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France-Irak Actualité

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Analyses, informations et revue de presse. La situation en Irak, au Proche-Orient et du Golfe à l'Atlantique.


Les menaces du Hezbollah « déroutent les Israéliens »...

Publié par Gilles Munier sur 1 Mars 2014, 17:21pm

Catégories : #Liban

Par Scarlett Haddad (revue de presse : L’Orient-Le Jour - 1/3/14)*

Il a suffi que le Hezbollah annonce dans un communiqué évasif son intention de riposter au double raid israélien dans la région de Janta, en précisant qu'il a eu lieu à l'intérieur du territoire libanais, pour qu'Israël déclare l'état d'alerte dans certaines zones à la frontière du Liban. Plus même, le village de Ghajar a été totalement évacué et décrété zone militaire, tant est grande la crainte des israéliens d'une réédition de l'enlèvement de leurs soldats, dans la région de Adaïssé en 2006, qui a été officiellement à l'origine de la guerre de juillet de la même année. Depuis deux jours, les médias israéliens multiplient les analyses et les supputations sur la forme et le timing de la riposte du Hezbollah. Surtout après le piège de Outaïba, dans la Ghouta orientale, au cours duquel les soldats syriens et les moujahidine du Hezbollah ont réussi à tuer plus de 170 combattants de l'opposition, en route pour préparer une grande offensive contre les forces du régime dans le rif de Damas. Les experts militaires estiment que ce piège rappelle par sa précision et son audace la fameuse opération d'Ansariyé en septembre 1997 réalisée par les combattants du Hezbollah contre des soldats israéliens. Dans cette opération, le Hezbollah avait réussi à obtenir des informations sur un débarquement israélien dans ce village du Sud, et ses hommes avaient tendu un piège aux assaillants qui leur a permis de tuer les douze soldats israéliens qui ont participé à cette opération, dont le chef de l'unité Yossi Korkin. À cette époque, l'armée israélienne avait affirmé que le Hezbollah avait réussi son coup par hasard, ayant installé des défenses dans la région par simple précaution. Il a fallu attendre de nombreuses années pour connaître le fin mot de l'opération, lorsque, dans une conférence de presse donnée en 2010, le secrétaire général du Hezbollah a révélé comment son parti avait réussi à infiltrer les codes de transmission et de communication des unités israéliennes avec leurs bases au nord de la Galilée. Ce qui lui avait permis de connaître à l'avance les détails et le timing de l'opération qui se préparait. Le piège de Outaïba ressemblerait donc à celui d'Ansariyé. Ce qui serait le signe de la qualité des informations captées par les forces du régime syrien et leurs alliés libanais, ainsi que leur niveau de préparation et leur vigilance.

Les médias israéliens ont donc pris les menaces de riposte du Hezbollah au sérieux, d'autant que le parti aurait pu garder le silence ou arguer du fait que les raids ont eu lieu dans une zone frontalière imprécise, plutôt du côté syrien, se dégageant ainsi de la responsabilité de riposter. Mais en affirmant qu'ils ont visé le territoire libanais, le Hezbollah montre clairement, selon les médias israéliens, qu'il ne veut pas étouffer l'affaire et est au contraire prêt à rendre coup pour coup. L'inquiétude reflétée par les médias israéliens et l'état d'alerte déclaré le long de la frontière avec le Liban montrent que l'attitude du Hezbollah a déjà porté ses fruits. Depuis la publication du communiqué du Hezbollah, les analystes militaires israéliens ont multiplié les commentaires sur les failles du système de défense antimissiles installé dans le pays avec l'aide des États-Unis. Selon ces analystes, ce système permet de défendre des régions précises bombardées par des missiles précis. Il n'assure donc pas la protection de l'ensemble du pays et n'est pas efficace contre tous les types de missiles. Il n'est pas non plus efficace en cas de bombardement intensif, dans le sens qu'il peut intercepter un nombre déterminé de missiles seulement. Et, enfin, il est très coûteux.

Toutes ces données montrent que les Israéliens ont cru pouvoir adresser un message musclé au Hezbollah, pensant que ce dernier l'aurait reçu et en aurait tenu compte, et l'affaire en serait restée là. Mais la réaction du Hezbollah a surpris les Israéliens, et les milieux diplomatiques occidentaux affirment depuis deux jours que ni Israël ni les États-Unis ne veulent d'une nouvelle guerre entre le Hezbollah et l'armée israélienne, ni d'ailleurs de la moindre escalade le long de la frontière entre le Liban et Israël. De plus, ces développements sont intervenus au moment où se tenait une réunion à l'ONU demandée par l'Arabie saoudite pour « examiner la situation humanitaire » en Syrie. Cette réunion avait été l'occasion d'un débat véhément entre le représentant de la Syrie Bachar Jaafari et celui du royaume wahhabite, en présence du délégué israélien et de ceux d'autres pays de la région. Jaafari en a profité pour dénoncer ce qu'il a considéré comme « la collusion entre l'Arabie, Israël et des factions de l'opposition syrienne ». Ce qui lui a valu les violents démentis du délégué saoudien et ses accusations au « régime syrien qui tue sauvagement son peuple ». Mais la surprise est venue du représentant de l'Égypte qui n'a prononcé qu'une seule phrase pourtant significative, puisqu'il a dit : « Il ne faut pas oublier que le Golan syrien est occupé par Israël. » Le régime égyptien, actuel et en gestation, n'est donc pas acquis aux thèses saoudiennes et... israéliennes au sujet de la Syrie et de la guerre régionale qui s'y déroule. La situation en Égypte a donc beau être confuse, ce pays n'en reste pas moins à la recherche d'une certaine distance entre lui, les Israéliens, les Américains et les Saoudiens. Les efforts pour neutraliser le pays des pharaons n'ont pas encore abouti, et le moment où Israël pourra faire ce qu'il veut dans la région n'est pas encore arrivé. La réaction des médias israéliens au communiqué du Hezbollah en est la meilleure preuve...

*http://www.lorientlejour.com/article/856804/les-menaces-du-hezbollah-deroutent-les-israeliens-.html

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