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Mardi 20 avril 2010 2 20 /04 /Avr /2010 08:11

Entretien n°10                                                       

Baghdad Operation Center

27  février 2004

 

Entretien conduit par George L. Piro

Rapport traduit de l’arabe en anglais par le FBI

 

Traduction en français : Xavière Jardez

Titres, sous-titres et notes : Gilles Munier

 

 

Koweït - 1991

« C’était la guerre… »,  

dit Saddam Hussein

 

Saddam Hussein (Détenu de Haute Valeur n°1) a été interviewé le 27 février 2004 dans un bâtiment de détention militaire à l’Aéroport International de Bagdad (AIB), Bagdad, Irak. Hussein a fourni les informations suivantes :

 

Hussein a été informé que cette session serait la suite de la précédente sur l’invasion du Koweit. La conversation commencera par une discussion de la Résolution 662 des Nations unies qui ne reconnaissait pas l’annexion du Koweït par l’Irak.

 

Sur la réaction du gouvernement irakien face à cette résolution, Hussein a dit : « il ne s’est rien passé ». Selon Hussein, quand les Etats-Unis ont décidé d’attaquer l’Irak, l’annexion du Koweït était la seule solution. Il n’y avait, alors, aucune autre solution politique. Il a rappelé ce qu’il avait expliqué auparavant, à savoir que les soldats irakiens ne se seraient pas vraiment battus ou « ne se  seraient pas occupés du Koweït » si ce dernier n’avait pas été annexé. Les agissements des Etats-Unis « nous ont forcé la main ».

 

La qualité de membre de l’ONU de l’Irak

aurait dû empêcher l’invasion

Quand il lui fut remarqué que la Résolution 662 avait été passée en août 1990, bien avant l’action des forces US ou de la coalition, Hussein a déclaré que les forces militaires rassemblées contre l’Irak étaient déjà en Arabie Saoudite. Cela, s’ajoutant à d’autres décisions et annonces par les Etats-Unis, indiquait un prélude à l’attaque de l’Irak par les Etats-Unis.

 

Hussein a noté que, pendant huit ans, les Nations unies ont semblé « observer » de loin la guerre Iran-Irak sans sembler concernées. C’est seulement vers la fin du conflit, quand l’Irak eut défait les forces iraniennes que les Nations unies ont proposé un accord de cessez-le-feu. Quelques-uns des pays les plus importants désiraient voir l’Iran et l’Irak « vidés de leur force ». Les Nations unies « s’ingéraient » partout. Il pense que la qualité de membre de l’ONU de l’Irak aurait dû empêcher l’invasion de 1991 et la  présente occupation du pays (1).

 

Hussein a demandé si des efforts légitimes avaient été faits par les Nations unies ou des pays particuliers pour prévenir le conflit avec le Koweït ou pour fixer un terme au retrait après l’invasion. Il a réfuté qu’il y ait eu une telle initiative. Hussein a déclaré que l’Union soviétique avait proposé un plan de retrait que l’Irak avait accepté. Cependant, les Nations unies ont rejeté cette proposition. L’Egypte, selon Hussein, « n’a rien fait ».

 

Pourquoi les Nations unies

n'attaquent-ils Israël ?

L’initiative d’un plan de retrait du Koweït est venue de l’Irak. Le 12 août 1990, l’Irak a proposé une solution « pour tout le monde dans la région ». Ce plan incluait l’application des précédentes décisions de l’ONU sur les terres occupées par Israël. Hussein a demandé pourquoi les Nations unies n’ont pas attaqué Israël pour n’avoir pas respecté ses résolutions. Hussein a observé que les « manquements » d’Israël sont ignorés par les Nations unies, ce qui n’est pas le cas pour l’Irak où elles se sentent toujours concernées.

 

Pas d’atrocités au Koweït

Au cours de l’occupation du Koweït par l’Irak, Hussein a nié savoir que des atrocités avaient été commises par les militaires irakiens qui incluaient outre des peines, mais aussi, par exemple l’exécution de Koweitiens qui priaient sur le toit de leur maison, qui refusaient de suspendre des portraits de Hussein, qui accrochaient des portraits de l’ancienne famille royale ou qui écrivaient des graffiti anti-irakiens. « C’est la première fois que j’entends cela » a-t-il dit.  Il ne croit pas que, parmi ces offenses punissables, deux d’entre elles aient pu être qualifiées de crimes : d’abord, le gouvernement irakien n’oblige pas les Irakiens à exhiber des portraits de Hussein et donc, il ne pouvait pas forcer les Koweitiens à le faire. En Irak, les citoyens choisissent de plein gré d’afficher des portraits de Hussein chez eux. Deuxièmement, il n’était interdit ni aux Irakiens, ni aux Koweitiens de prier là où ils le voulaient, encore moins sur leur toit. Ces offenses prétendument punissables « doivent peser sur la conscience de leur auteur » et ce dernier est un menteur.

 

Hussein a reconnu deux peut-être trois incidents où des soldats irakiens avaient été exécutés au Koweït. L’un concerne un soldat qui avait cambriolé et l’autre, un Lieutenant-Colonel irakien qui avait agressé une femme au Koweit. Son corps est resté exposé au public pendant 48 heures pour que tous les officiers et soldats irakiens le voient et pour que le règlement soit respecté. Quant au troisième, il ne se souvient pas des détails.

 

Hussein dément connaître le nombre de Koweitiens, militaires ou civils, tués au cours des combats ou au cours des dites atrocités. Hussein a dit : « C’était la guerre ». Il a ajouté que l’Irak est un pays du tiers monde, signataire de la Convention de Genève. Les Etats-Unis sont un pays évolué qui, à tout le moins, ne devrait pas commettre  les mêmes fautes qu’un pays du tiers monde. Il a mis en doute les statistiques sur le nombre d’Irakiens tués, les violences commises contre eux,  ou les prisonniers irakiens torturés par les forces américaines.

 

Les Irakiens n’ont pas mis le feu

aux puits de pétrole

Sur la mise à feu des puits de pétrole au Koweït lors du repli des forces irakiennes et le désastre ultérieur sur l’environnement, le pire de toute l’histoire, Hussein a demandé : « Plus que Chernobyl ? ». Il a demandé à connaître le nombre de personnes mortes au Koweït à cause des fumées des feux. Hussein a démenti que les forces militaires irakiennes aient mis le feu aux puits. Il a reconnu que les militaires irakiens ont brûlé du « pétrole dans les tranchées » lors de leur retrait. La fumée brouillait le repérage des cibles pour les avions  de la coalition et réduisait le nombre de morts militaires. Il a reconnu qu’on lui avait dit que « quelques » puits avaient brûlé. Il a déclaré que, même si on lui  montrait des photos ou des vidéos de ces événements, il ne croirait pas que les forces irakiennes aient commis de tels actes. Il a maintenu qu’il est facile de manipuler et  fabriquer ce type de produit médiatique.  Pour lui, ce ne serait pas un crime si les militaires irakiens avaient  brûlé du pétrole pour éviter une attaque aérienne. Si cela était arrivé, c’eut été l’acte d’une personne désespérée  qui, pour se défendre, ne disposait d’aucune arme. Quand on lui a demandé si on lui avait apporté la preuve que les 150 feux de puits au Koweit avaient été un acte de sabotage des militaires irakiens et non un acte de défense, Hussein a déclaré qu’il fournirait une réponse en son temps.

 

Sur les exécutions de soldats irakiens, précédemment discutées, Hussein a déclaré qu’il en avait été informé verbalement ou par écrit. De toute évidence, un procès avait eu lieu avant l’exécution. Sans cette réaction immédiate, certes dure, d’autres crimes, des centaines peut-être auraient été enregistrés au Koweït.

 

Ali Hassan al-Majid,

principal officiel irakien au Koweït

Husssein a déclaré qu’Ali Hassan al-Majid était membre du CCR (Conseil du Commandement de la Révolution) lors de l’occupation du Koweit. Son rôle a été « d’arranger et de tout organiser au Koweit ». La décision de donner autorité à Al-Majid a été prise lors d’une réunion officielle du CCR. Al-Majid était le principal officiel irakien au Koweït.

 

Sur les autres fonctionnaires irakiens nommés au Koweït,  ceux-ci étaient nombreux, de l’agent de circulation aux hauts responsables du gouvernement. Hussein dit ne pas avoir d’informations additionnelles sur les autres personnes ayant exercé des responsabilités au Koweït et n’a fourni aucun autre nom d’officiels irakiens au Koweït. Hussein a ajouté que le gouvernement irakien avait essayé de fournir tous les services aux Koweitiens, particulièrement les services indispensables comme l’eau, l’électricité.

 

Sur l’émergence d’une résistance koweitienne au cours de l’occupation irakienne et les efforts des Services secrets  irakiens (SSI) pour l’endiguer, Hussein a déclaré : « je n’ai aucune réponse à cela ». A la question réitérée, il a répondu qu’il avait donné sa réponse et « qu’il n’était pas quelqu’un qui « balance » ses amis ».

 

« Je ne suis pas l’ex-Président.

Je suis toujours le Président de l’Irak »

On a demandé à Hussein quelle était, en tant qu’ex-président de l’Irak, sa politique en matière de traitement de prisonniers de guerre. « Je ne suis pas l’ex-Président. Je suis toujours le Président de l’Irak ». Il a ajouté qu’il respectait encore la volonté du peuple (son soutien, puisqu’il était leur président). L’Irak respecte la Convention de Genève et  qu’il avait demandé à d’autres d’en faire autant. Hussein a ajouté que, dans ses discours, il demandait toujours à chaque soldat de la respecter, de se souvenir des « principes religieux » et de s’y tenir.

 

Hussein a démenti avoir donné des ordres pour maltraiter, malmener ou torturer les prisonniers militaires US. Selon Hussein, une telle déclaration aurait sali sa réputation aux yeux du peuple et était donc inacceptable. D’autres ont peut-être dit qu’Hussein avait pris de tels ordres pour s’absoudre de toute responsabilité. S’ils  affirment de telles choses, il dit qu’il en accepterait la responsabilité de ces accusations, en tant que commandant, aussi longtemps qu’un tel aveu ne le déshonorera pas. Hussein a déclaré qu’il n’aurait pas donné de tels ordres à cause des enseignements de la religion. Hussein a cité un proverbe qui dit « Il y a un puits au Paradis. Celui qui nourrit  un orphelin ou  un prisonnier boira de l’eau de ce puits ». Il a déclaré que la preuve des ses croyances se trouve dans ses discours alors que, précédemment, il avait assuré que ce qui importait  ce sont les actes non les mots. Il a alors observé que ses discours en tant que Président sont importants.

 

A propos des informations, dignes de confiance, selon lesquelles l’Irak a expédié les dirigeants koweitiens hors du pays,  prétendument avec l’assentiment des citoyens koweitiens, pour qu’ensuite le peuple koweitien les acclame à leur retour, Hussein a été d’avis que les dirigeants (koweitiens) qui avaient accueilli l’occupation étrangère (des Etats-Unis) de leur pays, devaient être expulsés par la force. Selon Hussein, les dirigeants koweitiens ne venaient pas du " peuple" . Au contraire, il avait été mis là, à l'origine, par les Britanniques. Il a ajouté qu'il connaissait le sentiment des citoyens koweitiens avant l'invasion et après l'occupation des forces irakiennes. Si, après l'occupation de l'Irak, les Koweitiens avaient réclamé leurs anciens dirigeants, a déclaré Hussein, il aurait respecté leur décision.

 

Hussein a redit sa croyance, comme exprimé dans un entretien précédent, que quiconque « conspire contre un frère » doit être chassé (dans ce cas, le Koweït). Sur la tradition ou l’entendement que les pays arabes ne doivent pas prendre les armes les uns contre les autres, Hussein a déclaré qu’il y croyait et qu’il l’avait affirmé publiquement dans ses discours bien avant l’invasion du Koweït. D’autres pays arabes, et le Koweit en particulier, ont refusé d’obéir à ce principe. L’Arabie saoudite a confisqué des territoires au Yemen, la Syrie continue d’occuper des territoires au Liban, l’Egypte a pris des territoires au Soudan et s’est comportée de manière agressive envers la Libye.

 

Les recherches d’un pilote américain

 abattu au-dessus de l’Irak

ont été facilitées

Revenant sur le sujet des prisonniers de guerre américains, Hussein a de nouveau nié avoir connaissance de tortures ou de mauvais traitements comme le montrent les documents médicaux fournis  après leur rapatriement. Hussein a demandé si ces résultats ont été obtenus par les Américains ou un organisme d’enquête indépendant. Il a rappelé qu’aucun mauvais traitement n’était tolérable qu’il s’agisse d’un citoyen irakien ou de citoyens de pays-tiers. Il dément que ces mauvais traitements ou tortures aient fait l’objet d’une information à la direction irakienne.

 

Dans le contexte de la discussion sur les accusations de mauvais traitements des prisonniers de guerre US, l’interviewer a fait remarquer que : « Le gouvernement US, l’ONU et la Croix-Rouge ont porté ses allégations à la connaissance du gouvernement irakien. Elles n’étaient peut-être pas du ressort du Président et  personne au sein de la direction irakienne ne les  a prises en compte ». Hussein a répliqué : « Ce dont on m’a parlé est qu’il y avait un prisonnier américain, pas un prisonnier, excusez-moi, mais un Américain. Je pense que c’était un officier. On m’a dit que son avion avait été abattu dans le désert occidental mais qu’il s’était parachuté et que les Américains le recherchaient.  Ils m’ont montré les documents et je leur ai commandé de faciliter la mission et conseillé de dire qu’ils étaient les bienvenus. Qu’ils aient l’information pour qu’ils ne disent pas que nous l’avons trafiquée. Qu’ils la gardent par devers eux. Quant aux gens à sa recherche, faites-les venir pour nous dire où est ce pilote, je veux dire, qu’ils fassent les recherches ».

 

Hussein ne se souvient pas du nom du pilote, même qu’il s’appelait Speicher (2). Il a dit aux officiels irakiens de permettre aux Américains d'effectuer les recherches. Il a aussi constaté que ces officiels les "ont aidé" à recueillir des renseignements sur l'endroit où il se trouvait.

 

© X.Jardez et G. Munier – Traduction en français et notes

 

Notes :

(1) L’Irak est un des pays fondateur des Nations unies.

(2) Le pilote Michael Scott Speicher a été abattu, le 17 janvier 1991, durant la première nuit de l’Opération Tempête du Désert. Pendant des années, les Etats-Unis ont accusé l’Irak de le détenir. Ses restes ont été retrouvés dans le désert par les Marines, en août 2009. Des bédouins l’avaient enterré.

 

Traduction des entretiens précédents

sur le blog

 

 
Par Gilles Munier
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Dimanche 18 avril 2010 7 18 /04 /Avr /2010 19:58

Moqtada Sadr 

et la « démocratie participative »

 

   Dans l’attente des résultats officiels des élections législatives irakiennes du 7 mars 2010, délégitimées par l’interdiction faite à des candidats décrétés « baasistes » de se présenter (1), et à des partis politiques de faire campagne, les tractations entre les différents blocs pour élire un Premier ministre, vont bon train.

  

  Pendant ce temps, Moqtada al-Sadr, fort de ses 39 députés, fait la pluie et le beau temps dans les milieux chiites pro-iraniens. Pour signaler les noms des Premiers ministres dont il ne veut pas  - et mettre en avant un de ses proches collaborateurs -  il a organisé un referendum. La consultation, ouverte à tous, s’est déroulée sans contrôle sérieux. Bien qu’imparfaite, elle demeurera dans l’histoire du Proche-Orient la première expérience de « démocratie participative ». Un million et demi d’Irakiens y auraient participé.

 

Referendum sadriste :

Ibrahim al-Jaafari vainqueur !

   Les résultats du referendum sont les suivants : Ibrahim al-Jaafari : 24% - Jaafar al-Sadr (n°5 sur la liste d’Al-Maliki à Bagdad) : 23% - Qusay al-Suhayl (sadriste originaire de Bassora) : 17% - Nouri al-Maliki : 10% - Iyad Allaoui : 9% - Baha al-Araji (sadriste originaire de la province de Dhi Qar) : 5% - Ahmed Chalabi : 3% - Adil Abdel Mahdi : 2% - Rafi al-Eisawi (tête de liste d’Iraqiya dans la province d’Al-Anbar) : 2% - divers : 5%.

   Ibrahim al-Jaafari, arrivé en tête du referendum, ancien représentant d’Al-Dawa à Londres sous Saddam Hussein, a été Premier ministre du 7 avril 2005 au 22 avril 2006. Il est le seul élu d’Islah (Réforme), groupuscule qu’il a créé après son éviction du secrétariat général d’Al-Dawa. Il s’est présenté aux législatives sous la bannière INA (Alliance nationale irakienne), le bloc d’Ammar al-Hakim. En très mauvais termes avec Nouri al-Maliki, on voit mal ce dernier voter pour lui.

   Avec ses « 23% » d’avis sadristes favorables, Jaafar al-Sadr, fils de l’ayatollah Baqer al-Sadr - fondateur d’Al-Dawa  - perçu comme le « joker de Maliki » (2), aurait des chances de l’emporter. Mais, il faudrait que les querelles de famille – et surtout de prééminence - l’opposant à son cousin et beau-frère Moqtada, soient dépassées. C’est loin d’être le cas.

 

Leaders sadristes émergeants

   Les calculs de Moqtada al-Sadr risquent d’être balayés en cas d’ « alliance des contraires », une entente Maliki-Allaoui, possible si les grands marionnettistes – Etats-Unis et Iran -  l’exigent. Pour l’heure, il est important de retenir les noms des deux parlementaires sadristes, émergeant d’autant plus de la consultation qu’ils ont été ajoutés à la main sur la partie du bulletin laissée au libre choix des votants :

- Qusay al-Suhayl, peu connu du grand public, est premier ministrable. Pour lui, le mouvement sadriste n’est pas un parti politique. C’est une organisation socio-religieuse qui se réclame des enseignements du Grand ayatollah Muhammad al-Sadr, père de Moqtada. Depuis le « gel » des activités de l’Armée du Mahdi, transformée -  selon lui -  en organisation culturelle, la résistance à l’occupation est du ressort de la Brigade du Jour Promis. Des fonctionnaires de l’ambassade des Etats-Unis à Bagdad, et la CIA, ont tenté de l’approcher, sans succès. Il refuse tout dialogue avec les représentants des forces d’occupation américaines. Interrogé sur l’avenir de Kirkouk, il estime que la ville à droit à un statut spécial correspondant à ce que souhaitent ses habitants, car – dit-il – c’est « un Irak en miniature ». Il ne pense pas que la question puisse être résolue dans un cadre fédéral, du moins pour l’instant.

- Baha al-Araji (n°2 sur la liste INA à Nassiriya), élu député en 2005, assure que l’Armée du Mahdi n’était pas une milice, mais une organisation de résistance populaire islamique à l’occupation. Il est hostile à la partition de l’Irak. Dans une interview accordée au quotidien Asharq Al-Awsat (26/10/06), il accusait les forces d’occupation du meurtre de l’ayatollah Abdel Majid al-Khoï à Nadjaf, en 2003, insistant sur la concomitance de l’événement avec la naissance du mouvement sadriste. Selon lui, en accusant Moqtada de l’avoir fait assassiner, les occupants voulaient « tuer deux oiseaux avec la même pierre ». Le 16 février dernier, Baha al-Araji a provoqué une manifestation de protestation à Fallouja, après avoir déclaré sur la chaîne télévisée Al- Baghdadiya que « la majorité en Irak » conspire (contre l’islam, c'est-à-dire - pour lui - contre Ali et ses descendants) depuis Abou Bakr, compagnon du Prophète Muhammad et premier calife, jusqu’à Ahmed Hassan al-Bakr, chef du parti Baas, Président de la République après la Révolution de 1968. Il accuse, par ailleurs, les Moudjahidine du peuple iranien d’être des terroristes à la solde des Etats-Unis. Baha al-Araji possède la citoyenneté irlandaise.

 

Un Hezbollah irakien ?

   Moqtada a profité, intelligemment, du mode de scrutin en choisissant des candidats connus localement, placés en position éligible, mais sa victoire est toute relative. Selon le blog  Talisman gate qui a décortiqué les résultats des onze provinces ayant élu des députés se réclamant de lui, son mouvement plafonnerait autour de 10% des suffrages au niveau national (8,7% dans les quartiers « chiites » de Bagdad, considérés comme leur bastion, 18,8% dans la province de Maysan). A Bagdad, les pressions exercées par les nervis malikistes sur les habitants de Sadr City n’expliquent pas tout. La question est maintenant de savoir si le futur ayatollah Moqtada al-Sadr sera en mesure de transformer l’infrastructure militante du Bloc libreTayyar al-Ahrar, nom officiel de son mouvement -  en réplique irakienne du Hezbollah libanais.

 

(1) et (2) Législatives 2010 : la grande manip, par Gilles Munier (Afrique Asie – avril 2010)

http://www.france-irak-actualite.com/article-legislatives-2010-la-grande-manip-47766505.html

Par Gilles Munier
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Lundi 12 avril 2010 1 12 /04 /Avr /2010 18:32

Affaire Hariri :

Faux passeport, made in France

 

   Dans une interview au quotidien koweitien Al-Seyassah, Zouheir Siddiq, qui se présentait il y a quelques années comme un membre important des services secrets syriens au Liban, et prétendait tout savoir sur l’implication de la Syrie dans l’assassinat du Premier ministre libanais Rafic Hariri, refait parler de lui. Réfugié de nombreux mois en France, sous haute protection, il vient de révéler que le Cabinet de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, lui avait remis, « pour le protéger », un faux passeport tchèque (1) lui permettant de quitter le territoire français alors que le Liban réclamait son extradition. Condamné en 2009 à Abou Dhabi à 6 mois de prison et expulsé pour être entré dans les Emirats Arabes Unis avec de faux papiers d’identité, il dit qu’il « ne savait pas que ce passeport était faux ».

   On attend la réaction du président français, et de savoir par la même occasion où en est l’enquête sur les faux vrais passeports français utilisés à Dubaï par le Mossad pour assassiner Mahmoud al-Mabhouh, dirigeant du Hamas. Le représentant des services secrets israéliens à Paris n’a toujours pas été expulsé - ne serait-ce que pour la forme - comme cela a été le cas à Londres.

   Comme nous l’écrivions en juillet 2006 (2), Zouheir Siddiq était en fait un escroc protégé par Rifaat al- Assad, ancien dirigeant syrien réfugié en Espagne qui rêvait de renverser son neveu, le Président Bachar al-Assad. Selon Der Spiegel (22/10/05) Siddiq avait avoué à son frère être devenu « millionnaire » en récitant ce qu’« on » lui avait demandé de dire, notamment les noms de sept officiers du renseignement syrien et de quatre généraux libanais soi-disant impliqués dans l’assassinat.

 

(1) Siddiq: Forged Passport Given to Me by then Interior Minister Sarkozy's Office

http://www.naharnet.com/domino/tn/NewsDesk.nsf/Lebanon/BFDC994C7E4E53F6C2257703001BB738?OpenDocument

(2) Assassinat de Rafic Hariri : la piste interdite

http://www.france-irak-actualite.com/pages/liban-assassinat-de-rafic-hariri-la-piste-interdite-16-7-06--1982672.html
Par Gilles Munier
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Jeudi 8 avril 2010 4 08 /04 /Avr /2010 20:22

Libre propos paru dans l’hebdomadaire 7 Jours (3/4/10)

suite à une conférence de Laurent Maillard , chef du bureau de l’AFP à Téhéran,

organisée à Rennes, le 18 mars, par le « Trinôme Académique » *

 

Non, l’Iran n’est pas

un pays pacifique

par Gilles Munier

 

   Que les Perses soient un grand peuple et l’Iran une grande nation, personne n’en doute. Mais, dire, comme Laurent Maillard, que ce pays « a montré depuis 400 ans son pacifisme à l’égard de ses voisins », c’est chercher à nous faire prendre des vessies pour des lanternes… Je ne pense pas que le chef du Bureau de l’AFP à Téhéran soit victime du syndrome de Stockholm, c'est-à-dire contaminé par la propagande du régime des mollahs ; je crois plutôt qu’en bon connaisseur des chiites persans, il pratique la « taqiya », une forme de mensonge autorisée par le Coran (1), mais trop souvent détournée à des fins qui n’ont rien à voir avec l’islam.

   Depuis 400 ans - pas plus qu’avant cette date - les Perses n’ont fait preuve de pacifisme. Il y a 388 ans, en 1622, sous le Chah Abbas 1er, ils ont pris Dyarbakir au sud de la Turquie, puis envahi la Mésopotamie, l’Irak d’aujourd’hui. Le siège de Bagdad dura trois mois, les habitants étaient affamés au point, dit-on, de se livrer à des actes de cannibalisme. Tombée entre leurs mains en 1623, la ville fut saccagée, ses grandes mosquées sunnites détruites. Les Perses régnèrent d’une main de fer sur l’Irak pendant 16 ans, jusqu’à ce que le sultan ottoman Mourad IV les en chassent, à la demande des Irakiens.

   La dynastie safavide qui régna sur la Perse de 1501 à 1736 a instrumentalisé l’islam chiite au service de ses ambitions hégémoniques, ce qui a permis à Reza, dernier chah d’Iran, à l’ayatollah Khomeiny et à ses successeurs, d’intervenir dans les affaires de leurs voisins, notamment en Irak, au Liban, en Arabie Saoudite, au Bahreïn, et dernièrement au Yémen. Et, pas de façon pacifique… En Irak, depuis 2003, les milices chiites pro-iraniennes et les Gardiens de la révolution iranienne, commettent des attentats sauvages et se livrent à des assassinats ciblés et à des opérations de nettoyage ethnico-religieux. Les victimes se comptent par centaines de milliers.

   La France se souvient-elle de ce que lui a coûté son soutien à l’Irak quand l’ayatollah Khomeiny s’est mis en tête de renverser Saddam Hussein et le régime baasiste ? Entre autre : un attentat contre l’immeuble Drakkar à Beyrouth en 1983, base du corps français de la Force multinationale d'interposition (58 morts), suivi d’un autre contre l’ambassade de France à Koweït (des blessés). Celui commis en 1986, rue de Rennes à Paris, fit 7 morts et 52 blessés. Aujourd’hui, ceux qui sont au pouvoir à Téhéran et à Bagdad étaient parmi les instigateurs de ces massacres.

   Je suis d’accord avec Laurent Maillard au moins sur un point : bombarder l’Iran pour l’empêcher d’accéder à la bombe A serait contre productif. On assisterait à une montée du nationalisme qui renforcerait le régime pour une dizaine d’années. Mais, négocier ne sert à rien, car les mollahs mentent - « taqiya » oblige ! - comme des arracheurs de dents. La paix au Proche-Orient passerait plutôt par une décision internationale de dénucléarisation de la région, y compris bien sûr d’Israël. Quand on entend le professeur Martin Van-Crevel, écouté dans les académies militaires israéliennes, dire que si l’Union européenne s’oppose un jour à la déportation des Palestiniens, Israël n’aura pas d’autre solution que de menacer les capitales hostiles du feu atomique, il y a vraiment urgence.

 

* La loi de 1997 a chargé le ministère de l'Éducation nationale de former la jeunesse aux questions de Défense nationale (de la classe de 3ème à la Terminale). Des « Trinôme académique » ont été créé à cette fin dans les régions. Ils regroupent le Rectorat d’Académie (ministère de l'Education nationale), l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale (IHEDN), et le représentant du ministère de la Défense (en l’occurrence le commandant de  l’Etat-major militaire Terre Nord Ouest).

 

(1) Le mensonge étant strictement interdit par l’islam, la « taqiya »expression jamais utilisée par le Prophète Muhammad - signifie plutôt « dissimulation », « ruse » ou « stratagème ». Cette pratique n’est autorisée qu’à titre exceptionnel, ce qui n’est pas le cas chez les chiites safavides.



Par Gilles Munier
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Lundi 5 avril 2010 1 05 /04 /Avr /2010 17:00

Entretien n°9                                                  

Baghdad Operation Center

24  février 2004

 

Entretien conduit par George L. Piro

Rapport traduit de l’arabe en anglais par le FBI

 

Traduction en français : Xavière Jardez

Titres, sous-titres et notes : Gilles Munier

 

Vers la Première guerre du Golfe

 

Saddam Hussein (Détenu de Haute Valeur n°1) a été interviewé le 24 février 2004 dans un bâtiment de détention militaire à l’Aéroport International de Bagdad (AIB), Bagdad, Irak. Hussein a fourni les informations suivantes :

 

Hussein a été informé dès le début de la session qu’elle allait être la suite de la discussion sur l’histoire de l’Irak ; la conversation couvrant les événements ayant conduit à la guerre avec le Koweït.

 

Hussein a affirmé qu’après la guerre avec l’Iran de 1980 à 1988, l’Irak essayait de se reconstruire. Il a comparé la situation avec le Koweït à un combat entre deux individus ; quand le combat se termine, chacun part de son côté. Peu après, l’une de deux parties est importunée par quelqu’un qui désire se battre aussi. Il ne lui reste d’autre option que de se battre.

 

Une grande puissance derrière la « conspiration »

Selon Hussein, Khomeiny et l’Iran auraient occupé tout le monde arabe si l’Irak n’avait pas été là. L’Irak s’attendait à ce que le monde arabe le soutienne pendant et après la guerre. Cependant, c’est le contraire qui est advenu, particulièrement s’agissant du Koweït. A la fin de la guerre, comme l’Irak commençait son processus de reconstruction, le prix du baril de pétrole était descendu à 7 dollars. Pour Hussein, il était impossible à l’Irak de rebâtir son infrastructure et son économie avec des prix à ce niveau, dont la faute incombait au Koweït.

 

Dans un effort pour résoudre la situation et stimuler le redémarrage de son économie, l’Irak envoya le Dr Hammadi (1), ministre des Affaires étrangères, au Koweït. Hammadi et la direction irakienne arrivèrent à la conclusion que le niveau des prix du pétrole n’était pas de la seule responsabilité des Koweitiens. L’Irak pensait qu’il y avait une autre entité, une grande puissance, derrière cette « conspiration ».

 

« Nous ferons en  sorte

que l’économie de l’Irak soit si mauvaise,

que l’on pourra coucher

avec une femme irakienne pour dix dinars »

L’Irak envoya aussi des officiels en Arabie Saoudite pour convaincre les Saoudiens de faire pression sur le Koweït. Par ailleurs, le ministre saoudien du Pétrole se rendit en Irak et eut des entretiens sur les prix du pétrole, l’économie irakienne et les agissements du Koweït. Hussein a prétendu qu’un officiel koweitien a dit : « Nous ferons en  sorte que l’économie de l’Irak soit si mauvaise, que l’on pourra coucher avec une femme irakienne pour dix dinars». Hussein a dit aux Saoudiens que si le Koweït ne cessait pas de s'immiscer dans les affaires intérieures irakiennes, il ferait tomber le dinar koweitien à dix fils (centimes).

 

Hussein a déclaré que le Koweït a été confronté au « vol du pétrole irakien par le recours à la pratique des forages en biais », et que les Koweitiens ont admis avoir « seulement pris deux et demi milliards de  pétrole. Ils ont révélé cela comme si de rien n’était ».

 

L’Irak a envoyé des émissaires dans d’autres pays du Golfe dont il a oublié les noms pour qu’ils expliquent les deux positions, irakienne et koweitienne.  Les autres pays (du Golfe) promirent de corriger les prix du pétrole à la prochaine réunion de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole). A la réunion suivante, il fut donc décidé de porter le prix du pétrole à 16-17 dollars le baril, comme s’en souvient Hussein. Le Koweït accepta cette décision. Cependant, plus tard, le ministre du Pétrole koweitien, ou le ministre des Affaires étrangères, déclara ne pas pouvoir respecter la décision de l’OPEP.

 

Sur les prêts dûs aux pays du Golfe pour leur soutien pendant la guerre Iran-Irak, Hussein affirma que ce n’était pas des prêts, mais une aide gratuite de ces pays. Le mot « prêt » avait été utilisé pour déguiser le but de ces fonds aux yeux de l’Iran. Quand l’Irak apprit que ces sommes étaient en fait des prêts, l’Irak entama des discussions avec ces pays et le Koweït afin de résoudre cette question. Comme l’argent avait été enregistré comme prêt, l’Irak ne pouvait obtenir de prêts d’autres pays pour sa reconstruction.

 

Hussein a déclaré que, par deux fois, il avait discuté d’un changement du prix du pétrole pour qu’il soit porté à 25 dollars le baril. Lorsque le prix avait atteint 50$, Hussein avait dicté à Tarek Aziz une lettre qui fut envoyée au journal Al-Thaoura (2) dans laquelle il demandait aux pays producteurs de pétrole de ne pas profiter des pays industrialisés. Hussein leur demanda de réduire le prix du pétrole à 25 dollars. Il a observé que cela paraissait étrange dans la mesure où l’Irak avait du pétrole et pourrait utiliser l’argent. Quand le prix est tombé à 7$ par baril en 1989-90, il avait réclamé une augmentation jusqu’à 24-25 dollars le baril. Ce prix, selon Hussein, ne pouvait offusquer le producteur ou peser sur le consommateur.

 

Hussein a dit que ce que faisait ou non le Koweït  a « confirmé notre information » qu’il existait une « conspiration » contre l’Irak, sa Direction et l’économie irakienne. A son avis, la visite du Général américain Schwarzkopf (3) au Koweït renforçait cette opinion. Sa visite comprenait un "plan de sable" (4) ou des préparatifs militaires pour l'invasion de l'Irak corroborant ce que la Direction irakienne et Hussein envisageaient déjà. Les relations du Koweït avec les Etats-unis et le Grande-Bretagne était bien connues même avant cela. Quand il lui fut remarqué que les militaires des Etats-Unis visitent beaucoup de pays à travers le monde, y font des manoeuvres qui n'indiquent pas qu'il y a « une conspiration », Hussein a demandé : « Dans quels autres pays, Schwarzkopf a-t-il fait un « plan des sables » comme au Koweït ? ». Dans quels autres pays, Hussein a, de plus, demandé, Schwarzkopf a-t-il conduit des négociations afin d’installer des forces défensives. Hussein reconnaît comprendre l’existence et la nature de manœuvres menées par les Etats-Unis en Egypte et en Jordanie. Cependant, quand ces manœuvres ou plans désignent l’Irak comme l’ennemi et comprennent des moyens de défendre le Koweït ou d’attaquer l’Irak, la situation est différente de celle résultant d’exercices.

 

Hussein a parlé de la façon dont l’Irak était perçu par les Occidentaux au cours des mois précédant la guerre avec le Koweït. Après la défaite de l’Iran, les médias ont parlé de l’Irak comme d’une menace militaire pour la région. L’Irak pourtant n’était pas « dans le camp soviétique » et essayait de refaire son économie. L’Irak commençait aussi à restaurer ses relations avec les Etats-Unis.

 

Très vite, les Etats-Unis ont fait de l’Irak leur ennemi pour trois raisons. La première, la puissance « sioniste » et son influence aux Etats-Unis dictent la politique étrangère. Tout pays vu comme une menace pour Israël - l’Irak par exemple - devient une cible de la « conspiration ». Hussein a offert comme preuve, une déclaration officielle d’Israël que tout accord de paix avec les pays arabes devait inclure l’Irak. Hussein a prétendu qu’Israël ne cherchait pas la paix, mais seulement que les autres pays obéissent à ses desiderata. Israël a utilisé son influence en Occident contre Nasser en Egypte, comme il le fait vis-à-vis de l’Irak. Cette influence « sioniste » s’étend à tout le territoire américain et jusque dans le domaine électoral. Deuxièmement, il y avait, auparavant,  dans le monde, deux superpuissances, les Etats-Unis et l’Union soviétique. Selon Hussein, le monde vivait « mieux que maintenant », comme il était plus facile à deux puissances de s’entendre que d’essayer de s’entendre à plusieurs. Chacune d’elles  essayait de rallier à sa cause d’autres pays créant ainsi un équilibre mondial. Avec la rupture de cet équilibre, les Etats-Unis sont restés la seule superpuissance. Ils sont considérés, à l’heure actuelle, comme voulant imposer leur volonté au reste du monde, dont l’Irak. Si les pays ne sont pas d’accord avec les Etats-Unis, comme l’Irak, ils deviennent des ennemis. La troisième raison est une raison économique. Certaines entités aux Etats-Unis dont les fabricants d’armes et des éléments militaires privilégient la guerre pour les profits financiers qui peuvent en dériver. Ceci est vrai de sociétés qui vendent de tout, du tapis aux tanks pour financer une guerre. Hussein a ajouté que l’Amérique a découvert que la guerre en Afghanistan n’était pas suffisante pour maintenir le taux de profit du complexe militaro-industriel américain. D’où la guerre avec l’Irak. Après l’effondrement de l’Union soviétique, toutes ces raisons, internes et externes, ont, en se combinant, amené les Etats-Unis à faire de l’Irak leur ennemi.  

 

Hussein a déclaré qu’avant l’invasion du Koweït, il y avait eu un meeting du Conseil de Commandement de la Révolution (CCR) qui avait porté sur ce sujet. La Direction irakienne avait espéré que l’Arabie saoudite « interviendrait » et trouverait une solution. Le vice-Président du CCR était allé en Arabie saoudite solliciter son assistance mais était revenu bredouille. Il s’ensuivit que la question ne pouvait être discutée et décidée qu’en faveur d’une option militaire. Hussein a reconnu que la possibilité qu’un ou plusieurs membres du CCR s’opposent ou votent contre l’invasion avait existé, mais il ne se souvient pas spécialement d’une telle opposition. Il ne se souvient pas, non plus, si la majorité ou tous les membres du CCR étaient d’accord pour une action militaire. Hussein a déclaré : « J’étais contre une attaque si une solution pouvait être trouvée ». La dernière tentative de parvenir à une solution a été faite avec la visite déjà citée du vice-Président du CCR en Arabie saoudite au cours de laquelle ce dernier a rencontré le frère du dirigeant koweitien, Cheikh Sabah (5).

 

La décision finale d’envahir le Koweït a été prise afin de «se défendre en attaquant». Hussein a justifié l’invasion au plan historique, car le Koweït faisait partie de l’Irak. Hussein a déclaré que le but de la guerre a été "celui annoncés". A savoir que les Koweitiens devaient se gouverner eux-mêmes et décider du genre de relations qu'ils voulaient entretenir avec l'Irak. Quant aux dirigeants koweitiens, Hussein a dit qu'ils étaient des « conspirateurs » contre l’Irak, le Koweït et tous les pays arabes. Ils conspiraient même après avoir fui le Koweït.  Ils étaient sous le contrôle des Etats-Unis.

 

Du fait qu’il « conspirait » avec les Etats-Unis, le Koweït ne s’attendait pas « à recevoir des coups ». Hussein a déclaré qu’il en méritait « dix ». Le Koweït n’était pas aussi fort militairement que l’Iran. Le manque de positions défensives du Koweït ne signifiait pas qu’il n’avait pas de plans avec les Etats-Unis. Les plans discutés au cours de ce qui a été appelé « plans de sable » étaient offensifs par nature, pas défensifs. Les motifs pour envahir l’Irak existaient avec ou sans la présence des forces américaines. Comme ils l’ont fait pour la dernière guerre, les Etats-Unis ont « créé » les conditions pour combattre l’Irak au Koweït en 1991. Hussein a réfuté l’accusation d’avoir inventé cette « conspiration » pour justifier l’invasion du Koweït. Hussein a dit que l’Irak a découvert des documents attestant de  l’existence d’une «  conspiration » koweitienne avec les Etats-Unis.

 

« Nous pouvons discuter de cela pendant des jours », a dit Hussein. Les Etats-Unis et vingt-huit pays autres pays ont mis sept mois pour mobiliser les forces nécessaires à la guerre en 1991. Cette mobilisation a eu lieu parce l’Irak était perçu comme une menace militaire ; c’est ce qui a incité les politiciens US à soutenir la guerre. Les profits financiers engendrés par un conflit ont aussi joué en faveur d’une action contre l’Irak. La frappe préemptive de l’Irak sur le Koweït a été conduite avant que la mise en place des lignes défensives soit achevée. Hussein a insisté sur le fait que l’absence de forces US au Koweït ne signifiait pas qu’il n’y avait pas de « conspiration ».

 

Hussein a réaffirmé que l’invasion avait pour but de donner aux Koweitiens le droit de « décider de la manière dont ils voulaient traiter avec l’Irak ». Hussein a démenti qu’avoir proclamé le Koweït dix-neuvième province de l’Irak allait à l’encontre de ce qu’il avait fait précédemment. Selon lui, un gouvernement koweitien avait été formé, après l’invasion, il a démenti qu’un membre du CCR, Ali Hassan al-Majid, ait été nommé gouverneur du Koweït. Il a ajouté que les membres du cabinet koweitien avait décidé « de se rallier» aux Irakiens. A la question de savoir si les Koweitiens avaient le choix, Hussein a demandé si on avait donné aux Irakiens la possibilité d’exprimer leur opinion sur la dernière guerre contre leur pays. Les agissements de l’Irak par rapport au Koweït étaient certainement plus logiques que la position des Etats-Unis par rapport à l’Irak lors de la dernière guerre. Hussein a déclaré que la désignation du Koweït comme 19ème Province de l’Irak  « était méritée et logique ». En 1961 ou 1962, le Président irakien Kassem avait voulu faire du Koweït une région de l’Irak (6).

 

Hussein a souligné qu’il a déjà expliqué pourquoi aucune action n’avait été prise pour empêcher l’invasion et pourquoi le Koweït était devenu la 19ème province. Les solutions politiques ont complètement disparu lorsque les Etats-Unis ont attaqué. Hussein a assuré que l’Irak « aurait pris une autre direction » si les Etats-Unis n’avaient pas attaqué. Les solutions politiques épuisées, il ne restait que deux options. L’Irak aurait pu se retirer du Koweït et il est probable que ses forces auraient continué d’être attaquées pendant ce retrait. L’Irak aurait été la risée du monde. L’autre solution, et la plus appropriée, était de ne pas se retirer et de déclarer le Koweït la 19ème Province de sorte que les forces irakiennes combattent avec plus de vigueur.

 

Notes :

(1) Saadoun Hammadi (1930-2007), originaire de Kerbala, a adhéré au parti Baas dans les années 40. Il a été plusieurs fois ministre : ministre du Pétrole (1968), ministre des Affaires étrangères (1974-83), membre du Conseil de commandement de la révolution (CCR) en 1984, et Président de l’Assemblée nationale de 1996 à 2003. Arrêté après l’invasion américaine, il est le seul haut dirigeant irakien à avoir été libéré, en février 2004,  pour raison de santé. Autorisé à se rendre à l’étranger pour se soigner, Saadoun Hammadi est décédé en mars 2007 dans un hôpital allemand.

(2) Al-Thawara (La Révolution) était le quotidien du parti Baas. Il a été dirigé par Tarek Aziz avant que ce dernier accède à des postes ministériels et au Conseil de commandement de la révolution (CCR).

(3) En 1990, le général Norman Schwarzkopf dirigeait le Commandement central de l’armée étatsunienne, organisme chargé du déploiement de troupes terrestres au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Ouest. Il a commandé l’Opération Tempête du désert contre l’Irak, en janvier 1991.

(4) Le « plan des sables » dont parle Saddam est l’opération militaire simulée informatiquement, organisée début 1990 par le général Schwarzkopf, qui annonçait la guerre. Jusqu’à cette date ce type d’exercice avait pour cible l’Union soviétique, or, cette année là, l’ennemi était l’Irak. Notons au passage que les mots « sable ou désert » ont pris, dans le contexte des guerres du Golfe, une signification particulière car ils ont introduit le concept de « guerre propre » : les espaces désertiques n’ayant pas ou peu de population, il n’y avait donc pas de victimes civiles…

(5) La famille des Al-Sabah est originaire d’Arabie (tribu Anizah). Elle s’est installée au 18ème siècle au Koweït, arrondissement du wilayet ottoman de Bassora, qui jouissait d’une certaine autonomie. La position stratégique de l’émirat n’avait pas échappé aux Britanniques. En 1896, le cheikh Moubarak étrangla son demi-frère et s’empara du pouvoir avec l’aide de l’Intelligence Service. Il signa peu après avec les Anglais un traité faisant de l’émirat un protectorat britannique.

(6) Lors d'une conférence de presse donnée à Bagdad le 25 juin 1961, le Président Abdul Karim Kassem déclara que le « Koweït fait et fera éternellement partie intégrante de l’Irak ». Il annonça son intention de l’annexer. La Grande-Bretagne dépêcha aussitôt deux porte-avions et un corps expéditionnaires de 5000 hommes pour protéger l’émirat… et ses intérêts.

 

© X.Jardez et G. Munier – Traduction en français et notes

 

Traduction des entretiens précédents

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Par Gilles Munier
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  • Auteur, journaliste indépendant, collaborateur du magazine Afrique Asie. Ouvrages: "Guide de l'Irak", "Les espions de l'or noir". A dirigé la traduction de "Zabiba et le roi", roman de Saddam Hussein.

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