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Sur le blog


F.B.I

Entretiens

avec Saddam Hussein

« détenu

de haute valeur n°1 »

20 interviews et 5 conversations

ordinaires déclassifiées


Traduction intégrale

Lundi 15 février 2010 1 15 /02 /2010 14:06

Propagande israélienne :

L’affaire du tombeau d’Ezéchiel

 

   Une campagne de propagande menée par Shlomo Alfassa, directeur de l’association étatsunienne « Justice pour les Juifs des pays arabes », relayée par la presse israélienne et le site du Crif (Conseil des représentatif des institutions juives de France), affirme que le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki a l’intention de transformer le tombeau d’Ezéchiel en mosquée «et d’en effacer toutes les marques de judaïsme »… sous la pression d’intégristes sunnites.

   Ce prophète biblique, déporté du royaume de Juda en Babylonie en 597 av. JC par Nabuchodonosor II, enterré à Kiffle près de Nadjaf, est connu pour ses visions apocalyptiques et ses prêches appelant les Juifs à retourner à Jérusalem, tout en reconnaissant qu’ils ne le méritaient pas. La « grosse nuée » qu’il aperçut dans les cieux, répandant « de tous côtés une lumière éclatante, au centre de laquelle brillait comme de l'airain poli », fait également de lui le premier homme ayant vu une soucoupe volante !

   Les prophéties d’Ezéchiel inspirent encore les extrémistes israéliens et les chrétiens sionistes étatsuniens. Celle dite de Gog et Magog - particulièrement obscure (1) – a été utilisée, sous Ronald Reagan, pour mobiliser les évangélistes contre l’Union soviétique et le communisme. Sous W. Bush, la même prophétie justifiait la guerre contre l’Axe du Mal et l’invasion de l’Irak. Début 2003, le président américain l’avait citée à Jacques Chirac pour le convaincre de partir en guerre combattre l’Antéchrist !

 

Le calife Ali s’y est recueilli

   J’ai visité le tombeau d’Ezéchiel à trois reprises, entre 1998 et 2002 (2). J’avais eu du mal à savoir où il se trouvait, jusqu’à ce qu’un ami me dise de demander où est enterré Dhou-l-Kiffle, le nom qui lui est donné dans le Coran.  Le lendemain, j’étais en route pour Kiffle, gros village situé entre Babylone et Nadjaf. La coupole du tombeau, de style bouyide, est visible de loin. J’ai traversé un magnifique souk, charpenté en bois, dont les échoppes étaient jadis occupées par des commerçants juifs. Il appartenait à la richissime famille Sassoun, que les Irakiens comparent aux Rothschild d’Europe (3). Les Juifs de Kiffle – comme la majorité des 120 000 vivant en Irak - ont quitté le pays après la création d’Israël, sous la monarchie pro britannique, appâtés par les promesses d’une vie meilleure, inquiets de la tournure prise par certaines manifestations pro palestiniennes, mais surtout terrorisés par les attentats organisés par le Mossad pour les pousser à immigrer dans le cadre de l’Opération Ezra et Néhémie. La preuve en a été apportée depuis.

   J’ai pénétré ensuite sur une esplanade en partie recouverte par les ruines d’une mosquée abbasside. Un magnifique minaret s’y élève toujours, décoré de briques sculptées et de calligraphies en style coufique. A l’époque, il était déjà question de tout reconstruire. Près de la porte du tombeau d’Ezéchiel, l’entrée d’un souterrain sur lequel courent des légendes extraordinaires, est condamnée. Le sanctuaire comprend trois salles attenantes. La première est une ancienne synagogue aux murs peints, par endroits, d’extraits en hébreu de la Thora. La seconde est réservée au monument funéraire érigé pour le prophète, devant lequel le calife Ali, gendre du Prophète Muhammad, qui résidait non loin à Koufa, se serait recueilli. Le dôme du tombeau est recouvert de motifs floraux. Avant d’entrer dans la dernière pièce, un espace est aménagé pour la prière. Le gardien de l’époque me dit qu’Al-Khidr - l’imam Vert - personnage symbolique mentionné dans le Coran, y est apparu. Passé la porte, il me montre cinq tombes alignées, recouvertes de draps verts. Ce sont, me dit-il, celles de disciples d’Ezéchiel, emprisonnés avec lui en 597 av. JC, après le second Exode. Le mausolée aurait été construit sur l’emplacement de leur prison.

 

La réhabilitation en question

   Beaucoup de musulmans ne font pas le lien entre le Dhou-l-Kiffle du Coran, et Ezéchiel. Ibn Kathir, exégète du Livre saint, affirmait au 14ème siècle que le tombeau de Kifle était celui du fils du prophète Ayoub (Job). Selon d’autres, Ezéchiel aurait été enseveli près de Bagdad aux côtés de Sem (fils de Noé) et Arphaxad (fils de Sem) et font remarquer qu’un autre tombeau d’Ezéchiel existe à Dezfoul, au sud de l’Iran (Arabistan).

   A part les wahhabites hostiles à l’érection de monuments religieux, personne en Irak n’a l’intention de raser le tombeau d’Ezéchiel, pas plus que ceux des autres prophètes juifs enterrés dans le pays : Ezra, Nahoum, Jonas et Daniel. Leurs sanctuaires seront réhabilités. Le seul problème, c’est qu’en Irak réhabilitation rime avec béton. Plusieurs mosquées – y compris celles de Compagnons du Prophète - des églises, et même la maison d’Ali à Koufa, ont fait les frais de cette technique d’embellissement, pourtant bien intentionnée.

   Les Israéliens qui font campagne pour "sauvegarder le tombeau d’Ezéchiel" étant connus pour être de grands destructeurs des vestiges antiques  et islamiques dérangeant leurs convictions idéologiques, sont mal placés pour donner des leçons de protection du patrimoine de l'humanité.

 

Notes :

 (1) Pour info :

 http://www.bibleenligne.com/Commentaire_biblique/Commentaire_intermediaire/AT/Ezechiel/Ez38.htm

 (2) Source : Guide de l’Irak, par Gilles Munier (Ed. Picollec – 2000)

 (3) Sassoun Ezéchiel, premier ministre des Finances du premier gouvernement irakien, sous le roi Fayçal 1er, est enterré avec son épouse près du tombeau d’Ezéchiel, dans une maison aujourd’hui en ruine.

 

 

 

Par Gilles Munier
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Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /2010 15:41

Entretien n°2                                                             

Baghdad Operation Center

8  février 2004

Entretien conduit par George L. Piro

Rapport traduit de l’arabe en anglais par le FBI

 Traduction en français : Xavière Jardez

Titres, sous-titres et notes : Gilles Munier

 

A propos de Khomeiny

et de la guerre Iran-Irak

 

   Saddam Hussein (Détenu de Haute Valeur n°1) a été interviewé le 8 février dans un bâtiment de détention militaire à l’Aéroport  International de Bagdad (AIB), Bagdad, Irak. Hussein a fourni les informations suivantes :

   Hussein a précisé que la ferme dans laquelle il a été capturé en décembre 2003 est la même que celle dans laquelle il s’était réfugié en 1959 après sa participation à la tentative d’assassinat du Président Kassem.

   A la question de savoir si la décision d’entrer en guerre contre l’Iran en septembre 1980 résultait de menaces iraniennes ou si la guerre avait été un moyen de reconquérir des territoires arabes irakiens, notamment les eaux du Chatt al-Arab, Hussein a déclaré : « Nous considérons que  la guerre a commencé le 4 septembre et non le 22 comme  le prétend l’Etat iranien ». Hussein, qui préfère prendre ses exemples parmi les paysans car cela lui parle plus, a ensuite cité celui du voisin immédiat. Un jour, le fils de votre voisin frappe votre fils. Le lendemain, il s’en prend à vos vaches. Ensuite, il crée des dommages à votre terre en bouleversant le système d’irrigation. Si tout se passe comme précédemment décrit, et éventuellement, après un certain nombre d’incidents, vous interpellez votre voisin, pour lui citer, preuve à l’appui, chaque transgression et vous lui demandez de cesser. Habituellement, un avertissement ou une interpellation suffit pour l’arrêter. Avec l’Iran, cependant, cette approche n’a pas fonctionné. L’Iran, selon Hussein, avait violé l’Accord d’Alger de 1975 concernant les eaux du Chatt al-Arab (1). De plus, l’Iran s’était ingéré dans les affaires de l’Irak, deuxième violation  de l’Accord. Pour Hussein, l’Irak n’avait d’autre choix que de se battre. A partir de là, l’Irak s’est battu et sacrifié pour que l’ingérence iranienne cesse.

 

Khomeiny pensait renverser le régime

en Irak et ailleurs

   Hussein a fourni quelques idées sur l’état d’esprit des dirigeants iraniens, notamment de l’ayatollah Khomeiny et sur la décision d’entrer en guerre. Quand Khomeiny est arrivé au pouvoir, en 1979, deux éléments « interféraient » avec son état d’esprit. Fanatique religieux, il pensait que tous les dirigeants étaient pareils au Chah et qu’ayant renversé celui-ci facilement, il pourrait faire de même ailleurs, y compris en Irak. Ensuite, Khomeiny avait un « complexe », celui d’avoir dû quitter/d’avoir été mis à la porte de l’Irak, fin des années 70. Khomeiny, exilé d’Iran, a été l’ « invité » de l’Irak qui lui a donné « refuge » à Nadjaf, mais il s’y élevait contre le Shah et le gouvernement iranien. Selon Hussein, il ne respectait pas l’accord écrit (l’Accord d’Alger) entre l’Irak et l’Iran et s’ingérait dans les affaires intérieures de l’Iran. Le gouvernement irakien lui rappela sa position. Il « était notre  invité ». De ce fait, « personne ne pouvait lui demander de partir ou le  livrer ». Le Chah avait essayé de convaincre Hussein de lui remettre Khomeiny. Dans la culture arabe, personne ne peut « abandonner » un invité.

   Mais, Khomeiny refusa de cesser ses activités contre le Chah et le gouvernement iranien. Il assura que si celles-ci étaient contraires  à la politique de l’Irak, il partirait. Par la suite, il essaya de se rendre au Koweït où on lui refusa l’entrée. L’Irak lui permit de revenir en Irak pour trois ou quatre jours et l’aida, à sa requête, à se rendre dans un autre pays, la France.

 

Les Irakiens chiites

sont resté fidèles à leur pays

   Hussein a dit ne pas regretter le traitement réservé  à Khomeiny. Celui-ci, lui a-t-il été demandé, n’a pas été reconnaissant à l’Irak de l’avoir réadmis après son retour du Koweït qui aurait pu conduire, si l’Irak avait refusé, à son transfert en Iran. Hussein a déclaré « Non. Cela n’aurait rien changé car le peuple ne voulait plus du Chah. ». Khomeiny devint un symbole pour le peuple iranien après son départ d’Irak vu son âge et du fait qu’il avait été « mis à la porte »(2), personnalité religieuse chiite proéminente, exécuté en Irak en 1980, pouvait-il, lui aussi, devenir un symbole ? Hussein a répondu « peut-être ». Il a ajouté qu’il était lui-même un symbole puisque son portrait était aux murs des maisons et d’autres lieux. d’Iran. L’ayatollah Sayyid Mohamed Sadr

   Khomeiny pensait que la population chiite du sud de l’Irak le suivrait, particulièrement au cours de la guerre. Mais, dit Hussein, « elle ne lui a pas  fait bon accueil ». En fait, les chiites sont restés fidèles à l’Irak et se sont battus contre les Iraniens.

   Hussein a reconnu qu’en 1980  l’armée iranienne était faible et « manquait » de commandement puisque la plupart des hauts officiers avait été démis de leur fonction lors du changement de gouvernement en Iran avec Khomeiny. Pourtant, cela n’a eu aucun effet sur la décision de faire la guerre à l’Iran à ce moment-là. « Si l’armée du Chah avait toujours existé, nous l’aurions battue dès le premier mois » a déclaré Hussein. Avec Khomeiny, même sans encadrement, l’armée et les Gardes Révolutionnaires se « sont avancés par milliers » contre les forces irakiennes qui se sont battues avec courage, notamment sur les frontières.

 

C’est l’Iran

qui a déclenché la guerre

   Les tentatives d’assassinat d’officiels du gouvernement irakien avant le conflit, supposées être le fait de groupes soutenus par l’Iran, dont celles visant le ministre des Affaires étrangères, Tarik Aziz (3) et le ministre de la Culture, Latif Nayif Jassim (4), ont-elles joué sur la décision de faire la guerre à l’Iran ? Hussein a déclaré qu’il y avait eu « 540 attaques » de l’Iran contre l’Irak avant la guerre dont 249 raids aériens ou incursions. L’Irak a adressé ces informations aux Nations unies. L’Iran a bloqué le Shatt al Arab et coulé des bâtiments irakiens et étrangers. Avant le 29 septembre 1980, l’Iran a bombardé les raffineries pétrolières de Bassora et d’autres villes d’Irak du sud.

   Quel était l’objectif de la guerre ? Hussein a répondu : « Demandez à l’Iran. C’est lui qui a déclenché la guerre. J’ai déjà expliqué les raisons de la guerre ». La question reposée, Hussein a dit que l’objectif était « d’empêcher l’Iran de s’ingérer dans nos affaires intérieures ». Hussein a redit des informations déjà fournies dont le fait que l’Iran avait violé le Traité d’Alger de 1975 : l’Iran avait occupé la totalité du Shatt el Arab alors que le traité prévoyait un partage par moitié, l’Iran n’avait pas réagi aux communications diplomatiques en la matière.

   Hussein a alors noté que les forces irakiennes avaient, au début, investi des villes et territoires frontaliers, du sud de l’Iran, aux environs de Muhammara, Al-Ahwaz et Dezful. Elles ne s’étaient pas avancées plus en profondeur car l’objectif immédiat était d’arrêter les attaques d’artillerie à partir des régions frontalières.

   Après deux ans approximativement, les forces irakiennes ont été repoussées et la guerre, pour les Irakiens, est devenue défensive. Pourquoi, lui fut-il demandé ? Hussein a répondu : « on ne peut pas planifier pour l’armée irakienne comme on le fait pour l’armée américaine ». D’un point de vue militaire, les plans sont établis en fonction des moyens. Les militaires s’accordent pour dire que si les lignes d’approvisionnement deviennent plus longues, les problèmes surgissent. « Le soldat d’aujourd’hui n’est plus celui d’il y a cent ans ». Il fait partie d’un « groupe universel » qui entend, qui voit ce qui se passe à la télévision ou la radio. Le soldat  est  « un élément du monde » et « en est affecté ». Si on lui demande de contre-attaquer, le soldat « qui gagne » s’accrochera à l’objectif et au-delà. Hussein a reconnu que la dernière étape de la guerre offensive irakienne, en 1986-1987 avait enregistré de nombreux succès avec la capture notamment des trois-quarts des tanks iraniens et la moitié de l’artillerie et des véhicules de transport blindés.

 

Les chefs militaires irakiens ont pensé

que l’Iran avait « compris la leçon »

   Il a poursuivi en disant que l’Irak avait récupéré suffisamment de territoire, dans les premières années de la guerre, éliminant ainsi la menace de l’artillerie iranienne « Si nous avions pénétré plus avant en Iran, ils auraient pensé que nous voulions autre chose ». Il a ajouté : « Nous n’avions pas affaire à une armée régulière, ce qui est plus facile à planifier ». Il a précisé que, pour beaucoup d’Irakiens, il s’agissait de leur expérience de combat. Beaucoup étaient « requinqués » par les premiers succès en territoire iranien. Cependant, après quelques jours, certains  se sont demandés : « Pourquoi suis-je ici ? » Comme l’avait confirmé à Hussein, le haut commandement militaire, beaucoup de soldats préféraient défendre les frontières et rester en Irak. Le retrait des forces irakiennes aurait dû intervenir avant ce changement de mentalité. Certains commandants voulaient rester, d’autres, se retirer. Après deux ans de guerre, les chefs militaires ont pensé que l’Iran  avait « compris la leçon » et ont recommandé le retrait des forces, Hussein s’est rangé à cette position et a ordonné le retrait des forces.

   Selon Hussein, les opérations défensives ne sont pas « bonnes sur le plan stratégique », ni pour le moral des soldats. Hussein dit : « Si un soldat ne perçoit pas la logique, il ne sera ni efficace, ni obéissant. Un soldat doit être convaincu, autrement la discipline pose problème ». Hussein a  commenté l’état d’esprit des soldats américains en Irak et ajouté : « Si vous demandez aux soldats américains qui sont venus à la recherche des armes de destruction massive et qui n’en trouvent pas, qui sont ici pour  renverser les dirigeants de la dictature de Hussein, qui sont tous en prison et ont été remplacés par d’autres dictateurs, s’ils veulent rester ou partir, ils diront « partir ».

 

Armes chimiques :

les Iraniens les ont utilisées à Mohammara

   L’utilisation par l’Irak d’armes chimiques contre l’Iran, au cours de la période défensive de la guerre, avait-elle été rendue nécessaire, parce que, sans cela, l’Irak aurait perdu la guerre ? A cette question, Hussein a répondu : « Je n’ai pas de réponse à ça. Je ne répondrai pas ». Pensait-il que l’Irak allait perdre la guerre avec l’Iran particulièrement après 1982 et au cours de la période 1984-1986, Hussein a répondu : « Non. Pas une seconde. Je l’ai dit à la télévision. Je l’ai écrit dans cinq lettres à l’Iran ». Il y décrivait la force de l’armée irakienne au grand dam de certains commandants de l’armée qui n’aimaient pas que ce type d’informations soit fourni à l’Iran. Les dirigeants iraniens pensaient qu’Hussein mentait alors que les Irakiens le croyaient. Revenant sur la question  de l’utilisation d’armes chimiques, Hussein a redit : « Je ne serai pas pris au piège par quelque technicité. Cela ne vous servirait pas. Les Etats-Unis ont payé chèrement pour leurs erreurs en Irak et à travers le monde, et continueront à payer ».

   Hussein a redit que l’Iran « n’avait pas entendu le message » quand l’Irak s’était retiré, après 1982, sur sa frontière. « Si vous ne leur brisez pas la tête, ils ne comprennent pas ».

   Hussein a déclaré que l’Irak « ne devait pas beaucoup d’argent » à l’issue de la guerre avec l’Iran. L’Irak avait reçu des pays arabes une aide qu’Hussein considérait comme telle et non comme un prêt. Après la guerre, cependant, ces pays « ont changé d’avis » et en ont demandé le remboursement. Certains pays percevaient l’Irak comme une menace militaire et non l’Iran dont les forces avaient été décimées par la guerre.

   Hussein a souligné que l’Irak avait accepté une résolution des Nations unies du 28 septembre 1980 demandant la cessation des hostilités avec l’Iran. Ce dernier, cependant, ne l’a pas acceptée. Hussein a ajouté que l’Irak avait aussi accepté la résolution des Nations unies 598 de 1987 demandant la fin de la guerre. Même refus de l’Iran. L’Irak a, en plusieurs occasions, essayé de négocier avec l’Iran la fin des combats. « Nous le faisions alors que nous n’en avions pas besoin » pour le bien du peuple et de l’humanité. L’Iran a seulement accepté les termes d’un cessez-le-feu en 1988, après avoir perdu la guerre.

   Sur le résultat des recherches des Nations Unies sur le recours aux armes chimiques par l’Irak durant de la guerre, Hussein a rappelé que « l’histoire est écrite et ne changera pas. Personne ne peut  empêcher l’histoire de s’écrire ». Hussein a précisé que l’Iran avait fait usage d’armes chimiques d’abord à Muhammara (Khorramchahr, en Iran) en septembre/octobre 1981.

 

   « Je veux bien discuter de tout, à condition que cela ne blesse pas mon peuple, mes amis, ou l’armée » a dit Hussein. Il a ensuite relaté un incident en 1964 dont le protagoniste était Ahmed Hassan al Bakr, à l’époque secrétaire général du Parti Baas. Bakr et Hussein furent arrêtés par la police pour avoir fomenté un coup d’Etat contre le président Aref. Hussein a précisé qu’il avait pris l’entière responsabilité de ce complot et n’avait fourni aucune information sur les autres participants.

   Il a ajouté : « Il n’est pas juste de blâmer les autres quand on est responsable. Si quelqu’un dit Saddam m’a dit de faire ça, cela ne me pose aucun problème car cela ne me blesse pas ».

 

Notes :

(1) Les Accords d’Alger, signés le 6 mars 1976, ont mis fin aux contentieux territoriaux entre l’Irak et l’Iran et au soutien apporté par les deux pays aux mouvements d’opposition de leur voisin. Il mit un terme provisoire à la révolte séparatiste kurde dirigée par Mullah Mustapha Barzani, soutenue par les Etats-Unis, l’Iran et Israël. L’Irak demanda à Khomeiny de cesser ses activités subversives et ferma les bureaux du mouvement de libération de l’Arabistan, région iranienne majoritairement arabe.

Lire : La « libération » de l’Arabistan (AFI-Flash -  n°59, juin 2006)

http://www.france-irak-actualite.com/pages/arabistan-2512744.html

Le 17 septembre 1980, à la suite des appels au renversement du régime baasiste irakien, lancés par Khomeiny de Téhéran, suivis d’attentats et de combats le long de la frontière, Saddam Hussein déclara les accords « nuls et non avenus », accusa l’ayatollah de soutenir  « à l’instar du Chah, les chefs de la rébellion ».

 (2) L’ayatollah Sayyid Mohamed Baqr al-Sadr a fondé en 1960 le mouvement Al-Dawa, actuellement au pouvoir en Irak. En 1979, estimant son heure venue, il émit une fatwa autorisant l’usage de la violence pour renverser le régime baasiste. Arrêté après un attentat à la grenade visant le Vice-premier ministre Tarek Aziz en avril 1980, il fut jugé et pendu. Cet ayatollah, parent de Moqtada al-Sadr, demeure un symbole pour les islamistes chiites pro-iraniens.

 (3) En avril 1980, Latif Nsayif Jassim, ministre irakien de la Culture et de l’Information (10 de Trèfle du Jeu de cartes du Pentagone), échappa aux tirs d’un commando d’Al-Dawa. Avec ses gardes du corps, il poursuivit, revolver au poing, les terroristes qui s’enfuyaient  Le ministre est incarcéré, depuis juin 2003, avec les autres anciens dirigeants irakiens, au Camp Cropper, près de l’aéroport de Bagdad. Il était membre du Conseil de Commandement de la Révolution (CCR) et chef du bureau politique du Baas pour une partie de Bagdad.

 

© X.Jardez et G. Munier – Traduction en français et notes

 

Les entretiens FBI - Saddam Hussein

Introduction : Saddam face à l’Histoire – « Mr George » et le « détenu

de haute valeur n°1 »,  par Gilles Munier

http://www.france-irak-actualite.com/article-entretiens-fbi-saddam-hussein-introduction--42995117.html

Entretien n°1 (7 février 2004)

http://www.france-irak-actualite.com/article-entretien-n-1-fbi-saddam-hussein-7-fevrier-2004--43122027.html

Par Gilles Munier
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Mardi 2 février 2010 2 02 /02 /2010 14:57

Hiba, jeune blogueuse en danger

 

Le régime de Bagdad a horreur des blogueurs qui disent ce qui se passe réellement en Irak. Quant il en attrape un, il lui fait payer très cher son audace. Une irakienne de 33 ans, du nom de Hanan al- Mashadani, résidant en Jordanie, en fait la terrible expérience.

Ophtalmologiste, elle était en mission en Irak pour le compte de HMOK, une organisation humanitaire indienne. Le 20 janvier, elle a été arrêtée par des « forces irakiennes » dans le quartier de Sayyediya, à Bagdad. Les policiers, spécialistes en informatique, ont découvert dans son portable son nom de plume - Hiba Al-Shamaree – et la trace d’articles placés sur son blog, critiques à l’égard de Nouri al-Maliki et de son régime. Elle est accusée d’ « incitation à la violence », de « soutenir la résistance », ce qui équivaut - pour ceux qui la détiennent – à être cataloguée de « terroriste baasiste ».

Hanan al- Mashadani sera déférée devant un tribunal. En attendant, on imagine les tortures qu’elle subit pour l’obliger à parler. La presse internationale qui se mobilise dès qu’on porte atteinte à la liberté d’expression en Chine ou en Iran, n’a pas touché mot de son arrestation. Aucun gouvernement occidental, bien sûr, n’est intervenu en sa faveur.

Une pétition circule pour exiger sa libération : signez la !

Pétition pour la libération

de  Hanan al- Mashadani :

http://www.gopetition.com/online/33750.html

Vidéo :

http://www.youtube.com/watch?v=f8bkMsgceE4

Par Gilles Munier
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Mardi 2 février 2010 2 02 /02 /2010 07:53

La campagne des législatives

en pays turkmène

 

3 questions au Dr. Hassan Aydinli

Représentant du Front Turkmène Irakien

en Europe

 

1)  Combien de partis turcomans seront représentés aux prochaines élections législatives, dans quelles coalitions ?

   Il y a deux catégories de partis :

- Ceux créés par les Turkmènes eux-mêmes et qui défendent réellement la cause turkmène.

- Ceux formés et financés par les Kurdes (Barzani et Talabani). Ils n’ont de Turkmène que le nom et sont au service des intérêts kurdes.

Dans la première catégorie, il y a :

 

- Le Front Turkmène Irakien est une organisation politique composée de plusieurs partis et associations civiles turkmènes, présidé par le Dr. Saadettin Ergeç. Le Front Turkmène Irakien présente sa propre liste dans la province d’Erbil, partout ailleurs en Irak, le Front Turkmène Irakien est entré en coalition avec la liste Iraqiya menée par Monsieur Iyad Allaoui.

- L’Union Islamique des Turkmènes d’Irak,  parti présidé par Monsieur Abbas al-Bayati. Il présente ses candidats et est entré en coalition avec la liste de Dawlat al-Kanoun menée par Nouri al-Maliki.

- Le parti  AlKarar al Turkmani, présidé par Monsieur Farook Abdullah, fait également partie de la coalition Dawlat al-Kanoun de Nouri al-Maliki.

- Le Parti de Türkmeneli  présidé par Monsieur Riyad Sarikahya se présente aux élections dans la coalition menée par Ammar al-Hakim, chef du Conseil suprême islamique irakien.

- Le mouvement sadriste turkmène de Monsieur Fawzi Akrem Terzi,  fait aussi partie de la coalition d’Ammar al-Hakim. Il est tête de liste dans la province d’Erbil.

 - Le Parti d’Adalat Turkmène, présidé par Monsieur Anwar Bayrakdar est entré dans la coalition d’Al –Tawafuk Al-Iraqi de Ussama Tawfiq Mukhlif.  

 

   Les autres partis, soi-disant turkmènes, se présentant aux prochaines élections sont au nombre de trois. Ils sont tous dans la coalition kurde Barzani + Talabani. Je ne tiens ni à retenir leurs noms, ni à dire quoi que ce soit à leur sujet. Pour nous, ce sont des partis « cartooniques », c'est-à-dire fabriqués par les Kurdes pour diviser les Turkmènes et assimiler ceux qui sont sous leur contrôle, ou qu’ils emploient.

 

2) Quelles sont leurs principales revendications 

  Les principales revendications des six partis que j’ai cités sont :

- Préserver l’unité de l’Irak.

- Faire reconnaître les Turkmènes d’Irak comme étant la troisième communauté principale d’Irak avec des droits et des devoirs égaux à ceux reconnus aux Arabes et aux Kurdes en Irak, notamment la reconnaissance de la langue turkmène (le Turc) comme la troisième langue officielle du pays, la participation effective de la communauté turkmène à tous les niveaux du pouvoir en Irak par l’inclusion de leurs représentants politiques dans les organes suprêmes qui dirigent le pays, comme le Conseil de la Présidence, le Conseil du gouvernement, la Présidence du Parlement, le Conseil supérieur de la justice, les états majors de l’armée, de la police et de la sécurité. Les Turkmènes sont exclus de ces organismes depuis l’invasion de l’Irak car le pouvoir politique, sous l’occupation anglo-américaine, dès le 9 avril 2003, a été attribué sur une base ethnico-confessionnelle et exclusivement aux partis ayant collaboré avec les occupants (Kurdes, chiites, et sunnites).

- Modifier la constitution irakienne ou bien écrire une nouvelle constitution moderne compatible avec notre temps en éliminant les terminologies absurdes inclues dans l’actuelle, notamment les territoires contestés et les articles périmés, comme l’article 140 qui concernait l’avenir de la province de Kirkouk, dénommée Al-Tamim par le régime précédent en 1972. La question centrale est l’avenir et l’appartenance de sa capitale, Kirkouk, avec ses énormes gisements pétroliers qui est  historiquement et culturellement turkmène depuis plus de 8 siècles.

   Il est nécessaire de rappeler que Kirkouk a subi deux politiques successives de modifications ethniques ces quatre dernières décades : une politique planifiée d’arabisation systématique et de modification ethnique en faveur des Arabes par le régime précédent entre 1968 et 2003 ; puis une politique préétablie de kurdification et de modification ethnique en faveur des Kurdes. Cette dernière a été plus étendue, plus rapide et plus violente que la précédente. Sa mise en œuvre a débuté le 10 avril 2003 avec l’accord et la complicité des forces d’invasion américaines, quand les milices des partis kurdes « peshmerga » de Barzani et Talabani ont occupé Kirkouk.

- Obtenir pour les Turkmènes d'Irak l'autonomie dans leur région, c'est à dire la région à majorité turkmène d'Irak appelée la Turkmeneli, située entre celle à majorité arabe et celle à majorité kurde. La Turkmeneli s'étend de Tel Afar à l'ouest de Mossoul jusqu'à Bedre, à l'est de Bagdad.

 

- Récupérer toutes les propriétés et les terres agricoles appartenant aux Turkmènes qui ont été confisquées par le régime précédent et qui n’ont pas encore été libérées ou rendues.

- Récupérer toutes les propriétés et les terres agricoles appartenant aux Turkmènes qui ont été occupées et confisquées par les milices kurdes depuis le 10 avril 2003.

- Libérer l’Irak des forces d’occupation étrangères.

- Faire de l’Irak un pays unifié, démocratique et moderne, où tous les citoyens seront égaux.

 

3)  Qu’en est-il de la situation à Kirkouk ?

   La situation actuelle à Kirkouk, qui perdure depuis le 10 avril 2003, n’est ni satisfaisante ni acceptable pour les Turkmènes. Depuis cette date, Barzani et Talabani ont été autorisés, en  collaboration avec l’occupant, à installer leurs peshmergas et plus de 600.000 individus venus de la région autonome kurde pour modifier la composition démographique de la ville. Parmi eux, il y a même des Kurdes non-Irakiens… Cette situation, intolérable, est également dénoncée par les Arabes de Kirkouk.

   Si la nouvelle loi électorale a été aussi difficile à être votée, c’est bien à cause de sa contestation par les Turkmènes et les Arabes de Kirkouk. Grâce à elle, le résultat des élections pour la province  ne sera valable qu’un an. Il sera conditionné à la vérification de l’authenticité des listes d’électeurs établies par les autorités kurdes. S’il s’avère qu’elles ont été gonflées en faveur des Kurdes, une nouvelle liste sera établie et de nouvelles élections législatives auront lieu.

   Nous, Turkmènes, espérons que les élections législatives du 7 mars 2010, qui se dérouleront selon le principe de listes ouvertes, amèneront au parlement une équipe plus patriotique et nationaliste irakienne et moins confessionnelle. Nous espérons qu’elle maintiendra Kirkouk dans un Irak unifié. Nous espérons enfin que la nouvelle majorité rejettera catégoriquement la revendication hégémonique et injustifiée des Kurdes sur la ville et sur les soi-disant « autres territoires contestés ».

 

(31/1/10)

 

Lire aussi :

Les Turcomans : peuple oublié ou marginalisé (mai 2007)

http://www.france-irak-actualite.com/pages/turcomans-peuple-oublie-ou-marginalise-mai-2007--1982366.html

Interview du Dr. Hassan Aydinli (janvier 2005)

http://www.france-irak-actualite.com/pages/Turcomans_Interview_du_Dr_Hassan_Aydinli_20105-1985558.html

 

Par Gilles Munier
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Dimanche 31 janvier 2010 7 31 /01 /2010 10:28

Irak: le retour de la franc-maçonnerie

par Gilles Munier (Afique-Asie - Janvier 2010)

 

La franc-maçonnerie est de retour en Irak. Présente dans le pays dès la fin du 19ème siècle, au sein des organisations secrètes qui ourdissaient le renversement du sultan ottoman Abdul Hamid II, elle s’est véritablement  implantée en Mésopotamie pendant l’occupation du pays par les Britanniques. Interdite après la révolution républicaine du 14 juillet 1958 pour collaboration avec l’ennemi, accusée d’espionnage, elle est réapparue plus ou moins ouvertement depuis avril 2003 à l’initiative des loges militaires étatsuniennes, anglaises, voire italiennes, ou des opposants regroupés par la CIA dans le Congrès National Irakien d’Ahmed Chalabi.

 

L’effondrement de l’Empire Ottoman sous les coups de boutoirs des Jeunes-Turcs et de leur Comité Union et Progrès - dont les dirigeants étaient liés au Grand Orient de France (GODF) ou à celui d’Italie - projeta la Mésopotamie dans l’orbite britannique. La franc-maçonnerie qui y aurait été introduite par Youssef al-Hajj, un journaliste libanais, futur Grand maître régional, s’y est développée dès la Première guerre mondiale à l’initiative des loges de l’Armée des Indes. La première, dite Mesopotamia 3820, date de 1917, celle de Bagdad, de 1919. Dans les années 50, neuf loges opéraient en Irak pour le compte de la Grande Loge d’Angleterre, plus la Loge Faïha de rite écossais. Son interdiction, suite à l’abolition de la monarchie par le général Kassem, fut criminalisée en 1975 par le Parlement irakien qui vota une loi l’assimilant à une organisation sioniste, et on n’entendit plus parler des francs-maçons irakiens ensuite, si ce n’est parmi les monarchistes réfugiés à Londres.

 

Lorsque George Bush père - ancien directeur de la CIA, Souverain Grand Inspecteur Général (33°degré du Rite écossais ancien et accepté)  - prit la décision d’attaquer l’Irak, il allait de soi que la franc-maçonnerie serait aussi de la partie, mais il fallu attendre la dernière guerre du Golfe pour que ses activités publiques soient connues.

 

Une loge dans un attaché case !

En décembre 2006, Richard Filippi, membre de la Loge du roi Salomon, a raconté dans la revue maçonnique Philaleths, sa première rencontre avec un franc-maçon irakien. C’était en 2001, dans un ascenseur, lors d’un stage de formation organisé en Floride, pour étudier les relations que devaient entretenir les civils et les militaires dans un pays « libéré ». Des membres du Congrès National Irakien y participaient. Parmi eux, le lieutenant-colonel kurde Yarab, un opposant réfugié aux Etats-Unis après la Première guerre du Golfe. Au cours d’une pause, l’homme avait pris l’ascenseur avec lui, bloqué l’appareil entre deux étages, et lui avait demandé: « Vous êtes l’un d’entre eux, n’est ce pas ? ». Il avait d’abord cru avoir à faire à un dingue. Ce n’est que lorsque le Kurde a montré sa main droite et le signe dessiné qu’il comprit. Il répondit « Oui », à tout hasard. Yarab, enthousiaste, lui dit : « Moi aussi, frère ! ». Alors, ils devinrent comme des amis d’enfance, dit Filippi. Yarab lui apprit qu’il y avait encore des francs-maçons en Irak, même s’il n’y avait pas de loge. Son grand-père, ancien colonel, en était un.  

 

La première manifestation visible de la franc-maçonnerie en Irak depuis son interdiction fut la création de la Loge Terre, Air et Mer n°1 par la Grande Loge de New York, en mai 2005. Sur la base de Balad, près de Ramadi, le major Walter, son grand maître, remercia le « Grand Architecte de l’Univers » pour cet événement qui permettrait peut être, dit-il, de faire « sortir une loge irakienne de la clandestinité ». Il attend toujours ! Emulation oblige, La Lumière du Nord annonça que le « frère .˙. » Sam Lee - de la Loge Maître de Hiram 40, de Caroline du Nord - organisait des réunions maçonniques sous la tente, en plein désert. Et, dans la foulée la Grande loge du Nebraska lança le programme « Une loge dans un attaché case » (!), celle du Massachusetts, l’opération Masonic Troop Support Program, tandis qu’à Bagdad, la Loge militaire Euphrate 152 se mobilisait pour lutter contre le suicide dans les forces armées. Aujourd’hui, il n’est pas rare qu’un « frère .˙. » muté dans une base en Irak ou en Afghanistan s’enquiert sur Internet pour savoir s’il y a un temple maçonnique. A lui ensuite de vérifier si la loge dont il dépend aux Etats-Unis reconnaît l’obédience qui y opère. La plupart des grandes loges sudistes, par exemple, pratique toujours la ségrégation et refuse de reconnaître celle de Prince Hall, la franc-maçonnerie noire. 

 

Les sectes islamiques en ligne de mire

Les anciens opposants à Saddam Hussein étant trop discrédités pour recruter de nouveaux membres, les maçons étrangers approchent les « kolabos » de tous poils, militaires ou tribaux, ou potentiels : les universitaires et les notables religieux avec une prédilection pour les cheikhs des confréries soufies et des sectes chiites, en raison des concordances entre leurs rituels et secrets et ceux des obédiences maçonniques*. Les loges mères américaines espèrent attirer des nationalistes modérés proches de la résistance, comme la CIA a recruté des membres d’Al-Qaïda en Mésopotamie pour ses milices tribales. Pour les patriotes irakiens, le scénario est cousu de fil blanc. Il est en tous points identique à celui joué par la franc-maçonnerie à l’époque coloniale. Les loges s’investissent d’abord dans l’aide à l’émigration et dans l’action humanitaire, puis elles se transforment en laboratoire d’idées permettant de reconstruire la société sur des bases conformes aux intérêts de l’occupant. Le magazine Freemason Today décrivait fin 2005 les distributions de crayons et de cahiers à colorier, à Bassora, par des francs-maçons écossais et anglais poursuivis par des enfants criant : « Mister, donne moi un dollar ». Le journaliste ne cachait pas que les « frères .˙. » étaient aussi reçus par des jets de pierres. Il ne fait aucun doute que les franc-maçons irakiens devenus opérationnels risqueront, eux, tout simplement leur vie.

 

En 1964, conscient des menaces qui pesaient déjà sur les francs-maçons arabes, le Grand maître jordanien Fahmi Sidqi al-Amari parlait franchement d’instrumentalisation des loges par les occidentaux et Israël, expliquant à la convention mondiale de la maçonnerie, que « la maçonnerie est plurielle ; les impérialistes l’utilisent dans leur but, les  sionistes dans le leur ». Même si, à la différence des francs- maçonneries anglo-saxonnes, le Grand Orient de France s’est opposé à la dernière guerre du Golfe, c’était pour proposer de « chasser Saddam Hussein par d’autres moyens ». L’obédience française qui a joué un rôle dans l’essor des mouvements indépendantistes arabes dans l’Empire ottoman, est  dénoncée, depuis, pour son athéisme. Au Proche-Orient, par les temps qui courent, c’est rédhibitoire.

 

* Lire Secrets initiatiques en Islam et rituels maçonniques, Jean-Marc Aractingi et Christian Lochon (L’Harmattan, 2008).

 

Appendice :

La franc-maçonnerie arabe

La franc-maçonnerie est interdite dans les pays arabes, à quelques exceptions près. En Jordanie, depuis la mort du roi Hussein qui en était membre, elle adopte un profil bas. Elle est tolérée au Maroc avec des loges affiliées à la Grande Loge Nationale de France, et demeure très active au Liban où la plupart des obédiences occidentales sont représentées. En Egypte, proscrite par le Président Gamal Abdel Nasser après l’expédition de Suez, elle serait en voie de reconstitution. Bien que l’influent Institut de Droit Islamique de La Mecque ait émis une fatwa, en juillet 1978, déclarant que la franc-maçonnerie est « un danger pour les musulmans », et traité ses membres de « mécréants », plusieurs loges opèrent en Arabie Saoudite – la plus connue est l’Etoile de l’Est - sur les bases militaires américaines, ce qui est également le cas au Koweït et au Bahreïn.

Afrique Asie :

http://www.afrique-asie.fr/images_articles//AA51/Irak.pdf

Par Gilles Munier
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  • : Auteur du "Guide de l'Irak" (Ed. Picollec - 2000) et de "Les espions de l'or noir" (Ed.Koutoubia - 2009) A dirigé la traduction de "Zabiba et le roi", de Saddam Hussein (Ed.du Rocher)

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