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France-Irak Actualité

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Analyses, informations et revue de presse. La situation en Irak, au Proche-Orient et du Golfe à l'Atlantique.


Irak : La prise du camp Speicher par les djihadistes de Daash

Publié par Gilles Munier sur 28 Août 2014, 07:56am

Catégories : #Irak

Irak : La prise du camp Speicher par les djihadistes de Daash

Par Tahsin al- Zergani (revue de presse : IPWR – 26/8/14)*

Les soldats irakiens ayant échappé aux exécutions sommaires, présents lors de la prise de la base située près de Tikrit, ont décrit le sort qui leur a été réservé et affirmé que leurs officiers leur avaient demandé de se rendre sans combattre.

Le 12 juin, au lendemain de la prise du camp Speicher (1) par l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL ou Daash), celui-ci a annoncé sur Twitter avoir « exterminé » 1700 soldats et a, plus tard, exhibé les photos et les vidéos de leurs dépouilles.

Un soldat désirant garder l’anonymat raconte que des soldats postés dans les environs leur ont appris leur défaite suite aux abandons de poste de leurs commandants. « Nous voulions défendre le camp Speicher et ne jamais laisser les insurgés y pénétrer, mais le lendemain, nous avons vu, surpris, de voir nos officiers s’en aller». Sans commandement, les soldats du rang ont décidé de quitter les lieux et de se fondre dans le paysage via une route secondaire peu fréquentée.

Un autre soldat, Nabil Hadi, pense que la troupe a été trahie par ses supérieurs : « Les insurgés n’avaient que des mitrailleuses légères et des petits pickups alors que nous disposions de tanks, d’artillerie lourde, d’avions. C’était plus qu’il n’en fallait pour repousser l’EIIL », dit- il depuis son lit d’hôpital. D’autres soldats indiquent que, la veille de l’arrivée du Daash, on leur avait donné quinze jours de permission. L’un d’eux, Najib Qassam Raham, grièvement blessé par les militants de l'EIIL a déclaré qu'« Après l’ordre de permission, on nous a ordonnés de mettre des vêtements civils ... Et de partir à pied ».

Sur la route principale, des soldats en fuite sont tombés sur des membres de l’EIIL qui les ont enfermés dans des véhicules et les ont conduits devant un « tribunal » pour être interrogés, répartis selon qu'ils étaient chiites ou sunnites. Najib dit avoir vu des gens de l’EIIL battre des soldats sunnites et chiites. Ils ont emmené ces derniers et sont revenus sans eux. Il pense qu’ils ont été exécutés sommairement.

Chiite originaire de Diwaniyah, Naji s’est fait passer pour un sunnite de la région de Jbour, au sud de Bagdad. Mais les insurgés savaient distinguer un chiite d’un sunnite en se basant sur les rites propres à ces courants musulmans. Ils lui demandèrent d’appeler à la prière, ce qu’il fit, puis de faire ses ablutions. Il se trompa et fut roué de coups. Résultat : cinq côtes cassées, la jambe et le bras brisés. Craignant pour sa vie, Naji leur dit que son père était illettré et qu’il ne lui avait pas appris les rituels correctement. Il fut dirigé, avec un groupe de sunnites, vers d’autres insurgés pour répondre à de nouvelles questions.

Finalement, Naji fut relâché, ainsi que d’autres prisonniers sunnites, suite à une amnistie décrétée par Al-Baghdadi, chef de l’EIIL, en faveur des sunnites arrêtés, et d'eux seuls. On leur donna de l’argent pour leurs dépenses de voyage et un mot de passe leur permettant de franchir sans encombre les checkpoints tenus par les militants de l’EIIL. «On nous a bandé les yeux, laissé sur la route, et on nous a dit de nous recommander de « Abou Souleiman » ou d’être ami de « Abou Nabil » pour passer en toute sécurité les contrôles de l’EIIL».

(1) Nota (AFI-Flash) : Le camp COB Speicherdu nom d’un capitaine de l’US Navy tué pendant la Première guerre du Golfe était appelé Base aérienne al-Sahra du temps de Saddam Hussein. Il est situé à l’est de Tikrit, non loin du Tigre. Des B52 américains l’avaient en partie détruit en avril 2003, utilisant des bombes GBU-12B guidées par laser et conçues pour percer des sites blindés. La base était en effet dotée d’installations souterraines, à 50 m de profondeur, capables de résister à une bombe nucléaire tactique, comprenant des services de maintenance et des hangars d’avions pouvant être remontés au sol par des ascenseurs hydrauliques.

Photo : Panneau de signalisation disposé dans le camp Speicher.

Traduction et synthèse : Xavière Jardez

*Version originale:

Iraqi Troops "Betrayed" Into Defeat, Capture, par Tahsin al- Zergani, correspondant de l’Institut for War and Peace Reporting (IPWR).

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