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France-Irak Actualité

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Analyses, informations et revue de presse. La situation en Irak, au Proche-Orient et du Golfe à l'Atlantique.


Femmes citoyennes d’Irak : Prisonnières de guerre

Publié par Gilles Munier sur 27 Avril 2015, 20:19pm

Catégories : #Irak

Femmes citoyennes d’Irak : Prisonnières de guerre

Revue de presse: extrait de l’interview de Yanar Mohammed, co-fondatrice et directrice de l’Organisation pour la Liberté des Femmes en Irak (Organisation of Women’s Freedom in Iraq), par Jennifer Allsopp (opendemocracy.net - 26/4/15)*

Jennifer Allsopp: Yanar, quelle est la situation des droits humains des femmes en Irak, à l’heure actuelle?

Yanar Mohammed : Le dernier événement en 2014-2015 est, bien sûr, l’attaque de l’Etat islamique, conséquence directe des politiques menées pendant l’occupation de l’Irak. Les Etats-Unis ont mis au pouvoir les groupes politiques chiites et ont marginalisé une grande partie des autres communautés religieuses. On devait s’attendre à ce que l’étape suivante soit la résurgence de dynamiques religieuses, qu’un groupe religieux s’attaque à un autre. Les membres dirigeants de l’Etat islamique ont été torturés dans les prisons militaires américaines ou dans les prisons du gouvernement chiite que les Américains avaient mis en place. Quand vous torturez une personne longtemps, vous pouvez obtenir un défenseur passionné des droits de l’homme mais, plus probablement, une bête dont le seul objectif sera de se venger de la meilleure manière possible. Et c’est ce qui est arrivé avec Abou Bakr al-Baghdadi qui a été détenu à la prison Bucca et torturé par les Américains, le préparant ainsi à son rôle futur, comme chef de l’Etat islamique.

Avant 2003, personne en Irak ne savait quelle partie du pays était chiite ou sunnite. Cela a été quelque chose de nouveau et nous en récoltons les fruits. Le bien-être des femmes a payé ce prix. S’ajoutant à la crise de l’Etat islamique, nous devons affronter une autre conséquence de la dernière guerre, comme la catastrophe que sont les orphelins. Nous avons 5 millions d’orphelins de guerre et des dizaines de milliers d’entre eux ont été l’objet de trafic au cours des dix dernières années. Cinq millions d’orphelins en passe de devenir des adolescents sont un gros problème dans toute société. Les jeunes filles sans parents sont un matériau pour l'exploitation dans les bordels et beaucoup n’ont même pas de papier d’identité. Bien que la loi n’interdise pas de leur fournir des documents, chaque fois qu’elles se rendent dans un service gouvernemental, on leur demande de revenir avec leur père ou leur frère alors qu’elles sont seules. Elles habitent dans les pires habitations en Irak et sont exploitées quotidiennement car elles ne peuvent pas apporter la preuve de leur nationalité irakienne. Et cela a commencé il y a plus de 10 ans. Le droit à la citoyenneté de l’adolescente exploitée est une priorité.

Jennifer Allsopp : Avant l’émergence de l’Etat islamique, les choses s’étaient-elles améliorées en Irak ?

Yanar Mohammed : Nous avons connu une paix relative, les années précédentes, je dis relative parce que la capitale était sous contrôle et les principales villes étaient en paix, mais les partis religieux ont toujours eu la main haute. Ils nous ont toujours surpris, d’année en année. La dernière fois, ce fut en 2014 quand le ministre de la justice a annoncé son intention d’introduire la loi Al-Jafaari qui est la loi chiite sur le statut personnel de la famille qui permettait le mariage d’une gamine de 9 ans, le traitement humiliant des femmes en matière de mariage et de divorce, et plus généralement, de considérer les femmes comme des objets et non des êtres humains (1). Cette loi date d’il y a des centaines d’années et voudrait effacer les évolutions enregistrées depuis en Irak.

Jennifer Allsopp : Comment le mouvement des femmes a-t-il réagi ?

Yanar Mohammed : Nous avons manifesté, parlé à la radio car nous avons une radio du nom d’Al Musawat, radio de l’Egalité. Nous avons condamné par des slogans disant « nous ne permettrons pas le viol de nos jeunes filles ». Nous avons expliqué ce que la loi signifiait et avons recueilli une certaine opposition de sorte que le gouvernement a éventuellement décidé de ne pas l’appliquer « en ce moment » pour y apporter des amendements, ce qui, en fait, est une excuse pour dissimuler le projet de loi. Ensuite, on nous a ordonné de fermer notre radio car « notre enregistrement n’était pas finalisé ». Et oui, avant l’Etat islamique, les attaques du gouvernement contre les droits des femmes et leur statut nous a tenu occupées. … (…) …

(1) Le projet de loi « Al-Jaafari », du nom du sixième imam chiite Jaafar al-Sadiq (702-765), fondateur de l’école de jurisprudence jaafarite, a été déposé par Hassan al-Shimari, ministre irakien de la Justice – membre du parti chiite Fadila - , et approuvé par le gouvernement le 25 février 2014. Devant l’émotion soulevée par cette loi en Irak et dans le monde, Nouri al-Maliki n’a pas osé la présenter au vote des parlementaires.

*Suite de l’article en anglais sur : https://www.opendemocracy.net/5050/jennifer-allsopp/iraq%E2%80%99s-female-citizens-prisoners-of-war

Traduction et Synthèse : Xavière Jardez

Photo: Yanar Mohammed lors d’une manifestation sur la place Tahrir à Bagdad, en 2011

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