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France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak et du Golfe à l'Atlantique. Traduction d'articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne.


Un hommage à Lucien Bitterlin (2ème partie)

Publié par Gilles Munier sur 18 Février 2018, 09:56am

Catégories : #Politique arabe, #Palestine, #Syrie, #Irak, #Algérie, #Mossad, #Libye, #Israël, #Sionisme, #CIA

Scène de film "Les Barbouzes" de Georges Lautner

Scène de film "Les Barbouzes" de Georges Lautner

Par Christian Hongrois*

 

Barbouzes, vos papiers !

 

Lucien avait tout déménagé en silence, planqué dans le coffre de sa petite bagnole et déposé carton après carton tout ce qui se trouvait rue Augereau, siège de l'Association de Solidarité franco-Arabe, dans les pavillons de famille de Courbevoie, rue Estienne d'Orves. Un an de va-et-vient dans un secret qu'il aimait tant cultiver. Des dizaines et des dizaines de caisses, de cartons et de boîte déposées comme des briques de Lego d'un plastic encore instable.

C'est simple, la petite maison était pleine, de la cave à l'étage en passant par le garage, comme si le pavillon des années vingt de ses parents pouvait se transformer en tabernacle recueillant le calice d'hosties consacrées aux affaires les plus sibyllines. Pensez-donc, tout avait commencé par les barbouzes, les vraies, pas celles de la Gaumont, puis France-Algérie, France-Pays-Arabes, la Palestine, l'O.L.P, le FPLP, El Fatah, les affaires d'otages, le Liban, la Syrie, bref tous les pays d'Orient, leurs dirigeants, Présidents, Résistants ou terroristes, anonymes ou reconnus, sanguinaires ou pacifistes approchés par Lucien Bitterlin. Brochette de Fort-de-L'eau sauce piquante explosive aux viandes et abats entrelardés de Saddam, de Haffez, de Yasser, de Illich, de Houari ou de Mouammar, j'te jure qu'avec ça, y’a pas besoin d'Harissa, même confite par Habib pour sentir le felfel t'exploser la guerba !

Lucien Bitterlin (à gauche) à Alger

avec des membres du MPC

Avant même qu'il ne décède, en 2016, j'ai retrouvé ce pavillon, celui qui fut notre première planque pour mon père et ma famille en mai 1962, après Barberousse pour Papa et notre refuge F.L.N d'Alger pour ma mère et nous trois, les gosses de guerre. Des armoires débordaient de livres, des milliers, toute la bibliothèque de France Pays-Arabes, des tables recouvertes de revues et de panneaux d'expositions diverses. Dans le coin d'une des chambres transformées en dépôt, des dizaines de drapeaux froissés et poussiéreux de toutes les nations arabes. Reliques des ornements des vitrines de la rue Augereau en l'honneur de visites de chefs d’État ou d'anniversaires de révolutions et d'indépendances. Imaginez entrer dans le mystère d'une tombe égyptienne comme celle de l'ami Toutankhamon en espérant renifler les parfums invisibles d'une belle Néfertiti.

Ben j'en étais là, à contempler le trop plein de vide et humer l'entourloupe car je cherchais… les archives, ces sacrées archives, des boîtes, des cartons, des cageots, des classeurs même éventrés mais avec des chemises aux cols amidonnés de secrets.

Il y avait encore le garage, atelier satané dont ma sœur, mon frère et moi, avions examiné nerveusement les contours intérieurs, autrefois, privés provisoirement de liberté par la moudjahida Zohra pour lui avoir taxé les groseilles de son jardin. Histoires de gosses pendant que papa réglait ses histoires de barbouzes avec le Général Billotte et consorts de la S.M… chacun sa guerre et ses fruits glorieux... c'était en mai 1962 !

J'ai de suite reconnu cette porte, le trou de la serrure et la clef de ce champ de manœuvre. Rien n'avait changé en cinquante-cinq ans, sauf qu'à l'intérieur, l'invraisemblable chaos laissé par les pilleurs de tombe me mit le moral dans l'accélérateur de particules de colère. Ah les cons, les salauds, une centaine de boîtes à archives gisait là comme orpheline de son destin.

Merde !

Mektoub ?

J'en ai marre de ce qui est écrit, de la fatalité,

de la mauvaise fortune.

Alors vous savez, l'explication des archives moisies qu'il a fallu détruire, première piste sur laquelle on voulait me faire glisser comme un bourricot, alors qu'aucune de ces boites ne possédait la moindre petite tache de Pénicillium, d'Aspergillus, de Cladosporium ou Myxotrichum me mit le cervelet en surchauffe. Ma fausse naïveté m'engagea à faire croire que je croyais… ça c'est mon côté « hmar » kabyle. Faut toujours faire semblant d'être con, on en apprend beaucoup plus sur ce qui sous-tend les valeurs apparentes de l’ânier que sur le contenu du bât. Après, il suffit de déduire, soustraire et conjuguer pour tout savoir...

Ainsi, à force de jouer au candide j'eus d'autres pistes livrées à mon ingénuité pour rassasier ma curiosité sans doute considérée comme infantile… ben oui, vous savez, un ethnologue qui se prend pour un historien, c'est pas sérieux, alors on le ballade au pays des merveilles enfumées.

Ben voilà, c'est ce que tout le monde fait depuis deux ans.

On m'enfume.

D'abord les micromycètes  et la crémation.

Ensuite les soupçons sur le MOSSAD.

Forcément, l'antisémitisme n'est jamais loin de l'antisionisme… donc l'histoire d'un mec qui trempe ses pompes en Palestine, ça peut intéresser les archivistes de Tel Aviv pour comprendre les chansons  de Carlos et les complaintes d'Abou-Nidal...

Enfin, comme pour éloigner les soupçons de l'autre côté de la méditerranée, un mystérieux ambassadeur d'Afrique du Nord aurait non moins mystérieusement essayé  de savoir où étaient les archives de Bitterlin… sans donner de suite apparente.

N'empêche qu'elles ont disparu.

Malgré les infernales sirènes alarmantes d'un système sécuritaire au tip-top de ses performances.

Je le sais, j'en ai pris plein la gueule et mes oreilles en sonnent encore l'hallali.

Ce dont je suis sûr.

C'est qu'on me prend pour une abeille et qu'on veut m'endormir par l'enfumoir d'un nuage de désorientation d'indices. Soufflez, fumez les gros bourdons, j'en viens même à me demander pourquoi, lors de la cessation d'activités de l'Association France-Pays-Arabes en 2008, le liquidateur n'ait pas pris soin de faire transférer ces archives, conformément au devoir de la République et au nom de l'utilité historique publique, tous ces documents en lieu sûr, B.N.F, Archives Nationales… mystère et boules de gomme arabique...A moins que d'autres services d'archives plus discrètes ne soient intervenus en douce pour les mettre au secret dans les culs de basse-fosses de Vincennes (DGSE) ou de Levallois-Perret (DGSI)...

Que voulez-vous !

Tout le monde ferme sa gueule !

Je n'oublie pas que le danger vient souvent de l'intérieur avec ou sans jeux de maux.

Alors aujourd'hui j'ai décidé de l 'ouvrir.

Ma gueule, mon clapet, ma tronche.

Je n'ai pas la mémoire courte.

Le 29 Janvier 1962 dix-neuf des hommes de Bitterlin, les dites « barbouzes » se faisaient exploser le portrait dans un attentat à Alger. Papa y échappa, il était en tôle, Bitterlin et Goulay interdits de quitter Paris, Lemarchand et Ponchardier à l'abri et Despinoy en retard au rendez-vous pour ouvrir la caisse… d'explosifs estampillés contre-barbouzes. Plus de cinquante ans que l'OAS s’enorgueillit de cette tuerie alors que chacun sait combien le SDECE savait organiser et trier avec soin l'ivraie du bon grain. Les services « s'arrangèrent » pour séparer ainsi le barbouze barbu invendable du gaulliste barbouze exploitable. En 1962 les premiers moururent, les seconds survécurent mais en mettant en veilleuse leur 9-43, 6-35 et colt 45. Frey, Marcellin, Pompidou et d'autres ministres de De gaulle purent très tranquillement exposer aux journalistes  qu'il n'existait pas de police parallèle en France  et encore moins de barbes. En 1965 l'affaire Ben-Barka fit reparler, un peu, des barbouzes mais sans plus. Les initiatives mémorielles individuelles furent auto-lessivées et en 1968 le gaullisme prit du plomb dans l'aile droite. Le patron ne s'en remit pas, mais ça, tout le monde connaît la suite pompidoulienne, giscardienne, mitterrandienne, chiraquienne sans compter les gardiennages républicains qui suivirent...et dans tous les cas de figure on nous balance le « devoir de mémoire ».

Faut savoir ce qu'on veut quand tout est fait

pour l'émasculer cette mémoire.

Alors répondez à ma question :

Qui a planqué les archives de Lucien Bitterlin ?

Et pourquoi ?

Barbouzes d'aujourd'hui !

 Nos archives nom de Dieu !

Car « bordel de merde », la république, c'est nous.

Nous les historiens qui cherchons l'Histoire

et nous les enfants qui recherchons la vérité.

Rendez-nous ces cinquante années d'archives arc-en-ciel.

Ce serait bien pour commémorer plus dignement l'anniversaire du décès de Lucien Bitterlin.

 C'était il y a un an, le dimanche 11 février 2017.

*Christian Hongrois est ethnologue, fils de Marcel Hongrois (MPC-OCC-Mission C), compagnon de lutte anti-OAS de Lucien Bitterlin.

Retour à la 1ère partie

Sur le même sujet, lire aussi :

OBSEQUES DE LUCIEN BITTERLIN : rien à attendre des régimes arabes, par Gilles Munier

Au temps des « amitiés franco-arabes »… par Philippe de Saint Robert 

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