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F.B.I

Entretiens

avec Saddam Hussein

« détenu

de haute valeur n°1 »

20 interviews et 5 conversations

ordinaires déclassifiées


Traduction intégrale

Dimanche 4 juillet 2010 7 04 /07 /2010 07:47

 

   Le 18 juin, une famille de la région d’Abou Ghraib – homme, femme, enfants - a été décimée par des tueurs. L’officier de police chargé de l’enquête affirme que Fayçal Hassan, le père – âgé de 40 ans – employé au département gérant l’irrigation des fermes environnantes, n’était affilié à aucun parti politique ou groupuscule sectaire. « Le mobile des meurtres » - dit-il - « c’est l’eau ». Trois fonctionnaires de cet organisme ont été assassinés pour le même motif les mois précédents (1).

   Le marasme politique provoqué par le renversement de Saddam Hussein a accentué la dégradation des services étatiques déjà mis à mal par 13 ans d’embargo, la corruption quasi institutionnalisée, les agents gouvernementaux qui arrondissent comme ils le peuvent leurs salaires trop bas, sont à l’origine de mécontentements populaires grandissants. Selon un rapport de la Croix-Rouge internationale qui fait référence à des statistiques étatiques, un Irakien sur quatre n’a pas accès à l’eau potable.

Soulèvements en perspective

   Les systèmes de purification des eaux du Tigre et de l’Euphrate, polluées par les égouts, bourrées de bactéries, sont hors service depuis longtemps. Rien de sérieux n’est fait pour les remettre en état. Les comprimés qui permettraient de désinfecter l’eau manquent ou sont à un prix inabordable pour la majorité de la population. A cela s’ajoute pour les paysans, la salinisation des terres qui s’est accentuée depuis l’embargo décrété en 1990, notamment à la suite de l’interdiction faite aux Irakiens d’importer du matériel d’aspersion et de drainage. La disparition d’un pouvoir fort à Bagdad a laissé les mains libres à la Turquie de gérer le fonctionnement de ses barrages (2), et de déverser – en aval -  des reliquats chimiques utilisés pour fertiliser les terres irriguées.

   Des soulèvements spontanés ou tribaux, provoqués par l’injustice, la misère ou la soif, sont prévisibles à plus ou moins brève échéance, en particulier dans le sud du pays, touché de plein fouet par la sécheresse. Dans la région de Diwaniya, par exemple, à 200kms au sud de Bagdad, la patience du cheikh Ali Ismaïl al-Zoubeidi, est à bout. L’eau qui devrait revenir à sa tribu est siphonnée en amont par des paysans disposant de pompes alimentées par des générateurs électriques. «Les agents gouvernementaux sont incapables de réguler la distribution », dit-il, «soit parce qu’ils sont corrompus, soit qu’ils ont peur pour leur vie ». Il prévient qu’il défendra les droits ancestraux de sa tribu, y compris par les armes (3).

La colère monte à Bassora : deux morts

   A Bassora, l’été, la température dépasse 53°, avec un taux d’humidité très élevé. Dans les quartiers défavorisés, les habitants n’ont qu’une heure d’électricité par jour, ou paient jusqu’à 100 dollars par mois une alimentation par générateur, une fortune pour la plupart d’entre-eux, sans emploi. Des militaires montent la garde près des poteaux électriques pour protéger les employés qui déconnectent les branchements illégaux sur le réseau. Dans les hôpitaux, sans climatisation, les malades dorment la nuit dehors. Les patients ayant des problèmes de mobilité souffrent dans les locaux surchauffés. En 2009, l’UNESCO, estimait que plus de 100 000 Irakiens avaient quitté leur région depuis l’invasion en raison du manque d’eau (4). Le pays est en voie de désertification.

   Fin juin, une manifestation de protestation a été durement réprimée sur ordre de Nouri al-Maliki. Bilan officiel : deux morts (5). Pour calmer la colère populaire, Karim Waheed, ministre de l’Electricité, a démissionné, et Al-Maliki a fait de l’énergie sa priorité. Il a promis de rétablir la situation dans deux ans, s’il est réélu ! En attendant, les Irakiens se souviennent qu’en 1991 le Président Saddam Hussein avait fait réparer les dégâts causés par les bombardements américains en quelques mois, en dépit de l’embargo. Sept ans après son renversement, la clique pro-iranienne au pouvoir et les mafias qui la soutienne, sont accusées d’incompétence et de se remplir les poches.

Source :

Lire : http://www.france-irak-actualite.com/pages/guerre-de-l-eau-au-pays-des-deux-fleuves-mai-2006--1982344.html

http://www.un.org/apps/news/story.asp?NewsID=32537&Cr=drought&Cr1

http://www.heraldsun.com/view/full_story/8017236/article-Public-fury-over-power-outages-a-test-for-Iraq

Par Gilles Munier
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Vendredi 2 juillet 2010 5 02 /07 /2010 15:51

Kurdes et Mossad :

Tribalisme, séparatisme, et business

par Gilles Munier

(Afrique Asie – juillet 2010)

   Conseillé par Israël, Massoud Barzani, président de la Région autonome du Kurdistan irakien, se donne progressivement les attributs d’un chef d’Etat. En mai, il est parvenu à un accord, provisoire, avec Bagdad sur les revenus des champs pétroliers kurdes. Plusieurs pays occidentaux ont ouvert un consulat à Erbil où le drapeau irakien et les troupes arabes sont interdits de séjour. La création d’une marine commerciale mouillant dans un port turc est à l’étude. Disposant depuis longtemps d’un service secret, Barzani s’est engagé dans une étape cruciale : la création une armée « régionale » kurde. Il s’est entretenu de la question, en janvier, avec Barack Obama, non sans avoir consulté au préalable, à Genève, le général Dany Yatom, ancien directeur du Mossad. Selon la lettre confidentielle Intelligence on line, la société israélienne Camerone Military Services, serait chargée de la fusion des milices peshmergas.

Théorie des alliés périphériques

   Les relations kurdo- israéliennes ne datent pas du renversement de la monarchie pro-britannique, en 1958, quand le Mossad prit le relais du KGB qui avait ordonné à Mustapha Barzani de déposer les armes et de geler les activités de la brigade kurde formée à Tachkent, en Ouzbékistan. A la fin des années 30, Ruben Shilia, agent secret de l’Agence juive, s’était rendu au Kurdistan irakien pour établir des relations avec la tribu Barzani, dont des clans, de religion juive, ont émigré en Palestine. Shilia était, avec David Ben Gourion, fondateur de l’Etat d’Israël, un des idéologues de la « théorie des alliés périphériques ». Leur dessein préfigurait celui décrit, en 1982, par Oded Yinon, proche du ministère israélien des Affaires étrangères, dans la revue de l’Organisation sioniste mondiale, à savoir la partition des pays arabes en entités ethniques ou religieuses.

   En Irak, le Mossad entra physiquement en scène sous les présidences des frères Aref (1963-68). Eliezer Tsafrir, chef d’antenne au Kurdistan, de père kurde et de mère marocaine, dirigeait les conseillers israéliens encadrant les peshmergas. Leurs officiers étaient formés en Israël. Parallèlement, Tsafrir aidait Massoud Barzani à créer le Parastin, service secret du PDK (Parti Démocratique du Kurdistan). Aujourd’hui à la retraite, il  rêve d’être le premier consul d’Israël à Erbil.

   Mustapha Barzani s’est rendu à Tel-Aviv en 1968 et 1973. Outre son vieil ami Xawaja Xino, notable juif d’Aqra dans les années 50, il rencontra Golda Meir et Moshe Dayan. En 1980, Menahem Begin reconnut qu’Israël fournissait des armes aux rebelles kurdes, et décida de soutenir la création d’un Etat kurde. Il n’est pas besoin d’être expert pour discerner la marque d’Israël dans les campagnes anti-Saddam Hussein qui ont suivi, ou dans l’appellation : « Kirkouk,  Jérusalem des Kurdes ».

Opération de grande ampleur

   Après l’occupation de l’Irak en 2003, des dizaines d’agents du Mossad camouflés en ingénieurs des travaux publics ou en experts agricoles, entrèrent au Kurdistan. L’opération, de grande ampleur, révélée en 2004 par le quotidien israélien Yediot Aharonot, était organisée par Dany Yatom et l’homme d’affaires Shlomi Michaels. La société Kudo, créée par ce dernier avec des membres de la tribu Barzani, décrocha le juteux contrat de la construction de l’aéroport international d’Erbil et la formation d’unités de commandos. On se demande pourquoi Iyad Allaoui, alors Premier ministre, a démenti ces informations, confirmées en 2006 par la chaîne BBC 2 qui filma les Israéliens à l’œuvre.

   Les relations de Jalal Talabani avec Israël sont moins connues. Lui qui, jadis, disait pis que pendre des accointances de Mustapha Barzani avec le Mossad, faisait de même, mais à bien moins grande échelle, par l’intermédiaire de son beau-père Ibrahim Ahmed basé à Londres, protégé du MI6, le service d’espionnage britannique. On sait que Talabani s’est entretenu en 1978 avec Shimon Peres à l’ambassade d’Israël à Paris, et… en 2008 avec Ehud Barak en Grèce lors d’un congrès de l’Internationale socialiste dont il est membre. Pour se justifier devant l’opinion publique irakienne indignée, il déclara l’avoir rencontré uniquement en tant que Président de l’Union Patriotique Kurde (UPK).

   Aujourd’hui, les relations du PDK avec Israël sont du domaine de Binjirfan Barzani, un des cinq fils de Massoud. A l’UPK, elles sont l’affaire de Qutab Talabani qui représentait le Gouvernement régional kurde aux Etats-Unis, où il a épousé l’américaine Sherri Kraham, fille d’un membre de l’AIPEC, le lobby pro-israélien. Avec eux aux commandes, le Mossad n’a pas de souci à se faire : la relève est assurée.

 

 

 

Par Gilles Munier
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Samedi 26 juin 2010 6 26 /06 /2010 06:22

 

Stanley McChrystal,

« a fucking general »

 Le général Stanley McChystal, commandant en chef des forces étasuniennes et de l'OTAN en Afghanistan, a été démis de ses fonctions par Barack Obama pour avoir critiqué sa politique et s’être moqué du vice-Président Joe Biden, lors d’un entretien avec un journaliste du magazine Rolling Stone (1).

Un ministre français

traité de « fucking gay »

   Le quotidien Le Figaro faisait de McChrystal un « nouveau Lyautey » (2), mais s’est gardé de rapporter les passages où le général exprime crûment son peu de considération pour la France. En visite à Paris, en avril dernier, pour expliquer sa nouvelle stratégie, McChrystal ne cachait pas qu’il détestait la capitale française et qu’il préférait « se faire botter le cul par une salle pleine de gens » plutôt que d'aller dîner avec un ministre français qui l’avait invité. A un colonel américain présent, qui lui faisait remarquer : « C’est ton job », il avait répliqué : « Et ça, ça va aussi avec le job ? », en le gratifiant d’un doigt d'honneur… Mais, ce n’est pas tout, au  journaliste de Rolling Stone demandant chez qui il se rendait, l’assistant de McChrystal avait répondu : « Un ministre français. Un enculé de gay ». De qui s’agit-il ? Peu importe. Les Français – à commencer par les familles des 44 soldats morts en Afghanistan (3) - ont matière à s’interroger sur la personnalité de l’homme à la tête des troupes de l’OTAN, et – au-delà de l’événement – aussi sur la façon dont Barack Obama conçoit la concertation entre alliés lors d’une nomination importante. Que penser de l’affront du Président afghan, Hamid Karzaï, à Hervé Morin – ministre de la Défense – le 22 juin, quand sans s’excuser, il a refusé de le recevoir à Kaboul? Trop, c’est trop… Dominique de Villepin a raison de réclamer le rapatriement des soldats français d’Afghanistan (4) et de condamner la réintégration de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN.   

Du sang de civils sur les mains

   Parce qu’il a vu le film La bataille d’Alger, de Gillo Pontecorvo, et s’est imprégné des ouvrages du colonel Roger Trinquier et de David Galula sur la guerre anti-insurrectionnelle, le général Stanley McChrystal passe pour un intellectuel. Pour les Irakiens et les Afghans, c’est tout simplement un criminel de guerre, un des officiers américains ayant le plus de sang de civils sur les mains.

   En Irak, McChrystal a supervisé les activités du Camp Nama - Nasty Ass Military Area -, près de Bagdad, une prison interdite de visite à la Croix-Rouge, où l’unité secrète Task Force 6-26 expérimentait tous types de tortures (5). Ancien Béret Vert passé par Fort Bragg (6), ses 33 ans dans les forces spéciales sont classifiés. Nommé par Dick Cheney à la direction du Joint Special Operations Command (JSOC), il chapeautait notamment les « brigades de la mort ». On lui attribue les trucages de l’arrestation de Président Saddam Hussein, qui aurait – dit-on - effectué un séjour à « l’infirmerie » du Camp Nama avant son incarcération au Camp Cropper.

   En Afghanistan, le séjour de McChrystal peut se résumer au bilan qu’il a dressé, en vidéoconférence, à un soldat qui l’interrogeait sur l’escalade militaire : « Nous avons tué un nombre impressionnant de personnes mais, à ma connaissance, aucune ne s’est révélée être une menace » (7).

   Barack Obama n’en a peut être pas fini avec Stanley McKrystal. Il craint que ce spécialiste des coups tordus, très populaire au sein du Parti Républicain, se présente à la prochaine présidentielle (8).

 

Notes :

(1) The Runaway General, par Michael Hastings (Rolling Stone- 8/6/10)

http://www.rollingstone.com/politics/news/17390/119236

(2) McChrystal, l'anti-Rumsfeld, par Renaud Girard (Le Figaro - 4/12/09)

http://www.lefigaro.fr/international/2009/12/04/01003-20091204ARTFIG00011-mcchrystal-le-lyautey-americain-.php

(3) Huit soldats français ont été tués depuis le début de l’année 2010. Le 6 juin dernier, le nombre des soldats de l’OTAN tués depuis janvier dépassait les 300. Les victimes civiles afghanes « collatérales » se comptent par milliers.

(4) Conférence de Dominique de Villepin à Sciences-Po (Paris - 1/2/10)

http://2villepin.free.fr/index.php/2010/02/03/1395-dominique-de-villepin-a-sciences-po-paris-conference-sur-l-afghanistan

(5) In Secret Unit's 'Black Room,' a Grim Portrait of U.S. Abuse, par Eric Schmitt et Carolyn Marshall (New York Times – 19/3/06)

http://uniset.ca/terr/news/nyt_blackroomiraq.html

(6) Le Fort Bragg, situé en Caroline du Nord, est la plus importante base de commandos spéciaux au monde.

(7) Tighter Rules Fail to Stem Deaths of Innocent Afghans at Checkpoints, par Richard A . Oppel Jr (New York Times – 26/3.10)

http://www.nytimes.com/2010/03/27/world/asia/27afghan.html

 (8) Cette hypothèse est évoquée depuis son limogeage. Jusqu’ici, son protecteur David Petraeus – 57 ans – passait pour un candidat républicain potentiel pour la présidentielle de 2012. L’opération d’un cancer de la prostate subie par Petraeus en 2009, et l’accident cardiaque dont il a été victime lors d’une audition au Sénat américain, le 15 juin, remettent en question cette éventualité.

 

Par Gilles Munier
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Vendredi 25 juin 2010 5 25 /06 /2010 08:28

Israël… Etat intouchable

par Xavière Jardez

 

Une certaine communauté internationale a donné, une nouvelle fois, à Israël la latitude de « s’auto-grâcier » d’un crime. Après l’agression, le 31 mai, des bâtiments de la Flottille de la Liberté, l’Etat hébreu va constituer une commission d’enquête interne, avec en son sein deux observateurs internationaux sans pouvoir. Existe-t-il au monde un système juridique qui permette à un accusé d’enquêter sur ses propres crimes, surtout s’agissant de crimes qualifiés de crimes de guerre ?

 

   Mais reprenons, brièvement, les principales séquences de l’agression israélienne sur le Mavi Marmara  et la mort de 9 civils turcs, car, dès l’annonce de l’assaut, la machine de propagande israélienne a clamé, comme toujours,  avoir assuré sa sécurité, sa légitime défense, son droit à faire respecter le blocus de Gaza… Témoignage d’un rescapé : « A deux heures du matin, les organisateurs m’ont dit avoir dérouté le navire loin, dans les eaux internationales car ils ne voulaient pas de confrontation avec les militaires israéliens ; à 4 heures du matin, les soldats israéliens ont attaqué le bateau sans avoir été provoqués. Gaz lacrymogènes, grenades ont été lancés, des balles en caoutchouc ont été tirées; des douzaines de canots gonflables chargés de 15 à 20 soldats masqués, armés jusqu’aux dents ont entouré le Mavi Marmara. Deux hélicoptères tournaient autour du vaisseau. Les commandos ont complété le tir, faisant usage de balles réelles avant même que les soldats n’abordent le navire. Un soldat armé d’une arme automatique et d’un pistolet fut désarmé par les passagers. Ils n’ont pas fait usage de son arme mais l’ont jetée par-dessus bord… A 8 heures environ, les soldats israéliens ont envahi les cabines des passagers où ils passèrent les menottes à tous … On m’a fait descendre à Ashdod où on m’a demandé de signer un ordre de déportation qui déclarait que j’avais pénétré en Israël illégalement… J’ai dit à l’officier que ... en fait, j’avais été kidnappé dans les eaux internationales et amené en Israël contre ma volonté. Mon passeport m’a été enlevé (et ne m’a pas été rendu) » (1).

   La sécurité d’Israël était-elle en jeu ? Y avait-il un danger terroriste venant de cette flottille composée de six bateaux civils, avec à leur bord quelque 600 personnes de seize nationalités, battant pavillon de pays avec lesquels Israël n’est pas en guerre ou est allié, à savoir la Turquie, la Grèce et les Etats-Unis ? La Turquie est-elle une enclave terroriste ? La réponse est non, d’autant qu’Israël connaissait parfaitement le contenu du cargo de plusieurs milliers de tonnes de marchandises, le statut des personnes embarquées dont deux personnalités, l’écrivain suédois Hennin Mankel et le prix Nobel de la Paix, Mairead Corrigan Maguire, ainsi que l’objectif de l’opération : briser le blocus illégal de la bande de Gaza et apporter une assistance à un peuple de 1 500 000 personnes confronté à une crise humanitaire sans précédent.

Violations des textes internationaux

   C’est ainsi que le Manuel de San Remo (2) sur le droit applicable aux conflits armés sur mer exempte d’attaque « les navires engagés dans des missions humanitaires, y compris les navires transportant des fournitures indispensables à la survie des populations civiles et les navires engagés dans des actions d’assistance et des opérations de sauvetage ».

   Si Israël avait eu le moindre doute sur les activités de la flottille - agression ou piraterie - il devait, en vertu de la Convention des Nations unies sur le Droit de la Mer de 1982, qui dans son art. 88 pose le principe de la liberté de navigations dans les eaux internationales, contacter les Etats du pavillon pour exiger le repli du bâtiment ou détourner le bâtiment une fois dans les eaux territoriales et, après avoir vérifié que les biens étaient effectivement de nature humanitaire, en faciliter, en tant que puissance occupante, le transit vers Gaza.

   Tout comme, en septembre 2000, devant le désastre humain de l’embargo imposé à l’Irak, depuis 1991, la Jordanie et une première campagne française « Un avion pour Bagdad » avaient passé outre à l’interdiction et débarqué des chargements d’aide humanitaire, médicaments et biens de première nécessité. Avaient suivi la Russie, la Chine, l’Egypte et d’autres pays arabes. Les Américains et les Britanniques qui surveillaient l’espace aérien irakien avaient – ils tiré sur les avions ? Les avaient-ils saisi et emprisonné les militants à leur bord ?

   Peu importe, par ailleurs, l’état des relations entre le Hamas ou toute autre organisation palestinienne et Israël, le blocus de Gaza et l’interprétation que l’Etat juif en donne. Le seul fait que l’attaque ait eu lieu dans les eaux internationales est en lui-même un acte de guerre à l’égard de l’Etat du pavillon des navires. De nombreux traités internationaux – la Charte des Procès de Nuremberg, la Convention de la Haye de 1907 sur l’exercice du droit de saisie en mer - sont pertinents pour juger Israël pour crimes contre la paix et crimes contre l’humanité.

   Ironie du sort, Israël a aussi violé un document international qui avait été adopté après la capture par les Palestiniens du bateau de croisière l’Achille Lauro (3) en 1985, au cours de laquelle un Américain juif avait été tué. Il s’agit de la Convention de Rome pour la Suppression des Actes Illicites  pour la Sécurité de la Navigation Maritime de1988 qui stipule que commet un crime international toute personne qui se saisit d’un navire par la force ou le contrôle, et tue ou blesse un individu de ce fait. Il s’ensuit que les prétentions israéliennes à la légitime défense tombent d’elles-mêmes. On ne peut attaquer un navire et se prévaloir de la légitime défense si les passagers résistent à une violence illégale, refusent de se laisser capturer, enlever et emprisonner.

   Mais, assuré, depuis des décennies,  d’une liberté militaire indiscutée au Moyen-Orient, réaffirmée à chaque violation du droit international, des droits de l’homme, Israël a réagi par la force la plus brutale car le danger était politique : il ne fallait pas que l’opération réussisse ni qu’elle donne lieu à d’autres convois car elle sonnait la victoire du Hamas et, selon les propos des militaires israéliens, se révélait « une provocation visant la légitimité d’Israël ». La politique d’Israël « est de maintenir le siège imposé au gouvernement du Hamas et il n’y a aucune raison de céder aux provocations ». Et, comme d’habitude, Israël n’en est pas à son ballon d’essai.

Un précédent :

l’attaque de l’USS Liberty

   Le 30 décembre 2008, Israël a lancé une demi-douzaine de vedettes militaires et tiré à balles réelles contre le bateau, le Dignity de la mission Free Gaza, dans les eaux internationales qui transportait de l’aide médicale à Gaza avec à son bord l’ex-membre du Congrès Cynthia McKinney et Denis Healey (4).

   Le 8 juin 1967, au cours de la guerre dite des Six Jours, Israël a attaqué un navire américain, l’USS Liberty, au large de la péninsule du Sinaï, faisant 34 morts et environ 173 blessés (5). Or, tout comme pour les bâtiments humanitaires de la Flottille de la Liberté, l’attaque israélienne d’une durée de 75 minutes, en trois vagues successives, avait été délibérée, selon les termes du Secrétaire d’Etat de l’époque, Dean Rusk, et coordonnée, sur une longue période, par les états-majors de la marine, de l’aviation et des commandos. Il ne s’agissait pas, comme a voulu le faire accroire Israël, d’un « accident tragique », le résultat d’une erreur sur l’identité du bâtiment de surveillance US à fort équipement technologique en ces années-là, confondu avec un vieux rafiot égyptien, malgré le bannière étoilée flottant haut. Tout comme, lors des derniers événements, « alors qu’à bord, tout le monde se préparait à abandonner le navire, ils (les Israéliens) ont mitraillé les embarcations de sauvetage qui avaient été abaissées pour l’embarquement des survivants, en totale violation de la Convention de Genève » (6).

   Or, le degré de préparation de l’opération contre le Mavi Marmara s’apparente à celle visant l’USS Liberty à bien des égards : le déploiement de l’unité Masada, commando spécialisé dans la pénétration de cellules de prison, les commandos de la marine soutenus par les unités de la police spéciale anti-terroriste, le recours à une unité canine, des camps  de détention de masse mis en place dans le port d’Ashdod et un bouclier électronique pour empêcher la diffusion d’informations sur la capture du vaisseau et la détention de ses passagers.

   Mais, qui plus est, il est impossible que, vu l’étroitesse des liens entre Israël et l’OTAN, cette dernière, et les Etats-Unis qui en ont le commandement, n’ait pas été informée de l’attaque (6). Israël est associée aux opérations de l’OTAN dans le cadre d’un « Programme de coopération individuelle » ratifiée trois semaines avant l’attaque israélienne contre Gaza en décembre 2008 qui inclut un échange d’informations, une connexion d’Israël au système électronique de l’OTAN, l’augmentation des manœuvres militaires communes, l’élargissement de la coopération contre la prolifération nucléaire !!!

   Depuis 1967, les dessous de l’affaire de l’USS Liberty sont  encore sous scellés et pendant des décennies, la version officielle a été un ramassis de mensonges. En sera-t-il de même de la Flottille de la Liberté ? N’y aura-t-il, comme par le passé, aucune sanction contre Israël, aucun jugement de ceux qui ont commis ces crimes, de guerre ou crimes ordinaires de personnes non armées au cours d’une attaque planifiée ou de piraterie, alors que, depuis peu, la définition de cette dernière s’est élargie pour inclure « toutes les agressions réussies comme les tentatives d’attaque contre tout bâtiment, indépendamment du fait qu’il se trouve dans un port, au mouillage ou en mer » ?

Israël, un nouvelle fois récompensé

   Que l’on se souvienne de l’affaire du Rainbow Warrior qui n’avait ni la  dimension, ni l’objectif de l’attaque israélienne : c’est un scandale auquel le gouvernement et les services secrets français prennent part en 1985 en coulant le navire de l’organisation Greenpeace qui faisait route vers Mururoa pour protester contre les essais nucléaires français. Certes, le navire est coulé, de plus dans les  eaux territoriales néo-zélandaises, certes il y a eu un mort, le photographe néerlandais, retourné sur le bateau, après la première explosion, certes les passeports des faux époux Turenge étaient des faux. Mais, la sanction tombe. Les deux agents secrets, accusés  de meurtre, sont condamnés à 10 ans de prison. La France, après des excuses officielles, paie une réparation de 7 millions de dollars de dommages et intérêts à la Nouvelle Zélande et 8,16 millions de dollars à Greenpeace.

   Piraterie, il y a eu sur la Flottille de la Liberté : comment qualifier le fait de détourner un navire vers un port autre que celui de sa destination, immobiliser le chargement, le détenir, voler les biens des passagers, caméras, ordinateurs portables, argent, vêtements, … etc ? Israël, prévoyant l’impact du convoi humanitaire sur son image, avait approché la Turquie pour acheminer les marchandises différemment. Mais, vu les pratiques antérieures de l’Etat juif et l’incertitude de l’acheminement, les négociations avaient achoppé. On se demande alors pourquoi, la France qui, dès novembre 2007, a lancé une opération Alcyon visant à escorter les convois humanitaires du Programme alimentaire mondial et à sécuriser l’aide humanitaire à destination de la Somalie qui transite à 80% par la mer n’a pas proposé son aide pour cette initiative… La résolution 1814 du Conseil de sécurité (mai 2008) est venue pérenniser, dans le cadre des Nations unies, ce dispositif à vocation humanitaire, sauf pour Gaza.

   La bande de Gaza doit être une aberration, une illusion géographique à rayer des cartes,  puisque Israël reçoit récompense sur récompense, la dernière en date étant son admission au sein de l’OCDE, en mai dernier, avec, inclus dans son périmètre de souveraineté, les territoires occupés du Golan et de la Cisjordanie. Comment alors, évoquer la constitution d’un Etat palestinien sur les haillons de la Palestine.

   Israël peut donc, en toute impunité, assassiner de sang froid, à Dubaï, arraisonner bateaux et cargos au large des douze miles, tuer des gens désarmés, falsifier des passeports, saisir ceux de citoyens français ou autres passagers de la Flottille de la Liberté au mépris du fait qu’ils sont la propriété des Etats comme indiqué sur ces documents, toute souveraineté foulée aux pieds. C’est étrange, ces comportements ont comme un petit air de déjà-vu !

 

Notes :

(1) Kidnapped by Israel, par Jamal Eishayyal (The Independent – 6 juin 2010)

http://www.independent.co.uk/news/world/middle-east/kidnapped-by-israel-and-abandoned-by-britain-1992518.html

(2) Le Manuel de San Remo, adopté en 1994, limite, en mer, le recours d’un Etat à des méthodes et moyens de guerre en vertu du principe de proportionnalité et de nécessité.

(3) En 1985, l’Achille Lauro, navire de croisière italien, a été assailli dans les eaux territoriales égyptiennes par des militants du Front de Libération de la Palestine (FLP) qui demandait la libération de 50 prisonniers palestiniens détenus en Israël. Membre du Comité exécutif de l’OLP, Abou Abbas, chef du FLP, avait obtenu – en 1999 -  l’immunité de la Cour suprême israélienne en raison de son soutien aux accords d’Oslo. Arrêté en Irak, le 15 avril 2003, il est mort sous la torture dans une prison secrète américano-israélienne.

(4) Denis Healey, ancien ministre des Finances travailliste (1974-1979), capitaine du « Spirit of Humanity », s’est rendu à plusieurs reprises à Gaza en signe de solidarité. En 2003, il s’était opposé à la dernière guerre du Golfe, convaincu que Tony Blair mentait, qu’il n’y avait pas de « preuves sérieuses de l’existence d’armes de destruction massive… ».

(5) Ozarks Man Recalls USS Liberty Attack With Emotion, par Jennifer Moore   

http://ksmu.org/content/view/4659/66/

(6) James Ennes, Washington Report on Middle East Affairs, mai, 2007

(7) www.gaullisme.fr/?p=7707

 

Par Gilles Munier
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Dimanche 20 juin 2010 7 20 /06 /2010 07:03

Entretien n°15                                                       

Baghdad Operation Center

16  mars 2004

Entretien conduit par George L. Piro

Rapport traduit de l’arabe en anglais par le FBI

Traduction en français : Xavière Jardez

Titres, sous-titres et notes : Gilles Munier

 

Guerre du Golfe – janvier 1991

La révolte dans le sud de l’Irak (suite)

 

Saddam Hussein (Détenu de Haute Valeur n°1) a été interviewé le 16 mars 2004 dans un bâtiment de détention militaire à l’Aéroport International de Bagdad (AIB), Bagdad, Irak. Hussein a fourni les informations suivantes :

 

On a informé Hussein que l’entretien du jour serait la suite du précédent sur les troubles ou les soulèvements dans le sud de l’Irak en 1991, après la première guerre du Golfe.

 

Hussein a déclaré qu’on lui a appris ce qui se passait dans le sud de l’Irak, de la même manière que tout autre dirigeant dans le monde. Pour affronter une situation critique, la direction irakienne se réunissait, ses membres se consultaient « rapidement » sur l’attitude la plus adéquate à adopter.

Les fauteurs de troubles

devaient être « remis à leur place »

Hussein a déclaré que ceux qui s’étaient soulevés dans le sud de l’Irak, avaient à l’origine «franchi la frontière avec l’Iran ». D’autres, en Irak, s’étaient aussi soulevés, tandis que d’autres ne prenaient pas part aux incidents. Selon Hussein, si la réponse du gouvernement irakien avait été perçue comme lente et faible, d’autres individus se seraient manifesté et les auraient aidé. Sans réaction de la part du gouvernement, ils auraient participé au soulèvement, ne serait-ce que par peur ou en pensant que les auteurs des troubles arriveraient, finalement, au pouvoir. Par ailleurs, Hussein a signalé parmi les rebelles des individus qu’il a qualifiés de « voleurs et cambrioleurs cupides ».

 

Hussein a soutenu qu’il était du devoir du gouvernement irakien de s’opposer à ceux qui s’étaient soulevés. Il a déclaré que même si « les bras des autorités avaient été coupés » par la guerre de 1991, le gouvernement « les avait ramassés et avait frappé ». Il a ajouté que ceux que les mots n’avaient dissuadé,  le furent pas les armes. La direction irakienne a ordonné à l’armée d’intervenir pour affronter la « traîtrise » et réduire les troubles. Hussein a reconnu que les pillages de certains ont été « confondus » avec les actes commis par des rebelles.

 

Concernant la décision de nommer certains responsables dans le sud de l’Irak, et concernant leur rôle, Hussein a répondu : « J’ai dit que notre décision était de confronter l’ennemi et de l’anéantir ».  Les fauteurs de troubles devaient être « remis à leur place » si ce n’est par les discours, au moins par les armes. Hussein a ajouté qu’il n’était pas nécessaire de s’appesantir sur le sujet. Les individus qui avaient traversé la frontière iranienne appartenaient au parti Dawa. Ils étaient aidés par des membres des forces iraniennes. Ensemble, ils ont tué, brûlé, pillé et commis d’autres crimes. Selon Hussein, devant une telle situation,  point n’est besoin de demander ce qu’il faut faire. La procédure, cependant, exigeait que la direction irakienne se réunisse pour discuter du problème. Tous ses membres étaient du même avis sur la réponse  à donner.

Ali Hassan al-Majid

« résistait » à Bassora

A la question de savoir comment les informations sur ce qui se passait dans le sud de l’Irak et sur les résultats de la réaction des forces gouvernementales lui étaient parvenues, Hussein a demandé : « L’Irak est-il si petit, qu’il ne nous est pas  possible de savoir ce qui s’y passe ? ».  Il a ajouté que la population du sud de l’Irak avait commencé à fuir massivement vers Bagdad pendant cette période. Les communications d’un des commandants du sud, Ali Hassan al-Majid, étaient « coupées ». Peu après, il devint clair pour la direction qu’Ali al-Majid « résistait » à Bassora.

 

A la question de savoir si Ali al-Majid était cerné à Bassora étaient véridiques, Hussein a répondu : « Dans  le passé, les Irakiens ne respectaient pas la loi et l’autorité ». Quand ils devaient faire leur service militaire, ils ne se  présentaient pas. Quand on les convoquait pour  « être  questionné », généralement, ils ne répondaient pas. Selon Hussein, l’autorité nationale était un concept nouveau. Même si la majorité des Irakiens était des Arabes, ils  n’avaient pas l’habitude d’être dirigés par un Irakien. Le roi Fayçal (1) avait été « installé » au pouvoir par les Britanniques. Le mépris de la loi était particulièrement flagrant dans les zones rurales.

 

Hussein a alors raconté une histoire, celle de Madhi Ubaid et de son fils qui était recherché par le gouvernement. Après une opération policière, Ubaid avait été capturé et interrogé sur les allées et venues de son fils. Ubaid a répondu : « Je n’ai pas de fils ». « Es-tu Madhi ? » a demandé le policier. « Non, a répondu Ubaid, je suis Fadhi ». Le policier l’a giflé, et a dit à Ubaid : « Tu es Madhi ». Ce sur quoi, Ubaid a dit : « Si le gouvernement dit que je suis Madhi, je suis Madhi ». Hussein a conclu sur la situation d’Al-Majid à Bassora : «  Vous avez entendu ce que vous avez entendu et moi, ce que j’ai entendu ».

Il n’y avait pas de « pauvres » en 1980

Hussein a affirmé qu’en 1991, pour le gouvernement irakien, la menace était réelle que ce soit dans le sud ou le nord du pays. Un soulèvement a même été tenté à Bagdad. Hussein est d’avis que ceux qui « ne prenaient pas position » se joignirent aux révoltes après avoir vu des commissariats et des bureaux du gouvernement attaqués, sans que les autorités n’opposent de résistance. A mesure que le gouvernement irakien reprenait le contrôle de la situation, l’« ennemi » se dirigeait vers une autre zone ou se renforçait là où il avait été rejeté. Selon Hussein, avec le temps, les forces militaires reprirent de l’assurance, « le cercle s’est rétréci autour de l’ennemi ».

 

Hussein a  remarqué que la période d’anarchie évoquée - l’époque de Madhi - datait des années 1920. Il a ajouté que les Irakiens avait radicalement changé les 35 dernières années, sous le parti Baas. Pour Hussein, avec un parti politique présent dans tout le pays, le peuple irakien croyait au programme du gouvernement, avait confiance en sa direction et était plus discipliné qu’auparavant. Résultat : la situation s’était améliorée, notamment dans le domaine économique. Selon Hussein, il n’y avait pas de « pauvres » en 1980. Les veuves, les orphelins, et les personnes âgées étaient« prises en charge, et en sécurité ». Les produits étaient relativement peu chers. Le niveau de vie des Irakiens a diminué, cependant, vers la moitié de la guerre Iran-Irak et, plus tard, après la guerre du Golfe de 1991. Hussein a dit : "Un embargo est un embargo". Avec le déclin de l'économie, les employés et les citoyens irakiens, en général, furent moins disciplinés. Magré cela, leur allégeance n'a pas changé.

 

Hussein a reconnu qu’au début des années 1980 l’Irak se dirigeait vers une économie forte. Il a ajouté que tout ce qui avait été positif en Irak, était à mettre au compte de la direction. Il a reconnu que la situation économique s’était détériorée dramatiquement dans les années 1980. Il a admis que ce déclin et la guerre du Golfe de 1991, qui a conduit  à l’embargo et aux inspections des Nations unies, ont affaibli l’économie irakienne. Les effets en ont été vivement  ressentis, particulièrement dans les zones rurales, et par les Irakiens ayant un faible revenu, notamment ceux vivant dans le sud. Hussein a ajouté que les régions du nord et du centre ont aussi été affectées.

 

Hussein a reconnu qu’en règle générale, la pauvreté peut peser sur une société à un point tel qu’elle conduise à une révolution. Il a fourni des exemples de révolution en Irak et dans d’autres pays arabes où les motivations économiques n’étaient pas le fondement. Hussein a dit que des rébellions sans but politique, comme cela s’est produit en 1991, ne sont pas des révolutions.

Des enfants, boucliers humains :

un « mensonge » occidental

L’interviewer a indiqué à Hussein que des organisations non-gouvernementales et humanitaires avaient conduit des investigations sur les actes des forces armées irakiennes au cours des soulèvements de 1991. Une enquête faite par Human Rights Watch (HWR), une organisation neutre et non-lucrative, sans lien avec un gouvernement, avait fourni des détails sur la conduite des militaires irakiens. L’interviewer a lu à Hussein le résumé d’une interview donnée à HWR par un résident de Bassora, témoin, en 1991, d’un incident. Selon ce témoin, il avait vu une colonne de tanks irakiens s’approcher de Bassora. Sur le tank de tête, trois enfants étaient attachés pour servir de boucliers humains. A la question de savoir s’il était au courant, Hussein a dit que, même s’il pensait que cette information ne méritait pas de réponse, il répondait pour plaire à l’interviewer. Il a déclaré : « C’est un mensonge ». Il a ajouté qu’en Irak, tous les enfants ont un père, une mère, et une famille. L’Irak « n’a pas d’orphelins dans les rues ». A propos de ces enfants, il a demandé : « Qui étaient leurs parents ? ». Il a demandé à l’interviewer pourquoi il semblait admettre qu’un commandant se conduise de façon aussi irresponsable. De plus, il a lui demandé s’il croyait que la tactique de boucliers humains enfants aurait pu être efficace face à des gens qui avaient déjà tué, brûlé et pillé. Il a souligné que cette histoire avait peut-être été fabriquée par les Occidentaux. Hussein a répété que cette histoire ne méritait pas de réponse de sa part et « que le mensonge était évident ».

 

Notes :

(1) Le prince hachémite Fayçal Ibn Hussein est né à La Mecque en 1883. Il dirigea la Révolte arabe contre l’empire ottoman. Expulsé de Damas par les autorités mandataires françaises, il fut placé, en 1921, sur le trône d’Irak par les Britanniques. Il est mort à Genève, en septembre 1933, dans des conditions mystérieuses.

 

© X.Jardez et G. Munier – Traduction en français et notes

 

Traduction des entretiens précédents

sur le blog

 

 

 

Par Gilles Munier
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Profil

  • Auteur du "Guide de l'Irak" (Ed. Picollec - 2000) et de "Les espions de l'or noir" (Ed.Koutoubia - 2009) A dirigé la traduction de "Zabiba et le roi", de Saddam Hussein (Ed.du Rocher)

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