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France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

France-Irak Actualité : actualités du Golfe à l'Atlantique

Analyses, informations et revue de presse sur la situation en Irak et du Golfe à l'Atlantique. Traduction d'articles parus dans la presse arabe ou anglo-saxonne.


« L’Etat islamique possède des forces importantes, bien entrainées qu’il sera difficile de battre »

Publié par Gilles Munier sur 28 Novembre 2014, 06:47am

Catégories : #Irak

« L’Etat islamique possède des forces importantes, bien entrainées qu’il sera difficile de battre »

Par Patrick Cockburn (revue de presse: The Independent on Sunday, Repris par The Star, 18/11/14)*

L’Etat islamique (EIIL) a recruté une armée de centaines de milliers de membres, bien plus que les estimations données par la CIA et sa capacité à se battre sur plusieurs fronts en Irak et en Syrie prouve que leur nombre est au moins de 200 000 combattants, sept ou huit fois plus que les 31 500 comptabilisés par les services de renseignements étrangers.

Fouad Hussein, le chef d’Etat-major du président kurde, Massoud Barzani, a confié dans une interview exclusive à The Independent on Sunday : « Je parle de centaines de milliers de combattants parce qu’ils peuvent mobiliser les jeunes hommes des territoires qu’ils contrôlent ».

Il estime que l’Etat islamique contrôle un tiers du territoire de l’Irak et de la Syrie avec une population de 10 à 12 millions de personnes sur une superficie de 250 000 km2, soit celle de la Grande-Bretagne, offrant ainsi un immense réservoir de recrues djihadistes. La preuve en est qu’il a été capable de lancer des attaques contre les Kurdes du nord de l’Irak et l’armée irakienne dans les environs de Bagdad simultanément à celles qu’il effectuait en Syrie. Vu le chiffre de ses forces de combat, il est facile de comprendre qu’il sera difficile de les éliminer même avec les frappes aériennes américaines.

En septembre dernier, la CIA a publié une estimation du nombre des forces de l’EIIL - entre 20 000 et 31 500 combattants-, et cette sous-estimation peut expliquer pourquoi les Etats-Unis et les autres gouvernements ont été, à plusieurs reprises, pris au dépourvu au cours des cinq derniers mois lorsqu’il a infligé des défaites successives à l’armée irakienne, l’armée syrienne, les rebelles syriens et les peshmerga kurdes.

Les Etats-Unis et leurs alliés commencent à prendre en compte les obstacles à abattre afin de pouvoir accomplir la promesse d’Obama de débiliter et détruire l’Etat islamique. Le général US, Martin Dempsey, président de l’Etat-major conjoint US, en visite à Bagdad, a déclaré vouloir « avoir une idée de la marche de leur contribution ». Un peu plus tôt, il avait, devant le Congrès, affirmé qu’une armée de 80 000 hommes serait nécessaire pour battre ISIS. Peu de gens en Irak pensent que l’armée irakienne puisse assurer cette tâche, malgré la victoire obtenue la semaine dernière par la reprise de la ville Baiji et par la levée du siège de la raffinerie de cette ville, la plus grande du pays.

Au cours d’une longue interview, Hussein a analysé l’équilibre du pouvoir en Irak, à la suite de l’offensive, cet été, des militants islamiques et le réengagement militaire des Etats-Unis. Le gouvernement régional kurde doit maintenant faire face aux unités de l’EIIL sur une ligne de front longue de 1 046 kms traversant le nord de l’Irak entre la Syrie et l’Iran. Il a admis que l’intervention US avait permis aux Kurdes de se maintenir quand les forces islamiques ont, par surprise, battu les peshmergas en août et été sur le point de capturer Erbil, la capitale.

Parallèlement à la publication de leurs atrocités, terrifiant ainsi leurs adversaires, l’EIIL a développé un cocktail efficace de tactiques comprenant les attaques suicides, les mines, les tireurs d’élite et l’utilisation de l’équipement US pris sur l’armée irakienne, comme les Humvees, l’artillerie et les tanks. Pour Hussein, les Kurdes ont besoin d’hélicoptères Apache et d’armes lourdes comme les tanks. Les dirigeants kurdes respirent un peu mieux depuis que leur sécurité est garantie par les Américains. L'effondrement du gouvernement et l'armée à Bagdad que les Américains aidaient à grands frais joue aussi en faveur des Kurdes. Hussein n’aime pas évoquer cette question, mais le gouvernement régional a eu la mauvaise surprise, en août, d’apprendre que le gouvernement turc qu’il avait appelé au secours pour arrêter l’EIIL dans sa progression n’avait pas l’intention d’apporter une aide immédiate.

C’est alors qu’il s’est tourné vers l’Iran et les Etats-Unis qui ont répondu rapidement pour stopper une victoire totale des forces islamiques : l’Iran a envoyé des officiers, des unités militaires et de l’artillerie tandis que les US ont débuté leurs frappes aériennes, le 8 août.

Hussein a suggéré que les services de renseignement de la CIA et des Etats-Unis n’avaient pris en compte dans leur estimation de 31 500 djihadistes que le « noyau » de combattants. Mais les combats des derniers cinq mois ont montré que l’EIIL dispose d’une force formidable. « Nous parlons d’un Etat qui a une base idéologique et militaire » dit Hussein « ce qui veut dire qu’ils veulent que tout un chacun sache se servir d’une arme, mais qu’il reçoive les principes de leur idéologie, en d’autres mots, un lavage de cerveau ».

Le professionnalisme militaire de l’EIIL s’évalue à la rapidité avec laquelle, après avoir saisi des armes américaines, il a appris à utiliser les tanks, l’artillerie et d’autres équipements lourds saisis lors de la capture de Mossoul le 10 juin. La même chose est advenue avec les armes russes capturées en Syrie et utilisées peu après. L’explication la plus vraisemblable est que, parmi ses rangs, se trouvent d’anciens soldats irakiens et syriens dont les compétences ont été détectées. Hussein avoue que les peshmergas ont été impressionnés au cours des combats par la formation et la discipline des militants de l’EIIL. « Ils se battront jusqu’à la mort et ils sont dangereux parce que bien entraînés ». « Par exemple, ils ont leurs meilleurs tireurs d’élite, mais pour en être un, vous devez être discipliné et être capable de rester jusqu’à cinq heures en attente pour frapper votre cible ».

Pour Hussein, le chiffre élevé fourni pour l’Etat islamique est prouvé. Une étude du National Security Adviser’s office (le bureau du Conseiller à la Sécurité Nationale) à Badgad avant l’offensive montre que, si 100 djihadistes pénètrent dans un district, ils recrutent rapidement entre cinq et dix fois leur nombre d’origine. Selon certains rapports, nombreux sont les jeunes qui se sont portés volontaires auprès de l’EIIL après leurs succès fulgurants. Dans une région appauvrie, l’Etat islamique paie 400 dollars par mois, ce qui est certes attractif. De plus, dit Hussein, dans les régions conquises, I’ EIIL remodèle la société à son image, et éduque la population avec pour objectif qu’elle adopte son idéologie.

Les peshmergas ont repris certaines villes en août, mais il existe des limites à ce qu’ils sont prêts à accomplir. Hussein confirme que les Kurdes veulent bien aider l’armée irakienne à condition que celle-ci ne soit pas formée sur une base confessionnelle, mais ils « ne peuvent pas libérer les zones arabes sunnites ». Tel est le problème fondamental de toute contre-offensive de Bagdad et des Kurdes contre l’EIIL. Elle serait vue par les cinq ou six millions de sunnites irakiens comme dirigée contre leur propre communauté.

Les Etats-Unis ont espéré répéter les succès obtenus entre 2006 et 2008 quand les Sunnites ont pris les armes contre Al Qaeda en Irak. Hussein a cité les raisons qui contredisent cette espérance : les Américains avaient à l’époque 150 000 soldats pour soutenir les tribus sunnites anti-Al-Qaïda et l’Etat islamique punira sauvagement tous ceux qui s’opposent à lui. De plus, Hussein ne constate pas de signes convaincants de résistance parmi les sunnites dont certains sont, certes, insatisfaits mais cela ne se traduit pas par une opposition effective. D’ailleurs, on ne voit pas quelle force extérieure pourrait organiser cette résistance. L’armée irakienne pourrait être acceptée dans les zones sunnites pourvu qu’elle ne soit pas, dans sa composition, dominée par les chiites.

Hussein n’en a rien dit, mais il est peut-être trop tard pour établir une armée régulière irakienne compétente et multiconfessionnelle. La contre-offensive de Bagdad est opérée par trois milices chiites qui ont la même ferveur idéologique et la même haine confessionnelle que l’EIIL. Tout progrès sur le terrain militaire aboutit à la fuite de la population considérée comme loyale à la partie perdante de sorte que le nord de l’Irak est devenu encore plus une terre de réfugiés.

Photo : Camp d’entrainement de l’EIIL

Traduction et Synthèse : Xavière Jardez

*Version originale: War with Isis: Islamic militants have army of 200,000, claims senior Kurdish leader

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