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France-Irak Actualité

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Analyses, informations et revue de presse. La situation en Irak, au Proche-Orient et du Golfe à l'Atlantique.


Palestine : Le processus de paix comme garantie de l’occupation

Publié par Gilles Munier sur 15 Novembre 2014, 11:15am

Catégories : #Palestine

Palestine : Le processus de paix comme garantie de l’occupation

Par Christi van der Westhuizen (revue de presse : Mail and Guardian, Afrique du Sud, 7-13 novembre 2014)*

Une visite en Israël atteste que ce pays «est un mouvement juif de colonisation »

Prayer’s Road (Route de la Prière) à Hébron en Cisjordanie symbolises au mieux les projets coloniaux d’Israël en Palestine. Des maisons datant des dynasties Mamelouk ou Ottomane des huit derniers siècles sont tombées sous le coup des bulldozers pour faire place à une route reliant les colonies israéliennes de Kyriat Arba aux caveaux des Patriarches et Matriarches.

Cette route coupe à travers des maisons palestiniennes. Un tunnel traverse même une maison en deux dans ce qui était autrefois une salle de séjour. Au cours du Ramadan de 1994, un colon de Kyriat Arba avait abattu 24 musulmans à l’intérieur de la mosquée d’Ibrahim qui abrite les restes des patriarches et des matriarches, provoqua des protestations qui firent de nombreuses victimes, et un prétexte pour l’expansion des colonies au sein de la Vieille Ville d’Hébron. La mosquée entourée de fortifications gardées par les Forces Armées Israéliennes (IDF) se partage entre Musulmans et Juifs.

Israël a fermé plus de 520 magasins palestiniens dans la rue commerçante qu’est la Shuhada Street, réduisant à zéro le gagne-pain de milliers de Palestiniens. Cette route passe par un quartier palestinien dont certaines sections sont interdites à ses habitants, qu’ils soient en voiture ou à pied, comme le sont d’autres rues d’ailleurs. Si vous descendez cette rue, vous pouvez voir des fenêtres murées, des portes soudées. L’armée israélienne a bouché toutes les ouvertures mais derrière ces murs et ces fenêtres, des Palestiniens vivent.

Dans le reste de la Cisjordanie et Jérusalem est, les mêmes conditions de vie se répètent, faisant du mot « vie » un euphémisme : la Cisjordanie est une prison et on peut voir comment le phénoménal Mur en béton scinde le paysage, excluant les villages palestiniens et regroupant les colonies de peuplement. C’est ainsi que 10% des terres palestiniennes ont été annexés par Israël.

Se déplacer entre Israël et les territoires occupés, que ce soit pour le travail ou toute autre raison, est pour les Palestiniens un calvaire qui demande de naviguer entre les points de contrôle, les miradors militaires, les caméras de surveillance, les chevaux de frise, les zones interdites à la circulation, les scanners et les fouilles au corps.

Des adolescents-soldats brandissant des armes automatiques décident de votre passage. Les Palestiniens doivent obtenir, par avance, un permis des militaires qui est, généralement, refusé. Où que vous alliez, vous pouvez lire en hébreu, arabe ou anglais des pancartes disant « Cette route conduit à la zone A de l’Autorité Palestinienne. Il est interdit aux Israéliens de pénétrer, dangereux pour votre vie et en violation de la loi israélienne »

Ces pancartes font partie de la propagande de guerre par laquelle Israël rappelle à ses citoyens que les Arabes sont une menace (semblable en fait au die swart gevaar de l’Afrique du sud de l’apartheid = Danger, Noirs)

Tout comme le renforcement de son emprise sur Hébron, ces mesures pour contrôler la liberté de circulation ont été mises en place au lendemain des accords d’Oslo. La preuve en est qu’ au lieu d’œuvrer à la solution de deux Etats comme promis dans ces accords, Israël s’est abrité derrière le processus de paix pour accroître son expansion (souligné par nous). Depuis la signature des accords d’Oslo, le nombre de colons est passé de 200 000 à 500 000.

Dans la vallée du Jourdain occupée, convoitée pour ses espaces verts où de riches cultures sont possibles, les colonies israéliennes accaparent l’eau et les terres alors que les Palestiniens doivent payer plus cher l’eau et sont évincés de leurs terres. Il leur est même interdit d’ériger des structures permanentes ou d’agrandir leur village.

Dans Jérusalem-Est, future capitale de la Palestine, reconnue internationalement, 517 maisons palestiniennes ont été démolies au cours des dix dernières années ; les colons israéliens achètent les maisons au travers d’organisations, en occupent d’autres, s’y installent en l’absence des propriétaires ou bien produisent de faux documents de propriété.

Un vieil homme m’a fait visiter sa maison dont la moitié a été prise par des voyous israéliens, sa famille étant cantonnée à l’arrière du bâtiment.

Avec la destruction de bâtiments historiques à Hébron, les fouilles archéologiques battent leur plein pour « préserver l’histoire » à Jérusalem-Est car une seule Histoire a le vent en poupe. Fouilles archéologiques à visée politique, elles visent à ressusciter la Cité de David dans le district palestinien de Silwan,

Comme on peut le voir, l’Etat sécuritaire d’Israël a politisé la religion et l’histoire pour valider sa version particulière du colonialisme. La menorah ou chandelier à sept branches, symbolises le judaïsme et est l’emblème national de l’Etat juif. L’occupation- judaïsation se manifeste physiquement dans les deux menorahs qui flanquent les miradors militaires des collines surplombant Hébron.

Le sionisme s’est montré très adaptif depuis la fondation d’Israël en 1948 avec une poussée virulente depuis les années 1970. Cependant la menorah confirme la continuité, continuité qui peut être retracée de 1948 jusqu’à la récente réitération de Benjamin Nethanyaou, à savoir que les Palestiniens doivent non seulement reconnaître l’existence d’Israël comme prévu dans les Accords d’Oslo, mais doivent le reconnaître comme « Etat juif ». Entremêlé avec le judaïsme politisé est la menace, toujours présente et brandie, de l’antisémitisme. Rien ne caractérise mieux ce duo que le musée de l’Holocauste, Yad Vashem à Jérusalem, posé en haut d’une colline, sa structure de béton austère, couleur de métal, faisant penser à un gigantesque canon en exercice sur les collines de Judée. Il rassemble les horreurs de l’holocauste et Israël y est présenté comme étant la seule alternative. Même si l’holocauste est en toute légitimité fondé sur les crimes contre l’humanité abominables, le récit offert prive l’antisémitisme des Nazis de toute historicité et oblitère le fait que le nazisme était une entreprise impérialiste, certes centrée sur l’Europe, tandis que les autres pays européens possédaient, eux, des colonies en Afrique ou ailleurs, comme l’a écrit Hannah Arendt.

La présentation du Yad Vashem humanise le peuple juif, avec leurs noms et les histoires personnelles de ceux que le nazisme avec son racisme scientifique cherchaient à reléguer à l’état sous-humain. Mais il n’a pas réussi à replacer l’holocauste dans le colossal crime de déshumanisation que l’impérialisme et le colonialisme ont perpétré dans le cadre du racisme scientifique. Il a, au contraire, créé ce qu’Arendt nomme « l’illusion » de l’antisémitisme comme phénomène immuable, global, que seul l’Etat d’Israël en tant qu’Etat juif peut contrecarrer.

Le point faible du Yad Vashem, vu dans la perspective impérialiste du racisme scientifique, est lié à la genèse du sionisme en tant que « mouvement juif de colonies de peuplement » sur la base d’une « distinction radicale entre juifs privilégiés et non-privilégiés » comme Edward Saïd l’a décrit. Le sionisme profère l’idée que la nation juive « repossède » sa terre en recourant à la vieille formule coloniale : « la Palestine est une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». Il a fait siens les principes du racisme européen par lequel les Israéliens ont le droit d’exercer leur domination sur des Palestiniens « non-existants » et « arriérés » selon les termes de E. Saïd.

De temps à autre, les Palestiniens de tous horizons sociaux ont confié à notre délégation qu’ils étaient considérés comme « des êtres inférieurs ». Saïd a écrit que le but du sionisme était de « sauver les juifs en tant que peuple de leur absence de foyer et de l’antisémitisme et, de les restaurer dans une nation » « ce qui est tout à fait justifié ». Et, poursuit-il, le sionisme a été « vécu exclusivement et institutionnellement » au sein d’une culture occidentale qui a permis « aux Européens de regarder les non-Européens comme inférieurs, marginaux et inadéquats ».

Telle est, en Israël, la hiérarchie sociale de type darwiniste qui positionne les Palestiniens comme « l’autre, indigène et inférieur ».

Maintenant, les Israéliens peuvent tirer profit de la notion raciale de terroristes inspirée des Américains pour criminaliser les Palestiniens qui s’opposent à l’occupation. Même les membres de notre délégation ont fait l’expérience du profiling racial des Israéliens : ils durent subir « les contrôles de sécurité ».

Il en résulte que les Palestiniens sont, maintenant, un peuple sans terre. Indépendamment des permis dont ils ont besoin pour se déplacer entre Israël et les territoires occupés, les Palestiniens ne détiennent en Cisjordanie et à Jérusalem-est qu’un statut de « résidents » que les Israéliens peuvent annuler à tout moment, ou après une absence de 7 ans.

Près de 780 000 Palestiniens ont fui ou furent obligés de fuir lors de la guerre de 1948. Ils n’ont pas ni leurs descendants le droit du retour. Les faits démontrent qu’Israël vise à éliminer les Palestiniens de la terre de Palestine.

L’ironie de la situation ne pourrait être plus amère : un peuple sans terre, désireux de parer à la vague de terreur qui s’abattait sur lui a rendu un autre peuple sans terre et les a réduits, par la violence d’Etat, à un état d’urgence humanitaire. Un peuple à la recherche de son humanisation aux yeux du monde a déshumanisé un autre peuple.

Vous pouvez entourer les autres d’un mur sans vous y enfermer vous-même, c’est ce que nous avons appris en Afrique du sud.

Photo: Blocs de béton barrant Shuhada street à Hébron

Source: Peace process as cover for occupation

Traduction et Synthèse : Xavière Jardez

*Auteur et analyste, le Dr. Christi van der Westhuizen a fait partie d’une délégation de la société civile qui a visité le mois dernier Israël, la Cisjordanie et Jérusalem Est, à l’initiative de la Fondation Heinrich Böll et de Open Shuhada Street.

Aimé Césaire (Discours sur le colonialisme):

« Où veux-je en venir ? A cette idée : que nul ne colonise innocemment, que nul non plus ne colonise impunément ; qu’une nation qui colonise, qu’une civilisation qui justifie la colonisation – donc la force- est déjà une civilisation malade, une civilisation moralement atteinte qui, irrésistiblement, de conséquence en conséquence, de reniement en reniement, appelle son Hitler, je veux dire son châtiment »

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