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France-Irak Actualité

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Analyses, informations et revue de presse. La situation en Irak, au Proche-Orient et du Golfe à l'Atlantique.


Le passé « sombre et violent » de Nouri al-Maliki

Publié par Gilles Munier sur 20 Juillet 2014, 12:52pm

Catégories : #Irak

Le passé « sombre et violent » de Nouri al-Maliki

Par Gilles Munier

Dans le Washington Post du 3 juillet dernier, Ali Khediry - fils d’un émigré irakien aux Etats-Unis - ancien assistant spécial de cinq ambassadeurs américains s’étant succédés à Bagdad, principal conseillé de l’US Central Command, raconte comment il a découvert Nouri al-Maliki – Abou Isra -, « obscur membre du Parlement » au passé « sombre et violent », comment et pourquoi il en a fait le Premier ministre de l’Irak en mai 2006*. Aujourd’hui, il s’en mord les doigts !

J’ai publié en mars 2010 dans le magazine Afrique Asie un article titré « Nouri al-Maliki, côté pile » (1), où je rapportais à peu près les mêmes informations sur son passé « violent», à savoir sur son implication dans des attentats commis en Irak et contre les occidentaux lors de la guerre Iran-Irak.

J’appris plus tard que l’article lui avait déplu et qu’il avait demandé à l’ambassadeur irakien à Paris de déposer une plainte en diffamation contre moi ! Ce dernier lui avait répondu qu’un procès de cette nature n’était pas gagné d’avance, qu’il ne valait mieux ne pas réagir car cela ferait de la publicité au magazine et à l’auteur de l’article dont Maître Jacques Vergès était l’avocat.

Ali Khediry, évidemment mieux informé que moi sur le « passé violent » de Nouri al-Maliki, rappelle les mêmes faits. Sachant qu’il a eu accès à une biographie documentée par la CIA et la DIA, le Premier ministre irakien ne l’attaquera pas en diffamation. Or, que lit-on dans le Washington Post :

1. Que Maliki a organisé des opérations secrètes contre le régime de Saddam Hussein avant de devenir représentant du parti chiite irakien clandestin Al-Dawa à Damas.

2. Qu’en 1981, suite à des ordres venus d’Iran, Al-Dawa a fait sauter l’ambassade d’Irak à Beyrouth, un des premiers attentats-suicides de l’islam radical (81 morts, dont l’ambassadeur).

3. Qu’au Koweït en 1983, Al-Dawa a attaqué les ambassades américaine (5 morts parmi le personnel non-américain) et française (des blessés) et perpétré des dizaines d’attentats contre les dirigeants irakiens de l’époque, y compris contre Saddam Hussein.

4. qu’Abu Mahdi al-Muhandis, cerveau de l'attentat contre l'ambassade des Etats-Unis au Koweït, est aujourd’hui un des conseillers de Maliki et son voisin dans la Zone verte.

Pas étonnant avec ce pédigrée que l’intéressé ait été « surpris » du choix de George W.Bush de l’introniser Premier ministre de l’Irak ! On imagine la réaction de l’opinion publique américaine si les médias avaient révélé son passé anti-occidental.

Depuis 2010, Ali Khediry estime qu’il faut virer Maliki, les intérêts vitaux américains étant en jeu. Mais, ce n’était pas l’avis de Joe Biden, vice-Président des Etats-Unis, qui affirme ne pas avoir d’autre « option », une position partagée – cela se comprend mieux - par le général Qassim Soleimani, chef de la Force Al-Qods, émanation des Gardiens de la Révolution islamique iranienne pour ses interventions à l’étranger. Seulement voilà, depuis la libération de Mossoul le sort de Nouri al-Maliki ne se joue plus seulement à Washington et Téhéran, et rien ne dit qu’un autre cheval consensuel ferait l’affaire. Les révolutionnaires irakiens menacent Bagdad et le pays est au bord de l’implosion. A qui la faute ?

Photo: le jeune Nouri al-Maliki

*Why we stuck with Maliki — and lost Iraq (Washington Post – 3/7/14)

(1) Sur le même sujet lire aussi :

La Face cachée de Nouri al-Maliki

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