Calendrier

Juillet 2010
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

Sur le blog


F.B.I

Entretiens

avec Saddam Hussein

« détenu

de haute valeur n°1 »

20 interviews et 5 conversations

ordinaires déclassifiées


Traduction intégrale

Mardi 27 avril 2010 2 27 /04 /2010 14:35

Entretien n°11                                                       

Baghdad Operation Center

3 mars 2004

 Entretien conduit par George L. Piro

Rapport traduit de l’arabe en anglais par le FBI

 Traduction en français : Xavière Jardez

Titres, sous-titres et notes : Gilles Munier

 

Koweït - 1991 :

La bataille de Kafji

et les tirs de SCUD sur Israël

 

Saddam Hussein (Détenu de Haute Valeur n°1) a été interviewé le 3 mars 2004 dans un bâtiment de détention militaire à l’Aéroport International de Bagdad (AIB), Bagdad, Irak. Hussein a fourni les informations suivantes :

 

Avant le début de l’entretien, Hussein a été informé que cette session serait la suite des sessions précédentes sur l’invasion du Koweït par l’Irak.

 

Hussein a dit qu’il avait conçu le plan pour l’invasion du Koweït. Comme la géographie du Koweït est essentiellement constituée d’un espace plat, la mise en œuvre de l’opération ne nécessitait aucun plan stratégique spécifique, ni aucun atout particulier. N’importe qui ayant  des connaissances militaires de base aurait pu concevoir un plan d’invasion efficace.

 

L’invasion du Koweït a été réalisée en deux heures et demie, exactement le temps qui avait été prévu. Cela aurait dû prendre moins d’une heure. Il pense que cela aurait dû être accompli plus rapidement que supposé à l’origine, à cause du soutien du peuple koweitien pour l’invasion. Hussein a réitéré la précédente déclaration qu’il a faite aux interviewers, à savoir que le peuple koweitien avait demandé à l’Irak d’envahir le pays afin d’en chasser les dirigeants. Quand on lui a demandé comment les citoyens koweitiens avaient, avant l’invasion, communiqué leur souhait au gouvernement irakien, Hussein a déclaré que, quelques uns pensaient ainsi, mais pas tous les Koweitiens. Il a ajouté : « Nous avions l’impression qu’ils voulaient que nous intervenions ».

 

La bataille de Khafji

Quant à l’assaut donné à la ville côtière de Khafji (1), et qui en avait élaboré le plan d’attaque, Hussein a dit : « Moi ». Il a précisé qu’il ne rejetterait pas la responsabilité sur ses amis. Après huit ans de guerre avec l’Iran, de 1980 à 1988, la  stratégie militaire, a-t-il ajouté, était facile. Toute opération militaire demande une connaissance du terrain de la région, des armes et des capacités de l’ennemi tout autant que des siennes. Logistique, entraînement et moral des troupes sont aussi des facteurs importants. Nanti d’une tel savoir, l’opération contre Khafji devenait simple à concevoir. Le territoire était découvert, semblable à l’Irak du sud et n’offrait « aucune complication ». Le seul souci était la puissance de feu aérienne de l’ennemi.

 

Quand on lui a demandé si le but de l’assaut sur Khafji avait été d’obliger les forces de la coalition à engager une offensive terrestre, Hussein a répondu que les experts militaires savaient qu’une attaque terrestre contre l’Armée Irakienne serait une tâche ardue. A son avis, deux millions de soldats auraient été nécessaires pour combattre les forces terrestres irakiennes. L’aviation, cependant, pouvait être utilisée pour frapper les forces irakiennes et ensuite retourner dans ses bases. Les informations préliminaires dont disposait l’Irak indiquaient que les forces terrestres de la coalition se trouvaient dans les environs de Khafji. Pour cette raison, les forces irakiennes ont décidé d’attaquer la localité et de les « forcer au combat ». Il semble que les forces de la coalition aient reculé devant l’attaque irakienne. Les forces terrestres irakiennes sont, ensuite, restées sur le terrain. A mesure que le temps passait, l’Irak a perdu des soldats, des armes et de l’équipement.  De nombreux soldats irakiens sont morts au cours des assauts aériens répétés de la coalition sans jamais avoir vu l’ennemi approcher par la terre.

 

Hussein a nié que les forces irakiennes avaient été défaites à Khafji, et poussées à la retraite. Hussein a précisé que l’Irak n’envisageait pas d’occuper la ville. Les forces terrestres irakiennes y sont allées pour affronter les troupes de la coalition. N’ayant rencontré peu ou prou de résistance au sol, les forces irakiennes se sont retirées le deuxième jour, d’elles-mêmes. Hussein a noté qu’il semblait que, pendant quelques jours, les forces de la coalition n’avaient pas réalisé que les forces irakiennes s’étaient repliées. Hussein a reconnu que la coalition disposait de la suprématie aérienne.

 

L’un des  objectifs de l’assaut sur Khafji, a-t-il été demandé à Hussein, était-il de capturer des prisonniers de guerre américains (POW). A quoi, il a répondu que l’un des principes de la guerre était de tuer ou de capturer l’ennemi. Après quatorze jours de bombardement des forces irakiennes par la coalition, l’Irak  voulait infliger des pertes à l’ennemi. Cependant, l’Irak préférait s’emparer du personnel des forces de la coalition. De l’avis de Hussein, cela aurait eu « un énorme impact » sur l’ennemi. Hussein reconnaît que l’attaque de Khafji n’a peut-être pas été efficace, mais a pu montrer aux forces de la coalition la puissance de l’Irak, ce qui a conduit à des attaques aériennes prolongées et un arrêt de la guerre terrestre.

 

Hussein pense que les forces irakiennes auraient dû conduire leur attaque terrestre bien plus tôt. L’opération avait subi un retard d’une semaine supplémentaire et créait ainsi une opportunité pour la coalition d’étendre ses frappes aériennes, affaiblissant les forces terrestres irakiennes. Hussein a réfuté l’idée qu’il avait un plan pour capturer des POW américains comme un moyen de stopper les attaques aériennes de la coalition.

 

C’est Saddam qui a donné l’ordre

de lancer des SCUD sur Israël

Hussein a déclaré que c’était lui, et personne d’autre au sein du gouvernement irakien ou de la direction, qui avait donné l’ordre de lancer des missiles SCUD sur Israël (2). Il a constaté que «"tout ce qui nous arrive était à cause d’Israël". Il a ajouté que tout "ce qui est mauvais" pour les Arabes est le résultat des agissements d’Israël. Il est d’avis qu’Israël « pousse » les hommes  politiques US et les « emplit de haine ». Israël a d’abord attaqué l’Irak en 1981 et détruit le seul réacteur nucléaire du pays. Pour ce qui est de l’Irak, la guerre avec Israël « continue ». Au cours du conflit en 1991, Hussein a pensé que les Etats-Unis arrêteraient la guerre si Israël était « touché ». Il voulait aussi punir le pays qu’il considérait être à la source de tous les problèmes. Hussein a démenti que l’une des raisons des frappes de missiles SCUD avait été d’entraîner des représailles d’Israël, un démantèlement de la coalition  et le retrait du soutien à la coalition des pays arabes. Pour lui,  les pays arabes qui soutenaient la coalition se sont couverts de « honte » et, de la sorte, le retrait de leur soutien était sans conséquence pour l’Irak.

 

Hussein a dit qu’il y avait  deux raisons à la guerre en 1991, le pétrole et Israël. Il a ajouté que le Koweït n’aurait pas  songé à faire quelque chose contre l’Irak s’il n’avait été « poussé » par un autre pays (les Etats-Unis). Quand l’interviewer  lui a fait remarquer que les historiens croient que l’Irak avait commencé, Hussein a répondu que cela a été la conséquence (des actions du Koweït) et non la cause (de la guerre).

 

Hussein a démenti que les forces irakiennes se soient retirées du Koweït en raison de leur défaite. Il a insisté sur le fait que les forces irakiennes l’ont fait à la suite d’une proclamation officielle. Le cessez-le-feu, comprenant le retrait des forces, avait été négocié avec les Russes et accepté par l’Irak. Les attaques aériennes de la coalition contre les forces irakiennes se sont déroulées alors que les troupes se retiraient conformément aux ordres de la direction irakienne. Hussein a démenti que les forces irakiennes auraient été décimées si elles ne s’étaient pas repliées. 

 

Hussein a déclaré que le plan de retrait des forces irakiennes existait dès le 12 août 1990. Cependant, l’Irak n’a trouvé aucun gouvernement de la communauté internationale ou dans le monde arabe qui accepterait d’en négocier les termes. Le Président français avait exprimé son soutien à ce plan, mais ultérieurement l’avait retiré sous la pression des Etats-Unis. Peu après, les Irakiens acceptaient l’initiative russe qui avait été discutée précédemment. Il a démenti que le plan avait été accepté parce que les pertes irakiennes étaient colossales.

 

La lettre de Hussein Kamel

L’entretien a ensuite porté sur une discussion de la lettre du 19 février 1991 d’Hussein Kamel (3), au nom du Président Hussein, à Ali Hassan al-Majid. La lettre donnait instruction, en partie, aux militaires irakiens d’emporter les biens du Koweït afin d’aider à la reconstruction de l’Irak. Hussein a remarqué que la procédure normale pour transmettre les directives du Président était via les lettres du Diwan (Cabinet)  présidentiel. Kamel n’était pas un secrétaire, mais un simple ministre et était « connu pour faire les choses à sa manière ». Après lecture de la lettre par le traducteur, Hussein a demandé si le document se référait à des articles utilisés par les militaires irakiens au Koweït ou aux biens du Koweït lui-même. Il a ajouté qu’il n’avait jamais donné d’instructions pour que l’armée enlève des biens, les siens ou ceux du Koweït. Hussein pense que la lettre faisait référence à l’équipement utilisé par les différents ministères  pour les services prioritaires, tels que l’électricité, l’eau, les transports et le réseau du téléphone. Il a noté que la lettre était datée de neuf jours avant le cessez-le-feu et elle ne peut concerner les biens koweitiens. C’était une lettre d’un ministère à un autre ministère demandant le retour du matériel apporté au Koweït pour les forces irakiennes. Il a demandé quels objets ou matériels avaient été enlevés du Koweït après la parution de cette lettre.

 

A la question de savoir si la direction irakienne avait la possibilité d’émettre des lettres au nom du président irakien, sans son accord, Hussein a expliqué qu’il « y avait de mauvais éléments partout. Il (Hussein Kamel) est mort maintenant ». Hussein a dit ignorer si d’autres membres de la direction irakienne avaient agi en sa qualité, sans en avoir actuellement le pouvoir. Hussein a reconnu que la susdite lettre n’avait pas été transmise selon le canal habituel. Il a réaffirmé que la procédure officielle pour l’émission d’une telle lettre, sur ordre d’Hussein, eut été d’adresser une communication du Diwan Présidentiel, à Ali Hassan al- Majid dans ce cas-là. Cette lettre aurait spécifiquement énuméré les pouvoirs délégués à un individu en particulier, ici, Hussein Kamel.

 

Notes :

(1) La bataille de Kafji (Ras al-Khafji), port d’Arabie Saoudite au sud du Koweït, s’est déroulée du 29 janvier au 1er février 1991.

(2) Pendant le Première guerre du Golfe, quarante missiles SCUD ont été lancés par l’Irak sur Israël.

(3) Hussein Kamel, gendre de Saddam Hussein, a été ministre de la Défense en 1991 et 1992. Il a fait défection en 1995.

 

© X.Jardez et G. Munier – Traduction en français et notes

 

Traduction des entretiens précédents

sur le blog

 

Par Gilles Munier
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Samedi 24 avril 2010 6 24 /04 /2010 15:15

Les entreprises françaises,

cibles de la résistance ?

 

Le 25 mars dernier, le Parti Baas irakien clandestin et le Front pour le Djihad, la Libération et le Salut national (JLNSF)présidés par Izzat Ibrahim al-Douri - ont averti les entreprises étrangères, et pétrolières en particulier, que les contrats signés avec le « gouvernement irakien fantoche » sont « nuls et non avenus ». Assimilant les sociétés étrangères commerçant avec l’Irak à des forces occupantes, ils déclarent qu’elles sont, de ce fait, des « cibles légitimes » pour les organisations de la résistance.

 

En France, il faut espérer que le Medef ait fait circuler l’information car ce n’est pas sur le site Internet du Quai d’Orsay ou de l’ambassade de France en Irak que les cadres faisant l’aller-retour à Bagdad trouveront l’information. Au contraire…

 

A la tête de l’Etat et au gouvernement français, comme au Pentagone, la méthode Coué prévaut. Le 29 janvier dernier, lors d’un colloque « Le Proche-Orient à l’heure nucléaire », organisé au Sénat par la Fondation Robert Schumann, Boris Boillon,ambassadeur de France à Bagdad, a dressé un tableau idyllique de la situation en Irak : sécurité maîtrisée, contrats mirifiques à la pelle. En 2008, la France n’avait qu'une infime partie du marché irakien; en 2009, elle allait « exploser les compteurs »… Les Américains, disait-il, « veulent laisser les clés d’une maison en bon état avant de partir ». L’Ambassadeur se montrait plus convaincant qu’un porte-parole de Nouri al-Maliki! Heureusement que Jean-François Poncet, ancien ministre des Affaires étrangères, qui présidait la conférence, l’a fait redescendre sur terre. Cela permit à l’assistance d’apprendre qu’il fallait quand même se déplacer avec des gardes du corps et en voiture blindée et si un chef d’entreprise était victime d’un attentat, c’est - selon les propres termes de Boillon - qu’il n’avait... « pas d’bol » ! Question sécurité d’ailleurs, le représentant du ministère des Affaires étrangères irakien, qui intervint après lui, était moins optimiste. Il avoua qu’il avait récemment échappé à un attentat.

 

Mais, pour finir, quelle idée d’avoir invité Masrour Barzani à parler des « droits de l’homme » et de « démocratie ». C’était surréaliste ! Fils de Massoud Barzani, président de la Région autonome du Kurdistan, il dirige l’Asayish, le redoutable service secret kurde, accusé d’assassinats, d’enlèvements et de tortures. Heureusement qu’en préalable, Jean-François Poncet avait déclaré sur un ton interrogatif et malicieux, qu’au Kurdistan « si on n’est pas un Barzani, on n’est pas grand-chose ».

 

Lire :

Sarkozy et le commerce franco-irakien (AFI-Flash n°90 – 3/4/09)

+ Arnaques et pièges en tous genres

http://www.france-irak-actualite.com/pages/Sarkozy_et_le_commerce_francoirakien_avril_2009-1982461.html

Par Gilles Munier
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Mercredi 21 avril 2010 3 21 /04 /2010 18:09

Affaire Hariri :

l’interview fabriquée

de Zouhair Siddiq*

 

Lors de sa libération, le général Jamil Sayyed, ancien directeur de la Sûreté générale libanaise, incarcéré pendant 4 ans – avec trois autres officiers – à la suite des déclarations de Zouhair Siddiq l’accusant d’être impliqués dans l’assassinat de Rafic Hariri, avait demandé à la justice libanaise l’extradition de l’escroc « pour qu’il soit jugé au Liban avec ses complices, notamment le procureur général près la cour de cassation Saïd Mirza, le commandant Wissam Hassan, le journalistes Farès Khachan, le conseiller Hani Mahmoud et d’autres qui ont participé au crime de fabrication de faux témoins ». Il aurait pu ajouter le nom du juge Detlev Mehlis, connu pour étouffer les coups tordus des services secrets occidentaux ou israéliens (1).

 

Selon le général Sayyed, Siddiq serait toujours dans les Emirats Arabes Unis (EAU). L’interview accordée au quotidien koweitien As-Siyassa aurait pour but d’empêcher son extradition vers la Syrie (où on lui poserait les bonnes questions). Ce rebondissement lui permettrait d’être convoqué à La Haye par le Tribunal Spécial Libanais (TSL) et de le protéger, ainsi que ses complices. Ceux qui ont fabriqué ce faux témoin, dit le général Sayyed, « ont préparé l’interview en y ajoutant l’élément nouveau désormais à la mode, de l’accusation contre le Hezbollah ». On va voir si le TSL va tomber dans le panneau, alors que son porte-parole avait déclaré, en 2009, l’individu pas crédible et ses déclarations sans intérêt.

 

Arrêté en France en 2005,  Zuhair Siddiq avait été libéré en 2006 et logé aux frais de l’Etat à Chatou (Yvelines) jusqu’en mars 2008, puis « disparu ». Le député socialiste Gérard Bapt – président du groupe d’amitié France-Syrie – s’en était étonné. Il avait interrogé Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, et Rachida Dati, ministre de la Justice, pour leur demander comment un « témoin clé », faisant l’objet d’un mandat d’arrêt international et d’une demande d’extradition de la part du gouvernement libanais, avait pu aussi facilement disparaître. La France, disait-on, n’avait pas assumé ses engagements internationaux « au motif qu’il n’était pas possible d’extrader un prévenu vers un pays qui applique encore la peine de mort ». Un peu court, comme justification…

 

Le général Sayyed fait également remarquer que la remise par le Cabinet de Nicolas Sarkozy – alors ministre le l’Intérieur - du faux passeport tchèque ayant permis à Siddiq de quitter la France, est également un élément nouveau. Jusque là, c’est Jacques Chirac qui faisait figure d’accusé.

 

* Lire : Affaire Hariri : faux passeport, made in France

http://www.france-irak-actualite.com/article-affaire-hariri-faux-passeport-made-in-france-48492160.html

 

Note :

Archive : AFI Flash (n°60 – 17 juillet 2006)

 

DETLEV MEHLIS :

« Mossad : connais pas ! »

 

L’enquête du juge Detlev Mehlis sur l’assassinat de Rafic Hariri ressemble à celle qu’il a menée après l’attentat à la bombe dans la discothèque La Belle, le 5 avril 1986, à Berlin Ouest. Dans les deux cas, il s’est refusé à envisager la moindre implication du Mossad dans l’affaire.

 

Le « complot libyen »

A Berlin, l’attentat avait provoqué la mort de deux GI’s et d’une femme turque, et fait plus de 200 blessés, dont 79 Américains. Le Président Ronald Reagan avait aussitôt affirmé que les Etats-Unis avaient intercepté deux messages prouvant la culpabilité de la Libye et lancé l'Opération Eldorado Canyon. Le 15 avril, Tripoli et Benghazi étaient bombardées. On dénombrait 41 tués - dont la fille adoptive du Président Khadafi - et plus de 220 blessés.  

 

Detlev Mehlis avait accrédité, sans la moindre preuve, la thèse du « complot libyen » comme il l’a fait au Liban avec celle de la « piste syrienne ». Pendant quinze ans, il a instruit à charge pour justifier a posteriori l’agression américaine et cacher l’implication de services secrets occidentaux – et israélien -  dans l’attentat. Les informations mettant en doute ses accusations sont accablantes.

 

En 1990, dans « Mossad. Un agent des services secrets israéliens parle », le colonel Victor Ostrosvky, révèle que les messages cités par Ronald Reagan sont l’œuvre du Mossad qui a installé un émetteur Trojan dans un immeuble situé près de la caserne Bab al-Aziziyyah, résidence et bureau du Président Kadhafi. Dès la fin mars 1986, les services d’écoute américains avaient déchiffré des instructions données à des terroristes, croyant qu’elles émanaient des services secrets libyens !

 

Des terroristes liés au Mossad

Le 25 août 1998, une contre enquête du magazine d’investigation Frontal, diffusée sur la chaîne allemande de télévision ZDF révélait que les terroristes arabes inculpés par Mehlis étaient des informateurs de la CIA, du BND allemand ou du Mossad. Le juge était au courant de ces liens, mais n'en avait tiré aucune conclusion et n'en a jamais fait état.

 

Frontal apprend qu'il est allé à Malte: proposer à Musbah Eter - un des terroristes en fuite, ancien fonctionnaire de l'Ambassade de Libye à Berlin-Est - de respecter  son immunité diplomatique à condition qu’il accuse un Palestinien du nom de Yasser Chraidi, chauffeur de l’ambassade, d’être le cerveau de l’attentat. La trace de Musbah Eter, qui a accepté la proposition de Mehlis, a été retrouvée plus tard en Norvège, où il s’est réfugié en 1990. Dans son interview, il refuse de dire pour quel service secret il a travaillé. Son avocat, Odd Devland, raconte alors qu’à son arrivée à Bergen, son client était présenté par les médias comme un danger pour la sécurité du pays, mais qu’une intervention du Mossad a miraculeusement arrangé la situation. Musbah Eter a même obtenu sa naturalisation.

 

Le rôle joué par le Mossad et certains services occidentaux dans l'attentat de Berlin-Est explique sans doute pourquoi le 18 novembre 1997 le tribunal allemand n'a condamné les terroristes qu'à des peines de 12 à 14 ans d'internement, alors que la prison à vie était réclamée. Selon Frontal qui a eu accès aux synthèses finales du KGB et de la Stasi sur cette affaire, l’attentat a été commis en réalité – moyennant finances occidentales - par un autre groupe, composé de « terroristes professionnels » dirigés par un certain « Mahmoud » Abou Jaber. Musbah Eter et ses complices étaient des coupables parfaits, là pour brouiller les pistes remontant  aux auteurs et aux commanditaires de l’opération.

                                                                                                                                                                           GM

 

Par Gilles Munier
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Mardi 20 avril 2010 2 20 /04 /2010 08:11

Entretien n°10                                                       

Baghdad Operation Center

27  février 2004

 

Entretien conduit par George L. Piro

Rapport traduit de l’arabe en anglais par le FBI

 

Traduction en français : Xavière Jardez

Titres, sous-titres et notes : Gilles Munier

 

 

Koweït - 1991

« C’était la guerre… »,  

dit Saddam Hussein

 

Saddam Hussein (Détenu de Haute Valeur n°1) a été interviewé le 27 février 2004 dans un bâtiment de détention militaire à l’Aéroport International de Bagdad (AIB), Bagdad, Irak. Hussein a fourni les informations suivantes :

 

Hussein a été informé que cette session serait la suite de la précédente sur l’invasion du Koweit. La conversation commencera par une discussion de la Résolution 662 des Nations unies qui ne reconnaissait pas l’annexion du Koweït par l’Irak.

 

Sur la réaction du gouvernement irakien face à cette résolution, Hussein a dit : « il ne s’est rien passé ». Selon Hussein, quand les Etats-Unis ont décidé d’attaquer l’Irak, l’annexion du Koweït était la seule solution. Il n’y avait, alors, aucune autre solution politique. Il a rappelé ce qu’il avait expliqué auparavant, à savoir que les soldats irakiens ne se seraient pas vraiment battus ou « ne se  seraient pas occupés du Koweït » si ce dernier n’avait pas été annexé. Les agissements des Etats-Unis « nous ont forcé la main ».

 

La qualité de membre de l’ONU de l’Irak

aurait dû empêcher l’invasion

Quand il lui fut remarqué que la Résolution 662 avait été passée en août 1990, bien avant l’action des forces US ou de la coalition, Hussein a déclaré que les forces militaires rassemblées contre l’Irak étaient déjà en Arabie Saoudite. Cela, s’ajoutant à d’autres décisions et annonces par les Etats-Unis, indiquait un prélude à l’attaque de l’Irak par les Etats-Unis.

 

Hussein a noté que, pendant huit ans, les Nations unies ont semblé « observer » de loin la guerre Iran-Irak sans sembler concernées. C’est seulement vers la fin du conflit, quand l’Irak eut défait les forces iraniennes que les Nations unies ont proposé un accord de cessez-le-feu. Quelques-uns des pays les plus importants désiraient voir l’Iran et l’Irak « vidés de leur force ». Les Nations unies « s’ingéraient » partout. Il pense que la qualité de membre de l’ONU de l’Irak aurait dû empêcher l’invasion de 1991 et la  présente occupation du pays (1).

 

Hussein a demandé si des efforts légitimes avaient été faits par les Nations unies ou des pays particuliers pour prévenir le conflit avec le Koweït ou pour fixer un terme au retrait après l’invasion. Il a réfuté qu’il y ait eu une telle initiative. Hussein a déclaré que l’Union soviétique avait proposé un plan de retrait que l’Irak avait accepté. Cependant, les Nations unies ont rejeté cette proposition. L’Egypte, selon Hussein, « n’a rien fait ».

 

Pourquoi les Nations unies

n'attaquent-ils Israël ?

L’initiative d’un plan de retrait du Koweït est venue de l’Irak. Le 12 août 1990, l’Irak a proposé une solution « pour tout le monde dans la région ». Ce plan incluait l’application des précédentes décisions de l’ONU sur les terres occupées par Israël. Hussein a demandé pourquoi les Nations unies n’ont pas attaqué Israël pour n’avoir pas respecté ses résolutions. Hussein a observé que les « manquements » d’Israël sont ignorés par les Nations unies, ce qui n’est pas le cas pour l’Irak où elles se sentent toujours concernées.

 

Pas d’atrocités au Koweït

Au cours de l’occupation du Koweït par l’Irak, Hussein a nié savoir que des atrocités avaient été commises par les militaires irakiens qui incluaient outre des peines, mais aussi, par exemple l’exécution de Koweitiens qui priaient sur le toit de leur maison, qui refusaient de suspendre des portraits de Hussein, qui accrochaient des portraits de l’ancienne famille royale ou qui écrivaient des graffiti anti-irakiens. « C’est la première fois que j’entends cela » a-t-il dit.  Il ne croit pas que, parmi ces offenses punissables, deux d’entre elles aient pu être qualifiées de crimes : d’abord, le gouvernement irakien n’oblige pas les Irakiens à exhiber des portraits de Hussein et donc, il ne pouvait pas forcer les Koweitiens à le faire. En Irak, les citoyens choisissent de plein gré d’afficher des portraits de Hussein chez eux. Deuxièmement, il n’était interdit ni aux Irakiens, ni aux Koweitiens de prier là où ils le voulaient, encore moins sur leur toit. Ces offenses prétendument punissables « doivent peser sur la conscience de leur auteur » et ce dernier est un menteur.

 

Hussein a reconnu deux peut-être trois incidents où des soldats irakiens avaient été exécutés au Koweït. L’un concerne un soldat qui avait cambriolé et l’autre, un Lieutenant-Colonel irakien qui avait agressé une femme au Koweit. Son corps est resté exposé au public pendant 48 heures pour que tous les officiers et soldats irakiens le voient et pour que le règlement soit respecté. Quant au troisième, il ne se souvient pas des détails.

 

Hussein dément connaître le nombre de Koweitiens, militaires ou civils, tués au cours des combats ou au cours des dites atrocités. Hussein a dit : « C’était la guerre ». Il a ajouté que l’Irak est un pays du tiers monde, signataire de la Convention de Genève. Les Etats-Unis sont un pays évolué qui, à tout le moins, ne devrait pas commettre  les mêmes fautes qu’un pays du tiers monde. Il a mis en doute les statistiques sur le nombre d’Irakiens tués, les violences commises contre eux,  ou les prisonniers irakiens torturés par les forces américaines.

 

Les Irakiens n’ont pas mis le feu

aux puits de pétrole

Sur la mise à feu des puits de pétrole au Koweït lors du repli des forces irakiennes et le désastre ultérieur sur l’environnement, le pire de toute l’histoire, Hussein a demandé : « Plus que Chernobyl ? ». Il a demandé à connaître le nombre de personnes mortes au Koweït à cause des fumées des feux. Hussein a démenti que les forces militaires irakiennes aient mis le feu aux puits. Il a reconnu que les militaires irakiens ont brûlé du « pétrole dans les tranchées » lors de leur retrait. La fumée brouillait le repérage des cibles pour les avions  de la coalition et réduisait le nombre de morts militaires. Il a reconnu qu’on lui avait dit que « quelques » puits avaient brûlé. Il a déclaré que, même si on lui  montrait des photos ou des vidéos de ces événements, il ne croirait pas que les forces irakiennes aient commis de tels actes. Il a maintenu qu’il est facile de manipuler et  fabriquer ce type de produit médiatique.  Pour lui, ce ne serait pas un crime si les militaires irakiens avaient  brûlé du pétrole pour éviter une attaque aérienne. Si cela était arrivé, c’eut été l’acte d’une personne désespérée  qui, pour se défendre, ne disposait d’aucune arme. Quand on lui a demandé si on lui avait apporté la preuve que les 150 feux de puits au Koweit avaient été un acte de sabotage des militaires irakiens et non un acte de défense, Hussein a déclaré qu’il fournirait une réponse en son temps.

 

Sur les exécutions de soldats irakiens, précédemment discutées, Hussein a déclaré qu’il en avait été informé verbalement ou par écrit. De toute évidence, un procès avait eu lieu avant l’exécution. Sans cette réaction immédiate, certes dure, d’autres crimes, des centaines peut-être auraient été enregistrés au Koweït.

 

Ali Hassan al-Majid,

principal officiel irakien au Koweït

Husssein a déclaré qu’Ali Hassan al-Majid était membre du CCR (Conseil du Commandement de la Révolution) lors de l’occupation du Koweit. Son rôle a été « d’arranger et de tout organiser au Koweit ». La décision de donner autorité à Al-Majid a été prise lors d’une réunion officielle du CCR. Al-Majid était le principal officiel irakien au Koweït.

 

Sur les autres fonctionnaires irakiens nommés au Koweït,  ceux-ci étaient nombreux, de l’agent de circulation aux hauts responsables du gouvernement. Hussein dit ne pas avoir d’informations additionnelles sur les autres personnes ayant exercé des responsabilités au Koweït et n’a fourni aucun autre nom d’officiels irakiens au Koweït. Hussein a ajouté que le gouvernement irakien avait essayé de fournir tous les services aux Koweitiens, particulièrement les services indispensables comme l’eau, l’électricité.

 

Sur l’émergence d’une résistance koweitienne au cours de l’occupation irakienne et les efforts des Services secrets  irakiens (SSI) pour l’endiguer, Hussein a déclaré : « je n’ai aucune réponse à cela ». A la question réitérée, il a répondu qu’il avait donné sa réponse et « qu’il n’était pas quelqu’un qui « balance » ses amis ».

 

« Je ne suis pas l’ex-Président.

Je suis toujours le Président de l’Irak »

On a demandé à Hussein quelle était, en tant qu’ex-président de l’Irak, sa politique en matière de traitement de prisonniers de guerre. « Je ne suis pas l’ex-Président. Je suis toujours le Président de l’Irak ». Il a ajouté qu’il respectait encore la volonté du peuple (son soutien, puisqu’il était leur président). L’Irak respecte la Convention de Genève et  qu’il avait demandé à d’autres d’en faire autant. Hussein a ajouté que, dans ses discours, il demandait toujours à chaque soldat de la respecter, de se souvenir des « principes religieux » et de s’y tenir.

 

Hussein a démenti avoir donné des ordres pour maltraiter, malmener ou torturer les prisonniers militaires US. Selon Hussein, une telle déclaration aurait sali sa réputation aux yeux du peuple et était donc inacceptable. D’autres ont peut-être dit qu’Hussein avait pris de tels ordres pour s’absoudre de toute responsabilité. S’ils  affirment de telles choses, il dit qu’il en accepterait la responsabilité de ces accusations, en tant que commandant, aussi longtemps qu’un tel aveu ne le déshonorera pas. Hussein a déclaré qu’il n’aurait pas donné de tels ordres à cause des enseignements de la religion. Hussein a cité un proverbe qui dit « Il y a un puits au Paradis. Celui qui nourrit  un orphelin ou  un prisonnier boira de l’eau de ce puits ». Il a déclaré que la preuve des ses croyances se trouve dans ses discours alors que, précédemment, il avait assuré que ce qui importait  ce sont les actes non les mots. Il a alors observé que ses discours en tant que Président sont importants.

 

A propos des informations, dignes de confiance, selon lesquelles l’Irak a expédié les dirigeants koweitiens hors du pays,  prétendument avec l’assentiment des citoyens koweitiens, pour qu’ensuite le peuple koweitien les acclame à leur retour, Hussein a été d’avis que les dirigeants (koweitiens) qui avaient accueilli l’occupation étrangère (des Etats-Unis) de leur pays, devaient être expulsés par la force. Selon Hussein, les dirigeants koweitiens ne venaient pas du " peuple" . Au contraire, il avait été mis là, à l'origine, par les Britanniques. Il a ajouté qu'il connaissait le sentiment des citoyens koweitiens avant l'invasion et après l'occupation des forces irakiennes. Si, après l'occupation de l'Irak, les Koweitiens avaient réclamé leurs anciens dirigeants, a déclaré Hussein, il aurait respecté leur décision.

 

Hussein a redit sa croyance, comme exprimé dans un entretien précédent, que quiconque « conspire contre un frère » doit être chassé (dans ce cas, le Koweït). Sur la tradition ou l’entendement que les pays arabes ne doivent pas prendre les armes les uns contre les autres, Hussein a déclaré qu’il y croyait et qu’il l’avait affirmé publiquement dans ses discours bien avant l’invasion du Koweït. D’autres pays arabes, et le Koweit en particulier, ont refusé d’obéir à ce principe. L’Arabie saoudite a confisqué des territoires au Yemen, la Syrie continue d’occuper des territoires au Liban, l’Egypte a pris des territoires au Soudan et s’est comportée de manière agressive envers la Libye.

 

Les recherches d’un pilote américain

 abattu au-dessus de l’Irak

ont été facilitées

Revenant sur le sujet des prisonniers de guerre américains, Hussein a de nouveau nié avoir connaissance de tortures ou de mauvais traitements comme le montrent les documents médicaux fournis  après leur rapatriement. Hussein a demandé si ces résultats ont été obtenus par les Américains ou un organisme d’enquête indépendant. Il a rappelé qu’aucun mauvais traitement n’était tolérable qu’il s’agisse d’un citoyen irakien ou de citoyens de pays-tiers. Il dément que ces mauvais traitements ou tortures aient fait l’objet d’une information à la direction irakienne.

 

Dans le contexte de la discussion sur les accusations de mauvais traitements des prisonniers de guerre US, l’interviewer a fait remarquer que : « Le gouvernement US, l’ONU et la Croix-Rouge ont porté ses allégations à la connaissance du gouvernement irakien. Elles n’étaient peut-être pas du ressort du Président et  personne au sein de la direction irakienne ne les  a prises en compte ». Hussein a répliqué : « Ce dont on m’a parlé est qu’il y avait un prisonnier américain, pas un prisonnier, excusez-moi, mais un Américain. Je pense que c’était un officier. On m’a dit que son avion avait été abattu dans le désert occidental mais qu’il s’était parachuté et que les Américains le recherchaient.  Ils m’ont montré les documents et je leur ai commandé de faciliter la mission et conseillé de dire qu’ils étaient les bienvenus. Qu’ils aient l’information pour qu’ils ne disent pas que nous l’avons trafiquée. Qu’ils la gardent par devers eux. Quant aux gens à sa recherche, faites-les venir pour nous dire où est ce pilote, je veux dire, qu’ils fassent les recherches ».

 

Hussein ne se souvient pas du nom du pilote, même qu’il s’appelait Speicher (2). Il a dit aux officiels irakiens de permettre aux Américains d'effectuer les recherches. Il a aussi constaté que ces officiels les "ont aidé" à recueillir des renseignements sur l'endroit où il se trouvait.

 

© X.Jardez et G. Munier – Traduction en français et notes

 

Notes :

(1) L’Irak est un des pays fondateur des Nations unies.

(2) Le pilote Michael Scott Speicher a été abattu, le 17 janvier 1991, durant la première nuit de l’Opération Tempête du Désert. Pendant des années, les Etats-Unis ont accusé l’Irak de le détenir. Ses restes ont été retrouvés dans le désert par les Marines, en août 2009. Des bédouins l’avaient enterré.

 

Traduction des entretiens précédents

sur le blog

 

 
Par Gilles Munier
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Dimanche 18 avril 2010 7 18 /04 /2010 19:58

Moqtada Sadr 

et la « démocratie participative »

 

   Dans l’attente des résultats officiels des élections législatives irakiennes du 7 mars 2010, délégitimées par l’interdiction faite à des candidats décrétés « baasistes » de se présenter (1), et à des partis politiques de faire campagne, les tractations entre les différents blocs pour élire un Premier ministre, vont bon train.

  

  Pendant ce temps, Moqtada al-Sadr, fort de ses 39 députés, fait la pluie et le beau temps dans les milieux chiites pro-iraniens. Pour signaler les noms des Premiers ministres dont il ne veut pas  - et mettre en avant un de ses proches collaborateurs -  il a organisé un referendum. La consultation, ouverte à tous, s’est déroulée sans contrôle sérieux. Bien qu’imparfaite, elle demeurera dans l’histoire du Proche-Orient la première expérience de « démocratie participative ». Un million et demi d’Irakiens y auraient participé.

 

Referendum sadriste :

Ibrahim al-Jaafari vainqueur !

   Les résultats du referendum sont les suivants : Ibrahim al-Jaafari : 24% - Jaafar al-Sadr (n°5 sur la liste d’Al-Maliki à Bagdad) : 23% - Qusay al-Suhayl (sadriste originaire de Bassora) : 17% - Nouri al-Maliki : 10% - Iyad Allaoui : 9% - Baha al-Araji (sadriste originaire de la province de Dhi Qar) : 5% - Ahmed Chalabi : 3% - Adil Abdel Mahdi : 2% - Rafi al-Eisawi (tête de liste d’Iraqiya dans la province d’Al-Anbar) : 2% - divers : 5%.

   Ibrahim al-Jaafari, arrivé en tête du referendum, ancien représentant d’Al-Dawa à Londres sous Saddam Hussein, a été Premier ministre du 7 avril 2005 au 22 avril 2006. Il est le seul élu d’Islah (Réforme), groupuscule qu’il a créé après son éviction du secrétariat général d’Al-Dawa. Il s’est présenté aux législatives sous la bannière INA (Alliance nationale irakienne), le bloc d’Ammar al-Hakim. En très mauvais termes avec Nouri al-Maliki, on voit mal ce dernier voter pour lui.

   Avec ses « 23% » d’avis sadristes favorables, Jaafar al-Sadr, fils de l’ayatollah Baqer al-Sadr - fondateur d’Al-Dawa  - perçu comme le « joker de Maliki » (2), aurait des chances de l’emporter. Mais, il faudrait que les querelles de famille – et surtout de prééminence - l’opposant à son cousin et beau-frère Moqtada, soient dépassées. C’est loin d’être le cas.

 

Leaders sadristes émergeants

   Les calculs de Moqtada al-Sadr risquent d’être balayés en cas d’ « alliance des contraires », une entente Maliki-Allaoui, possible si les grands marionnettistes – Etats-Unis et Iran -  l’exigent. Pour l’heure, il est important de retenir les noms des deux parlementaires sadristes, émergeant d’autant plus de la consultation qu’ils ont été ajoutés à la main sur la partie du bulletin laissée au libre choix des votants :

- Qusay al-Suhayl, peu connu du grand public, est premier ministrable. Pour lui, le mouvement sadriste n’est pas un parti politique. C’est une organisation socio-religieuse qui se réclame des enseignements du Grand ayatollah Muhammad al-Sadr, père de Moqtada. Depuis le « gel » des activités de l’Armée du Mahdi, transformée -  selon lui -  en organisation culturelle, la résistance à l’occupation est du ressort de la Brigade du Jour Promis. Des fonctionnaires de l’ambassade des Etats-Unis à Bagdad, et la CIA, ont tenté de l’approcher, sans succès. Il refuse tout dialogue avec les représentants des forces d’occupation américaines. Interrogé sur l’avenir de Kirkouk, il estime que la ville à droit à un statut spécial correspondant à ce que souhaitent ses habitants, car – dit-il – c’est « un Irak en miniature ». Il ne pense pas que la question puisse être résolue dans un cadre fédéral, du moins pour l’instant.

- Baha al-Araji (n°2 sur la liste INA à Nassiriya), élu député en 2005, assure que l’Armée du Mahdi n’était pas une milice, mais une organisation de résistance populaire islamique à l’occupation. Il est hostile à la partition de l’Irak. Dans une interview accordée au quotidien Asharq Al-Awsat (26/10/06), il accusait les forces d’occupation du meurtre de l’ayatollah Abdel Majid al-Khoï à Nadjaf, en 2003, insistant sur la concomitance de l’événement avec la naissance du mouvement sadriste. Selon lui, en accusant Moqtada de l’avoir fait assassiner, les occupants voulaient « tuer deux oiseaux avec la même pierre ». Le 16 février dernier, Baha al-Araji a provoqué une manifestation de protestation à Fallouja, après avoir déclaré sur la chaîne télévisée Al- Baghdadiya que « la majorité en Irak » conspire (contre l’islam, c'est-à-dire - pour lui - contre Ali et ses descendants) depuis Abou Bakr, compagnon du Prophète Muhammad et premier calife, jusqu’à Ahmed Hassan al-Bakr, chef du parti Baas, Président de la République après la Révolution de 1968. Il accuse, par ailleurs, les Moudjahidine du peuple iranien d’être des terroristes à la solde des Etats-Unis. Baha al-Araji possède la citoyenneté irlandaise.

 

Un Hezbollah irakien ?

   Moqtada a profité, intelligemment, du mode de scrutin en choisissant des candidats connus localement, placés en position éligible, mais sa victoire est toute relative. Selon le blog  Talisman gate qui a décortiqué les résultats des onze provinces ayant élu des députés se réclamant de lui, son mouvement plafonnerait autour de 10% des suffrages au niveau national (8,7% dans les quartiers « chiites » de Bagdad, considérés comme leur bastion, 18,8% dans la province de Maysan). A Bagdad, les pressions exercées par les nervis malikistes sur les habitants de Sadr City n’expliquent pas tout. La question est maintenant de savoir si le futur ayatollah Moqtada al-Sadr sera en mesure de transformer l’infrastructure militante du Bloc libreTayyar al-Ahrar, nom officiel de son mouvement -  en réplique irakienne du Hezbollah libanais.

 

(1) et (2) Législatives 2010 : la grande manip, par Gilles Munier (Afrique Asie – avril 2010)

http://www.france-irak-actualite.com/article-legislatives-2010-la-grande-manip-47766505.html

Par Gilles Munier
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    

Présentation

Profil

  • Auteur du "Guide de l'Irak" (Ed. Picollec - 2000) et de "Les espions de l'or noir" (Ed.Koutoubia - 2009) A dirigé la traduction de "Zabiba et le roi", de Saddam Hussein (Ed.du Rocher)

Dossier

Livre


 

Or noir-VOK3

Livre


sc004bb107.JPG

Livre


sc004bc1df

Recherche

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés