palestinien est arrêté en même temps qu’un manifestant israélien, ils font face, chacun, à une justice différente. L’Israélien sera amené devant un juge, sous 24 heures au maximum, le Palestinien, lui, pourra attendre 8 jours. La peine pour manifestation interdite pour le premier pourra être d’un an au plus,  pour le Palestinien, exactement, dix fois plus.

Interrogatoire

   L’âge de la majorité de la loi militaire est récemment passé de 16 à 18 ans mais les droits dont jouissent les mineurs israéliens, comme le droit d’être assisté par un parent au cours des interrogatoires, ne s’appliquent pas aux mineurs palestiniens.

   Ces derniers sont la cible de la campagne d’Israël pour criminaliser et réprimer la résistance civile à son occupation par le recours à une persécution légale. L’armée pénètre systématiquement dans les maisons où habitent des enfants, parfois à peine âgés de douze ans, qui sont alors détenus et interrogés pour obtenir une confession – et le plus important - obtenir des accusations sur d’autres.

   Tel fut le cas de Islam Dar al-Ayoub de Nabi Saleh. Ce garçon de 14 ans  fut arraché de son lit, dans la nuit du 23 janvier, après que les militaires eurent forcé sa maison. Au cours de son interrogatoire qui eut lieu le lendemain matin, après son arrestation, sans qu’il ait pu dormir entretemps, Dar al-Ayoub déclara qu’un certain militant de son village, Tamimi, organisait des jeunes en « brigades » chacune d’elles ayant un rôle spécifique au cours des manifestations dans le village : l’une était chargée de lancer des pierres, l’autre de bloquer les routes, une autre de faire diversion… etc…

   La vidéo de son interrogatoire montre qu’il n’a pas été informé du fait qu’il pouvait garder le silence comme le veut la loi mais qu’il a été incité « à dire toute la vérité ». Il a été, par ailleurs, interrogé hors la présence de ses parents. Son avocat, arrivé dans les locaux du commissariat, n’a pu le voir.

   Le témoignage de al-Ayoub et celui d’un autre jeune Palestinien de 15 ans servirent de base à l’arrestation et l’emprisonnement de Tamimi qui, sept mois après les faits, attend toujours de passer en jugement. Au cours des deux derniers mois suivants, l’armée israélienne a arrêté 24 résidents du village sur des rumeurs liées à des manifestations, la moitié d’entre eux est mineure, le plus jeune ayant onze ans.

Les lois de l’occupant

n’ont aucune valeur

   A l’ouverture de la procédure contre lui, Tamimi a, avec fierté, admis qu’il avait organisé une résistance civile pacifique dans son village : « J’ai organisé ces manifestations afin de défendre notre terre et notre peuple. Je ne sais pas si ces manifestations violent vos lois d’occupation. Pour moi, ces lois ne s’appliquent pas à moi et n’ont aucune valeur ».

   Parlant des manifestants israéliens qui soutiennent les luttes des Palestiniens, il a remarqué que « ces manifestations m’ont permis de voir des gens de l’autre côté qui croient en la paix et partagent ma lutte pour la liberté. Ils ont libéré leur conscience de l’occupation et mis leurs mains dans les nôtres, contre un ennemi commun, l’occupation. Nous nous battons pour un avenir meilleur pour nous et nos enfants ».

   Aucun sud-africain, partisan de la démocratie, ayant connu l’enfer et la furie de la lutte dans les années 80 ne peut manquer de voir le parallèle avec notre lutte. Pour la justice, l’avenir et les enfants, cette folie doit prendre fin.

Traduction : Xavière Jardez – Titre et sous-titre : AFI-Flash

Texte original : Echoes of SA's struggle are deafening (Mail & Guardian – 4/11/11)

 http://mg.co.za/article/2011-11-04-echoes-of-sas-struggle-are-deafening

* Issue de la communauté blanche, arrêtée en 1982, Barbara Hogan a passé huit ans dans les prisons de l’apartheid en isolement total. Libérée en 1990, elle a participé au développement des activités de l’ANC au Transvaal. Elle a présidé le Comité des Finances du Parlement et été ministre de la Santé.

Par Gilles Munier
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Dimanche 27 novembre 2011 7 27 /11 /Nov /2011 07:33

Par Ranj Alaaldin (revue de presse - guardian.co.uk – 14/10/11)

En favorisant une coalition ingérable, rongée par la suspicion, le Kurdistan a réussi à réaliser ses propres ambitions.

   Affaiblir sans cesse Bagdad, maintenir les divisions politiques– telle est la stratégie des Kurdes en Irak, étayée par un jeu subtil fait de manipulation et de patience.

   Les Arabes irakiens sont divisés et le gouvernement de coalition à Bagdad ne fonctionne pas. Les querelles sur des questions de territoire, de ressources naturelles et de partage du pouvoir, y compris l’application de réformes législatives cruciales, et les problèmes de sécurité actuels restent des obstacles sur la voie de la stabilité et du progrès futurs.

   Le Kurdistan, région stable, avance alors qu’il est au centre des contestations. Il a engrangé suffisamment de votes lors des élections législatives de mars 2010 pour se propulser comme « faiseur de rois » dans la mesure où ni Iyad Allaoui, ni le premier ministre Nouri al-Maliki - en tête des votes - n’arrivaient à former une coalition indépendante des Kurdes.

L’Irak arabe :

un gouvernement fragile, ingérable

   Après six mois sans direction politique et au milieu d’attaques terroristes incessantes, l’Irak arabe a finalement obtenu son gouvernement,  seulement parce que le président du Kurdistan, Massoud Barzani, ayant laissé tout le monde dans l’expectative sur le choix du candidat auquel iraient les voix des Kurdes, a conclu un accord qui a permis une coalition des principaux blocs politiques irakiens, même si cet accord n’a rien apporté.

   Allaoui et Maliki n’ont  pu s’accorder sur le partage du pouvoir. Les allocations de postes ministériels ont à peine pu satisfaire les différents segments de l’éventail politique irakien, dont les politiciens arabes sunnites qui avaient, tout comme Allaoui, contesté les élections, mais avaient, en raison de leur nouveau statut et de leur prestige retrouvé,  refusé de répondre aux appels pour rejoindre l’opposition et s’en retirer.

   L’Irak arabe s’est ainsi vu octroyer un gouvernement fragile et ingérable, les Kurdes ayant facilité cet avènement afin qu’un gouvernement d’unité nationale se révélât en fait un gouvernement d’individus mus par la suspicion. Les divergences religieuses parcourent toujours la politique. L’hostilité existe entre le parti chiite Dawa de Maliki et les politiciens puissants qui composent le bloc Iraqiyah, dominé par les Arabes sunnites, qui demeure sur ses gardes face à l’emprise du Dawa sur le pouvoir et les liens des autres partis chiites avec l’Iran.  

   Cela marche pour les Kurdes car Bagdad demeure faible et incapable de progresser. Ils on pu exploiter les tensions pour mener à bien leurs ambitions. Par exemple, quand Bagdad a récemment décidé de revoir une version antérieure de la loi sur le pétrole et le gaz au détriment des Kurdes, le gouvernement régional kurde a rappelé les officiels kurdes à Bagdad et a invité, à Erbil, l’éternel ennemi de Maliki, Allaoui pour des pourparlers urgents.

   Cette réaction tendait à exercer des  pressions sur Maliki et son gouvernement et les Kurdes sont sur le point de gagner. Le nouveau texte de la loi a peu de chances d’être approuvé et l’octroi de licences qui était prévu pour janvier 2012 a été repoussé. Pareillement, alors que Bagdad est déterminé à ce que les Kurdes n’obtiennent jamais la ville de Kirkouk, riche en pétrole, la question, toujours en suspens, offre entre-temps aux Kurdes des occasions incroyables de marchandages sur d’autres objectifs, notamment sur leur propre secteur énergétique. Le Kurdistan s’est fait une image de champion de l’industrie, invitant les acteurs mondiaux du pétrole et du gaz à la prochaine conférence à Erbil. Pour les organisateurs  de l’événement -  CWC (Creating opportunities, developping knowledge) - c’est la première du genre. Leurs conférences précédentes étaient toutes centrées sur l’Irak en tant que tel, plus maintenant.

Déclaration d’indépendance

si Kirkouk tombe dans leur escarcelle

   Et cela parce que la région attire les principaux acteurs, comme le prouve l’accord pétrolier conclu pour une valeur de 2.1 milliards de dollars par l’ancien chef de British Petroleum, Tony Hayward. Près de 40 compagnies étrangères de 17 pays se sont engagées à investir dans le secteur pétrolier la somme de 10 milliards de dollars.

   Cependant la question se pose : le Kurdistan a-t-il besoin de l’Irak ? L’Irak contrôle les oléoducs permettant l’exportation du pétrole plus efficacement. Le transport du pétrole par tankers est certes faisable, même s’il reste peu efficient, mais à partir d’un certain point, un oléoduc sera nécessaire si le Kurdistan doit devenir un exportateur fiable, capable de gérer ses immenses réserves.  Jusqu’à présent, il est vrai, les ambitions énergétiques du Kurdistan ont été contrecarrées par le contrôle par Bagdad des oléoducs et par sa politique chaotique.

   Mais Bagdad fournit aux Kurdes des revenus additionnels pour améliorer les services de base, tels que l’éducation, l’infrastructure et l’équipement militaire. S’ajoutent aux recettes et revenus propres des Kurdes, qu’il est impossible à Bagdad d’auditer et d’en bénéficier, 17% du budget irakien d’une valeur annuelle, au moins, égale à 10 milliards de dollars.

   En définitive, il s’agit de garder un œil sur tout ennemi en devenir,  et pour cela, garder un pied à Bagdad, être à l’affût des développements en coulisse et avoir un accès constant à l’élite politique, fournissant des occasions d’accentuer la régression.

   Certes les Kurdes n’ont pas besoin de faire partie de l’Irak et pourraient déclarer leur indépendance demain. Il y a peu de chances que la Turquie et les autres voisins, comme l’Iran puissent  faire quoi que ce soit, étant donné les milliards de dollars d’échanges commerciaux avec le Kurdistan, leurs problèmes intérieurs et la volatilité générale de la région ainsi que l’impossible d’envahir et d’occuper les villes kurdes.

   Mais les Kurdes ne déclareront pas leur indépendance parce que ce serait un nonsense que de sacrifier ce pactole pour une déclaration unilatérale d’indépendance qui les mettrait « dans leur tort », les enfermerait dans leurs frontières et justifierait des réactions de Bagdad et des voisins régionaux.

   En revanche, ils veulent bien déclarer leur indépendance dans un cadre régional et durable, pourvu que ce  processus fasse tomber Kirkouk dans leur escarcelle. En attendant, les Kurdes continueront à opérer dans l’intérêt des Kurdes et du Kurdistan, ce qui revient à exploiter Bagdad car tout a un prix, un prix que les Irakiens et l’Irak doivent payer pour garder leur pays intact.

Traduction : Xavière Jardez

* http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2011/oct/14/kurdish-strategy-iraq-kurdistan

Ranj Alaaldin est analyste politique et des risques du Moyen-Orient. Il est analyste à la Next Century Foundation et prépare un doctorat sur les chiites en Irak à London School of Economics et Political Science. Il se rend régulièrement au Moyen-Orient et a conduit des missions de recherche sur le terrain à travers la région.

Par Gilles Munier
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Profil

  • Ecrivain, journaliste indépendant, collaborateur du magazine Afrique Asie. Ouvrages: "Guide de l'Irak", "Les espions de l'or noir". A dirigé la traduction de "Zabiba et le roi", roman de Saddam Hussein.

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