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par Paul Balta

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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 08:30

Par Cherif Abdedaïm – Revue de presse: La Nouvelle République (extrait) – 9/1/12
Q : Quelle analyse faites-vous de la crise que traverse la Syrie ?
Richard Le Hir* : Ce qui est particulièrement frappant, c’est le fossé entre ce que rapportent les médias officiels étrangers et les comptes-rendus des sources d’information non alignées sur le terrain. Le fait que Bachar Al-Assad tienne encore solidement les rênes du pouvoir constitue pour moi une indication très claire que la menace vient davantage de l’extérieur que de l’intérieur et qu’elle est téléguidée comme l’était la tentative de renversement du régime iranien en 2009 lors de la pseudo Révolution verte.
Il ne faut donc pas se surprendre de retrouver dans le camp de la révolution syrienne l’intellectuel français et de moins en moins philosophe Bernard-Henri Lévy, qui n’avait pas hésité à jeter tout son poids médiatique derrière la révolution avortée en Iran et qu’on a vu se démener avec toute la force de son impressionnant carnet de contacts en Libye récemment. On sait maintenant grâce à Bernard-Henri Lévy lui-même que « c’est en tant que juif » qu’il a « participé à l’aventure politique en Libye ». Lors de la première Convention nationale organisé par le Conseil représentation des organisations juives de France (CRIF), il a en effet précisé : « Je ne l’aurais pas fait si je n’étais pas juif. J’ai porté en étendard ma fidélité à mon nom et ma fidélité au sionisme et à Israël ». La question se pose maintenant de savoir si la fidélité de Lévy au sionisme et à Israël l’emporte sur la fidélité qu’il doit à la France en tant que citoyen français. C’est une question que les Français devraient se poser, et je suis surpris de voir qu’ils ne soient pas nombreux à le faire. La facilité avec laquelle il est parvenu à entraîner la France dans le renversement de Kadhafi par la force est un témoignage éloquent du délitement de la diplomatie française sous Sarkozy et de sa mise au service des intérêts des Etats-Unis, d’Israël et, accessoirement, de certains oligarques du pétrole proches de Sarkozy, notamment le Canadien Paul Desmarais.
L’effondrement diplomatique de la France est une mauvaise nouvelle pour Bachar Al-Assad qui ne peut plus compter désormais que sur le soutien de l’Iran, de la Russie et de la Chine. Quant aux Syriens eux-mêmes, il ne fait pas de doute qu’une certaine faction aspire à un renversement du pouvoir en place, mais cette faction n’a ni l’importance numérique que lui attribuent les médias occidentaux, ni une large base de soutien populaire, ni le degré de radicalisme requis pour faire une révolution, et elle ne voit pas que ses espoirs sont alimentés par une force en déclin qui, le moment venu, ne serait pas capable de tenir ses promesses en raison de la précarité de sa situation économique et ses propres problèmes.
Autrement dit, il y a en Syrie à l’heure actuelle des tas de gens qui sont manipulés et qui meurent pour rien d’autre que la promotion d’intérêts étrangers.
* Richard Le Hir, ex-député du Parti québécois d’Iberville en 1994 et ministre délégué à la Restructuration dans le cabinet Parizeau du 26 septembre 1994 au 9 novembre 1995.
Extrait de l’entretien réalisé par Chérif Abdedaïm – La Nouvelle Republique (Algérie) – 9/1/12
Texte intégral : « Le problème au Moyen-Orient tient aux origines de l’État d’Israël »
http://www.vigile.net/Le-probleme-au-Moyen-Orient-tient

Par Gilles Munier
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Lundi 9 janvier 2012 1 09 /01 /Jan /2012 10:43

Par Gilles Munier
Le Commandement régional du parti Baas Arabe et Socialiste (PBAS) - plus précisément, la branche syrienne au pouvoir à Damas - réunira son 11ème congrès début février prochain, à Damas. Pour les non-initiés, il faut savoir que le PBAS comprend une direction nationale pan-arabe qui œuvre pour l’unification de la Nation Arabe - de l’Atlantique au Golfe -  et des directions dans chaque pays arabe, appelées régionales.


Le Commandement national siégeant en Syrie est composé de représentants des branches existantes – officiellement ou clandestinement – reconnaissant la direction damascène. Les Américains considèrent cette superstructure comme à une sorte de Komintern nationaliste arabe. Ils réclament, en vain, sa dissolution.


Guerre fratricide au sommet,
le mal qui ronge le parti Baas
En 1966, l’arrivée au pouvoir, à Damas, du général baasisto-gauchiste Salah Jedid et l’exclusion du PBAS de ses deux principaux fondateurs, Michel Aflak et Salah Bitar, provoqua une scission qui se répercuta au niveau pan-arabe, notamment en Irak. Après la révolution baasiste de juillet 1968 à Bagdad, une nouvelle direction nationale – qualifiée d’orthodoxe, ou de légitime -  sera constitué en Irak sous la direction de Michel Aflak.


En novembre 1970, un mouvement dit « de rectification » renversa Salah Jedid au profit du général Hafez al-Assad, alors ministre de la Défense, mais il fallut attendre 1979 pour qu’un projet de réunification du PBAS voit le jour. La découverte, en août 1979, d’un complot « syrien » visant à renverser Saddam Hussein le fera échouer. Il s’ensuivit une rupture profonde entre la Syrie et l’Irak, accentuée par le soutien apporté par la Syrie à l’Iran khomeyniste pendant le confit Iran-Irak, et par la participation de l’armée syrienne à la coalition occidentale constituée en 1991 lors de la Première guerre du Golfe. Les deux Baas se livreront alors à une guerre fratricide, finançant et armant leurs opposants respectifs, baasistes ou non. Jalal Talabani et Nouri al-Maliki résideront à Damas, tandis qu’à Bagdad l’ancien président Amin al-Hafez, renversé par Salah Jedid, dirigera avec Chebli al-Ayssami – secrétaire général adjoint du PBAS, d’origine druze – une alliance d’opposants comprenant Adnan Saadeddine, un des responsables des Frères Musulmans syriens.


Pressions américaines :
Bachar ne cède pas
A la fin des années 90, alors qu’un embargo criminel affame le peuple irakien, et qu’il est de plus en plus question à Washington de « remodeler » le Proche-Orient, Hafez al-Assad et Saddam Hussein amorcèrent un rapprochement entre leurs deux pays. Progressivement, des postes frontières furent rouverts, une compagnie aérienne irakienne autorisée à se poser à Damas, les échanges commerciaux reprirent dans le cadre de la résolution « Pétrole contre nourriture ». Puis, en septembre 2000, le vice-Premier ministre irakien Tarek Aziz effectua une visite surprise à Damas pour rencontrer Bachar al-Assad - élu président de la République deux mois plus tôt – et son ministre des Affaires étrangères Farouk al-Chareh.


Les troupes américaines n’avaient pas encore atteint Bagdad qu’une pluie de menaces et de pressions s’abattit sur la Syrie. Bachar al-Assad ne céda pas et Farouk al-Chareh déclara, le 2 avril 2003, que « la défaite de la coalition anglo-américaine est dans l’intérêt national de la Syrie ». Depuis le renversement de Saddam Hussein, la Syrie accueille des centaines de milliers de réfugiés irakiens. Les anciens opposants syriens sont rentrés au pays. Un porte-parole du Baas irakien peut s’exprimer à Damas et Al-Raï, chaîne satellitaire privée rend compte, épisodiquement, des activités de la résistance irakienne. En décembre 2003, George W. Bush ratifie le Syrian Accountability Act, proposition soutenue au Congrès des Etats-Unis par l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), le lobby pro-israélien. Il permet à un président américain d’intervenir dans les affaires syriennes quand bon lui semble. Résultat : des sanctions économiques et financières, on est passé aux tentatives de déstabilisation, puis, sous Barack Obama, à l’entraînement militaire d’opposants, voir à des opérations de forces spéciales de l’Otan, ou de commando du Mossad, sur le terrain.


Décalcification
des idées et des pratiques
« Laissons l’histoire juger les hommes qui ont dirigé le Baas jusqu’à ces dernières années ! » me disait dernièrement un ancien membre du Commandement national, « l’important est de réagir vite et bien aux nécessités tactiques et stratégiques du monde actuel ». Le PBAS est à la croisée de chemins. Son devenir dépend en partie de ce qui sera proposé lors du 11èmecongrès de sa branche syrienne. Le 21 août dernier, lors d’un entretien télévisé, Bachar al-Assad a révélé que le Comité central du Baas syrien, réuni quelques jours plus tôt, avait « discuté des mécanismes par lesquels le Parti pourrait développer sa prestation pour conserver sa position durant les prochaines décennies ». Les réformes discutées, en juin 2005, au 10ème congrès du PBAS, ont tardé à se concrétiser, mais le sont aujourd’hui largement, notamment le multipartisme. Qui aurait cru, il y a 8 ans, que l’article 8 de la Constitution faisant du Baas le parti dirigeant aurait été abrogé ? L’amnistie générale décrétée en mai dernier « pour les crimes commis avant le 31 mai 2011 » a permis la libération des Frères musulmans emprisonnés, mais elle ne concerne pas ceux qui se sont exilés. Pour dialoguer officiellement avec eux, il reste à annuler la loi n°49 de juillet 1980 qui punit de la peine de mort les membres de la confrérie.


De l’avis de l’ancien membre du Commandement national que j’ai rencontré, le PBAS ne « conservera sa position durant les prochaines décennies » que s’il libère la parole de ses militants. C’est la condition sine qua none pour renouer avec le dynamisme des origines, calcifié par les années de dictature du « centralisme démocratique » et du « culte du secret ». A Bachar al-Assad revient la lourde responsabilité d’engager la rénovation du parti Baas. Rien ne l’empêche d’inviter à un brain storming salvateur les dirigeants des courants qui, de par la Nation Arabe, se réclament de l’arabisme. Pour de nombreux baasistes, il y a urgence. Comme disait Louis-Ferdinand Céline : « L’histoire ne repasse pas les plats ».


Sur le même sujet, lire aussi :
La Syrie et le projet de démembrement du monde arabe
Entretien avec Gilles Munier sur la Syrie
Bref regard sur l’opposition syrienne
Bachar al-Assad et les Frères Musulmans

Par Gilles Munier
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Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 06:20

par Gilles Munier (Afrique Asie – janvier 2012)

Comme la résistance irakienne le prévoyait, les troupes étasuniennes ont quitté l’Irak « la queue entre les jambes », sans tambour ni trompette. Cela dit, les Irakiens sont loin d’en avoir fini avec l’occupation américaine.

Barack Obama avait beau dire, le 12 décembre dernier, que les « derniers soldats américains » quittaient l’Irak « la tête haute et dans l’honneur », sur le terrain la réalité était toute autre. A part leurs obligés politiques et les trafiquants et proxénètes qui rodaient autour de leurs bases, personne ne les regrette. Pour les Irakiens, toutes tendances confondues, les G.I sont la lie de la terre, des « serial killers ». Les communicants du Pentagone se gardent bien de dire que l’armée US a dû payer cash plus d’une vingtaine de chefs de tribus sur la route du sud de l’Irak pour que les convois militaires parviennent au Koweït sans être attaqués.

Redéploiement militaire,

plutôt que retrait

Dans un communiqué, l’Armée de l’Ordre naqshabandi, membre du front de libération dirigé par Izzat Ibrahim al-Douri, chef du parti Baas clandestin, fait remarquer que l’ambassade des Etats-Unis héberge « des milliers de mercenaires de sociétés de sécurité », que des consulats bourrés d’espions ont été ouverts dans chaque gouvernorat et que des officiers américains, baptisés « instructeurs », conseilleront les forces de répression du régime. Le porte-parole de l’organisation en conclut que l’occupation de l’Irak se poursuit sous une autre forme. C’est également le constat de Jason Chaffetz, Représentant  républicain de l’Utah au Congrès des Etats-Unis, qui note qu’Obama s’est livré à un « tour de passe-passe », après le refus du gouvernement irakien d’accorder l’immunité aux G.I’s, en augmentant le nombre des « contractors » haïs par la population. La résistance nationale et Al-Qaïda au Pays des deux fleuves ont donc de beaux jours devant eux.

En effet, si les Etats-Unis ont construit à Bagdad une ambassade-bunker occupant une surface équivalent à celle de l’Etat du Vatican, ce n’est pas pour laisser les Irakiens maîtres de leur destin, mais pour tirer les ficelles des agents recrutés par la CIA ces neuf dernières années. Selon The Huffington Post, 50% des 16 000 personnes constituant le personnel de l’ambassade, sont des agents de sécurité. En d’autres termes des militaires et des espions. Ces chiffres ne comprennent pas les contractors – mercenaires - protégeant les consulats et le Bureau de coopération en matière de sécurité qui forme la nouvelle armée irakienne aux matériels en attente de livraison : hélicoptères, tanks, et 18 F-16. Les contrats signés dans se domaine sont estimés à 13 milliards de dollars. D’autres, d’une valeur de 900 millions de dollars, sont en discussion. Au total, pas moins de 3 500 « contractors » seront dispatchées à travers l’Irak, dans dix agences dépendant du Bureau de coopération. On comprend à l’énumération de ces chiffres que le Pentagone préfère parler de « redéploiement » militaire, plutôt que de « retrait » !

Vers  la dictature

Les troupes qui s’en vont laissent derrière elles un pays brisé en mille morceaux. En neuf ans, alors que le pétrole coule à flot, les gouvernements américano-iraniens successifs n’ont pas été capables de remettre en état les infrastructures détruites en avril 2003. Saddam Hussein, se rappellent les Irakiens, avait rétabli la distribution d’eau potable et d’électricité en six mois, et fait reconstruire à l’identique les bâtiments et ouvrages détruits. Mi-décembre, Salah al-Mutlaq, vice-Premier ministre irakien, s’est dit « choqué » d’entendre Barack Obama présenter Nouri al-Maliki en visite à la Maison-Blanche, comme « le chef élu d'un Etat souverain, autonome et démocratique », d’autant qu’il était accompagné par Hadi al-Amiri, ministre des Transports et ancien chef de la milice Badr, accusé d’enlèvements et de tortures par les Irakiens. Depuis les dernières élections législatives, le Premier ministre irakien a entre ses mains tous les organes de sécurité et a fait arrêter un millier de baasistes soupçonnés de complot. Une brigade chiite, acquise à sa cause, suffirait pour occuper la Zone verte et cueillir au saut du lit tous les dirigeants opposés à son régime. En fait, dit Al-Mutlaq, l’Irak se dirige vers la dictature et la partition, c'est-à-dire vers de nouvelles guerres. Des vérités pas bonnes à dire, Maliki demande maintenant au Parlement de le démettre de son poste et s’en prend à Tarik al-Hashemi, vice-président de la République, chef du Parti islamique, les Frères Musulmans irakiens.

Sur le même sujet, lire aussi :

Les dirigeants irakiens s’entre- assassinent

http://0z.fr/WpiDa

150 000 collaborateurs irakiens abandonnés par les troupes américaines

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Par Gilles Munier
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Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 09:11

Interview de Gilles Munier par Chérif Abdedaïm (La Nouvelle République – 31/12/11) *

A Alger où il résidait, Gilles Munier a milité dès 1964 dans des associations françaises de solidarité avec le monde arabe et de soutien à la lutte du peuple palestinien. Son père, favorable à l’indépendance de l’Algérie, avait rejoint, symboliquement, le colonel Amirouche au maquis. Arrêté à son retour, il  a été plus tard interdit de séjour dans les départements algériens.

Depuis 1986, Gilles Munier est secrétaire général des Amitiés franco- irakiennes. A ce titre, il a milité contre l’embargo et rencontré le président Saddam Hussein à plusieurs reprises. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Les espions de l’or noir, collabore au magazine Afrique Asie, et analyse la situation au Proche-Orient sur le blog France-Irak- Actualite.com .

1/Pour vous la campagne anti-Bachar est un complot. Qui sont les instigateurs de ce complot et à quel dessein ?

Le complot vise la Syrie, Bachar al-Assad se trouve en être le président. L’ordre instauré par les grandes puissances après la Première guerre mondiale est en fin de course. L’élan nationaliste qui a tenu la dragée haute aux Occidentaux est épuisé, faute d’avoir pu évoluer. Les peuples arabes se révoltent contre la corruption, l’arrogance et les compromissions de leurs dirigeants. L’influence grandissante de l’Iran, allié de la Syrie, gêne les plans géostratégiques de l’Otan. L’Occident tente de reprendre en main la situation.

La déstabilisation de la Syrie, comme celle de l’Irak, fait partie du projet de démembrement du monde arabe sur des bases ethniques, tribales ou confessionnelles. Les contre-mesures adoptées pour détourner les « Printemps arabes » de leurs objectifs semblent inspirées du plan Yinon de 1982, du nom d’un fonctionnaire du ministère israélien des Affaires étrangères qui préconisait la création de mini-Etats antagonistes partout dans le monde arabe. En Syrie, il s’agirait, au mieux, de reconstituer la fédération d’Etats confessionnels créée  par le général Gouraud en 1920, du temps du mandat français, c'est-à-dire : un Etat d’Alep, un Etat de Damas, un Etat alaouite et un Etat druze. A l’époque, ce fut un échec. Rien ne dit que les occidentaux parviendront cette fois à leurs fins. En Libye, par exemple, le colonel Kadhafi a été renversé, mais la situation est loin d’être stabilisée, la donne peut changer. Le « chaos constructif et maîtrisé », prôné par les néo-conservateurs américains, sous George W. Bush, risque fort d’aboutir au chaos tout court. Cela, les multinationales n’en ont cure, le principal étant pour elles de contrôler les champs pétroliers… et qu’Israël survive en tant qu’Etat juif.

 2/Parmi cette opposition, il faut compter également les Frères Musulmans; n’est-il pas à craindre une guerre civile si demain le régime de Bachar venait à chuter ?

La guerre civile, c’est le scénario du pire. La Syrie l’évitera si un dialogue franc et décomplexé s’instaure entre les Frères Musulmans et les baasistes, s’il aboutit à des élections réellement démocratiques, ouvertes à tous les courants politiques représentatifs. Bachar al-Assad y est favorable, mais il a trop tardé à le proposer. Les Frères Musulmans, incontournables, le refusent pour l’instant. Comme toujours, la confrérie mise sur les anglo-saxons pour accéder au pouvoir, une politique opportuniste à courte vue qui lui fait négliger les réalités du terrain, les arrières pensées de l’Otan et de la France, l’ancienne puissance coloniale.

3/Dans le cas syrien la situation semble plus complexe qu’on le croit notamment avec plusieurs acteurs dont les intérêts géostratégiques diffèrent. D’un côté, Washington, OTAN, Israël, les monarchies arabes sunnites et la Turquie ; et de l’autre, l’axe Téhéran-Damas comprenant le Hezbollah, le Hamas, soutenu par la Chine et la Russie. Une guerre contre la Syrie ne risquerait-elle pas de  déborder et de provoquer un embrasement généralisé de la situation au Proche-Orient, dont les conséquences seraient incalculables.

Fin octobre dernier, le président Bachar al-Assad a déclaré au Sunday Telegraph qui si le but des Occidentaux est de diviser la Syrie, il embraserait toute la région, qu’il y aurait des dizaines d’Afghanistan. Mais, cela ne fera pas reculer les faucons de l’Otan car, au-delà de la campagne contre la Syrie, se profile un conflit de grande ampleur, aux conséquences imprévisibles, avec l’Iran des mollahs…

« Arc chiite » contre « Croissant sunnite » ?

 4/ Vous pensez, comme certains, que frapper la Syrie sous couverture « humanitaire » vise à « cacher en fait une opération complexe anti-chiite et anti-Iran »

Le nombre des victimes civiles annoncé par l’ONU, qui donne une couverture « humanitaire » à l’opération contre la Syrie, n’a jamais été corroboré. Pour l’Otan et Israël, le renversement du régime de Damas, la liquidation du Hezbollah libanais et du Hamas palestinien, ne sont que des étapes. Les Américains et les Français ont demandé à plusieurs reprises à Bachar al-Assad de prendre ses distances avec son allié iranien. Il a refusé, se doutant que son tour viendrait ensuite et qu’à ce moment là, il serait seul face à la machine de guerre occidentale.

Les camps antagonistes font le compte de leurs partisans. A Bagdad, par exemple, la crise traversée par la Syrie a fait naître des clivages contre-nature. Les sunnites pro-américains, Al-Qaïda au Pays des deux fleuves et le conseil de la région d’Al-Anbar soutiennent le CNS (Conseil national syrien), tandis que le régime de Nouri al-Maliki, Moqtada al-Sadr et, dans une certaine mesure, la résistance baasiste réfugiée à Damas, sont du côté de Bachar al-Assad. Nouri al-Maliki s’est débarrassé du vice-président de la République Tarek al-Hashemi, pro-américain et ancien chef du parti islamique issu du mouvement des Frères Musulmans, en l’accusant, sans preuve, de diriger un escadron de la mort et d’avoir voulu l’assassiner. Hashemi s’est réfugié au Kurdistan – sunnite -  et la Turquie « néo-ottomane » lui accordera l’asile, s’il le demande. A toute fin utile, si la situation à Bagdad se détériore encore plus, 50 000 GI’s, basés dans cette perspective au Koweït, sont prêts à intervenir à nouveau en Irak.

Face à l’ « arc chiite » pro-iranien - l’expression est du roi Abdallah II de Jordanie – les occidentaux veulent opposer un « croissant sunnite » réunissant les émirs du Golfe, les rois d’Arabie et de Jordanie, et les partis politico-religieux qui leur sont plus ou moins favorables, ne serait-ce que par opportunisme, comme les Frères Musulmans.

5/ A Moscou, le 18 novembre dernier, Vladimir Poutine a dit clairement à François Fillon qu’en Syrie la France ferait mieux « de s’occuper de ses oignons ». Aussi, la flotte russe se dirige vers Tartous. On a le sentiment que cela a valeur de message aux Occidentaux. Qu’en pensez-vous ?

Vladimir Poutine a qualifié la guerre de Libye de « croisade », mais je m’étonne que la Russie se soit laissée berner en votant la résolution 1973 permettant à la France et à l’Otan d’intervenir et de renverser le colonel Kadhafi. Le porte-avion Maréchal Kouznetsov vogue vers Tartous avec une escadre importante. Le message est clair, mais je crains qu’il ne soit pas  suffisamment dissuasif pour empêcher les Occidentaux d’effectuer, le moment venu, des « tirs ciblés » en Syrie et au Liban.

La réponse de Barack Obama a été toute aussi claire. Les Etats-Unis se sont fait le porte-voix des blogueurs russes et des ONG qu’ils financent et qui dénoncent des fraudes présumées lors des dernières élections législatives. L’ancien président Mikhaïl Gorbatchev, soutenu par des oligarques réfugiés en Grande-Bretagne, est monté au créneau pour réclamer de nouvelles élections. Hillary Clinton lui a emboîté le pas. Des manifestations anti-Poutine ont été organisées et Gorbatchev est revenu à la charge pour « conseiller » à Poutine de démissionner. Tous les ingrédients utilisés par le milliardaire George Soros, spécialiste des « révolutions oranges », ont été réunis. Des « centaines de millions de dollars de fonds étrangers » auraient d’abord circulé en Russie, selon Vladimir Poutine, pour influencer le scrutin. Les fonds finançant les ONG russes pro-occidentales ont, dit-on, transité par le NDI (National Democracy Institute) que préside l’ancienne secrétaire d’Etat Madeleine Albright, une organisation que l’on retrouve derrière les blogueurs des « Printemps arabes ». Se débarrasser de Poutine, ou le déconsidérer, est crucial pour éviter les veto russes au Conseil de sécurité lorsqu’il sera question d’intervenir militairement en Syrie ou en Iran.

On en est là, mais quand on sait que le président Dmitri Medvedev a décidé de déployer de nouvelles armes pour répondre à l’Otan  qui va construire un bouclier anti-missiles aux frontières de la Russie, sous prétexte de protéger l’Europe de tirs provenant d’Iran, on est en droit de s’inquiéter. Il suffirait d’un rien pour déclencher l’apocalypse.

Qatar, dictature obscurantiste

6/ A travers son engagement en Libye et son influence au sein de la Ligue arabe pour sanctionner la Syrie, à quoi joue d’après-vous le Qatar ? Chercherait-il un rôle de leadership arabe ou ne serait-il qu’un simple vassal au service de Washington et de Paris?

Les Al-Thani qui dirigent le Qatar sont des vassaux des Etats-Unis, comme ils l’étaient hier de Londres ou, au 19ème siècle, du gouvernement des Indes britanniques via le Bahreïn dont ils dépendaient. Les réserves financières inépuisables de leur micro-Etat de 11 437 km², l’ombrelle protectrice de la base militaire US d’Al-Eideïd, la plus grande du Proche-Orient et d’une petite base navale française, leur sont monté à la tête.

Ce pays montré en exemple aux militants des « Printemps arabes » n’a rien de démocratique : les partis politiques y sont interdits, les membres du Majlis al-Shoura sont désignés par le pouvoir et n’ont qu’un rôle consultatif, les travailleurs étrangers - 80% de la population de l’émirat - n’ont aucun droit, l’information est bâillonnée. C’est une dictature obscurantiste. Seuls 200 000 nantis profitent, en rentiers à vie, des revenus pétroliers et gaziers. La chaîne Al-Jazeera, devenue un organe de propagande de l’Otan, n’a pas le droit de couvrir l’actualité locale. On ne saura rien sur la tentative de coup d’Etat monté  fin février 2011 par des officiers qataris, soutenus par des membres de la famille régnante, qui mettaient en cause la légitimité de l’émir et l’accusaient d’entretenir des relations avec Israël et de créer la discorde entre pays arabes pour le compte  des Etats-Unis. Aujourd’hui, l’émir Hamad bin Khalifa Al-Thani et cheikha Mozah, sa seconde épouse, se croient tout permis. Plus dure sera leur chute…

 « il faut accorder à Bachar al-Assad

au moins le bénéfice du doute »

7/ Quelle est votre vision personnelle de l’avenir de la Syrie ? Quelle(s) solution(s) possible (s) pour dénouer cette crise ?

La Syrie devrait recouvrer les territoires dont elle a été dépecée par les accords secrets Sykes-Picot de 1916, puis par la France, notamment la province d’Alexandrette. Je regrette que Damas se soit laissé embarquer dans des négociations sans fin avec Israël à propos des territoires syriens occupés. Il y a quelques jours, une manifestation d’opposants druzes syriens a eu lieu à Magdal Shams, gros bourg du Golan. Ils brandissaient l’ancien drapeau syrien, conspuaient Bachar al-Assad, l’accusant de tuer des manifestants syriens alors qu’aucune balle n’a été tirée, depuis 1973, en direction des colons sionistes. Nul doute que ce genre de slogan démagogique atteint son but dans les milieux nationalistes arabes.

L’avenir de la Syrie ne devrait appartenir qu’aux Syriens. Le président al-Assad a engagé le pays sur la voie des réformes. La question de savoir pourquoi il ne l’a pas fait plus tôt est dépassée. Pour dénouer la crise, il faut lui faire confiance, lui accorder au moins le bénéfice du doute. En août, il a autorisé, par décret, le multipartisme. L’article 8 de la Constitution qui faisait du parti Baas le parti dirigeant a été abrogé. Une nouvelle constitution sera proposée en février. C’est plus que ne réclamaient ses opposants en mars dernier, avant que l’Otan, enivrée par son expérience libyenne, les incitent à adopter des positions jusqu’au-boutistes. J’espère qu’au final les Frères Musulmans s’intègreront, comme en Egypte, dans le jeu démocratique. Sinon, la Syrie s’épuisera dans des combats sanglants, pires que ceux des guerres civiles au Liban.

Vers une 3ème guerre mondiale ?

8/ D’après-vous, quelle serait la responsabilité de l’ONU dans les crimes qu’elle est en train de légaliser, notamment avec l’incongruité de son Conseil de sécurité, le principe des deux poids deux mesures appliqué par les cinq membres permanents et qui sert les intérêts d’une minorité, etc. ?

L’ONU a été créée pour servir les intérêts des vainqueurs de la Seconde guerre mondiale. Aucun membre de l’ONU ne devrait être au-dessus des lois et des conventions internationales, comme c’est le cas des Etats-Unis. Le secrétaire général de l’ONU et les officiers des missions dites de paix qui en dépendent, non plus. En avril dernier, la présidente brésilienne Dilma Roussef a déclaré que le temps des « politiques impériales », des « affirmations catégoriques » et des « sempiternelles réponses guerrières » n’étaient plus acceptables, qu’il fallait réformer l’ONU.  Elargir le Conseil de sécurité aux grands pays émergents : Inde, Brésil, Afrique du Sud est nécessaire, mais pas suffisant. La réforme du droit de veto est primordiale ; mais on n’en prend pas le chemin. Estimant l’entreprise trop risquée, certains membres du Council on Foreign Relations, think tank américain qui a contribué au remplacement de la SDN (Société des Nations) par l’ONU, voudrait réduire l’organisation internationale à un « endroit pour faire des discours ». La gouvernance mondiale reviendrait au G20. Trop d’intérêts sont en jeu, il faudra peut-être, malheureusement, attendre une 3ème guerre mondiale pour que naisse une organisation plus représentative.

9/Certains considèrent que l’Occident est malade économiquement et politiquement, d’où cette politique de la canonnière au jour le jour. Qu’en pensez-vous ?

La politique de la canonnière – ou du porte-avion -  est de retour, comme au 19ème siècle au service des intérêts économiques et géostratégiques occidentaux. L’Irak, la Yougoslavie, l’Afghanistan, la Côte d’Ivoire, la Libye et bientôt, peut-être, la Syrie et l’Iran en ont été, sont ou seront les victimes. Je ne suis pas le seul à penser que pour enrayer leur déclin économique et politique, les Etats-Unis et leurs alliés s’en prendront à la Fédération de Russie et à la Chine.

Le plan actuel d’encerclement et de déstabilisation de ces deux pays en est le signe avant-coureur. Dans un discours prononcé à Camberra en novembre dernier, Barack Obama a déclaré que la région Asie-Pacifique est désormais une «priorité absolue» de la politique de sécurité américaine. Il a annoncé que 2 500 Marines seront basés à Darwin, en Australie, déclenchant des protestations de la Chine. Une guerre, inévitablement thermonucléaire, est à craindre à moyen terme. Si elle n’est pas évitée, une grande partie de l’espèce humaine et de l’écosystème de la planète disparaîtra.

* http://www.lnr-dz.com/pdf/journal/journal_du_2011-12-31/lnr.pdf

Titre original : Gilles Munier à La Nouvelle République : « il y a un projet de démembrement du monde arabe » - Sous-titres : AFI-Flash

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Par Gilles Munier
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Mercredi 28 décembre 2011 3 28 /12 /Déc /2011 19:28

Revue de presse: RT news* - 27/12/11.

Les ONG syriennes ont, jusqu’à présent, été la seule source d’information de la presse occidentale pour les reportages sur les prétendues atrocités commises dans le pays. Comment se fait-il alors que nombre de ces ONG est soit financé par l’Occident soit y est basé?

   Peu de gens  savent que l’Observatoire Syrien pour les Droits de l’Homme, au premier rang des ONG qui font état des violations commises par le régime du Président Bachar al-Assad est un groupe entièrement basé à Londres, souligne Infowars. On ne connaît pas vraiment qui en sont les adhérents, ni de qui il reçoit les fonds, mais Reuters a photographié le chef de cette ONG, Rami Abdelrahman, quittant le Foreign and Commonwealth Office où il venait de rencontrer, le secrétaire aux Affaires étrangères, William Hague, le 21 novembre 2011.

   Dans le Democracy Digest d’août, publication de la National Endowment for Democracy (NEC), institution américaine, l’Observatoire avait publié une déclaration avec l’Association syrienne pour les Droits de l’Homme et le Centre pour les Etudes sur les Droits de l’Homme de Damas, appelant les membres du Brics (Brésil, Russie, Chine et Afrique du Sud) à soutenir une résolution de l’ONU condamnant « le gouvernement pour son recours à la violence contre les manifestations pacifiques ».

   Le Centre de Damas qui entretient un partenariat étroit avec la NED a, lui aussi, été le principal fournisseur d’informations sur le nombre de morts, toujours invérifié, et de témoignages à la presse occidentale, tandis que continue la marche vers l’élimination d’Assad.

   Avant la venue des 50 observateurs de la Ligue arabe, aucun observateur étranger n’a été autorisé à se rendre en Syrie, depuis le début des violences, en mars de cette année. Cette interdiction a favorisé la campagne des activistes anti-Assad dans la mesure où la presse étrangère cherchait désespérément des récits sur la Syrie parmi les appels au changement.

Financement américain

révélé par WikiLeaks

   En fait, le rôle des Etats-Unis dans le financement de l’opposition syrienne, si critique à l’égard du régime d’Assad, remonte à l’administration Bush qui avait émis des menaces grandissantes à l’égard de Damas pour sa politique israélienne. En avril, WikiLeaks avait rendu publique une dépêche diplomatique montrant que les Etats-Unis avaient activement financé l’opposition syrienne depuis 2005. Il  révélait aussi, selon Reuters, que le Département d’Etat avait, depuis 2006, accordé une somme de 6 millions de dollars pour l’installation à Londres d’une chaîne satellitaire Barada TV dirigée par un groupe d’exilés syriens.

   Un diplomate américain de haut-rang observait que « Damas verrait sans aucun doute les fonds américains à des groupes politiques illégaux comme  équivalent à un soutien à un changement de régime ».

   De plus, Asia Times, parlant de l’entraînement récent et intensif des activistes syriens, indique qu’il joue un double rôle en fournissant « un soutien à l’insurrection militarisée, armée et aux mouvement des protestations pacifiques pro-démocratiques »

   Ce double rôle a servi à déstabiliser la Syrie à l’intérieur tout en préparant l’opinion publique internationale à une intervention militaire dans le style de la Libye.

   Si l’ONU chiffre à 5000 le nombre de personnes tuées sur 9 mois, les autorités syriennes comptent que plus de 2000 soldats et membres des  forces de sécurité ont trouvé la mort.

Traduction : Xavière Jardez – Titre et sous-titre : AFI-Flash

Titre original : Syrian NGOs: A dual-use technology?

* RT (Russia Today) est la chaîne russe d’information continue en langue anglaise. Elle a été lancée en 2005 par l’agence de presse RIA Novosti.

http://rt.com/news/syrian-ngo-western-support-755

Lire aussi, sur le même sujet :

La guerre humanitaire de la NED et de la FIDH en Syrie

http://www.france-irak-actualite.com/article-la-guerre-humanitaire-de-la-ned-et-de-la-fidh-en-syrie-88192945.html

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Par Gilles Munier
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  • Ecrivain, journaliste indépendant, collaborateur du magazine Afrique Asie. Ouvrages: "Guide de l'Irak", "Les espions de l'or noir". A dirigé la traduction de "Zabiba et le roi", roman de Saddam Hussein.

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