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France-Irak Actualité

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Analyses, informations et revue de presse. La situation en Irak, au Proche-Orient et du Golfe à l'Atlantique.


Les Gitans irakiens, minorité opprimée

Publié par Gilles Munier sur 27 Mai 2015, 04:36am

Catégories : #Irak

Les Gitans irakiens, minorité opprimée

Par Wassim Bassem (revue de presse – Al Monitor - 27/4/15)*

Le village gitan de Fawar se situe à 20 kms de Diwanyah. Avant 2003, il entretenait des liens étroits avec les villages environnants. Aujourd’hui cependant, il est dangereux de le visiter car les habitants sont devenus soupçonneux et accusent les visiteurs d’y chercher les relations sexuelles et les fêtes gitanes.

A Diwanyah à 193 kms au sud de Bagdad, Al Monitor a rencontré un gitan de 47 ans qui a refusé de lui dire son vrai nom, se faisant appeler Abou Falah. Il a expliqué que « depuis 2003, (date de l’invasion américaine de l’Irak et chute du régime de Saddam Hussein), le village est mort, ses habitants ont été déplacés en raison de la pauvreté et de l’absence de services. Beaucoup sont réduits à la mendicité ou à la prostitution et organisent des fêtes orgiaques en cachette, au vu de la persécution sociale dont ils sont victimes et du mépris manifesté par les traditionalistes qui les considèrent comme immoraux ».

Abou Falah ajoute : « Nombre de femmes et d’hommes ont émigré en Syrie, au Liban, en Jordanie, après 2003, où ils travaillent dans des boîtes de nuit. …Il ne reste que 150 gitans dans le village contre 2000 avant 2003 ».

Saad al-Lami, commerçant habituel du village pendant les vingt dernières années, y transportait des marchandises de Diwaniyah, évoque « le marché du village et les marchandises –vivres, vêtements et boissons- qu’il y vendait. Des douzaines d’Irakiens venaient s’amuser ici (écouter les chants particuliers des gitans et avoir accès aux prostituées).Maintenant, ce n’est qu’un pauvre village où les habitants ne peuvent pas gagner de quoi vivre ». Sanaa Hamdi raconte qu’elle est revenue vivre à Fawar, car à Badgad, où elle était allée à la recherche d’un travail, elle et sa famille n’avaient pu trouver une maison. « Le gouvernement a abandonné le village et les villages avoisinant ne se sentent pas bien avec notre présence. Ils nous trouvent immoraux et mécréants parce que nous aimons la musique et la danse ». Elle ajoute « Des douzaines de famille ont émigré en Jordanie et en Syrie depuis 2006 et certains ont même cherché un asile en Europe. Nous sommes toujours en contact avec eux mais quelques-uns ont disparu dans les grandes villes ».

Dans les années 1980, les gitans en Irak se montaient à 6 000 personnes, selon des statistiques non officielles publiées dans le journal Al Sabah, mais une dépêche française, en mars, donne le chiffre de 200 000 personnes vivant un peu partout dans le pays….

Un article dans le journal Al Mada montre que Fawar a eu les faveurs des politiciens, au cours de la campagne électorale locale, non pour améliorer les services mais pour y récolter des votes.

Le journaliste Tawfifd al-Tamimi de Al-Sabah a indiqué à al Monitor que « la situation des gitans irakiens est pire aujourd’hui. Ils sont constamment menacés par les traditionalistes sous le prétexte de maintenir l’honneur et la chasteté. Leurs conditions de vie sont déplorables et ils sont quasiment privés de droits». « A cause de cette persécution, les gitans se sentent obligés de se fondre parmi les autres ; ils évitent de vivre en communauté distinctes et reconnaissables de peur d’agressions par certains groupes de la société ». Il en résulte une perte d’identité culturelle.

La même observation a été faite par le sociologue Halim al-Yasir « Les gitans sont une composante sociale mais ils ont perdu tous leurs droits depuis la fondation de l’Etat irakien en 1920. On les considère comme des êtres inférieurs et de plus, les traditionalistes ne veulent pas qu’ils vivent en leur sein car, selon eux, ils promeuvent l’indécence ».

Le climat politique et sécuritaire en Irak est toujours volatile. L’influence croissante des traditionalistes et de leur agenda, ainsi que le courant religieux de la société entraînera à long terme un déclin dans la présence et le rôle des gitans en Irak. Certains émigreront, d’autres continueront de chanter et de vivre de la prostitution, d’autres encore n’auront d’autre choix que de maquiller leur identité et de s’intégrer à la communauté plus large.

Photo : Une gitane de la région de Diwaniyah

*Iraq's Gypsy communities face discrimination

Traduction et Synthèse : Xavière Jardez

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