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Sur le blog


F.B.I

Entretiens

avec Saddam Hussein

« détenu

de haute valeur n°1 »

20 interviews et 5 conversations

ordinaires déclassifiées


Traduction intégrale

Vendredi 15 janvier 2010 5 15 /01 /2010 16:06

Entretiens FBI – Saddam Hussein

- Introduction : Saddam Hussein face à l’Histoire

- Qui est « Mr George » ?

par Gilles Munier

 

Saddam Hussein

face à l’Histoire

 

Les entretiens avec Saddam Hussein, rendus publics par le FBI en juillet 2009, sont à lire avec une certaine circonspection. N’étant pas publiés sous forme de questions-réponses, comme l’avait souhaité le président irakien, ils ne reflètent que partiellement sa pensée. Ses empreintes digitales, placées en exergue, sont trompeuses ; elles ne signifient pas qu’il aurait cautionné les procès-verbaux sans réserve. Cela dit, l’intérêt historique du document est incontestable car il met à bas la plupart des thèmes de propagande qui le diabolisait. Pour atténuer la portée du témoignage, le FBI a produit une conclusion déconnectée des « dits »

enregistrés. Alors que le détenu avait déclaré prendre l’entière responsabilité de ce qui s’était passé sous sa présidence, le FBI y affirme que Saddam cherchait à monnayer son silence et à minimiser son rôle pour préserver son image, supputations d’autant moins convaincantes qu’elles apparaissent au sein sont de passages censurés.

 

Interroger officiellement Saddam Hussein n’était pas gagné d’avance. Le prisonnier, peu coopératif, posait ses conditions. Il estimait qu’un président renversé en toute illégalité, par une puissance étrangère, n’avait rien à révéler à ses geôliers. En revanche, il acceptait d’être interviewé sur son parcours de révolutionnaire et de chef d’Etat. Comme il était hors de question de recourir à la manière forte comme lors de son arrestation, le FBI dut se contenter de ce qu’il consentait à dire, espérant  piéger Saddam au détour d’une conversation. Pour y parvenir, des psy avaient aménagé la salle d’interrogatoire, le plaçant… « le dos au mur », et « Mr George », son interrogateur, devant la porte fermée, symbole de la liberté ! Ils croyaient influer ainsi sur le subconscient du prisonnier ! Le policier, lui, pensait amadouer le Président en ayant la haute main sur l’armoire à stylos et papier nécessaires à Saddam pour écrire des poèmes…

 

D’entrée de jeu, Saddam mit les points sur les « i ». A la question, réitérée, de savoir s’il avait commis des fautes, il répondit que Dieu, seul, n’en commettait pas, et qu’il était hors de question de discuter des siennes avec ses ennemis. « Je ne suis pas quelqu’un qui trahit ses amis », lui glissa-t-il plus tard. L’opinion de ses contemporains lui importait moins que son image dans 500 ou 1000 ans. Il était fier de son bilan. En 1968, le peuple irakien « n’avait virtuellement rien ». Après l’arrivée au pouvoir du parti Baas, le niveau de vie s’était considérablement amélioré dans les domaines de l’éducation et de la santé. La nationalisation de l’industrie pétrolière avait permis de créer des infrastructures modernes et d’effectuer un bond en avant économique, en particulier dans l’agriculture négligée par les régimes précédents. Restait, il en convenait, le déficit en matière de démocratie : en 1989 et en 2002, il avait essayé d’instaurer le multipartisme. Malheureusement, la nouvelle constitution n’avait pas pu être votée en raison du déclenchement des guerres du Golfe.

 

Il n’y avait là rien qui intéressât « Mr George », mais cela faisait bien longtemps que le bilan de 30 ans de baasisme n’avait pas été noyé dans un flot d’invectives et de désinformation. Il n’y avait rien, non plus, que les spécialistes de l’Irak ne sachent déjà, à quelques détails près. Mais en rapportant, sans polémiquer, la relation par Saddam Hussein de la prise du pouvoir par le parti Baas en 1968, des complots auxquels il avait fait face, de la guerre Iran-Irak ou de son soutien à la résistance palestinienne, le FBI a dressé à son corps défendant le portrait d’un révolutionnaire mu par ses convictions: « Quand je crois à des principes, j’y crois totalement, pas partiellement ou graduellement, totalement ». A la question de son avenir s’il avait quitté le pouvoir, il répondit « qu’il serait redevenu une personne ordinaire, peut-être un paysan », mais toujours membre actif du Parti Baas. 

 

Alors, Saddam, un « dictateur » ? « Certes » disent certains opposants, mais ils ajoutent que des précisions sont nécessaires : « Il faut se demander quel genre de dictateur ? Quel était son projet, quelles furent ses réalisations ? Qui gênaient-elles ? Avec la destruction de l’Irak après l’agression d’avril 2003, il restera dans la mémoire de la majorité des Arabes comme un révolutionnaire intransigeant qui voulait faire de l’Irak une puissance régionale moderne, a soutenu le peuple palestinien, et qui, pour ces raisons, a dû affronter les Etats-Unis, Israël, l’Iran et les rebellions soutenues par ces pays ». Pas étonnant, dans ces conditions, que Saddam Hussein soit perçu dans le monde musulman comme un  martyr.

__________________

 

« Mr George » et le « détenu de haute valeur numéro 1 »

« Mr George » a acquis une certaine notoriété en janvier 2008 quand CBS News a révélé sa véritable identité et l’a présenté comme « l’Américain connaissant le mieux Saddam Hussein » dans sa prestigieuse émission 60 minutes. George Piro, y a-t-on appris, est arrivé aux Etats-Unis, à l’âge de 12 ans, avec ses parents, chrétiens libanais, qui fuyaient la guerre civile. Après son service militaire dans l’US Air Force, il s’est engagé dans la police de Californie et est entré au FBI où les agents parlant couramment l’arabe étaient peu nombreux. En février 2004, il fut intégré à l’équipe - liée à l’ISG (Iraq Survey Group) de Charles Duelfer chargée de « faire parler » le président irakien sur les armes de destruction massive, ses liens supposés avec Ousama Ben Laden… et de lui extorquer des informations sur la résistance irakienne.

 

Piro doit sa désignation comme intervieweur à Jerrold Post, profileur en chef de la CIA, et l’israélien Amatzia Baram, professeur à l’université de Haïfa, qui passent pour des spécialistes de la personnalité de Saddam Hussein. Ils pensaient qu’il serait plus facile à un jeune Arabe de conquérir la confiance du « détenu de haute valeur numéro 1 ».

L’interrogatoire de Saddam Hussein et d’autres dirigeants baasistes ont valu à George Piro deux décorations et assuré sa promotion. En attendant d’écrire ses mémoires, il raconte dans des conférences sur la sécurité comment il a débriefé le président irakien. Succès assuré !

 

© G. Munier/X.Jardez

 

Paru dans Afrique Asie (janvier 2010)

 

à suivre : entretien N°1

 

 

Par Gilles Munier
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Lundi 11 janvier 2010 1 11 /01 /2010 09:37

Drôle de guerre Iran-Irak

sur fond de campagne électorale

 

A Bagdad, la crise provoquée par l’occupation, en décembre 2009, par des soldats iraniens, du champ pétrolier irakien de Fakka, au sud-est du pays - dont les réserves sont estimées à 2,5 millions de barils - se poursuit sur fond de campagne pour les élections législatives. Manouchehr Mottaki, ministre iranien des Affaires étrangères, a annoncé le 7 janvier dernier que les forces iraniennes ont « amené le drapeau iranien et se sont retirées à une certaine distance », ce qui ne veut pas dire totalement ou qu’elles ne reviendront pas.

 

Le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, qui n’avait réagi que 10 jours après la prise des puits – et pas du tout lors de précédentes incursions – avait fait de la surenchère en déclarant que les Iraniens n’auraient « pas une goutte de pétrole irakien », et « pas un mètre de terre irakienne ». Mais, il n’a guère convaincu au-delà de son propre camp.

 

Salah al-Mutlaq, secrétaire général du Front de dialogue national, avait déclaré « qu’il était temps de dire aux Iraniens de ne plus intervenir en Irak » et le Vice-président de la République, Tariq al-Hachemi, renchéri en disant : « Ce qui s'est passé est un acte d'hostilité inacceptable. Agresser la souveraineté irakienne est une ligne rouge. Nous attendions de notre voisin qu’il réponde aux exigences du ministère des Affaires étrangères et retire ses forces du quatrième puits de ce champ pétrolier, mais cela ne s’est pas fait. Ainsi, les hostilités sont toujours en cours. Le puits est totalement la propriété de l'Irak et a été foré après les accords d'Alger. C'est ce qu'on appelle exporter ses crises nationales à l'étranger ».

 

Selon le Washington Post (8/1/10), Aawadh al-Abbidan, qui se présente aux élections législatives, a annoncé qu’un groupe armé, Les Lions de la Brigade de Dieu, composé de membres de 126 tribus du sud se propose de défendre les puits de pétrole irakiens. « Un million d’Irakiens de la province d’al-Anbar jusqu’à Bassora » sont prêts à lutter », dit-il, «contre l’occupation iranienne, quel qu’en soit le prix… ».  Pour Kadom al-Rubat, un chef de tribu, l’incursion iranienne est « une insulte faite aux martyrs qui ont donné leur vie dans la guerre contre l’Iran ».

 

BREVES

Mascarade électorale en préparation - La Commission justice et responsabilité, nouveau nom du Comité pour la débaasification créé par Ahmed Chalabi au lendemain de l’occupation, a décidé d’interdire à Salah al-Mutlaq, secrétaire général du Front de dialogue national, de se présenter aux élections législatives sous prétexte de liens avec des dirigeants baasistes en exil. Quatorze autres partis sont dans le même cas. Cette décision fait suite à une déclaration de Chalabi à Al Sharq al-Awsat, en octobre 2009, affirmant qu’il y aurait 40 baasistes dans la future Assemblée nationale, une crainte partagée par Ali al-Adeeb, dirigeant d’Al-Dawa, le parti du Premier ministre Nouri al-Maliki.

 

Salah al-Mutlaq a réagi en déclarant : « Si défendre l'Irak et se prononcer contre l'occupation est considéré comme répandre des idées baasistes, ils ont raison ». Pour Haïdar al-Mula, porte-parole de son parti, la décision a été prise pour satisfaire l’Iran qui craint aussi le retour de baasistes dans les allées du pouvoir. Si la Commission électoral ratifie l’interdiction, Salah al-Mutlaq fera appel devant un tribunal. Un de ses alliés, l’ancien Premier ministre Iyad Allaoui, connu pour ses relations avec la CIA, envisage de boycotter le scrutin si le jugement est défavorable.

 

Ingérence iranienne - Struan Stevenson, président de la délégation du Parlement européen pour les relations avec l'Irak, a appelé « le gouvernement américain et l'ONU » à empêcher l'exclusion de Salah al- Mutlaq et d’autres personnalités politiques des élections législatives irakiennes. « La véritable raison de son exclusion », a-t-il déclaré, « c'est sa position intransigeante contre l'ingérence du régime iranien en Irak ». (Communiqué diffusé le 8/1/10)

 

Soufis - Nehru Abdul Karim al-Kaznazani, fils du Cheikh de la confrérie soufie Kaznazaniya, n’a pas été autorisé, non plus, à se présenter aux élections législatives. Bien qu’ayant joué la carte américaine après avril 2003, on lui reproche d’avoir un frère – Ghandi – lié à Izzat Ibrahim al-Douri, chef du parti Baas clandestin.

 

Liberté de l’information - Le 12 décembre 2009, la Chambre des Représentants des Etats-Unis a adopté - par 395 voix contre trois - une loi destinée à surveiller et à punir les chaînes satellitaires arabes coupables «d’incitations à la violence anti-américaine au Moyen-Orient ». Visés, les satellites NileSat et ArabSat, et les chaînes Al-Aqsa (Hamas), Al-Manar (Hezbollah) et celles de la résistance irakienne : Al-Zawra TV, propriété de Mishan al-Jouburi (député en exil) et Al-Rafidain, proche de l’Association des oulémas musulmans irakiens. Les propriétaires des satellites qui les diffusent seront considérés comme des dirigeants d’organisations terroristes ! Pour Abdallah Kassir, directeur d’Al-Manar, il s’agit d’une décision «imposée par le lobby sioniste aux Etats-Unis». A noter qu’ArabSat appartient à la Ligue des Etats arabes …

http://journalstars.com/actualites/arabsat-et-nilesat-dans-le-collimateur-des-americains-4606.html

 

Guerre des hymnes nationaux –C’est maintenant officiel, Mawtini (Ma Patrie), poème du Palestinien Ibrahim Touqan (1905-1941) mis en musique de Mohamed Fleyfel, est le « nouvel » hymne national irakien. Ce chant patriotique avait déjà été choisi par le général Kassem après le renversement de la monarchie. Sous Saddam Hussein, il était chanté dans les écoles, en second, après Ardulfurataini Watan (Le Pays des deux fleuves), l’hymne national adopté en 1979 (poème de Shafiq al- Kamali, musique de Walid Georges Gholmieh). Le remplacement de ce dernier a été imposé par les Etats-Unis.

Ardulfurataini Watan: http://www.youtube.com/watch?v=0w18l8IbvJ0&feature=related

Mawtini (nouvelle version) : http://www.youtube.com/watch?v=YFXK0apQXig&feature=related

Mawtini (version originale) : http://zahalqa.com/maw.html

 

Coup d’Etat -Selon John Jenkins, ambassadeur de Grande-Bretagne en Irak, un coup d’Etat militaire à Bagdad est « réellement » une « possibilité ». Il pourrait, dit-il, être l’œuvre d’officiers de l’armée de l’époque de Saddam Hussein, dont le régime actuel ne peut se passer.

http://www.heraldscotland.com/news/politics/military-coup-in-baghdad-remains-possible-1.997213

 

Crime de Guerre - Les accusations portées contre les mercenaires de Blackwater qui ont tué 17 civils irakiens non armés et blessé une vingtaine de personnes à Bagdad, le 16 septembre 2007, « pour leur faire payer les attentats du 11 Septembre » (selon un de leurs proches), ont  été rejetées par un juge fédéral étasunien.

 

Ambassade US trop petite - Robert Ford, n°2 de l’ambassade des Etats-Unis à Bagdad, espère que le Congrès accordera le budget nécessaire au doublement de la taille du bâtiment actuel. Avec ses 21 bâtiments, la représentation diplomatique américaine est considérée comme la plus grande du monde.

http://www.huffingtonpost.com/2010/01/07/us-embassy-in-baghdad-pla_n_415234.html

 

Famille royale irakienne - Le docteur Humam Al-Balawi, agent double des Talibans pakistanais, qui s’est fait exploser dans la base opérationnelle américaine de Chapman, en Afghanistan, a causé la mort de 7 agents de la CIA et du capitaine des services de renseignements jordaniens qui l’avait recruté. Ce dernier, Sharif Ali bin Zaid al-Aoun, est un membre de la famille royale irakienne qui a fui le pays en 1958, après le renversement de la monarchie.

 

A suivre...

Par Gilles Munier
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Vendredi 8 janvier 2010 5 08 /01 /2010 08:23

Retour sur un procès lynchage

par Gilles Munier

 

Le président Saddam Hussein a été livré aux Américains début décembre 2003, près de Dour, par un ami chez qui il était caché. Selon l’avocat égyptien Mahmoud al-Mouni, il aurait été aussitôt transféré à l’étranger pour être interrogé, puis ramené sur le lieu de sa capture. Ce qui est certain, c’est qu’arrêté officiellement le 13 décembre, il est apparu épuisé sur les écrans de télévision, comme hébété par l'absorption de drogues. « Le voir humilié ainsi, sorti de son trou à rats», déclara alors Toby Dodge, de l’Institut international d’études stratégiques (IISS), est «une étape de plus dans la libération mentale des Irakiens », organisée cela va sans dire pour démoraliser la résistance irakienne.

 

Les « 20 interviews et 5 conversations ordinaires » du FBI, déclassifiés en juillet 2009, ne seraient que le remake soft des interrogatoires infructueux effectués avant qu’on le déclare prisonnier de guerre. Bien que réalisés avant son inculpation, et deux ans avant sa condamnation à mort, « Mr George », son intervieweur, y informait Saddam que « sa vie touchait à sa fin » !

 

« Tout cela est du théâtre », dit Saddam

La peine capitale, suspendue après l’invasion, avait été rétablie « provisoirement »  le 8 août 2004, par le Premier ministre Iyad Allaoui, pour condamner à mort Saddam et ses compagnons, en dépit du principe de la non rétroactivité de la loi par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Paul Bremer, chef de l’Autorité Provisoire de la Coalition (CPA), créa, en décembre 2003, un Tribunal spécial irakien (TSI) sans se soucier de légalité ou de légitimité, entendu qu’il était une émanation Département d’Etat à la Justice des Etats-Unis, puissance occupante. La constitution du TSI n’a soulevé que des protestations de pure forme, même quand il est apparu que ses statuts n’avaient fait l’objet d’aucune consultation, que ses membres étaient formés en Grande-Bretagne pour jouer un rôle fixé d’avance, qu’aucun critère d’équité et d’impartialité n’était rempli, même pour la galerie. Dès la première séance, le 1 juillet 2004, il se présenta comme «Saddam Hussein al-Majid, président de l’Irak», refusa de reconnaître la légitimité du tribunal, rejeta les charges retenues contre lui, et déclara : « Tout cela est du théâtre, le véritable criminel : c’est Bush». 

 

Pour Mouwafak al-Rubaie, directeur de la Sécurité nationale du régime de Bagdad, le procès de Saddam Hussein devait être celui du siècle, faire du nouvel Irak un exemple à suivre. Il n’en fut rien. Les juges sont apparus pour ce qu’ils étaient : des marionnettes aux mains d’opposants en mal de vengeance. Les avocats de la défense n’eurent jamais accès à la totalité du dossier : 36 tonnes de documents à charge collationnés par des agents du FBI ne parlant pas l’arabe, ni ne purent vérifier l’authenticité des pièces remises. Les menaces de mort se multiplièrent contre eux, dont celle de Malek Dohane al-Hassan, ministre de la Justice, de les « découper en morceaux » ! Trois furent assassinés : Saadoun al-Janabi en octobre 2005, Adil al-Zubeidi en novembre 2005 et Khamis al-Obeidi en juin 2006. La dépouille de ce dernier, retrouvée près de Sadr City, sous un poster de l’ayatollah Mohammad Sadek al-Sadr, père de Moqtada, présentait des traces de torture. L’avocat avait été promené dans le quartier, ligoté à l’arrière d’un pick-up. Abou Der’ra - le «Zarqaoui chiite» - avait célébré son assassinat en offrant un rafraîchissement général à la population des environs et invité les passants à tirer une balle sur son cadavre « pour se venger des baasistes ».

 

Les juges qui ne jouaient pas le jeu durent démissionner ou furent écartés. Rizgar Muhammad Amin se retira au bout de quatre mois car les « politiques » lui reprochaient de ne pas être assez sévère. Sayeed al-Hamashi fut écarté quand on découvrit qu’il avait appartenu au parti Baas, Rauf Rashid Abdul Rahman parce qu’il était natif de Halabja, et Abdullah al-Amiri pour manque de «neutralité». Il avait déclaré que Saddam Hussein n’était pas un dictateur ! Bushra Khalil, avocate libanaise, chiite, fut expulsée, non parce qu’elle avait établi un parallèle entre l’affaire de Doujail pour laquelle il était jugé et celle d’Abou Ghraib, mais en raison de sa confession. Elle était la seule chiite dans l’équipe de défense. Cela dérangeait les Américains, dit-elle, « car le dossier perdait son caractère confessionnel ».

 

Finalement, Nouri al-Maliki, nouveau Premier ministre, désigna un membre de la Brigade Badr, Mohammad al-Araiby, comme juge. Les pro-iraniens voulaient en finir vite, car le bruit courait que Donald Rumsfeld avait proposé à Saddam de le libérer en échange d’un appel demandant aux « insurgés » de déposer leurs armes. Le Président avait refusé. Les pro-iraniens ne voulaient courir aucun risque, d’autant qu’on sait aujourd’hui que la résistance avait envisagé de le libérer en attaquant sa prison, et qu’il s’en était fallu de peu pour que l’opération ait lieu.

 

Le verdict tomba le 5 novembre 2006. Comme prévu, le TSI condamna à mort Saddam Hussein, son demi-frère Barzan al-Tikriti et le juge Awad al-Bandar. Les 300 pages justifiant la décision ne furent remises à la défense que le 22 novembre pour qu’elle n’ait pas le temps de l’étudier sérieusement. De toute manière, Saddam avait interdit à ses avocats de réclamer sa grâce. Comme le dira un membre de l’Union des juristes irakiens: « Ce procès n’a été qu’une farce dégoûtante … ».

  

Rites barbares

La sentence fut confirmée le 26 décembre. Les autorités d’occupation avaient 30 jours pour fixer la date de l’exécution. C’était trop. George Bush voulait que Saddam soit exécuté avant le nouvel an chrétien et avant un  discours qu’il devait prononcé sur sa nouvelle stratégie en Irak. La date de l’Aïd al-Adha sunnite fut suggérée par Nouri al-Maliki qui, mariant son fils ce jour-là, ne prévoyait pas d’assister à la pendaison, mais avait ordonné qu’on transporte le cercueil du Raïs à son domicile pour fêter l’exécution. Dans la nuit du 30 décembre, les Américains livrèrent Saddam Hussein à ses bourreaux. La Hawza de Nadjaf avait donné son aval au choix de la date, façon barbare de signifier aux Irakiens que le pouvoir religieux avait changé de mains, que le rite chiite prévalait désormais dans le pays.

 

L’exécution était conçue comme un spectacle multimédia. Une caméra filmait officiellement l’évènement, doublée par un ou plusieurs téléphones portables dont celui de Mouwafak al-Rubaie. Ils espéraient tous le voir s’effondrer à la dernière minute. Le Président est monté calmement à la potence sous les insultes des extrémistes de l’Armée du Mahdi invités pour l’occasion. Moqtada al-Sadr était présent, mais il a démenti avoir participé, masqué, à l’exécution comme l’affirma, photo à l’appui, un journal saoudien. Saddam a répondu sarcastiquement à un de ceux qui le conspuait : «Hiya hiy al marjale?» - «Est-ce çà, ta virilité?» -

répartie qui remonte aux temps anciens de l’Arabie et de l’islam, intraduisible littéralement car associant virilité et courage, fierté et valeurs chevaleresques. A un autre qui lui a dit d’aller en enfer, il répliqua que l’enfer, c’était ce que l’Irak était devenu. La corde au cou, on ne lui laissa pas le temps de terminer la Shahada, la profession de foi des musulmans. La trappe s’ouvrit sous ses pieds. Des fanatiques se jetèrent ensuite sur sa dépouille pour tenter de l’égorger. Comme prévu, son cercueil fut exposé au domicile de Nouri al-Maliki  pour égayer les personnalités invitées au mariage de son fils. Le convoi funèbre prit ensuite le chemin d’Al-Awja, près de Tikrit, où son tombeau est devenu un lieu de pèlerinage.

______________

 

Pendu le jour de l’Aïd al-Adha,

fête du sacrifice… et du pardon

L’Aïd al-Adha (ou Aïd el-Kebir) commémore le sacrifice d’Abraham. Pour les musulmans, c’est la fête du pardon, de la réconciliation, de la clémence et de la générosité. Elle a lieu le dixième jour du mois de Dhul Hijja du calendrier lunaire islamique, 40 jours après l’Aïd el- Fitr qui correspond à la fin du Ramadhan. La différence de date de sa célébration chez les sunnites et les chiites irakiens n’est pas fonction de l’apparition de la lune qui clôt le jeûne du Ramadhan. Sous Saddam Hussein, la date était la même pour les deux communautés. Pour des motifs politico-religieux, les autorités religieuses chiites formant  la Hawza de Nadjaf se sont mis depuis 2003 à l’heure de Téhéran. Pour se différencier des sunnites, les Iraniens n’aperçoivent la lune… qu’un jour plus tard, ce qui décale automatiquement la célébration de cette fête pour les chiites irakiens.

 

Article paru dans Afrique Asie

de janvier 2010.

Version revue et augmentée

de « Saddam Hussein, Raïs martyr » (30/12/07)

 

Par Gilles Munier
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Lundi 28 décembre 2009 1 28 /12 /2009 19:50

  Ode à l'Irak

 

Mon coeur battra

puisque mes ennemis ne peuvent l'exiler.

 

Et les menottes n'empêcheront pas

mes prières d'être entendues.

 

Qui a dit que l'Ouest est venu

avec de bonnes intentions

en terre sainte arabe ?

 

Qui a dit que l'eau peut enivrer

l’homme sage ?

 

Qui a dit l’animal capable de protéger

la virginité d'une femme ?

 

Qui menotte un lion deviendra chef,

même si ce n’était qu’un bâtard.

 

Je vous prédis que les commerçants

feront disparaître la civilisation et la dignité.

 

Mon corps est encore ferme

et ne mollira pas,

le sang de grands nobles

coule toujours dans mes veines.

 

L'Irak que nous aimons

est une couronne de coeurs

et le titre des plus grands poèmes.

 

ô Irakien,

 transmets mon respect aux enfants

qui ont perdu leur jouet

sous les décombres de l’occupation.

 

Transmets mon respect aux femmes

dont les vêtements ont été déchirés

par la trahison.

 

Transmets mon respect au résistant

qui porte l’habit de la fierté

et l'esprit du martyre.

 

ô Irak,

transmets mon respect

à chaque pouce de notre terre qui survit.

 

Saddam Hussein

Poème sorti clandestinement de prison

et  remis à la presse début février 2006

par les avocats du Président irakien.

 

© G. Munier/X.Jardez – Traduction de l'anglais

 

Poème paru dans Afrique Asie

(janvier 2010)


 


Par Gilles Munier
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Dimanche 20 décembre 2009 7 20 /12 /2009 18:58

Quand Israël

faisait du pied à Saddam

par Gilles Munier

 

Le général Hussein Anwar, ancien cadre de l’IIS (Iraqi Intelligence Service) réfugié dans un pays du Golfe, a révélé sur son blog (The Mesopotamian) qu’en 1989 un Suisse a approché Barzan al-Tikriti, ambassadeur d’Irak à Genève – et demi-frère de Saddam Hussein -  pour lui proposer de rencontrer un envoyé spécial israélien, porteur d’un message destiné au Président irakien. Le général affirme tenir cette information, et ce qui s’est passé ensuite, du Président et de Barzan, ancien directeur de l’IIS.

 

Rappelons qu’au début 1989, l’Irak sortait vainqueur de 8 ans de guerre avec l’Iran. Les efforts de son gouvernement étaient focalisés sur la reconstruction du pays. Barzan demanda à Saddam s’il fallait donner suite à la demande. Le Président répondit par l’affirmative et chargea Hamid Youssef Hamadi, son ancien chef de Cabinet, ministre de l’Information, d’aller à Genève pour le seconder. L’ordre était d’écouter en silence et de rendre compte.

 

Barzan pensait qu’Israël leur délèguerait un officier ou, tout au plus, un directeur adjoint du Mossad. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir que ce serait Yitzhak Shamir, Premier ministre d’Israël, qui participerait à la réunion qui allait se tenir dans un endroit discret de la capitale suisse.

 

Pour mémoire, il faut savoir que Shamir est non seulement un ancien membre du Mossad, mais aussi qu’il a dirigé le Groupe Stern dans les années 40, une organisation sioniste terroriste anti- anglaise qui a proposé à Adolphe Hitler de l’aider à s’emparer de la Palestine.

 

En psychologue averti des us et coutumes arabes, Yitzhak Shamir est entré dans le vif du sujet en disant qu’il s’adressait à Abou Odaï, le « Père d’Odaï », une formulation à connotation affective traduisant le respect porté à un proche. Il leur dit que l’Irak avait remporté la guerre contre l’Iran et que l’armée irakienne était désormais la plus forte du Moyen-Orient, qu’il n’était pas là pour demander que l’Irak reconnaisse Israël comme Etat juif. Il leur demandait de transmettre ses respects à Abou Odaï et de lui dire qu’il était prêt à le rencontrer à Bagdad ou dans n’importe quel pays de son choix.
 
Shamir percevait les discours de Saddam sur le conflit israélo-palestinien comme une menace, car ils enflammaient la rue arabe. « Nous luttons avec les Palestiniens depuis 50 ans », dit-il, « laissez-nous lutter 50 ans encore, mais en vous tenant à l’écart ». Qu’Abou Odaï oublie la Palestine, du moins dans ses interventions télévisées, et il en ferait le plus puissant des chefs d’Etat arabes. Israël l’aiderait à renverser et à introniser qui il voulait de la Mauritanie à l’Irak. « Mais, si vous commettez l’erreur de frapper Israël, ne serait-ce qu’avec un seul missile », avertit Shamir, « je vous promets de faire revenir l’Irak à l’âge de pierre ». La même menace, en des termes quasi identiques  - faire retourner l’Irak à l’âge pré-industriel - fut lancée par le secrétaire d’Etat américain James Baker à Tarek Aziz  et Barzan, à Genève, le 9 janvier 1991, lors de la conférence qui précéda la Première guerre du Golfe.
 

Barzan, pas impressionné, répondit à Shamir que sa proposition était inacceptable, qu’aucun baasiste ne consentirait à trahir son serment de militant. Il prit l’avion pour Bagdad où il rendit compte à Saddam de la réunion, verbalement. Ce dernier écouta attentivement, refusa la proposition israélienne et donna l’ordre de couper tout contact avec des envoyés sionistes. Il rappela que la libération de la Palestine est la priorité n°1 du parti Baas et, bouillant de colère, cria : « et qu’en enfer aillent les colonisateurs et les traîtres… ».

 

Source : http://nebuchadnezzar-ii.blogspot.com/2009/12/israeli-offernot-our-kind-of-offer.html

 

Nota :

1) La proposition d’Yitzhak Shamir n’est pas sans rappeler celle faite, en 1191, par Richard Cœur de Lion à Salah Eddine al-Ayoubi (Saladin) lors de la 3ème Croisade. « S’agissant de Jérusalem, c’est notre lieu de culte», avait fait savoir le roi anglais au sultan, par l’intermédiaire d’Al-Adel, frère de ce dernier,  « et nous n’accepterons jamais d’y renoncer, même si nous devons nous battre jusqu’au dernier ». Salah Eddine avait répondu : « La ville sainte est autant à nous qu’à vous ; elle est même plus importante pour nous car c’est vers elle que notre prophète a accompli son miraculeux voyage nocturne et c’est là que notre communauté sera réunie le jour du jugement dernier. Il est donc exclu pour nous que nous l’abandonnions. Jamais les musulmans ne l’admettraient ». On connaît la suite... (cité par Bishara Khader, L’Europe et la Palestine : des Croisades à nos jours, Ed. L’Harmattan, 1999).

 

2) En 1982, après la fermeture de l’oléoduc Kirkouk-Banyas par la Syrie, Yitzhak Shamir avait proposé à l’Irak d’exporter son pétrole via Haïfa. Saddam avait refusé. Hanan Bar-On, sous-directeur au ministère des Affaires étrangères israélien, était revenu à la charge avec le projet de la société américaine Bechtel de construire un pipeline Kirkouk-Aqaba… qu’un certain Donald Rumsfeld était allé « vendre » à Bagdad en décembre 1983 et mars 1984. Nouveau refus de Saddam. (Lire : La soif de pétrole irakien d’Israël, par Gilles Munier*).

 

* http://www.france-irak-actualite.com/pages/Petrole_Israel_et_le_petrole_irakien_mars_2008-1969256.html

 

 

Par Gilles Munier
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  • : Auteur du "Guide de l'Irak" (Ed. Picollec - 2000) et de "Les espions de l'or noir" (Ed.Koutoubia - 2009) A dirigé la traduction de "Zabiba et le roi", de Saddam Hussein (Ed.du Rocher)

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